Pages non-actualisées du blog

Plusieurs d’entre vous signalent accéder à des pages non-actualisées du blog. La raison réside probablement dans votre fringale d’information qui a dû remplir le « cache » de votre ordinateur en copies de pages Internet (vous êtes pardonnés !).

Quand vous êtes sur l’Internet, allez dans Outils. J’ignore comment s’intitule la première ligne, en anglais c’est Delete Browsing History. Cliquez. Effacez les fichiers stockés. Reconnectez-vous sur mon site. N’oubliez pas de faire cela régulièrement.

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Nonfiction.fr, La crise vue par Paul Jorion

Un compte-rendu de La crise. Des subprimes au séisme financier planétaire (lundi en librairie) par Luc Goupil sur Nonfiction.fr. Où l’on trouve aussi le chapitre 3 : « Les États–Unis en 2008 » dans son entier.

Là réside la première source d’intérêt de l’ouvrage : proposer une lecture à distance et situer dans l’histoire du capitalisme les événements actuels, au risque de s’éloigner du langage courant de l’analyse économique et de s’exposer aux railleries de spécialistes trop contents de détourner d’eux les quolibets. Cette méthode peut énerver, mais elle a des réalisations heureuses.

La présentation de Jorion ne recevra sûrement pas l’approbation unanime des économistes – qui ne sont de toutes façons pas ses pairs – mais elle a le mérite de recéler, au sein d’une théorisation globale et par ailleurs fort stimulante, qui interroge la notion de « confiance des marchés » ou la place de la spéculation, un récit de la crise particulièrement instructif.

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Les forces politiques face à la crise

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

On nous pose de très bonnes questions à Jean-Luc Gréau et à moi-même pour un entretien en face-à-face à paraître dans Marianne. Les questions sont nombreuses et la place, très limitée, et il faut donc répondre de manière lapidaire. J’ai le loisir ici d’offrir une réponse plus détaillée.

A propos des réformes que nous préconisons, assimilées à se débarrasser d’une vulgate néo-libérale, il nous est demandé ceci :

Quelles sont les forces politiques selon vous capables de mettre en œuvre ce projet en France et au sein de l’Union Européenne ?

En fait, ces forces politiques n’existent pas aujourd’hui. Commençons par la droite : elle s’est engagée tout entière aux côtés du système qui s’écroule sous nos yeux par pans entiers. La gauche, de son côté, est tétanisée depuis la chute du mur de Berlin. Le centre-gauche s’est lui rallié au néo-libéralisme. La gauche-gauche s’est montrée incapable en vingt ans de proposer le moindre projet de société alternatif. L’extrême-gauche a toujours été une pépinière d’idées neuves mais les applications et tentatives d’applications de celles-ci couvrent un éventail qui va du peu convaincant au catastrophique. Les verts nous ont appris que la richesse se mesure à la santé de la planète mais là aussi je ne vois pas émerger de réels projets : des utopies très indigestes oui, souvent très anciennes d’ailleurs.

Le mouvement « décroissant » est sans doute le plus cohérent mais j’ai déjà fait état de mes objections à son égard. En deux mots : la décroissance ne peut être un projet, elle est un symptôme. Elle a lieu sous nos yeux en ce moment-même où elle accompagne une crise financière et économique sans précédent. Lorsque les effets du « peak oil » se feront sentir – ce qui n’est pas encore le cas mais ne saurait tarder – la décroissance aura lieu si le solaire n’a pas été pleinement maîtrisé d’ici-là. Mais un symptôme n’est pas un projet et celui-ci reste à définir.

Les seules forces politiques susceptibles de forcer le pouvoir dans la voie d’un changement de paradigme émaneront donc de la base, et pour pouvoir constituer une majorité, devront ignorer les clivages politiques traditionnels. Cette base est constituée de tous ceux qui partagent le sentiment que l’espèce est menacée dans son existence, dans l’immédiat par la crise et dans dix ans par l’épuisement des ressources non-renouvelables. Un tel sentiment est par nécessité planétaire, mais non centré sur l’environnement conçu comme la planète sans nous : la justice sociale fait partie de son horizon. Planétaire au sens de Gaia : le système dans son entier, et une solution des problèmes fondée sur l’éthique. Deux soucis à première vue divergents ont empêché jusqu’ici la coalition nécessaire d’émerger et il faut rappeler aux deux bords : pas de redistribution sans survie, mais pas non plus de survie sans redistribution.

Un projet de cette nature peut produire de l’absolument neuf mais est également exposé à toutes les dérives. Il faut que les politiques se réveillent, se rallient à ce mouvement de la base et mettent leur expérience de la chose politique au service d’une canalisation de cette colère dans un cadre qui doit demeurer à tout prix démocratique parce que les ennemis de la démocratie sont prêts et s’agitent déjà dans les marges où la crise est évoquée dans une perspective critique.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Les devises

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le problème des devises en ce moment, c’est qu’elles s’effondrent dans un bel ensemble en raison de la récession mondiale qui les engouffre toutes. Les tensions entre elles sont simplement dues au fait que certaines chutent plus vite que d’autres. Chaque zone monétaire a ses propres problèmes liés aux économies qui utilisent ces devises, et qu’elle essaie de régler avec le vieux tromblon de la manipulation des taux à court terme par sa banque centrale. Arme qu’il faudrait d’ailleurs reléguer là où elle a sa place : au musée des antiquités. Les économies doivent être protégées, à l’échelle de la planète et en étant sûr d’intégrer la planète elle-même à l’équation. Et ceci ne pourra se faire sans une nouvelle donne dans la redistribution du surplus : qui rétablit les salaires comme leur foyer central puisque c’est le travail humain qui jusqu’à nouvel ordre crée la richesses à partir de ressources dont la propriété résulte uniquement d’anciens coups de force.

Certains proposent de permettre aux zones monétaires de contrôler la circulation des capitaux entre elles, ce problème n’est plus d’une actualité brûlante puisque le crise l’a d’une certaine manière réglé, le patient étant mort d’indigestion. Contrôler la circulation des capitaux ne va pas non plus dans la direction d’une solution à long terme : il faut au contraire aller vers un ordre monétaire mondial fondé sur une monnaie unique. Pour que celle-ci puisse posséder une assise solide, il faudra d’abord que le phénomène monétaire soit réellement compris et, comme il est devenu parfaitement clair maintenant, la théorie « monétariste » n’est à ce point de vue d’aucun secours. Il y a donc du pain sur la planche.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’Europe de l’Est et la crise

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Il me semble que poser la question : « La crise est-elle en train d’atteindre l’Europe de l’Est ? » c’est ne pas comprendre quelque chose de fondamental à la nature de la crise.

J’avais évoqué ce même type de problématique au début du mois dans La crise parviendra-t-elle à traverser l’Atlantique ? où je disais que ceux qui posent cette question imaginent la crise comme Gérard d’Aboville dans sa barque : « Y arrivera-t-il ? Y arrivera-t-il pas ? ».

Le système financier est atteint d’un cancer qui connaît des métastases de plus en plus nombreuses. Mais la crise est en réalité présente partout où il existe au moins une banque qui reçoit des dépôts et consent des prêts. C’est–à–dire évidemment, partout.

On peut bien sûr suivre le progrès de la prise de conscience de la crise et, effectivement, moins le système financier est sophistiqué localement, plus cela prend de temps. Mais l’ordre dans lequel cette prise de conscience a lieu est évidemment purement anecdotique.

La crise « n’atteint pas » en ce moment l’Europe de l’Est : l’Europe de l’Est « s’éveille à la crise ».

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Moraliser la finance ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Accompagnant la suggestion de « punir les coupables », on entend dire aujourd’hui que « moraliser la finance » ferait partie de la solution à la crise.

D’une certaine manière la totalité de Investing in a Post-Enron World (McGraw-Hill 2003) et la première partie de Vers la crise du capitalisme américain ? (La Découverte 2007), sont consacrés à la fraude dans les milieux financiers.

J’ai déjà évoqué cette question dans Banalité et immoralité où je constatais « que dans le monde des affaires, rien ne prévient automatiquement les décisions rationnelles contre l’immoralité » et le fait est que sous sa forme actuelle, le capitalisme n’est pas moralisable : un système financier fondé sur les paris relatifs à l’évolution des prix, est nécessairement ancré dans le conflit d’intérêts. Toute information dont vous disposez personnellement et à laquelle les autres n’ont pas accès vous procure un avantage stratégique. Ne pas l’utiliser fait de vous non seulement un imbécile mais un perdant immédiat puisque le reste du monde exploite pour son bénéfice ce qu’il apprend de son côté sur l’évolution de ces prix dans les paris qu’il ou elle fait sur eux.

Sous la forme qui est la sienne aujourd’hui, le système financier offre une telle prime à la fraude que son fonctionnement normal est celui où chacun triche partout où l’occasion lui en est donnée : du délit d’initié à la comptabilité « créative », en passant par l’anti-datage des stock options. Le fonctionnement des salles de marché des établissements financiers repose entièrement sur le délit d’initié que constitue la connaissance des ordres des clients et l’exploitation faite pour son propre profit de cette information « confidentielle » aux yeux du monde, mais nullement pour soi.

C’est là une autre vertu de la mesure que je préconise de l’interdiction des paris sur l’évolution des prix : en éliminant la prime à la fraude, elle introduit une moralisation immédiate des pratiques, et ceci sans l’adjonction de règles accessoires.

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Métro, mardi 28 octobre

C’est très rapide et très court, et il ne s’agit pas d’un article dans « Le Débat »…

Paul Jorion est Docteur en Sciences Sociales de l’Université Libre de Bruxelles. Il est diplômé en sociologie et en anthropologie sociale. Il est l’auteur de « La Crise, des subprimes au séisme financier planétaire », éd. Fayard

Les marchés mondiaux ont-ils touché le fond ?

Difficile à dire. Les hedge funds, les fonds spéculatifs, continuent de liquider leurs positions. On a épuisé les zones de clarté. On est aujourd’hui dans les zones d’opacité.

Qu’est-ce qui pourrait stopper l’hémorragie ?

Il faudrait une interruption des marchés pendant au moins une semaine. Il y a eu beaucoup de décisions qui ont été prises au cours des dernières semaines, sans que les décisionnaires n’aient manifestement toutes les informations nécessaires. Henry Paulson a improvisé quand il a fallu prendre une décision sur Lehman Brothers. Il serait donc très bénéfique de prendre des décisions à froid.

Il faudrait tout arrêter ?

Oui, car il y a des informations qui n’ont pas été comprises. On a mis beaucoup d’argent dans les banques, mais elles le réutilisent en faisant les mêmes erreurs, en mettant ces liquidités dans les dividendes ou à racheter leurs concurrentes moins chanceuses. Il faut vraiment remettre les choses à plat.

Le problème de liquidité des banques semblait résolu…

Pas encore. On ne sait rien sur la solvabilité des établissements financiers. Regardez l’assureur AIG. L’Etat fédéral a injecté 85 milliards. AIG en a réclamé 37 de plus. Et la semaine dernière, il a demandé une nouvelle rallonge sous prétexte qu’il avait mal fait ses calculs…

Qui doit imposer une « pause » mondiale ?

On a parlé d’un nouveau Bretton Woods. C’est effectivement au plus haut niveau que doivent être prises ces décisions. Il y a déjà des institutions internationales, comme le FMI ou le BRI. Mais elles n’ont pas fonctionné correctement au cours des 20 dernières années. Leur demander d’agir aujourd’hui prendrait trop de temps.

Qui peut agir, alors ?

Mr Sarkozy semble avoir pris la tête de la croisade contre la crise. Il est de plus en plus entendu aujourd’hui. Il a effectivement une carte à jouer.

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Vie et mort de ce blog

Oui : il n’est pas très difficile de faire capoter un projet de forum comme celui qu’offre ce blog. On n’en est d’ailleurs pas loin. Chacun y vient avec ses motivations, les questions qu’il ou elle n’a pas pu régler ailleurs, voire même avec un projet délibéré de détournement – c’est ce qui vient de me pousser à écrire un billet spécifiquement consacré à Lyndon Larouche.

Ce blog ne peut pas fonctionner avec un modérateur : je n’en ai pas les ressources. Il m’offre un moyen de m’exprimer, comme mes livres, comme mes articles. En fait, il me sert sans doute de substitut à un enseignement que nul ne me demande de dispenser. Je ne l’interromprai pas : il s’agirait d’une trop belle victoire pour ceux qui n’aiment pas qu’on m’entende. Mais je peux interdire les commentaires. Ce sont ceux que vous ferez à partir de maintenant qui en décideront.

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Lyndon Larouche

A propos de l’enthousiasme manifesté par certains d’entre vous pour les idées de Lyndon Larouche.

Les motivations de Larouche et de son mouvement sont extrêmement suspectes. L’hypothèse la plus vraisemblable à mon sens est ce que j’ai appelé dans un commentaire antérieur : « un attrape-mouches de tous les extrémismes ». Il s’agit de répertorier et de mettre en fiches les protestataires du monde entier en leur offrant une plate-forme – apparemment très bien financée – où ils peuvent se regrouper.

Ne vous laissez pas manipuler par quelqu’un qui fut associé de très près au projet de guerre des étoiles du Président Reagan : on essaie de vous parquer dans un enclos, derrière des barbelés.

Les liens que vous créez dans vos commentaires en direction des sites larouchiens contribuent à un effort de propagande.

Dans mes commentaires précédents :

Le 7 septembre

Les motivations de Larouche sont difficiles à interpréter : il s’agit soit

––– 1. d’une des variétés de l’extrême-droite

––– 2. d’un effort de déstabilisation d’initiative russe. Seule constante en effet dans le discours de Larouche, les conclusions auxquelles il aboutit coïncident avec les intérêts de l’Union Soviétique jusqu’en 1989 et avec ceux de la Russie depuis (il abandonne brutalement son jargon marxiste-léniniste en 1989 pour invoquer plutôt Platon et Schiller).

––– 3. d’un attrape-mouches de tous les extrémismes, contrôlé en réalité par les autorités américaines. Dans ses deux autobiographies successives, Larouche renvoie au même incident comme

———- 3.1. s’expliquant par le fait qu’il est alors téléguidé par le FBI, mission qu’il aurait acceptée pour parer à un danger pour la sécurité nationale – dans la version de 1974 ;

———- 3.2. s’expliquant par la force de sa conviction marxiste-léniniste – dans la deuxième version, de 1988.

––– 4. d’un gars sincère, dont la pensée évolue

Le 2 octobre

Je viens d’écouter le webcast de Larouche. Aucune analyse, une bordée d’insultes suivie de longues comparaisons sur un ton incantatoire avec le Moyen Âge (de retour) et la Révolution française (de retour) où il se perd dans des digressions sur Marie-Antoinette et que sais-je encore. Seule constante : un nombre invraisemblable de références à la Russie.

D’une manière générale, c’est d’un très mauvais niveau : ça ne vient pas à la cheville des analyses de Roubini, Krugman, Evans-Pritchard, etc.

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Le VIX et la confusion des marchés

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

On parle beaucoup du VIX, (Chicago Board Options Exchange Volatility Index) ces jours derniers et je l’ai évoqué moi aussi. On l’appelle le plus souvent l’« indice de la peur », je l’ai appelé moi l’« indice de la confusion ». C’est un indice « de la volatilité du prix des options sur les 500 titres de société cotées aux États–Unis qui composent l’indice Standard & Poor’s 500 ». J’ai mis des guillemets dans la définition parce que ce n’est pas exact. Mais il aurait été beaucoup trop compliqué d’en donner une définition exacte d’emblée et il valait donc mieux commencer comme ça.

Le VIX a atteint vendredi son niveau le plus élevé jamais atteint. Le premier graphique le montre. Le niveau a déjà été très élevé dans le passé, comme lors de la bulle des start-ups, mais n’a jamais été aussi haut qu’avant-hier : 79,13, un gain de 16,7 % par rapport à jeudi.


© Bloomberg

Le deuxième graphique montre le pic précédent des années 1998-2003.


© Wikipedia

La volatilité, cela pourrait être aussi bien des mouvements essentiellement à la hausse, et cela ne suscite pas la peur mais la bonne humeur. Ceux-ci sont évidemment devenus assez rares.

Ensuite, il faut comprendre ce à quoi cette « volatilité » renvoie précisément. Il est question ici d’options, c’est–à–dire d’une transaction où le vendeur vend à l’acheteur le droit de lui acheter un produit – le « sous-jacent » – à une date convenue (ou à partir de maintenant : le cas des options européennes) et à un prix dont on convient maintenant. L’acheteur verse en échange une prime – comme une prime d’assurance. Les options qui sont gagnantes quand le prix s’apprécie sont appelées « call », celle qui sont gagnantes si le prix baisse sont appelées « put ».

Quand on parle de « volatilité » à propos d’options, il ne s’agit pas de mouvements à la hausse suivis de mouvements à la baisse et inversement : il s’agit de la valeur prise pas la variable « volatilité implicite » de la formule de Black-Scholes utilisée pour calculer le prix d’une option. J’ai déjà évoqué cette formule et ses problèmes dans Les modèles financiers entre Charybde et Scylla. Je rappelle brièvement que la formule est très inexacte : il lui manque une variable qui représenterait le profit du vendeur de l’option, elle repose aussi sur la supposition fantaisiste que le prix du produit évolue de manière telle que la distribution de ses variations est « normale » au sens statistique du terme.

On calcule cette « volatilité implicite » à partir du montant de la prime constaté : celui que le vendeur réclame. Et on retrouve dans la valeur « volatilité », en plus de la réelle volatilité du prix du produit sous-jacent (sa « vibration » : l’écart-type de sa variabilité), tout ce que la formule de Black-Scholes échoue à capturer : marge de profit et différence entre la distribution réelle de l’évolution du prix du produit et une distribution « normale ».

C’est dire qu’il n’est pas très clair ce que cette « volatilité » représente réellement. Elle reflète en tout cas l’augmentation du prix de la prime réclamée par le vendeur de l’option, c’est–à–dire, son interprétation subjective du risque croissant qu’il prend en la vendant, d’où la justification de lire dans le VIX – en simplifiant radicalement les choses et si vous me pardonnez l’expression – un « trouillomètre ».

Est-ce à dire que le risque de krach augmente quand le VIX grimpe ? Pas nécessairement, cela signifie simplement que la confusion est grande parmi ceux qui sont présents sur le marché quant à l’évolution du prix. Mais il ne s’agit pas d’une confusion « confiante » due à la présence d’une moitié d’intervenants qui pensent arrogamment que le prix va monter et d’une autre qui sont sûrs qu’il va baisser, non : il s’agit d’une confusion due au fait que les intervenants sont prêts à croire n’importe quoi et changent d’avis au moindre bruit de couloir. D’où les grands mouvements à la baisse, suivis de grands mouvements à la hausse, qu’on a constatés au cours des dernières semaines.

Quelles en sont les conséquences ? Le nombre des intervenants se réduit, et les fortunes se concentrent dans les mêmes mains. Ceci du moins sur les marchés à somme nulle comme les marchés à terme. A la bourse, le marché peut baisser tellement que les pertes globales compensent l’effet de cette concentration. Pourquoi le nombres des intervenants se réduit-il ? Parce que ces grands mouvements dans tous les sens balaient ceux qui se trompent et qui se trouvent éliminés. C’est une chose qui était très bien apparue dans les résultats d’ une simulation que j’avais écrite : si on ne trouve pas de nouvelles recrues, le nombre de participants diminue régulièrement, à mesure que ceux qui ont épuisé leurs fonds disparaissent.

Le VIX ne porte que sur les marchés boursiers mais pensons un moment à l’effet de la volatilité sur la crise en général. Je prends l’exemple du pétrole, la bulle spéculative qui a crevé en juillet.


© Digital Look

La bulle gonfle, gonfle, les compagnies aériennes sont dans leurs derniers retranchements, les constructeurs automobiles américains ne parviennent plus à vendre ni leurs pick-up trucks, ni leurs 4×4 : ils sont au bord de la faillite. En juillet, le prix du brut dégringole, entraînant la bourse à sa suite – sans que cela donne pour autant la moindre envie à quiconque de racheter une 4×4 parce que chacun sait que les prix jouent désormais au yo-yo, dévastant tout sur leur passage, à la baisse aussi bien qu’à la hausse ! Il y a engendrement du négatif par le négatif et c’est ça que le VIX révèle. Le fait qu’il ait battu un record vendredi ne présage rien de bon pour la semaine qui s’ouvre.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Bretton Woods II : la bonne direction

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je lis dans La crise actuelle est née en 1971, l’entretien avec Michel Rocard publié jeudi dernier dans Le Temps, « Un type talentueux, qui s’appelle Nicolas Sarkozy, a exploité la convergence des volontés de quelques grands Etats européens » et cela ne me choque nullement. Cela me paraît même parfaitement justifié. Bien davantage en tout cas que d’autres commentaires que j’ai l’occasion de lire ici ou là et qui déclarent « Quoi ? Il ne sait pas ce qu’il veut : un jour il affirme que le capitalisme est la plus belle chose au monde, et le lendemain, qu’il est cassé ? » Que voudrait-on à la place ? Que le Président de la République Française prétende mordicus – contre toute évidence – que tout va bien ?

Mr. Sarkozy a été élu démocratiquement sur un programme. Celui-ci vantait les vertus de l’endettement à tout crin des ménages. C’était là une idée exécrable – qui au cours des années récentes a conduit les États–Unis à la catastrophe. Ses propositions étaient écrites noir sur blanc et ceux qui ont voté pour une telle plate-forme électorale l’ont fait en leur âme en conscience, et leur choix l’a emporté dans les urnes. Mais la vertu majeure d’un chef d’état est d’être en prise avec la volonté de son peuple et si celle-ci se modifie parce que le contexte a lui-même changé, le talentueux s’y adaptera en effet.

Depuis, Mr. Sarkozy a pris au sérieux la présidence française de l’Union Européenne et proposé avec un panache très gaullien, un nouveau Bretton Woods. Les pays asiatiques ont décidé aujourd’hui de lui emboîter le pas et tant mieux ! Dans le contexte actuel d’une crise dont chacun reconnaît la responsabilité aux États-Unis – même si la situation actuelle du dollar par rapport aux autres devises suggère qu’ils sont bien placés pour tirer les marrons du feu – le rapport de force des autres nations par rapport à l’Amérique n’est plus celui qui présida à la réunion, première du nom, en 1944, quand elles étaient toutes à genoux.

Il est peu probable que Mr. Sarkozy et ses conseillers préconisent les mesures que je prône quant à moi : les leurs seront sans aucun doute très en retrait quant à leur radicalité, en en particulier sur un point que le Président français affirme pourtant essentiel : trouver le moyen de prévenir les crises plutôt que celui d’en amortir les chocs lorsqu’elles se sont déclarées. Il serait néanmoins inopportun de prétendre que les initiatives actuelles vont dans la mauvaise direction.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Peggy Lee (1920 – 2002)

Je jette un coup d’œil à la liste des chansons qui sont maintenant sur le blog et il y a de grands vides, je veux dire des chansons et des chanteurs et chanteuses qui sont parmi mes préférés et qui manquent à l’appel. Je vais essayer de combler les vides petit à petit.

Pour les chanteuses américaines des années 1950, il y a déjà eu Jo Stafford, Patti Page et – incidemment – Ella Fitzgerald. Il manque bien sûr, au tout premier rang, Peggy Lee.

Je n’ai pas trouvé de version de Fever qui me convainque mais ceci n’est pas mal non plus, avec Benny Goodman à la clarinette. Et puis cela me donne l’occasion de faire un clin d’œil aux petits et aux grands enfants.

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