Archives de catégorie : Encyclopédie

PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – RENTE, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité

RENTE – Voyons ce que nous en dit l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert : « Revenu, soit en argent, grain, volaille ou autre chose, qui est dû à quelqu’un par une autre personne. » C’est un peu court, plutôt vague, vrai du point de vue du droit ancien, mais faux de notre point de vue. Une rente n’est pas n’importe quelle dette ; elle n’est en tout cas pas un « revenu » au sens strict pour celui qui la touche. Un salaire est un revenu. C’est ce qui nous revient en échange d’un service ou d’un travail contractuel et tarifé (tant de l’heure) que nous avons accompli. La rente n’est pas le salaire du rentier, puisqu’elle ne rémunère pas son labeur. On veut voir la rente partout, soit pour la banaliser et l’excuser, soit pour s’en désoler stérilement et l’ajouter à d’autres motifs de paranoïa, mais elle n’est présente en force qu’en de certains secteurs du corps social. On se gardera bien de qualifier de rente les droits d’auteurs. Sauf imposture négrière, les droits perçus par un auteur en acompte et sur les ventes de son ou de ses livre(s) ne sont pas une rente. Ils le soutiennent dans son effort d’écrire et viennent généralement en appoint d’autres sources de revenu. Aux quelques privilégiés qui pourraient en vivre et qui ont l’écriture dans le sang, ils permettent surtout de ralentir un rythme de production préjudiciable à la qualité des oeuvres publiées.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – DÉVELOPPEMENT DURABLE, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité

DÉVELOPPEMENT DURABLE – Nouvel enrobage à l’arôme écolo de l’amande amère de la croissance perpétuelle. Si l’on est imperméabilisé contre les produits dérivés de l’écologisme publicitaire et entrepreneurial, on prendra l’expression au pied de la lettre : le « développement durable » est une astuce de thanatopracteur pour faire durer une économie périmée du parasitage. Ralentir le rythme de ce qu’on a le front d’appeler « développement » et qui en est l’exact inverse, si on le compare à la métamorphose de la chenille écornifleuse en papillon pollinisateur, ce n’est pas amorcer un changement de paradigme, c’est faire prendre à l’actuel un bain de formol.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – RÉFUGIÉS, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité

RÉFUGIÉS – Leur nombre est la jauge infaillible de nos défaillances de gouvernance. On notera que les refuges les moins accueillants sont souvent ceux offerts par les états les plus défaillants. Un état défaillant est un état qui, directement ou indirectement, crée sur son sol ou dans un autre pays les conditions d’une émigration forcée et qui, en tant que point de départ, lieu de transit ou point d’arrivée de celle-ci, bafoue les droits imprescriptibles qu’il a reconnus à tout homme en signant la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948). En juin 2013, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) estimait à 45,2 millions le nombre de personnes « déracinées »[1], un Everest jamais atteint depuis 1994 et dont l’ombre commence à toucher les derniers eldorados du je-m’en-foutisme. Existe-t-il un point de comparaison dans le passé ? Non.

Mais… et les invasions barbares ?

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – HAVRE FISCAL, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité

HAVRE FISCAL – Traduction de l’anglais tax haven. Paradis des damnés de « l’enfer » fiscal pour qui le principe même d’une imposition proportionnée au volume des revenus et des rentes a des relents de tenailles de forge rougies au feu et manipulées par des tourmenteurs communistes, barbichus et cornus. Les particuliers en quête d’un régime d’imposition accommodant, c’est-à-dire non « confiscatoire » [1], ne sont pas les seuls à s’y retrouver. Les entreprises bancaires (BNP, Deutsche Bank [2]), énergétiques (Total, BP) et technologiques de pointe (Google, Apple), les mêmes qui, paraît-il, font grimper le PIB et la fierté de leurs pays d’origine, viennent oublier dans ces champs élyséens et lotophagiques le devoir de reconnaissance à l’égard des communautés qui ont permis leur émergence. Sachant que les bénéfices sont imposés à 33,33 % en France, un fleuron du CAC 40 s’arrangera pour transporter les siens, via un pont de holdings, dans un havre où ils ne seront plus imposés qu’à 2 % (millefeuille hollandais). Les démons infernaux eux-mêmes sont trop contents de disposer à leurs portes de paradis qui, bien mieux que le Secret défense, leur permettent de masquer à leur parlement la circulation des commissions et rétro-commissions liées aux contrats militaires [3] ou énergétiques. C’est encore grâce à ces paradis qu’ils peuvent soutenir sans ciller que Lucifer ne verse aucune rançon aux terroristes preneurs d’otages.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – BANGLADESHISATION, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité

BANGLADESHISATION – Projet patronal d’alignement des salaires et des conditions de travail occidentaux sur ceux du Bangladesh [*]. Ce projet est acté politiquement quand un ministre de droite ou de gauche – c’est à peu près égal en l’occurrence – se félicite que les syndicats de son pays aient accepté, en échange de la conservation des emplois et d’une relocalisation d’une partie de la production, un grignotage des acquis sociaux essentiels et un gel, voire une réduction des salaires. C’est ce qui s’appelle avancer à reculons vers l’avenir ou sortir de la crise par le sous-sol. Vers l’infini, dirait Buzz l’Éclair, mais en deçà (d’un partage équitable des gains) !

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[*] Paul Jorion : « Aligner les salaires français sur ceux du Bangladesh », Le Monde, 13-14 mai 2013.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – RAPPORT DE FORCES, par Michel Leis

Billet invité.

Rapport de forces

Un rapport de forces décrit un état possible de la relation entre deux parties, il résulte de la volonté de l’un ou l’autre protagoniste d’imposer son point de vue. Une hiérarchie implicite se construit, elle repose sur une évaluation a priori du statut, de la force ou de la capacité de nuisance de l’autre partie. Il arrive parfois qu’aucune hiérarchie claire ne se dégage, le rapport de forces s’équilibre et conduit au pire à une situation de statu quo, et dans le meilleur des cas, à des formes plus ou moins étendues de coopération. Une situation de déséquilibre permet au vainqueur de cette confrontation tacite de se passer de l’accord d’autrui ou d’obtenir des avantages dans le cadre d’un accord nécessitant le consentement de l’autre partie. L’éthologie nous montre comment l’émergence du mâle (ou de la femelle) dominant(e) dans une meute repose sur une hiérarchie intégrée par l’ensemble des individus, mais où le statut de dominant reste régulièrement remis en cause. Pourtant, au moment exact où le recours à la force se substitue à la potentialité de son usage, le rapport de forces disparaît en tant que tel, la violence remplace un état de la relation devenu inutile et qui n’existe que dans le cadre étroit de sa virtualité.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIèmeSIÈCLE » – MÉDITERRANÉE, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité

Méditerranée

Mer où l’on pêche de moins en moins de poissons et de plus en plus d’hommes. Elle sépare un enfer majuscule d’un enfer minuscule.

Vous qui nagez ici, laissez toute espérance.

Verra-t-on un jour la Méditerranée se soulever contre l’hécatombe des Africains comme jadis le fleuve Scamandre contre celle des Troyens ? Combien faudra-t-il de cadavres échoués sur les plages de la rôtissoire estivale pour que la nausée se communique aux bons viscères ?

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – REPOS DOMINICAL, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité

REPOS DOMINICAL : Meuble du désert journalistique dominical ? Non, pour autant que les commentateurs dépassent l’alternative sondagière du pour ou contre l’ouverture des enseignes de bricolage. Le sujet touche un nerf sensible de notre rapport au travail salarié. Le repos dominical a par ailleurs contre lui d’être associé, dans le vague des imaginaires, au tempo liturgique de l’Église chrétienne, bien que d’autres religions aient aussi leurs jours chômés et leurs marqueurs sonores. L’Église ne contrôle plus le temps, de nos jours, mais un bruit parasite persiste, venu de l’époque où elle le contrôlait, et qui se continue dans les sonneries de cloches.

Le contrôle du temps par l’Église, déjà fortement entamé par l’irruption et le développement de l’horlogerie civique à la fin du Moyen Âge, symbolisait encore assez sa mainmise sur les corps et les esprits, aux yeux des révolutionnaires français, pour qu’ils décidassent d’abolir le calendrier grégorien. Le dimanche ne fut pas le seul à être emporté par la trombe réformatrice. La ponctuation festive des grands saillants liturgiques disparut elle aussi. Le 5 octobre 1793, par décret de la Convention, la semaine de sept jours fut remplacée, décimalisme oblige, par une semaine de dix jours, dont le dernier, le décadi, était chômé. Le 24 novembre, il fut décidé qu’on découperait à l’avenir le jour en dix tranches horaires. Ce découpage devait être abandonné très vite en 1795. C’était plus que ne pouvait digérer l’appétit d’innovation des Français. Les sectateurs du dix ne pouvaient triompher d’un coup et définitivement d’habitudes séculaires.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – MARKETING, par Michel Leis

Marketing

Le marketing sait se vendre, c’est bien le moins que l’on puisse en attendre. Il se présente sous ses meilleurs atours pour nous séduire : ne s-agit-il pas de mettre l’individu au centre, de coller à ses besoins et aspirations pour créer le produit qui répondra parfaitement à ses attentes ? Il s’impose dans la deuxième partie des Trente Glorieuses alors que la consommation de masse commence à donner des signes d’essoufflement. Il devient très vite porteur d’autres promesses : plus de profit, avec des consommateurs prêts à payer plus pour acquérir l’objet indispensable à leur statut, un marché dynamique fondé sur le renouvellement rapide des produits, grâce à une obsolescence technologique et d’image soigneusement entretenue. Il est perçu comme l’une des armes les plus efficaces dans le contexte d’une guerre totale pour les parts de marché, où aucun des acteurs n’ignore qu’à terme, l’offre finira par être supérieure à la demande. 

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – PEUPLE, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité.

PEUPLE

PEUPLE : du latin populus, qui désigne avant tout le peuple en armes, l’émeute civique qui voit dans toute couronne une Bastille à prendre et à démanteler jusqu’aux fondements. Populus est masculin en latin. Il ne faut pas le confondre avec populus, féminin, qui signifie « peuplier ». Pourtant, sans être là, le peuple y est, puisqu’il est de ce bois dont l’aristocratie montante a pris l’habitude de se servir pour enfoncer la porte de l’aristocratie descendante. Parfois, le populus dégénère en plebs, en populace, quand les émeutiers commencent à ne plus faire la différence entre les porteurs de couronne et les aspirants à la royauté, tellement plus nombreux, qui se font un tapis rouge du sang répandu par d’autres. Si l’émeute civique en vient à déranger le train des affaires, il n’est plus question de peuple, mais de banditisme, et les honnêtes patriciens y mettent le holà en plantant des larrons en croix le long des routes principales. Ce télégraphe de la terreur est censé rappeler aux pèlerins de l’égalité qui les empruntent dans quelles limites ils doivent renfermer leur exaltation. 

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – CHARITÉ, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité.

CHARITÉ

CHARITÉ : « H ΑΓΑΠΗ ΟΥ ΖΗΤΕΙ ΤΑ ΕΑΥΤΗΣ. » Paul, I Corinthiens, XIII, 5. « La charité – i.e. l’Amour-Agapè – ne cherche point son propre avantage. » C’est la devise de Gargantua (Gargantua, chap. VII). Elle est inscrite sur le pourtour d’une « image » agrafée à son bonnet représentant l’androgyne décrit dans Le Banquet de Platon (189 E). Cela signifie que l’Amour-Agapè, dans le programme d’échanges humaniste, n’est pas seul concerné par le désintéressement, qu’on pourrait définir comme la politesse du don qui n’oblige pas parce qu’il irait de soi dans une sociabilité de l’entr’épaulement. Le seul retour attendu dans l’échange rabelaisien est l’amélioration du bonheur global provoquée par les ricochets de ce bonheur individuel réalisé. Utopie ? 

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – PROPHÈTE (de malheur), par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité.

PROPHÈTE (de malheur) : autrement appelé Cassandre. Cet aruspice s’est fait une spécialité de lire des apocalypses (révélations catastrophiques) dans la tripe des « menus » faits de système qu’on glisse d’ordinaire sous le tapis. Parfois, il n’a même pas besoin d’annoncer quoi que ce soit. La puanteur desdits faits est telle qu’elle parle d’elle-même à l’assistance, pour autant que celle-ci ne soit pas atteinte d’une opportune obstruction des fosses nasales. Le prophète de malheur est mal aimé d’un certain public, celui-là même qui a pris l’habitude d’introduire les loups de la finance « autorégulée » dans la bergerie démocratique. Ses détracteurs ne veulent entendre que « de malheur » et négligent l’essentiel : il est prophète. Eh bien oui : Cassandre, la larmoyante, l’échevelée, la radoteuse Cassandre avait raison. Le paradoxe du prophète de malheur est que si on le prend au sérieux, on fait tout pour que sa prédiction ne se réalise pas – c’est d’ailleurs ce qu’il souhaite – et du coup, si on y parvient, on le fait mentir. Le prophète de malheur sait qu’aussi bien la confirmation que l’infirmation de ses dires lui vaudra d’être vilipendé. Du moins peut-il espérer, en régime démocratique, ne pas être mis à mort par les puissances qu’il aura dérangées. 

Comme le note Jean-Pierre Dupuy dans Pour un catastrophisme éclairé (Paris, 2002), seuls les apocalypticiens sont à même d’initier une politique rationnelle de l’avenir parce qu’en imaginant le pire, au vu de ce qui est, ils nous poussent à réévaluer notre prétendue maîtrise des forces colossales que notre développement tous azimuts a mises en branle. Si nous envisagions d’emblée le pire dans l’évaluation des risques liés à l’exploitation de l’énergie nucléaire, nous verrions immédiatement que le jeu n’en vaut pas la chandelle, puisque ni les entreprises exploitantes ni les États qui les couvrent n’auraient les moyens humains, techniques et financiers de réparer dans le délai le plus court et avec le maximum d’efficacité les dégâts causés par un accident majeur. 

En face du prophète de malheur, il y a le prophète de bonheur. Celui-là, on lui fait fête, généralement. Par pur égoïsme, car ses prédictions d’accroissement perpétuel, si elles nous ravissent présentement en levant toutes les hypothèques du cas de conscience, font assurément le malheur des générations futures, sommées de trouver un remède technique aux maux que nous déchaînons, comme s’il n’y avait pas assez de boulets aux pieds du petit d’homme à sa naissance. 

 

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – ATMOSPHÈRE, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité

ATMOSPHÈRE : littéralement « boule d’émanation ». Les physiciens grecs antiques ont eu le pressentiment que l’atmosphère n’est pas une protection extérieure à nous, créatures de l’humus aspirant au décollage, mais une protection interagissant avec nous. L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert part de ce pressentiment et le raffine (article ATMOSPHÈRE) : « [L’atmosphère] est […] la cause de plusieurs altérations considérables dans l’économie animale, & et qui ont rapport à la santé, à la vie, aux maladies. » Ailleurs : « Un auteur moderne regarde l’atmosphère comme un grand vaisseau[1]chimique, dans lequel la matière de toutes les espèces de corps sublunaires flotte en grandequantité. Ce vaisseau est, dit-il, comme un grand fourneau, continuellement exposé à l’action du soleil ; d’où il résulte une quantité innombrable d’opérations, de sublimations, de séparations, de compositions, de digestions, de fermentations, de putréfactions, &c. » Dans un long article paru dans le Die Welt du 17 décembre 2009 (« Wie groß ist « groß » ? » – « De quelle grandeur est le grand ? »), Peter Sloterdijk note que l’atmosphère, dans toutes ses strates, de la troposphère (1er niveau) à l’exosphère (dernier niveau), garde la mémoire des rejets d’origine naturelle et industrielle, quoique la moitié d’entre eux soit épongée par les océans et la biosphère[2]. Les prélèvements atmosphériques des climatologues et des météorologues sont l’équivalent des carottages des géologues. Qu’elle soit l’athanor de l’alchimie du vivant ou le conservatoire de nos émanations, l’atmosphère est le baromètre ultime des détraquements de la machine monde, du vaisseau monde, pour reprendre la métaphore de Richard Buckminster Fuller[3]. L’impalpable de l’air devrait nous rendre plus prudents. Le vide sidéral n’est pas loin. Il se devine par transparence. Un accroc est si vite arrivé. 

Pour se représenter par une image empruntée à la mythologie grecque le rapport d’interdépendance du ciel et de la terre, il faut se peindre le ciel comme l’égide qui nous protège de l’ardeur du soleil et la terre comme le bras de Pallas. Un bouclier ne remplit son office que si le bras qui le tient encaisse les chocs sans faiblir. Cette interdépendance signifie qu’à moins de se loger dans l’espace, loin au-delà de la ceinture de déchets satellitaires qui signe l’avancée du front pionnier de nos ambitions, il n’y a pas, sur notre planète, de sanctuaire qui échappe aux retombées de nos activités. Nous respirons les conséquences de nos actes, en dépit du soin que nous mettons à les étouffer.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » : Normes collectives, par Michel Leis

Billet invité. Texte modifié : 7 septembre à 14h.

Une norme collective est un référentiel qui guide le comportement des individus et qui entérine sous des formes diverses un état donné des rapports de force avec les autres acteurs du système. Le plus souvent, il s’agit d’accepter une situation objectivement défavorable, mais elle peut aussi suggérer une opportunité lorsque le rapport de force est favorable, ce qui reste le cas pour les principaux référentiels économiques (norme de production et norme de profit). La norme collective permet de comprendre les comportements des acteurs composant un groupe plus ou moins hétérogène et ne présuppose aucune motivation transcendante commune. Elle induit une convergence des comportements qui au-delà des normes explicites (les lois et les règles) est l’un des éléments fondateurs de la vie en société.

Une norme collective n’est pas immuable, au même titre que les motivations des individus (qui sont d’autant plus difficiles à cerner qu’elles sont parfois irrationnelles). Elle peut se définir de manière récursive: la norme naît du groupe, chaque groupe se reconnaît dans une ou plusieurs normes. Les comportements des acteurs les plus dynamiques servent de références, comme on s’accroche à un point de repère quand l’on a soi-même du mal à définir un sens.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème » – Université d’été, par Bertrand Rouziès-Leonardi

Billet invité

UNIVERSITÉ D’ÉTÉ : procession annuelle des membres d’un parti ou d’un groupe de pression autour des totems et moulins à prière qui lui sont chers. Degré zéro de l’activité quodlibétique sur l’échelle scolastique. Autant le philosophe s’apparente au chien, si l’on en croit Platon (République, II, 375 E-376 B), parce que, ajoute Rabelais (Prologue de Gargantua), comme lui il quête dans l’os qu’il ronge la « substantificque mouelle », autant nos étudiants occasionnels s’apparentent au serin par leur aptitude à reprendre sur le même ton, d’une année sur l’autre, les mêmes éléments de langage. Prenons un exemple encore bien frais : l’université d’été 2013 du Mouvement des Entreprises DE France (MEDEF) à Jouy-en-Josas, dans les locaux d’HEC. Le président du MEDEF, Pierre Gattaz, patron de la société d’équipements électroniques Radiall, invité des Matins d’été de France Culture le jeudi 29 août, s’attend tellement peu à l’enclenchement d’une révolution copernicienne dans l’un quelconque des ateliers de réflexion de cette université qu’il égrène sans complexe, histoire que tout soit bouclé avant même qu’on en discute vraiment, le chapelet des lieux communs du discours patronal, petites boules devenues pulvérulentes à force d’être retâtées par le même lama ploutolâtre, dans ses réincarnations successives. Petit florilège, pour que le lecteur mesure à quelles altitudes l’infusion estivale projette la vapeur neuronale de ceux qui pensent l’avenir pour nous, plus exactement sur nous, à la façon des gras physiocrates d’antan qui encourageaient leurs paysans à donner le meilleur d’eux-mêmes depuis leur chaise à porteurs :

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