Archives de catégorie : Questions essentielles

Confession, par Chantal Montellier

CONFESSION

La nuit dernière j’ai rêvé que je mourais et que je faisais venir un prêtre pour me confesser… Mais me confesser de quoi ? Du mal que l’on m’a fait ?

En me réveillant je me suis dit que, depuis des décennies, j’essayais d’expliquer une histoire, la mienne, que personne, surtout dans la BD, ne voulait vraiment entendre. Peut-être que sous une forme “digest” ça passerait mieux ?

Essayons :

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Qu’il y a du jeu dans le complotisme, par Nikademus

  • Nous sommes dans une période de transition entre 2 périodes historiques:
  1. celle qui finit de la gestion plus ou moins capable d’élites formées au gouvernement (au sens le plus général du terme)
  2.  une autre qui cherche à se définir et qui tente de se former autour d’un magma encore informe fait de consultation, participation, cogestion, coconstruction, etc. bref qui se voudrait « plus démocratique », faite par « le peuple ». Quelles définitions émergeront finalement pour ces termes, c’est toute la question qui est en train de se décanter dans l’époque.
  • Les élites (dirigeantes, savantes, médiatiques, etc.) à la suite de tripatouillages pas clairs ont perdu la confiance de tous. Étant donné l’état actuel du monde, qui en doute, qui s’en étonne?
  • Le peuple ou si on préfère le pékin lambda que nous sommes tous en est conduit à se débrouiller quasi tout seul pour former une représentation et agir. C’est ainsi que l’on voit surgir un pharmacien énonçant une nouvelle théorie de la monnaie ou un notaire émettre son avis éclairé sur la vaccination. Nous pouvons tous être théoriquement (en droit) cet « outsider » qui révolutionne un champ, la question est de savoir si dans les faits nous avons tous été équipés, nous nous sommes équipés pour ça. La réponse la plupart du temps est non.
  • Plusieurs facteurs concomitants s’additionnent pour rendre l’émergence du nouveau chaotique (au sens de René Thom), on peut citer:
    • la sous-éducation chronique des populations à la fois aux processus de la vie collective (comprendre, s’informer, débattre, décider, construire à plusieurs) et aux caractères généraux du fonctionnement des sociétés (histoire, sociologie, etc.) = c’est plutôt à mon sens un quasi-miracle que le report de la compréhension du monde sur des interprétations complotistes et de leurs toujours renouvelés « deus ex machina » délirants ne soit pas plus généralisé. Todd a noté sur le champ la rapidité avec laquelle les Gj se sont élevés au-dessus de tout ça, et à quel point c’était une raison d’optimisme pour la suite.
    • dit autrement, jusqu’ici ça arrangeait tout le monde, et ça fonctionnait, de réduire l’éducation générale de la population à un vade mecum succinct (« instruction civique » du collège et lycée): « il y a des députés, et un président, vous votez tous les 5 ans, voilà c’est fini ». Et pareillement de l’histoire collège-lycée à: « il y a eu des dirigeants, des guerres, des périodes de crises où les gens avaient faim et d’autres d’expansion économique, voilà c’est fini ».
    • le saut qualitatif des expériences d’apprentis-sorciers : de la publicité et à sa manipulation des affects à petite échelle, aux réseaux sociaux qui forment et déforment aujourd’hui la quasi-totalité des consciences hystérisées et insécurisées « by design ».
    • Plus généralement, tout le matériel humain formé en Business Schools (et on sait que depuis le directeur d’hôpital jusqu’aux présidents des nations ils y passent tous) est formé à la manipulation du fond anthropologique hérité des périodes précédentes, comme s’il devait rester identique et non modifié par un processus qui a pris une ampleur généralisée.
  • on pourrait peut-être ramener l’essentiel de nos problèmes à l’apparente victoire sans partage de l’individualisme méthodologique, il est en train de s’auto-détruire sous nos yeux en détruisant les consciences, le langage, la réflexion. Ce n’est pas une maladie du peuple mais de l’époque. Le rapport par exemple de Messieurs Trump et Macron, aussi différents qu’ils soient, à la décision, au langage, au gouvernement, tombent sous le même diagnostic : le réel est censé correspondre à leur énonciation individuelle. Ils sont tout aussi fous que le reste d’entre nous…
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Pour nos enfants, il importe que ce monde soit encore porteur de promesses, par Torpedo

Appel à la création d’une « Constitution Humaniste Planétaire »

Bonjour à tous … Et à Paul Jorion.

Non Paul, ce n’est pas le monde qui est mélancolique. C’est seulement vous…
Ou plutôt la représentation que vous vous en faites aujourd’hui au regard de ce qu’il fut.
Pour nos enfants, il importe que ce monde soit encore porteur de promesses.
Ceux qui ont comme nous, vécu leur vie, portent en eux,
Parfois sans vraiment le savoir, une grande sagesse,
Et ce devoir de toujours garder foi en l’avenir. Continuer la lecture de Pour nos enfants, il importe que ce monde soit encore porteur de promesses, par Torpedo

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Allocution ce soir du Président de la République française

J’ai déjà dû raconter cela à l’époque. Dans les années qui précédèrent la crise des subprimes, un économiste faisant partie de l’équipe d’Alan Greenspan à la Federal Reserve, la banque centrale américaine, s’était rendu célèbre en expliquant qu’il n’y avait pas de bulle immobilière, que les bulles financières d’ailleurs n’existaient pas, et que rien donc n’aurait pu aller mieux.

Quelques années plus tard, au sortir immédiat de la crise, je suis invité à un événement et on me dit pour me convaincre d’y participer : « Vous verrez, nous aurons un invité de marque, un keynote speaker prestigieux ! », et quand je m’enquiers du nom, vous l’avez deviné, il s’agit de nul autre que cet économiste dont la réputation aurait dû être à terre, à ramasser à la petite cuiller.

Quelqu’un dira : « Oh ! Monsieur Jorion, tout le monde aura compris pourquoi vous rappelez cette histoire : c’est parce que cela vous chagrine qu’on ne vous écoute pas davantage ! » Eh bien oui, parfaitement, je l’admets : cela me chagrine qu’on ne m’écoute pas davantage, le monde ne s’en porterait-il pas tellement mieux ?

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Pierre Bartier (1945-2006)

Photo Pierre Bartier
Tant d’amis que l’on perd de vue, et sur lesquels nous retombons au hasard d’une requête Google. Heureusement souvent encore en vie. Mais parfois pas. Hélas.

Un ami avec qui on a exploré une maison abandonnée, sans plus de carreaux, aux parquets et aux escaliers traîtreux rendant l’âme, aux objets intimes répandus à tous vents. À l’insu des parents bien sûr, qui auraient poussé de hauts cris à la pensée de deux enfants de 10 ans explorant un tel univers de chausse-trappes et d’oubliettes potentielles alors que le monde entier n’a pas la moindre idée d’où ils sont, et ne saurait pas où tenter de les retrouver s’ils manquaient à l’appel à sept heures et quart !

Pierre, ton éternelle souris blanche, ton amie presqu’aussi fidèle que moi, perchée sur ton épaule, te souviens-tu quand nous avons ouvert cette boîte à chaussures trouvée dans un placard entrebâillé ? Nous avons examiné une à une ces photos – on dit dans ce cas-là, « religieusement », au sens de « pieusement » – comme si nous allions apprendre quelque chose d’essentiel en scrutant le visage et les attitudes de ces personnages, vieux ou jeunes, solennels ou pris au dépourvu, que nous ne connaissions toi et moi, ni d’Ève, ni d’Adam.

Beaucoup plus tard, j’ai assisté aux cours de ton père, mais nous nous étions à cette époque perdus de vue depuis bien longtemps. C’est bizarre la vie, mais il nous reste cette piété spontanée, que nous avons partagée toi et moi, à l’ouverture de cette boîte à chaussures dont nous imaginions qu’elle ne manquerait pas de résoudre un des grands mystères de la vie qui nous étaient encore à cet âge là, impénétrables, instant intense d’émotion, indissolublement inscrit dans le temps qui passe.

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ATTENTION : ÉCOLE EN DANGER = RÉPUBLIQUE EN DANGER !, par Danièle Hainaut

Le terrible drame de Conflans-Ste-Honorine doit sonner l’alarme chez tous les républicains ! Un professeur qui ne faisait que son métier et « tout » son métier d’éveilleur de l’intelligence et de formateur de la conscience civique de ses élèves a été mis au pilori sur les réseaux sociaux par des parents voulant purement et simplement son « élimination ». Peut-être n’exigeaient-ils qu’une sanction administrative (ce qu’ils plaideront sans doute), mais un coutelas dans les mains d’un exalté fanatisé a commis l’acte définitif d’effroyable barbarie dont ils rêvaient et dont ils sont les vrais instigateurs.

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Les conflits des dieux n’ont pas de solution du point de vue de l’homme, par Zhou JianMing

Zhou JianMing est un philosophe chinois. Le texte qui suit date de 2015.

Le drame qui a frappé « Charlie Hebdo » à Paris le 7 Janvier 2015 a choqué le monde entier. Comme les attentats du 11 Septembre 2001 aux États-Unis, il ne peut pas être interprété simplement comme un conflit entre les hommes. Les deux événements ne peuvent pas être exclusivement réduits à leurs dimensions politique, économique et morale. Ils se situent à un niveau différent. Lorsqu’il s’agit d’un conflit politique comme par exemple une opposition idéologique, ou d’un conflit économique comme la lutte pour une prépondérance commerciale, on peut parler d’un même niveau, car dans ces deux cas seuls les hommes sont impliqués. Pour les deux événements qui nous occupent, il y a une dimension religieuse qui intervient. Ici, l’extrémisme religieux qui a armé les bras des terroristes vise en réalité le système démocratique, celui qui est garant de la liberté d’expression en général et de la presse en particulier pour les événements du 7 Janvier 2015 en France et de l’économie de marché pour ceux de Septembre 2001 aux États-Unis. On n’est plus vraiment dans un conflit traditionnel entre religion et politique à l’intérieur d’un même modèle culturel. Ici, ce sont deux modèles culturels qui se trouvent confrontés, l’un séparant nettement le politique et le religieux, alors que dans l’autre le politique et le religieux sont étroitement imbriqués. Quand des innocents sont tués, la France dit d’une même voix « Nous sommes tous Charlie ». Le monde entier devrait se sentir concerné, car c’est l’être humain dans sa totalité qui est en question. Les conflits religieux qui sont du ressort de la foi ne sauraient être résolus par la seule raison humaine.

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Nous faisons les choses de travers et depuis fort longtemps, par Georges Cortez

Ces caricatures auront décidément fait beaucoup de mal et de morts… L’émotion, l’indignation… très médiatisées, très récupérées. Soyons tous Charlie et tout ira bien. Comme en 14. Émoi national. National, j’ai du mal. La Nation justement, on en parle ? La République ? La gauche, ah la gauche… #sad.

L’origine des choses… les causes, leurs effets, les effets devenant causes et produisant leurs propres effets… le salafisme, le radicalisme… toutes ces guerres, toutes perdues… tous ces morts, pour rien. Mais République-Liberté-Égalité-Fraternité, roulements de tambours, allocutions, déclamations, sonnez trompettes… Qu’avons nous fait que faisons-nous que ferons-nous ?
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La société française n’a-t-elle pas laissé le prof admirable seul avec un viatique d’idées généreuses ?, par Régis Pasquet

C’est un prof comme j’en ai connu de nombreux, un prof qui sait que dans sa classe il n’y a de réussite que si tous réussissent. Qui sait que la société républicaine attend de lui qu’il donne le meilleur de lui-même pour que chacun se libère des servitudes et mette en question systématiquement toutes les connaissances qu’il reçoit. D’abord, et surtout peut-être, celles qui sourdent des familles depuis des siècles et sont agglomérées comme des caillots de sang, propres à boucher les artères.

Ce sont des enfants de treize ou quatorze ans à qui l’on a raconté la vie et donné des principes simples à utiliser, pour qui l’on a construit une morale commode. Des enfants que la société préfère en consommateurs et en utilisateurs de réseaux sociaux, qui ont accès à des images dérangeantes que les générations précédentes n’imaginaient même pas. Des images qui génèrent des pensées que l’on ne comprend pas. Il voudrait se risquer à faire une expérience. Alors un matin, Samuel, le prof, arrive dans sa classe avec dans son sac à dos, une bouteille de nitroglycérine. Continuer la lecture de La société française n’a-t-elle pas laissé le prof admirable seul avec un viatique d’idées généreuses ?, par Régis Pasquet

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