Archives de catégorie : Questions essentielles

Samuel Paty est une victime du fanatisme et un martyr, mais ne faisons pas de lui le chantre de la liberté d’expression, par Bruno Grall

Sophie Scholl
(Photo prise par son frère Hans)
On se rappelle aujourd’hui de l’assassinat tragique de Samuel Paty. Mais à l’inverse de la doxa, je voudrais préciser de petites choses.

Si j’étais resté enseignant, je n’aurais jamais, jamais, utilisé des caricatures aussi offensantes pour illustrer la liberté d’expression.

Il y a tant d’exemples plus signifiants et plus nobles ! Pensons à Giordano Bruno sur son bûcher, Galilée dans sa prison pour avoir expliqué l’héliocentrisme et déplu à l’inquisition, et plus près de nous à Hans et Sophie Scholll, décapités tous les deux en février 1943 par les nazis.

Et tous les anonymes. Eux avaient des choses à dire !

Parmi les dessins exposés à sa classe, (si j’en crois Ouest-France du 15 octobre) l’un représentait ‘Un homme barbu, se prosternant nu, une grande étoile cachant son anus. Le dessin signé Coco est titré : Mahomet une étoile est née. Cette image avait déjà embrasé le Moyen Orient en 2011’.
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Distance et compassion (1937), par Jo Spier

J’ai eu la chance de grandir dans un milieu familial où les enfants pouvaient tomber sur des recueils de dessins politiques, les lire, et qu’on leur explique ce qu’ils ne comprenaient pas.

Récemment, j’ai eu l’occasion d’évoquer un dessin du Néerlandais Jo Spier (1900-1978) que j’avais découvert à l’âge de 7-8 ans, dans sa langue, et qui m’avait tout particulièrement frappé.

P.S. Merci à O.B. qui a assuré la traduction et l’adaptation française.

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Elisa Loncon, par Dominique Temple

RR Elisa Loncon (20/08/2021)

Je vous invite à regarder l’émission où l’on assiste au dépouillement des votes de l’élection de Elisa Loncon, Indienne Mapuche qui devient Présidente de la Constituante du Chili, puis à écouter son discours.

Témoignage,

Il y a presque soixante ans, un Chilien m’avait répondu : « Mais Dominique, en Amérique, il y a au moins deux États où il n’y a plus d’indiens : l’Uruguay et le Chili. Et je le crus, jusqu’au jour où une jeune fille, qui avait eu connaissance de la publication d’un essai qui s’appelait La dialectique du don (1983) – publié par des étudiants des Andes boliviennes sous l’impulsion de Pedro Portugal –, me demanda d’écrire dans la revue qu’elle voulait publier pour faire connaître l’existence du peuple Mapuche aux Européens. Continuer la lecture de Elisa Loncon, par Dominique Temple

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Veille effondrement #40 – Dé-pleurer Babylone ?, par Yoann

Bonjour Mr Jorion, cette série apocalyptique baptisée « veille de l’effondrement », a pour le moins le mérite de dévoiler vos convictions profondes pour qui sait entendre. Babylone tombe et vous semblez la dé-pleurer.

L’absence de dimension spirituelle (faisant défaut chez de nombreux penseurs contemporains), teinte cette série d’effroi. Les scénarii imaginés occultent une réinitialisation de nos manières de vivre, réduit à : croitre ou mourir, s’adapter tous ensemble ou crever.

À l’écoute de vos dernières pensées : Soit nous projetons la vie hors de la terre, soit nous bâtissons un surhomme sur la base de critères « scientifiques » pompeusement limités, soit nous laissons des artéfacts autonomes nous survivre, à l’image de la folie des hommes. Quid des autres scenarii ? Nada. La notion d’effondrement se voit assimiler à celle du chaos et sa filiation « survivaliste » est balayée d’un revers de manche, sans nuances. Cette adaptation majeure et instinctive, nous ramènerait à des groupes plus petits, plus singuliers, aux défis nombreux, dont l’un des premiers serait de ne pas répéter l’erreur de se voir aussi grand que le bœuf.
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Veille effondrement #39 – Paul Jorion est un simple lanceur d’alerte, par Torpedo

À tous,

Paul est un simple lanceur d’alerte.

Sans aucun doute il préférerait ne pas voir, se tromper et que tout continue comme avant.
Mais il se fait un devoir d’alerter ses semblables, au risque d’être publiquement déconsidéré.
Pourtant il s’en fiche pas mal, et cela mérite qu’on s’attarde à l’écouter avec objectivité,
Même si ses plans pour en sortir qui ne sont qu’esquissés, paraissent ridicules ou choquants.
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Paul Jorion, homme de bon conseil

Quelqu’un m’écrit à l’instant :

Bonjour Mr Jorion

La période est interpellante. Nous souhaiterions aider nos enfants qui rentrent ds la vie active comme tout parent. Que faire car […] Si vous faites des consultations, je suis preneuse.
Bien à vous.

J’ai répondu ceci :

Vous me prenez un peu au dépourvu : je ne consulte jusqu’ici que dans un cadre de psychothérapie. Mais pourquoi pas prodiguer du conseil dans un autre domaine que je connais très bien ?
Cordialement.

Pour me contacter, écrivez-moi ici.

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Les auteurs de plagiat et les lois de la physique

Le Monde : Alain Minc explique ses plagiats, entre « circulation des idées » et « jurisprudence idiote », le 12 août 2021

Mon commentaire sur le site du Monde sera-t-il publié ?

Alain Minc : « Peut-être que mon inconscient me dispense d’avoir un souvenir précis de toutes ces choses. »

C’est le même inconscient qui l’a sans aucun doute conduit à se décommander d’une émission de télé aussitôt qu’il a su que je lui apporterais la contradiction.

Il y a deux sortes de gens : le commun des mortels adepte de la « common decency » (les bonnes manières), et les gens de cour qui, pareils au Phénix, renaîtront éternellement des cendres de la honte qui aurait dû les consumer entièrement si l’on en croit les lois de la physique.

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Tom Stoppard sur la « cancel culture »

Tom Stoppard, l’un des grands dramaturges anglais :

Il est vraiment très embarrassant d’écouter des gens, très souvent des gens beaucoup plus jeunes, qui se sont ralliés à ce qui pour moi est une hérésie, la principale étant que la vérité est une construction. Et s’il est vrai que certaines vérités sociales sont des constructions sociales, je crois à la vérité et à la fausseté. Je ne comprends pas comment une société pourrait exister sans cela, pas plus que la science ne le peut.

J’écrivais tout à l’heure en commentaire à mon billet « … les trésors retrouvés de Louis-Ferdinand Céline » : une remarque

Comment dire ? Céline : un des plus dangereux auteurs sachant bien écrire. Heidegger : le Céline de la philosophie.

Ce qui est essentiel chez eux c’est la mauvaise foi. L’objectif de Céline c’est que des gogos disent qu’il est un grand auteur et achètent sa soupe empoisonnée parce que sa soupière est splendide. L’objectif de Heidegger est de passer pour un excellent philosophe pour mieux détruire la philosophie (pour que Dieu ait sa revanche grâce à lui). Et il est parvenu en tout cas à sérieusement l’endommager. Et son influence obscurantiste s’exerce toujours dans les départements de philosophie, bien que son dossier de militant nazi soit maintenant gros comme une maison.

 
Le poison de la soupe empoisonnée de Heidegger : « la vérité est une construction ».

P.S. Certains se souviendront que j’ai écrit un ouvrage intitulé : Comment la vérité et la réalité furent inventées (Gallimard 2009) et en auront peut-être tiré que je considère moi-même que la vérité est une construction, mais il y aurait là un malentendu : je fais dans cet ouvrage une archéologie de la notion de « vérité » dans notre culture, montrant comment Aristote a été le premier à définir la vérité comme provenant soit de l’évidence des sens (à condition qu’ils ne soient pas leurrés par une illusion), d’une définition (un raccourci du langage), la conclusion d’un syllogisme bien formé. Une fois cela établi, la méthode a été conçue qui permet de distinguer le vrai du faux.

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Axel Kahn (1944-2021)


Le Tribunal pour les Générations Futures, c’était le mercredi 22 janvier 2014, au théâtre de la Gaîté Lyrique à Paris. Le thème ce soir-là, c’était « Le capitalisme va-t-il mourir ? »

Nous étions quatre. Axel Kahn était premier témoin ; Anne-Sophie Novel était le second témoin ; Christian Saint-Étienne était l’avocat de la défense ; le procureur, réclamant des têtes, c’était … eh oui ! bien entendu.

Coco donnait son opinion. Dans l’image ci-dessus, vous aurez reconnu sans peine, de gauche à droite, Christian Saint-Étienne et Axel Kahn.

Question subsidiaire : Axel Kahn et moi, étions-nous dans le même camp 😀 ?

Pour rappel, quelques autres croquis de Coco ce soir-là.

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Nous tombons du toit, et voyons que le monde est bon

Je tire mon chapeau au héros qui se précipite dans une maison en flammes pour sauver l’enfant de son voisin ; mais je lui serre la main s’il a pris le risque de perdre cinq précieuses secondes pour sauver, en même temps que l’enfant, son jouet favori. Je me souviens d’un dessin où l’on voyait un ramoneur, qui tombait du toit d’un haut immeuble, remarquer en passant une faute d’orthographe sur une enseigne et se demander, tout en poursuivant sa chute, pourquoi personne n’avait songé à la corriger. En un sens, nous faisons tous le même plongeon mortel, du haut de l’étage supérieur de notre naissance jusqu’aux dalles plates du cimetière, et en compagnie d’une immortelle Alice au pays des merveilles, nous nous étonnons de ce que nous voyons défiler sur les murs. Cette capacité de s’étonner devant des petites choses en dépit du péril imminent, ces à-côtés de l’esprit, ces notes au bas des pages du livre de la vie, constituent les formes le plus hautes de la conscience, et c’est dans cet état d’esprit naïvement spéculatif, si différent du bon sens et de sa logique, que nous savons que le monde est bon.

Vladimir Nabokov, « L’art de la littérature et le bon sens », in Littératures / 1 [1948], Paris : Fayard, 1983

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