Archives de catégorie : Archéologie

Mort de masse et « fosses communes », par Arkao

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L’actualité pesante du cadavre, qu’exprime l’odeur qui s’en dégage, devient d’ailleurs le point central de nombreux problèmes dont le principal reste bien celui dont nous parle Ionesco : comment s’en débarrasser. Louis-Vincent Thomas *

Les pics de mortalité génèrent ordinairement des encombrements dans le système des funérailles, qu’il s’agisse de crémations ou d’inhumations. Sans aller jusqu’à parler d’une économie à flux tendus, les acteurs public ou privés concernés ont des volumes de services adaptés à un taux de mortalité moyen, hors crises. L’urgence à faire rapidement « quelque chose » du corps du défunt est la conséquence des processus de décomposition qui interviennent environ 48 heures après le décès. Pour parler de façon non politiquement correcte, un cadavre ça ne sent pas bon et ce n’est pas beau à voir. Les survivants des tranchées de 14-18 en gardaient un très mauvais souvenir et un célèbre fabricant d’alcool de menthe (imbiber le mouchoir de quelques gouttes pour contrer les mauvaises odeurs) a fait son beurre en vendant aux poilus son produit conditionné en petits flacons plats de poche. Après la mort donc, le temps est compté. Les riches sociétés occidentales disposent néanmoins d’une parade, la conservation par le froid (en mettant de côté la chimie, les thanatopracteurs étant tout aussi débordés). Symétrique du confinement des vivants qui a pour but d’étaler dans le temps les soins hospitaliers, le stockage des morts en frigo (comme lors de la canicule de 2003) permet de différer les funérailles.

A défaut de pouvoir conserver les corps plus longtemps que d’ordinaire, bien des sociétés sont contraintes d’accélérer la mise en terre. Aussi les médias ont relayé des images de ce qu’ils nomment des « fosses communes ». Nous avons pu voir ainsi des images satellites de cimetières iraniens avec de supposées longues fosses creusées à la pelle mécanique, des photographies aériennes d’un cimetière à Manaus (Brésil) présentant la même chose, et plus spectaculaire encore une vidéo prise d’un drone du cimetière de l’Ile de Hart à New-York.

Capture d’écran d’une vidéo présentant les inhumations sur Hart Island (New-York Post 9 avril 2020).  Continuer la lecture de Mort de masse et « fosses communes », par Arkao

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De la vie bonne des mammifères humains et des bovins domestiques, par Pierre-Yves Dambrine

Billet invité.

Tout comme les vaches, les, génisses, les veaux, les taureaux et les bœufs, nous appartenons à la même classe des mammifères, animaux vertébrés, dont les mères allaitent les petits, et vivipares.

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TABLETTES, par Jacques Seignan

Billet invité.

Sur une tablette tactile, quelques manipulations effectuées du bout du doigt font apparaître la photographie d’une tablette mésopotamienne en argile, recouverte d’une écriture cunéiforme. C’est une mise en perspective… sur quelques millénaires. Ces deux objets sont appelées « tablettes » car les langues, plutôt que de créer sans fin des néologismes, préfèrent souvent recycler des mots usuels. Au-delà de cette similarité géométrique justifiant cette dénomination, des analogies pourraient exister.

Au XIXe siècle, les archéologues qui ont fouillé la Mésopotamie ont exhumé de dizaines de milliers de petites plaques rectangulaires : des tablettes en argile durcies par séchage ou cuisson, recouvertes de l’écriture dite cunéiforme. Ce terme de tablette était déjà utilisé pour désigner les planchettes romaines recouvertes de cire sur lesquelles on écrivait et effaçait avec un stylet. Bien avant Rome, entre le Tigre et l’Euphrate, est née une des plus anciennes civilisations du monde : Sumer (1), source de toutes celles qui lui succédèrent en Mésopotamie. Comme le latin en Europe, le sumérien, devenu langue morte, fut utilisé comme langue religieuse et culturelle jusqu’au Ier siècle av. J.-C. Les Sumériens ont inventé l’écriture, étroitement liée à ce support, qui leur a ainsi permis de développer et conserver leurs créations dans tous les domaines : de la comptabilité à la littérature en passant par l’astronomie, les mathématiques, la diplomatie, le droit…

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