Une interprétation iconoclaste d’un fait archéologique

Il s’agit d’un pendant d’oreille en ivoire de mammouth trouvé en Pologne et dont la datation au radiocarbone indique qu’il est vieux de 41.500 ans, ce qui le situe au paléolithique supérieur. Vous pourrez trouver toutes les explications ici.

Les archéologues hésitent, comme vous le verrez dans l’article, entre différentes interprétations pour la décoration en deux lignes sinueuses de petits points : forme de calendrier, décompte d’animaux de chasse abattus, système de numérotation ou, à défaut, « objectifs esthétiques ».

Je me permets d’apporter une opinion en provenance d’une autre discipline, l’anthropologie. Dans les sociétés que j’ai eu l’occasion d’étudier, une ligne sinueuse faite de petits points sur un pendant d’oreille, ce n’est ni le rappel d’un système de numérotation, ni un calendrier, ni le bilan d’une saison de chasse, c’est pour faire joli.

P.S. Une petite pique, dont les anthropologues sont coutumiers, à l’égard des archéologues qui vous reconstituent toute une religion, avec prêtres, dieux et défilés complets, à partir de deux coquillages percés chacun d’un trou, eux qui peuvent observer un rituel pendant cinq années, interroger tous les participants, et ne pas comprendre encore de quoi il s’agit précisément.

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40 réflexions sur « Une interprétation iconoclaste d’un fait archéologique »

  1. Est-ce par hasard si le total de  » petites marques  » — qui pourraient avoir servi l’intention de  » faire joli  » — est ce que l’on appelle à l’école un nombre rond. ( Cinquante soit cinq dizaines ) Mais que compte-t-on au paléolithique supérieur ?

    Chacun — l’artisan bijoutier et l’archéologue — n’utilise-t-il pas les outils dont ils disposent, qui lui ont été transmis ou qu’il a fabriqués ? Deux logiques qui pourraient ne pas se rencontrer et demeurer indéchiffrables ?
    Et au bout du compte deux mondes situés sur des plans différents ? Sans compter une  » écriture  » et une  » lecture  » à des époques différentes ?

  2. Question anthropologue paléontologue,

    Je vous conseille un excellent chercheur, dont j’ai collé une vidéo en cadeau pour Potatoes Man, sa technique à partir de Data relevées et compilées numériquement est assez incroyable et son analyse du métier plutôt décapante.

    Jean Loïc Le Quellec. https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Lo%C3%AFc_Le_Quellec

    Toutes ses vidéos disponibles sur le net, sont très fouillées, très documentées et à mon goût dans une excellente démarche sientifique. Sa base données des mythes construite sur le principe de la « phylogénétique » est exceptionnelle.

    A découvrir si ce n’est déjà fait !

  3. Comme celle-ci ?!

    https://www.youtube.com/watch?v=nKGobB2UQ2Y

    … à 3:55, que dire du principe de « chasse qualifiante » qui ferait des chasseurs/assassins aux trophées de notre temps les dignes héritiers des hommes des cavernes ?!

    … n’y aurait-il pas là une énorme confusion entre « chasse qualifiante » et « chasse jouissive » ?!
    Autrement dit, une tentative hasardeuse de justification de l’acte de chasse aux trophées ?!

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Chasse_aux_trophées

    Alors ma foi… Comment dire…

    Philippe

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    1. Si tu lis tout ce qui te passe sous les yeux avec autant de légèreté, et sans comprendre l’arrière plan à partir duquel cela est énoncé, comment dire…

      Bien entendu que non ce n’est pas une justification hasardeuse de la chasse aux trophées, faut être à cran pour avoir vu cela…

      Mais sur le ton du second degré c’était bien vu, et ça marche plutôt bien, ça m’avait capté l’attention ces photos, de mettre en opposition le chasseur masaï qui culturellement depuis des millénaires certainement fait une chasse qualifiante ( au sens de passage de rite, de devenir une homme, presque en corps à corps) et les gros (ou pas d’ailleurs) porcs blancs occidentaux qui font aussi une chasse « culturelle » qualifiante de classe et du fric avec une carabine et en 4×4 , et champagne le soir ! J’en connais qui en expose chez eux dans de vrais musées personnels (putain que c’est glauque).

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    2. A mon sens il y a une différence notable entre la chasse à la lance, ou avec des outils rudimentaires, comme la pratiquait les chasseurs-cueilleurs, et la chasse au fusil comme pratiquée aujourd’hui. L’engagement du chasseur, dans sa confrontation à l’animal, n’est pas du tout le même.
      Je peux comprendre qu’autrefois la chasse pouvait être perçue comme qualifiante et permettre à un individu d’accéder à un statut social.
      Statuts sociaux et hiérarchie sociale dans ces communautés sont peut-être là d’ailleurs une explication à la disparition de la mégafaune au Paléolithique supérieur.

      Mais aujourd’hui ?!…
      Cette pratique de chasse aux trophées est tout à fait risible autant qu’elle est tragique.

  4. Les traces sont celles d’une chaînette de bouchon de lavabo de récup, utilisé comme système de suspension du pendentif. C’est bien connu, on fréquentait assidûment les recycleries au paléolithique supérieur ! Regardez bien, les traces partent ou reviennent vers les trous de suspension.
    Personne n’a mieux ? Allez on valide !

  5. La recherche scientifique gagnerait beaucoup à éviter le cloisonnement excessif, la spécialisation à outrance. Ce cloisonnement est dû à la recherche de rentabilité maximale et immédiate. Ne jetons pas la pierre sur ces scientifiques qui ont fait avec les moyens qu’on leur donne et les limites que la société leur fixe. Il faut aussi du temps pour continuer à chercher et à apprendre et se servir des autres disciplines pour faire avancer la recherche. Il faut aussi des moyens, une volonté. Surtout dans des disciplines qui ne produisent pas une richesse monétaire immédiate. Si les outils, les artefacts des hommes préhistoriques avaient un intérêt pour des monopoles comme Pfitzer, Cela fait longtemps que les millions afflueraient et surtout les faux articles scientifiques qui ommétrait sciemment certains faits pour ne pas diminuer la rentabilité du donateur.

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  6. Sauf que l’anthropologue Philippe Descola nous apprend que le concept « d’Art », dans son actuelle acceptation, date du début de la renaissance Européenne….et est totalement absente de toutes les autres sociétés de la planète.
    Voir à ce sujet « Par delà nature et culture » (Gallimard 2005), et le plus récent « Les formes du visible » (Seuil, 2021).
    Mais l’une des principales caractéristiques de nos sociétés « modernes » n’est elle pas de consister à faire le monde à son image ? (cf les travaux de l’école de Polo Alto, et plus particulièrement Paul Watzlawick)

    Christian

    1. Il n’est pas ici question d’art mais de beauté. Descola n’a jamais écrit que la notion de beauté remontait à la Renaissance. Comme je suis (plus) belle (ou beau) avec ces pendentifs! Faudrait en reconstituer une paire et les pendre à des oreilles banalement urbano – contemporaines pour voir l’effet sur celle (ou celui) qui les porte et sur son entourage. Ou encore, en guise d’exercice archéo-anthropologique, de les confier à des chasseurs – cueilleurs – éleveurs sibériens actuels (il en reste), chamanes ou pas, et leur demander ce qu’ils en pensent. Pas sûr qu’ils y voient les phases de la Lune ou le nombre de rennes abattus par le lointain ancêtre.

    2. Dire que le concept d’art n’a pas existé avant la Renaissance, en tant que l’art est une institution avec ses artistes, une littérature critique, ses « stars »», ne signifie pas qu’auparavant il n’existait pas de sentiment esthétique, c’est à dire le fait de considérer un objet au delà de son aspect purement utilitaire.
      A moins de considérer que notre émerveillement devant les peintures de Lascaux ne doive rien aux peintures elles-mêmes, je veux dire avec l’émotion qu’elles dégagent en tant qu’il a fallu que ceux qui en sont à l’origine fussent mus eux-mêmes par une certaine émotion pour créer.

      Nous n’en comprenons certes pas la signification iconographique (des savants comme Alain Testart ont toutefois émis des hypothèses intéressantes) mais au moins nous pratiquons toujours le dessin et la peinture à mains nues, à ce titre nous pouvons appréhender et ressentir ce qu’est tracer une ligne, faire un aplat … Nous en voyons la difficulté, nous voyons que l’on ne s’improvise pas dessinateur ou peintre.
      Or si le geste en tant que nous peignons et dessinons demeure essentiellement le même il n’est pas douteux qui nous puissions apprécier la finesse, la sensibilité, la force d’un dessin de Lacaux. Au reste il n’est pas impossible que les humains du paléolithique avaient leurs « grands artistes », ce n’est pas parce qu’il n’en est demeuré aucun témoignage écrit qu’ils n’ont pas eu leur heure de gloire.
      Autre hypothèse : certains sanctuaires étaient renommés, et on venait de loin les admirer…

      PS. Je serais moins catégorique de Descola s’agissant des autres cultures.
      Dans la Chine des Han, à partir du 3ème siècle après notre ère, on assiste à l’émergence d’un monde de l’art, en l’espèce il s’agit de l’art de la calligraphie.
      A cette époque apparaît une littérature spécifique qui s’attache à discriminer les styles de calligraphie propres à certains calligraphes en fonction de certains critères esthétiques ; des noms de calligraphe se détachent du lot… Dans ce cas précis, nous avons donc une littérature qui permet comparer l’émergence de l’art en Occident et en Chine.
      D’une certaine façon l’art s’est autonomisé plus tôt en Chine.
      Il y a d’ailleurs un paradoxe intéressant : c’est dans une civilisation confucéenne où en principe le groupe prime sur l’individu qu’un art, la calligraphie, accorde toute son importance à l’individu en particulier, à non pas à l’artisan comme dans le cas de l’Occident, du moins médiéval, où ‘l’artiste à tendance à s’effacer derrière son oeuvre, les seules signatures se bornant à des initiales, celles que l’on retrouve gravées par exemple dans les pierres de Notre Dame. Le paradoxe n’en est plus un si l’on a a l’esprit que le calligraphe chinois exprime au travers de son oeuvre calligraphique une qualité morale. Non pas que l’œuvre en tant que telle ne soit seulement que l’expression de cette qualité, mais que la valeur artistique n’est rien ou moins disante en tous cas si l’homme moral n’y est pas visible.

      https://www.persee.fr/doc/asie_0766-1177_1996_num_9_1_1113

      1. Et les Grecs de l’Antiquité? Phydias, pas un artiste? Pas un obscur anonyme en tout cas. Encore moins un « simple » artisan.
        Quant à l’hypothèse des « grands artistes » du Paléolithique, comment ne pas y adhérer? Sinon, comment expliquer les splendeurs de Chauvet?
        Merci pour l’allusion à Testart, hélas bien trop tôt disparu pour nous donner son point de vue sur le pendentif « polonais ». Je ne suis pas en train de prétendre qu’il différerait beaucoup de celui de Paul.
        http://www.alaintestart.com/avh_table.htm

  7. Que signifie  » faire joli » ?

    Avec quoi on se perçait les oreilles il y a 42 000 ans ?

    C’étaient des boucles d’oreilles de fille ou de garçon ?

    PS : le commerce de bijoux en ivoire était donc bien vu à cette époque . Mon seul contact avec la bijouterie africaine remonte à une rencontre avec un vieux chef de village sur la route de Pana ( entre Koula-Moutou et le Congo ), qui avait autour du cou un « collier  » ( en fait 2 tiers de cercle , cylindrique de près de 3 cms de diamètre ) en cuivre natif brut artistiquement strié de dessins géométriques . L’explication qu’il m’avait donné était que c’était son « sceptre » de chef , et que chaque strie du collier comptabilisait en fait le nombre de bêtes de son cheptel . Comme il n’y avait que des chèvres et cabris dans le secteur et pas de bovidés , je me suis posé des questions sur la nature du cheptel sans me montrer plus indiscret .

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  8. Hypothèse:
    C’est une décoration et elle représente un collier, avec quelques centaines ou milliers d’années d’avance.

    La Belle en rêvait: avoir autour du cou un collier avec 50 dents de tigre des cavernes. Une preuve d’amour et d’habileté à la chasse. La preuve publique qu’elle avait fait le bon choix du chasseur à même de prendre soin de sa progéniture car tigre= viande +descente de lit.
    Manque de pot, son Beau ne savait pas encore trouer assez finement l’émail très dure des dents .
    Un rêve qui demandera l’habileté de plusieurs générations avant sa réalisation.

    Alors, le Beau a dessiné le collier sur l’ivoire.
    Conclusion: la femme a souvent une longueur d’avance. Voir cuisine intégrée.

  9. Pour les pas assez anglophones, dont je suis.
    https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/archeologie-cest-plus-ancien-bijou-orne-decouvert-eurasie-95258/
    https://www.hominides.com/html/actualites/pendentif-41500-ans-pologne-1498.php
    Il s’agirait donc bien (je m’en doutais un peu) de Sapiens, dont la présence en Europe est attestée il est vrai dès moins 70000 ans.
    L’article d’hominidés fait allusion à une plaquette de l’abri Blanchard présentant une succession de points ayant abouti aux mêmes (curieuses) hypothèses cynégético – lunaires de la part des archéologues. Sans négliger la piste « purement » esthétique.

    1. ce qui en fait le plus ancien pendentif en ivoire orné de ponctuations du Paléolithique précoce en Eurasie.

      Cela sent un peu la traduction automatique DeepL, mais la journaliste n’a pourtant pas hésité à signer de son nom ; il faut bien que les jeunes gagnent leur vie…

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  10. Ceux qui se font tatouer aujourd’hui savent ainsi que , pas plus que Neandertal ou Cro-Magnon , ils ne laisseront de traces de cette nature qui les rendraient immortels , mais que par contre , en choisissant bien ses boucles d’oreille on peut prétendre à ce nirvana .

    1. Qu’il s’agit d’une représentation très expressive de notre espèce découvrant avec consternation le risque de son extinction.

      Je plaisante bien entendu : le risque qu’il existe encore un descendant de notre espèce dans 200 ans est infinitésimal…

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  11. J’ai une autre hypothèse esthétique. La fille de la mère qui avait laissé trainer ses boucles d’oreilles à coté de sa couche le temps d’aller chercher de l’eau au ruisseau, en a profité, histoire de passer le temps, d’y incruster sa vision spontanée de la beauté.
    De retour au bercail, la mère lui en a fait voir de toutes les couleurs.
    La beauté réside dans l’improbable conséquence des petits riens qui nous conduit plus de 40’000 ans plus tard à digresser sur cette parure, fruit de l’union de deux êtres que l’on porte peut-être dans nos gênes.

  12. C’est amusant mais, personnellement, ce qui m’épate, au-delà des divergences d’interprétation sur les pointillés, c’est qu’apparemment ils sont d’accord sur le fait que ce sont des pendants d’oreilles. Ce n’est déjà pas si mal comme résultat. Après, je crois que la mécanique quantique connaît aussi de persistants problèmes d’interprétation, et qu’on ne se moque pas des physiciens pour autant. Enfin, il doit y avoir des mondes parallèles, au sens de Hugh Everett et de Quinn Mallory, où on se moque des physiciens.

    https://www.youtube.com/watch?v=Nu4hHx8azrQ

  13. Ah, le débat entre le beau et l’utile!
    Mon hypothèse personnelle: ce ne sont pas des pendants d’oreille, mais cela sert à faire la vinaigrette (technique à deux mains); les lignes de points améliorent le travail d’homogénéisation de la vinaigrette, à l’évidence.
    Question: est-ce une invention masculine, féminine ou mixte?
    Ou alors, c’est un test de rorschach préhistorique…

  14. Comme il y a deux trous, on imagine que la plaquette est parallèle au plan de l’oreille
    (sur un axe avant arrière, donc).
    les trous servant à des fixations (ligatures) en avant et en arrière du conduit auditif.
    Alors les pointillés forment une ligne qui ressemble au lobe bas de l’oreille.
    Lequel pouvait avoir reçu des tatouages pointillistes « à l’australienne, » qui auraient été simplement reproduit en surface du pendant
    dupliquant l’oreille sous-jacente ou la prolongeant vers le bas.

    Cachez ce lobe que je ne saurais voir !

  15. Je n’ai pas lu tout le reportage , mais qu’est devenu le deuxième pendant d’oreille ? Cet exemplaire était celui d’un Van Gogh néolithique ?
    Ou bien , ne portait on qu’un seul pendant à une seule oreille , il y a 42 000 ans ?

    Après un peu de navigation sur le web , je dois dire qu’on a fait de considérables progrès dans la conception et le travail des pendants et boucles d’oreilles depuis 42 000 ans , et je doute qu’il y ait une production esthétique humaine qui se soit montré aussi prolifique et créative sur la période . Et pour pas cher .Une bonne idée de cadeau pour les fêtes .

    Mais je reste assez incertain sur les motivations qui poussent depuis si longtemps , à se révéler par ces suspensions à l’appendice qui a fait la renommée de Gainsbourg .

  16. Que signifie « faire joli »…?
    Une gratuité ajoutée..?
    Une irrésistible envie de poursuivre sans parvenir à considérer que l’objet est terminé en l’état…?

    1. Merci de l’écho .

      On prétend qu’une bonne proposition est une proposition qui résiste à 5 pourquoi successifs . Le premier de mes petits fils entre 2 et 5 ans était imbattable à ce jeu là , et j’ai plusieurs fois rendu les armes avant qu’il ne se lasse d’en savoir plus !

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