De l’anthropologie à la guerre civile numérique, entretien réalisé le 21 mars 2016 (texte complet)

Ouvert aux commentaires.

I- La « mentalité primitive »

Jacques Athanase GILBERT

Votre parcours est particulièrement atypique, marqué en particulier par cette étonnante transition du chercheur au blogueur. Au-delà, votre pensée s’enracine dans le champ de la transdisciplinarité, empruntant à la fois à la philosophie, à l’anthropologie, à la sociologie et à l’économie. Comment appréhendez-vous cet itinéraire ?

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De l’anthropologie à la guerre civile numérique (XII), L’argent, entretien réalisé le 21 mars 2016

Ouvert aux commentaires.

Franck CORMERAIS

Votre questionnement des origines tel que vous le formulez au sein de l’anthropologie des savoirs n’est-il pas une préfiguration de l’anthropologie de la monnaie, en particulier quant à son rapport à la violence ? Envisagez-vous, à travers votre critique de la finance, une anthropologie économique de la monnaie ?

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« UN TRAITÉ SUR LA MONNAIE » (II) La prétendue « création monétaire ex nihilo » par les banques commerciales

« UN TRAITÉ SUR LA MONNAIE » (I) LA FAUSSE QUERELLE DES CRÉDITS ET DES DÉPÔTS

Un corollaire de l’hypothèse que les crédits précèdent les dépôts est que les crédits accordés par les banques commerciales « créent de l’argent ex nihilo ».

Le mécanisme supposé est celui-ci : une banque qui accorde un crédit « crée » les sommes allouées « par un simple jeu d’écriture ». Quand les sommes empruntées sont retournées, la « création » initiale est effacée par un autre « simple jeu d’écriture », annulant le premier. Ce pouvoir exorbitant des banques commerciales, de faire sortir d’un chapeau des sommes tout à fait considérables, ne s’accompagnerait pas moins de leur capacité à exiger le versement d’intérêts sur les sommes fantômes qu’elles prêtent ainsi. D’où le prétendu « scandale des banques commerciales qui créent de l’argent ex nihilo ».

L’absurdité du mécanisme supposé apparaît aisément dans l’expérience mentale que voici.

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Keynes et le mystère du taux d’intérêt (VI) Une parenthèse sur l’argent

En guise d’introduction à l’explication par Keynes du taux d’intérêt par la « préférence pour la liquidité », un bref rappel sur l’argent.

Nous partageons encore aujourd’hui la manière dont Aristote concevait l’argent. Il lui reconnaissait trois fonctions : d’être un moyen d’échange, de pouvoir constituer une réserve et de servir d’unité de compte. Nos manuels d’économie définissent encore l’argent de cette manière.

Aristote distinguait dix « catégories » auxquelles appartiennent les mots de la langue pris individuellement, « non-combinés », qui sont autant de perspectives dans lesquelles nous appréhendons les objets du monde sensible, les catégories sont, dit-il, les « genres élémentaires de l’être ». Les catégories interviennent dans la phrase en position de sujet ou de prédicat, ainsi pour le bleu qui relève de la catégorie de la « qualité », utilisé en position de sujet : « Le bleu est une couleur », et en position de prédicat : « Le ciel est bleu » (voir Jorion 2009b : 143-146).

Les trois fonctions de l’argent recensées plus haut relèvent des catégories de la « qualité » et de la « quantité ». L’argent en tant qu’unité de compte relève de la catégorie de la « quantité ». « Moyen d’échange » et « en tant que réserve » envisagent l’argent selon la « qualité ». Pour Aristote, les qualités se manifestent selon deux modes, celui de l’actualité (« in actu) et de la potentialité (« in potentia »). Dans le cas de l’argent, il est en acte dans sa fonction de moyen d’échange, et en puissance dans sa fonction de réserve (… de moyen d’échange).

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 3 JANVIER 2014

Sur YouTube, c’est ici.

L’influence de l’argent sur le savoir produit

– France Culture : L’économie en questions, La montée en puissance de l’économie dans le débat public, le 28 décembre 2013

– Le Monde : Les climatosceptiques qui valaient des milliards, le 31 décembre 2013

– New York Times : Academics Who Defend Wall St. Reap Reward, le 27 décembre 2013
 

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » – ARGENT, par Cédric Mas

Billet invité

« L’argent a divisé les hommes et séparé les frères »

Il est intéressant de distinguer la monnaie, notion économique désignant l’instrument d’échange, de valeur et de compte d’une communauté économique, de l’argent, qui désigne le même instrument, mais pris dans ses rapports avec les êtres humains, en tant qu’individus conscients et sociaux.

Plusieurs observations préalables : si la question de la définition et de l’étude de la monnaie occupe une place importante dans l’économie, la philosophie (depuis Aristote) et même la politique, la question de l’argent n’intéresse en général que les moralistes, les poètes (1), et certains romanciers (comme Zola).

Et pourtant, il est difficile de ne pas être frappé par cette absence d’études pour quelque chose qui existe matériellement, et qui suscite autant de réprobations que de désirs insatiables, mobile des pires crimes, et sujet des plus violentes diatribes (en général émanant de personnes n’en disposant pas en quantité suffisante – mais peut-on disposer de « suffisamment d’argent » ?).

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KEYNES ET L’ARGENT (II) UNE DROGUE SI PUISSANTE

Une université californienne m’a un jour attribué un prix et m’a invité à y passer un trimestre. J’y ai accidentellement débarqué au milieu des vacances scolaires. En l’absence d’étudiants et de collègues, une responsable administrative a dû veiller sur moi pendant une semaine entière. Elle m’a ainsi conduit, au volant de son immense 4×4, au bureau de la Social Security pour que j’y obtienne une carte. J’ai eu l’occasion aussi de voir son mari venir la chercher dans une imposante Mercédès.

Un jour Selma m’a dit, pensive : « Ah ! Paris !… je n’aurai malheureusement jamais l’occasion de m’y rendre ! » Ayant à la pensée la Ford Expedition et la grosse voiture allemande, je lui ai répondu : « Mais vous plaisantez ! », et alors là, dans son regard défait, j’ai compris que le leasing des deux mastodontes destinés à en jeter plein la vue devait absorber tout l’argent dont le ménage disposait au-delà de la simple subsistance. Tout l’argent véritablement disponible était mobilisé en vue d’une seule fin : susciter l’envie d’autrui.

Les vieilles fortunes, on le sait, vivent sans ostentation, et ce sont les nouveaux riches qui font dans le tape-à-l’œil. La raison en est simple : il faut avoir connu l’envie soi-même pour vouloir la susciter chez les autres. La jouissance qu’on en obtient est produite par un fantasme : se représenter l’autre enviant l’argent qui est le sien. Le plaisir est si fort qu’il agit comme une drogue : une drogue si puissante qu’elle parvient même à faire oublier la mort.

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KEYNES ET L’ARGENT (I) LA PERSONNE ET SES APPARTENANCES

Pour comprendre le rapport entre l’homme et l’argent, l’argent étant une chose, il faut d’abord comprendre le rapport entre l’homme et les choses.

Dans la conception commune, l’homme est entouré de choses et il exerce sur celles-ci un pouvoir sous la forme qu’aura déterminé sa volonté. Mais la réalité est plus complexe : il existe entre les hommes et les choses des contraintes réciproques et la représentation que l’homme se fait de son rapport avec les choses reflète nécessairement cette réciprocité.

Prenons l’exemple d’un fermier. La ferme fut créée un jour par un fermier, celui dont on parle ou un autre autrefois, et depuis, elle tourne. Elle dépend pour sa survie du fermier mais celui-ci dépend à son tour pour sa survie à lui, de la ferme. À tel point que l’on n’est nullement surpris quand on s’entend raconter l’histoire du fermier qui mourut de chagrin parce qu’il ne pouvait cesser de penser à sa moisson que quelqu’un avait incendiée. Il n’est pas mort de faim parce que sa moisson avait brûlé : il est mort parce que sa moisson faisait partie intégrante de la personne qu’il était, et qu’une part trop importante de lui était morte, emportée par les flammes.

Duby rapporte que la nostalgie était la principale cause de décès dans les armées du Moyen âge : l’identité du soldat se dissolvait à la pensée de l’absence à ses côtés du monde qui l’avait entouré jusque-là et qui le constituait en tant que personne. Quand on dit d’une femme ou d’un homme qu’ils sont des « déracinés », on renvoie à cette incomplétude de sujets dont leur environnement était une part essentielle d’eux-mêmes.

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POUR COMPRENDRE LE « REPO »

Le « repo » (pour repurchase agreement), en français : « pension livrée », une expression très peu usitée, consiste à obtenir de l’argent liquide, du « véritable argent », en ayant mis en gage un instrument de dette (qui sera remboursé ultérieurement mais donne lieu à versement d’intérêts en attendant). Ce qu’on met en gage, c’est ce qu’on appelle le collatéral.

Un instrument de dette qui n’est pas arrivé à échéance (on dit aussi « à maturité »), n’a pas encore été remboursé, mais cela ne l’empêche pas d’avoir une « valeur marchande », c’est-à-dire un prix, ce prix ayant un rapport bien précis (mathématiquement calculable selon l’une ou l’autre méthode) avec l’argent qui sera remboursé auquel s’ajoutent les intérêts qui seront encaissés d’ici-là.

Cela fait dire à certains que ces instruments de dette sont une monnaie, alors qu’il vaudrait mieux dire – pour ne pas introduire la confusion – qu’ils sont une marchandise.

Quand on emprunte, il n’y a pas nécessairement d’exigence qu’un collatéral d’un montant équivalent soit mis en gage. C’est seulement quand l’économie n’est pas en bonne santé qu’il y aura exigence du côté du prêteur qu’un bien soit mis en gage, pouvant être le cas échéant, un instrument de dette, comme un mode d’assurance que la somme prêtée ne soit pas entièrement perdue en cas d’accident.

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« Gagnant gagnant, toujours gagnant, jusqu’à cesser de gagner », par Blake McInerney

Billet invité.

L’argent n’est pas qu’une unité de valeur nous permettant soit de l’échanger contre des biens ou services, soit d’accumuler un potentiel du même ordre.

L’argent nous permet aussi de « communier » avec les autres membres de notre société, c’est-à-dire de leur prouver, et de se prouver, que nous faisons bien partie nous aussi de la communauté des vivants.

Tant qu’une société ne fournit pas à ses citoyens un autre moyen de communier, l’argent sera appelé à remplir ce deuxième rôle – sa dimension religieuse.

Tout gestionnaire de l’ordre social sait qu’il est bien plus facile de faire en sorte que des citoyens n’ayant jamais connu l’argent continuent à vivre ainsi que de faire en sorte que des citoyens qui ont connu l’argent vivent une situation où ils en ont de moins en moins, ou n’en ont plus du tout.

Dans le premier cas, l’identité de ces personnes n’est pas atteinte, voire écorchée, dans le second cas si.

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 9 AOÛT 2013 : LE SENS DE LA VIE

Voilà, aujourd’hui, vous n’y coupez pas : le sens de la vie.

Sur YouTube, c’est ici.

Blog de PJ – Le processus « culturel » de reproduction / sélection « naturelle », par Jean-Baptiste Auxiètre et PJ, le 7 août 2013

Jacques Lacan : La mort

François Cavanna : Stop-crève (1976)

La nuit du 4 août 1789 : Noailles et Aiguillon, les interventions des autres, le commentaire d’Annie Le Brun.

Aujourd’hui sur les écrans (?) : Elysium

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Les voleurs de lendemains, par Bertrand Rouziès-Leonardi

 Billet invité.

Il y a un point d’ancrage de la défense du capitalisme comme système d’enrichissement personnel et collectif « par ruissellement » qu’il est risqué de lever sans passer pour un décroissantiste forcené : il existerait une richesse « bien acquise » digne de louange. Évidemment, il n’est pas question ici du pécule modique sur lequel la plupart d’entre nous essaie de vivre et de survivre, et que le recours au crédit, de moins en moins pour le superflu et de plus en plus pour l’essentiel [1], grossit artificiellement. Cette pauvre richesse-là, si vous n’avez pas été éduqué au désintéressement et à la frugalité heureuse, peut vous rendre envieux de tous jusqu’à la méchanceté et comptable de tout jusqu’à la lésine. C’est un potentiel garroté ; un commencement de famine qui se fait un bout de lard du premier liard qui traîne ; une ambition qui s’est persuadée que sa ligne d’horizon passe par les fonds de tiroir.

Non, je veux parler d’une richesse dont le volume est tel qu’il dispense son détenteur d’en vérifier à toute heure la jauge et lui permet de garder l’oeil rivé sur les projets, les plus futiles comme les plus utiles, à la réalisation desquels ce capital doit servir. Je ne serai pas assez hardi pour affirmer que l’opulence est une des voies qui mènent au plus complet détachement. Hormis chez les prodigues inconséquents et les fils et filles de bonne famille qui dérogent pour ne pas se trouver embrassés dans la condamnation sans appel du riche par le Christ, le maléfice de l’argent a généralement cet effet pervers sur les nantis que plus ils en ont, plus ils en sont envoûtés. Mais au moins ont-ils la liberté, dans les moments où le charme n’opère plus, de n’y plus penser. Tel n’est pas le cas pour les indigents et les tout juste à l’aise jamais très éloignés de le devenir qui sont constamment ramenés au besoin d’argent, dans leurs activités quotidiennes comme dans leurs rêves. À mesure que la richesse s’éloigne d’eux dans la réalité, ils se pénètrent en imagination de tous ses fastes supposés et dilapident le peu de bien qu’il leur demeure dans l’acquisition de succédanés bon marché qu’ils savent insuffisants mais qu’ils investissent quand même d’un grand pouvoir de consolation, comme les adorateurs d’icônes.

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PIQÛRE DE RAPPEL : Feuilles oubliées

Mon billet du 10 décembre 2009.

Comme on nous dit partout que Keynes est l’homme de l’heure, je me replonge dans sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936).

Serait-ce alors que ce qu’il faut lire de Keynes se trouve dans certains de ses textes moins connus ? Comme ces Perspectives économiques pour nos petits-enfants datant de 1930, dont j’ai extrait (et traduit) le passage suivant (*) :

Je ne vois donc rien qui nous empêche de revenir un jour à quelques-uns des principes les plus sûrs et les moins douteux de la religion et de la vertu traditionnelles – que l’avarice est un vice, la pratique de l’usure un délit, et l’amour de l’argent détestable, que ce sont ceux qui pensent le moins au lendemain qui progresseront le plus sûrement sur le sentier de la vertu et de la sagesse authentique. Nous chérirons à nouveau la fin plutôt que les moyens et préférerons le bien à ce qui est utile. Nous honorerons ceux qui nous apprendront à cueillir chaque heure et chaque jour comme il convient et dans la vertu, ainsi que ces êtres merveilleux qui savent apprécier les choses à leur juste valeur : « les lys des champs, qui ne peinent ni ne filent » (Mathieu 6 : 28).

Mais prenez garde ! Le temps n’en est pas encore venu. Il nous faudra encore pour un siècle ou davantage, nous prétendre à nous-mêmes ainsi qu’aux autres, que le juste est vil et que le vil est juste ; car le vil est utile alors que le juste ne l’est pas. L’avarice, l’usure et la méfiance demeureront nos dieux pour encore un temps. Car eux seuls sont capables de nous faire émerger du tunnel de la nécessité économique, vers la lumière du jour.

––––––

(*) John Maynard Keynes, Perspectives économiques pour nos petits-enfants (1930), in Essais de persuasion, Gallimard 1931. La traduction de l’anglais est d’Herbert Jacoby – je ne l’ai pas retenue ici.

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L’actualité de demain : NE RESPECTENT-ILS DONC RIEN ? par François Leclerc

Billet invité.

Après le Libor, l’Euribor et le Tibor, le tour de l’or et de l’argent serait-il venu ? Selon le Wall Street Journal, la CFTC (Commodity futures trading commission) – le régulateur américain des marchés à terme des matières premières – se penche sur la fixation des cours de l’or et de l’argent. Cinq banques internationales pour le premier et trois pour le second l’établissent quotidiennement à Londres par le biais d’une téléconférence, et la CFTC s’interroge sur « la transparence » de la procédure, mais aucune enquête n’a formellement été engagée.

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