Au secours Monsieur Paul Jorion !!!!, par Didius

Billet invité.

Monsieur Paul Jorion,

Tout d’abord, je tiens à vous dire que je lis votre blog depuis un an ½ environ. Je ne suis pas un intellectuel, j’ai plutôt l’esprit artiste, je ne suis qu’infirmier non pas par choix, je dirai par hasard. Sur votre blog, n’ayant pas de formation sur la finance, je ne comprends pas tout, mais je sais et je sens que vous êtes dans le vrai. Par exemple j’ai essayé de lire votre livre Le capitalisme à l’agonie, à part le bancor de Keynes, je n’ai pas tout saisi. Donc j’attends avec impatience le vendredi pour écouter votre intervention hebdomadaire.

Infirmier c’est un beau métier, il me plaît pour son côté humain, mais c’est tout ce qui reste de l’attrait de ce métier, j’y reviendrai. J’ai d’abord fait mes études dans l’art (Beaux Arts), j’ai obtenu mon diplôme DNSEP (Diplôme national d’expression plastique). Mais comme il fallait s’en douter, pour en vivre c’est plutôt difficile. Pour vivre justement j’ai été employé dans un hôpital en tant qu’ASH (agent service hospitalier) 6 ans. Six ans pour atterrir de ma planète art et pour me décider à faire une autre formation : infirmier. Et voici 22 ans que j’exerce cette fonction, de nuit depuis 5 ans pour 2 200 euros net avec primes.

Je tiens à vous décrire ce que nous vivons dans les hôpitaux, et je ne suis pas le plus mal loti par rapport aux services de chirurgie ou des urgences. Nous avons une pression terrible, avec un management qui a changé et qui vise à monter une équipe contre l’autre (jour / nuit) avec des essais (entre autres) de glissements de tâches du jour vers la nuit, avec en perspective l’application de la tarification à l’acte (dans le but final de privatiser le service public des Hôpitaux bien sûr).

En tout cas sur le terrain depuis les nouvelles manières de former le Cadres de Santé, anciennement : Surveillantes des services, tout va de travers sans oublier la multiplication de chefs et de sous-chefs dans les bureaux. Plus ces effectifs augmentent moins l’hôpital fonctionne. (Bizarre non ?) Alors que nous débordons de travail sur le terrain.

Les nouveaux Cadres de Santé doivent présenter un projet de service ce qui démotive les troupes car à chaque fois qu’un nouveau Cadre arrive, il impose un nouveau projet de service, donc à chaque fois cela implique des « réunionites ». En attendant, nous ne sommes pas auprès des patients. Sur le nombre d’hôpitaux en France, il y a bien au moins un service qui a réfléchi sur la manière de faire fonctionner « une unité de soins » (c’est leur langage !).

Ce qui nous fait rêver avec mes collègues, c’est le revenu à vie ! Pensez-vous que c’est plutôt utopique ou que cela peut se mettre rapidement en place ?! Mais en même temps vous parlez du travail dans le domaine de la production, où l’homme peut être remplacé par des machines ou par des ordinateurs, mais pour le cas du travail hospitalier ? Alors qu’il faudrait dans l’idéal doubler au minimum les effectifs auprès des patients ! Pour mes collègues et moi, le jour où nous avons un revenu à vie : nous quittons l’hôpital ! Car en ce moment nous allons prendre nos postes à reculons tant le travail s’est dégradé ! Pour ma part je vais travailler avec un nœud à l’estomac. À 56 ans je peux prétendre à la retraite, mais partir avec 1000 euros par mois ce n’est pas possible, donc je ne peux que continuer en espérant ne pas y laisser ma santé !

Autre sujet qui nous rapproche un peu : mon diplôme des Beaux Arts, je l’ai passé sur l’aménagement d’une aire de Gens du Voyage (Manouches). J’ai à mon niveau fait une étude sociologique (surtout basée sur leur manière de vivre pour apporter des solutions d’aménagements). Fait une expo photo dans mon village, fait des lavoirs avec eux pour amener la Mairie à installer 4 robinets de plus (car il y avait 1 robinet pour 80 personnes), etc.

N.B. : les élections approchent, et le théâtre politique devient de plus en plus désespérant, ne voulez-vous pas créer un parti politique ? Pour avoir enfin un espoir !!!

Bien cordialement.

Partager :