Archives par mot-clé : colonialisme

Quinzaines, Les deux manières d’être un Homme pour un fils, le 1er février 2019

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Les deux manières d’être un Homme pour un fils (texte complet)

Chacun connaît sans doute le fameux poème de Rudyard Kipling intitulé « If… », publié en 1895, traduit en français sous le titre de son dernier vers : « Tu seras un homme, mon fils ». Mais connaissez-vous celui-ci ?

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,

Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,

Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,

Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon fils.

Il s’agit là précisément de « Tu seras un homme, mon fils » de Kipling, direz-vous, ou en tout cas d’une partie du poème ! Eh bien non, aucun de ces vers, si ce n’est le dernier, n’apparaît chez Kipling : ce sont autant d’ajouts inédits de la plume d’André Maurois, « traducteur » du poème en français dans un ouvrage de 1918, Les Silences du colonel Bramble, au quatorzième chapitre duquel son auteur explique ce qui suit : « Ce soir, tandis que sévit le gramophone, je m’efforce de transposer en français un admirable poème de Kipling. » Il s’agit de « If… » bien entendu, mais « transposition », en effet, plutôt que « traduction », et « exubérante » puisque le volume en a été doublé. Traduttore, traditore, dit-on, et ici nous sommes tout particulièrement bien servis ! 

Que reste-t-il du poème, une fois retiré ce supplément dont nous a gratifié Maurois ? Le voici : Continuer la lecture de Quinzaines, Les deux manières d’être un Homme pour un fils, le 1er février 2019

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Massacres de SétifHier, par Zébu

Billet invité.

Hier s’est tenue une cérémonie en hommage aux victimes algériennes des massacres commis par les forces armées et les milices françaises en mai 1945 en Algérie, presque jour pour jour 70 ans après, et pour la première fois après de premières déclarations officielles en 2005 sur ces faits.

Plusieurs milliers d’Algérien(nes), selon les dernières estimations d’historiens, ont été assassiné(e)s en quinze jours, quand dans le même temps des dizaines d’Européens, dont parfois des partisans de la ‘troisième voie’ (communistes, résistants), furent massacrés.

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Les affres que s’inflige une espèce colonisatrice, par Jacques Seignan

Billet invité

Les affres que s’inflige une espèce colonisatrice

Le préfixe « néo » permet parfois de nommer des notions, nouvelles ou dérivées, à partir de concepts antérieurs : néoclassicisme, néoréalisme, néocolonialisme… En économie, une certaine continuité dans la fin et les moyens apparait assez étonnante ; un bref aperçu historique pourrait le montrer.

Le colonialisme : au XIXe siècle, on inventa la « mission civilisatrice » coloniale européenne, à la suite des précédentes aventures impérialistes initiées lors de la première mondialisation du XVème siècle. Le principe est simple et ancien : une nation plus « développée », par la force brutale de ses armes annexe et exploite des territoires où vivent des peuples que l’on soumet pour leur extorquer des richesses agricoles, minières ou humaines (l’esclavage). En somme, un vol à main armée, en bande organisée, mais à très grande échelle. Le XXème siècle vit, lui, la fin des empires coloniaux mais pas celle du principe colonial : on parla donc de néocolonialisme car la domination – tout en restant délétère et malfaisante – se faisait indirectement avec des complicités locales. Des peuples colonisés devenus théoriquement indépendants subissaient le joug de dictateurs au service des anciennes puissances coloniales pour leur garantir l’accès aux diverses richesses de leurs pays. Tel dictateur africain avait ainsi un bel hôtel particulier à Paris ; quant à son peuple, il avait la misère pour seul horizon.

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« Vivre ensemble » : Nous devons savoir d’où nous venons pour savoir qui nous sommes, par Pascal

Billet invité.

CHANTS POUR LES PETITS

Paroles de Lucie Delarue-Mardrus

MON OMBRE

Mon ombre est un petit nègre,
Qui me suit toujours partout
En rampant comme un toutou
Un peu maigre.

Né là-bas au pays du rhum,
Dans la case de l’oncle Tom,
Me lécher les pieds, c’est son rôle.
Avoir un nègre Ah ! que c’est drôle !

Il y a nos Monstres mais il y a aussi nos Fantômes. Ces Fantômes sont ces images véhiculées dans notre enfance par la société, la culture familiale et le milieu social. Ils font partie de la construction de notre représentation du monde, c’est notre passé conscient ou inconscient. Certains de ces Fantômes pourront grandir jusqu’à faire partie de nos Monstres. Mais d’autres, resteront là, tapis dans l’ombre de notre mémoire. Ils participent des nombreux filtres qui modifient notre perception du monde. Dans notre mémoire, le passé n’est parfois pas si loin.

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GACCIO ET JORION (V) LE SOCIALISME ET LA GAUCHE : TOUTE UNE HISTOIRE

La cinquième vidéo dans une série de 5 :

1) Les modèles de sortie de crise – 2) Les banques – 3) Le travail et le revenu – 4) Les scénarios catastrophes – 5) Le socialisme et la gauche : toute une histoire

Pour en savoir plus sur les deux personnages, Bruno Gaccio et Paul Jorion, et sur La Parizienne à l’origine du projet, c’est ici.

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PROJET D’ARTICLE POUR « L’ENCYCLOPÉDIE AU XXIème SIÈCLE » : indépendance, par Michel Leis

Billet invité.

Indépendance : Capacité à exercer une action en toute autonomie, sans lien de subordination avec le pouvoir ou une autorité. Ce vocable recouvrait par le passé de bien belles choses : la fin de la colonisation, la liberté de penser ou d’informer, l’autonomie de la justice, le tout conférant à l’indépendance un caractère d’idéal à atteindre. Les magistrats appliquant en dehors de toute pression du pouvoir politique les textes, sinon l’esprit, des lois de la démocratie devraient en être l’exemple parfait.

Il arrive de plus en plus fréquemment que la pratique ne soit plus conforme à cet idéal. Pire encore, par un glissement de sens qui s’explique difficilement, l’indépendance définit le caractère d’un mandat confié à des individus, par des institutions démocratiques ou non, pour appliquer en dehors de tout contrôle une politique fondée sur une idéologie. Par exemple, le mandat confié à la Banque centrale européenne.

L’indépendance ne peut se concevoir sans contrôle démocratique.

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INTERFÉRENCES, par Michel Leis

Billet invité.

Les mouvements qui agitent le Monde musulman plongent les pays occidentaux dans une grande perplexité, leur position ambiguë dans le conflit syrien n’est que l’un des indices de cet embarras. Pourtant, l’interventionnisme à géométrie variable depuis plusieurs décennies demeure la règle et pose une fois de plus la question compliquée des rapports qu’entretiennent Occident et Monde musulman.

L’idée qui prédomine, c’est celle d’une confrontation déjà ancienne. Au milieu du 8e Siècle se joue en moins de 20 ans et en deux batailles une partie du destin du monde dont les effets sont encore perceptibles aujourd’hui. En 732, un siècle exactement après la mort du Prophète, les armées arabes sont défaites aux environs de Poitiers, marquant la fin de l’expansion vers l’Ouest et le Nord. En 751, à la bataille de Talas [i] s’arrête le chemin vers l’Est du Monde musulman malgré une victoire sans appel des armées arabes sur les armées chinoises. La rapidité de l’expansion initiale illustre la vigueur de la nouvelle foi et son prosélytisme, elle s’appuie sur le sabre, mais aussi sur un réseau de marchands arabes préexistant à cette expansion tout autour de la Méditerranée et le long de la Route de la Soie. La Reconquista, les Croisades et l’expansion turque changent les frontières jusqu’à la bataille de Vienne en 1683 qui fige un temps les contours de ces deux mondes, avant que le déclin de l’Empire ottoman, la décolonisation et l’effondrement de l’Empire soviétique ne mette à nouveau les frontières en mouvement. On aurait tort pourtant de voir dans cette longue période deux mondes unis en confrontation directe. Ces deux mondes sont traversés par des rivalités internes entre États et des schismes religieux (Catholicisme / Protestantisme ou Sunnisme / Chiisme) à l’origine de conflits toujours d’actualité.

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PARIS SUR LES FLUCTUATIONS DE PRIX ET VALEURS REPUBLICAINES, par zébu

Billet invité.

Si l’on examine l’histoire de l’exception de jeu, on découvre un certain nombre de choses qui ne sont pas sans intérêt.

En premier lieu, l’interdiction des marchés à terme date de 1823, soit la seconde restauration, sous Louis XVIII. Cette interdiction se fonde sur l’exception de jeu, exception qui fut définie par le Code Civil, code napoléonien. Premier paradoxe : un régime monarchique s’inspire d’un régime qu’il a honni, pour interdire les marchés à terme. Et quel meilleur paradoxe que de s’appuyer sur le Code Civil, grande œuvre napoléonienne en droit.

La spéculation boursière est donc assimilée au jeu.

Trois ans plus tard, la Bourse de Paris, créée par Napoléon, sera définitivement inaugurée sous le règne de Charles X.

Il faudra attendre alors 1881 pour qu’une première faille intervienne, avec la légalisation des courses de chevaux. A cette date, le président du Conseil était déjà Jules Ferry. Le suffrage universel masculin existait déjà, pour les deux assemblées et le ‘péril monarchique’ avait été définitivement écarté avec la victoire des républicains aux élections de 1877 et le départ du président Mac Mahon en 1879.

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