La conquête du Dahomey (1894) : Ce qui s’est vraiment passé

Vous croyez savoir comment la France a conquis le Dahomey en 1894 ? La version que vous connaissez est trompeuse. Voici l’authentique déroulement des faits : vous trouverez ici les propos d’une personne qui a tenu en 1984 à ce que je sache ce qui s’était véritablement passé.

Gbéhanzin se réfugie à quelques lieues d’Agbomé. Il a un gri-gri (gbo) que seul le Gucili a aussi, un gri-gri qui permet de se cacher (de se rendre invisible). Gbéhanzin n’avertit pas son frère et quand les Français approchent il va se cacher avec cette « science ».

À l’origine, Gbéhanzin s’appelait Kondo. Le naja mord rarement car il a du mal à ouvrir la bouche, mais quand sa queue est enroulée autour de quelque chose, on ne peut la dénouer. « Quand le naja fait ce nœud on ne peut (aucune chose) ne peut dénouer ».

aman) nu jakpata n) doko do nu nu de n) tun a.

naja : nœud enfonce ne dans trou pour queue quelque chose nœud défaire pas.

Ko un do : kondo.

Les Français prenaient les gens de force et leur posaient une question en Nago :

« o li kondo ni »

Tu trouver kondo ?

À l’époque les gens parlaient peu Fon, mais ils connaissaient bien le Nago qui était une langue de couvent, une langue de fétiche. Ils disaient « non » et les Français leur coupaient la tête. Mais Gucili, lui dit : «  e m) li kondo »

« Oui, j’ai vu kondo »

On lui dit de se mettre devant (de se mettre en route). Il dit que ça va être coûteux (d’attraper Gbéhanzin). Il dit qu’il faut un poulet blanc. Il faudra le tuer au « Diable » (Lègba) de kondo (pour déjouer sa science). On trouve le poulet et on le sacrifie au Lègba (désormais la science de Kondo est neutralisée : il ne pourra plus se rendre invisible). Ce sacrifice fait, on peut se tourner où on veut, marcher ensuite tout droit, et on trouve (automatiquement) ce qu’on cherche.

Gbéhanzin était sous un arbre, très tranquillement (dans la campagne), avec sa femme, sa mère, ses suivants. Une des reines dit : « Regardez les Blancs qui arrivent ! ». Gbéhanzin. fait face à la foule et (ne réussissant pas à se rendre invisible) s’aperçoit que son frère a déjoué sa science. Il se dresse alors, s’appuie de sa main gauche sur l’arbre, met sa main droite à sa hanche et met un de ses pieds sur l’autre. (Ce faisant, il pratiquait une autre science). Car quand il était fixé, on ne pouvait (comme son nom l’indiquait), le défaire.

Les Français qui connaissaient sa science, se méfient, ils se déploient en cercle autour de lui et disent à Gucili d’aller chercher son frère. Gbéhanzin ne bouge pas. Son frère lui dit : « Kondo, les Blancs te cherchent ». Il le lui répète trois fois. Gbéhanzin ne répond pas. Alors Gucili veut le détacher de l’arbre, il essaie de déplacer le bras gauche. Il n’y arrive pas, même d’un centimètre. Il sue. Même chose pour l’autre bras. Il attrape alors ses deux pieds, mais ne peut rien faire. Il se salit dans la poussière, il s’épuise.

Gbéhanzin lui dit alors : « hl) nhl) n Mawu na we), a zan bi v) a ? »

Force dieu donné toi a utilisé tout fini ?

« La force que Dieu t’a donnée, tu l’as utilisée ? »

Les Français rétrécissent le cercle. Gbéhanzin donne un mot de passe, que tous ceux qui sont avec lui touchent son corps :

« vi kpo asi kpo bi do alo wu ce »

enfants plus épouses plus tous, mets la main corps mon

Toutes les femmes lui tiennent une partie du corps, ceux qui ne peuvent l’approcher (suffisamment) s’accrochent aux autres. Il sort un mouchoir de son cache-sexe, il fait un nœud dedans en y mettant une chose (un ingrédient scientifique), et le jette au ciel. Le mouchoir n’est plus revenu. Mais aussitôt une pluie très violente se met à tomber, si violente qu’on ne voit plus à un mètre.

Il part comme une fusée avec toute sa cour dans le ciel. Il ne reste que les Français et son frère. Ils redescendront à Achérigbé, à 55 km d’Agbomé.

Bien qu’il soit à 55 km, il voit tout ce qui se passe à Agbomé (« comme à la télévision »). Il voit qu’on tue les gens qui ne répondent pas à la question (qui refusent de le trahir). Il dit : « Ils vont tuer tout le peuple que mon père m’a laissé. Que dirai-je à mon père (quand je serai de nouveau face à lui) ? ». Sa mère approuve.

C’est fini.

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4 réflexions sur « La conquête du Dahomey (1894) : Ce qui s’est vraiment passé »

  1. le « kondo / non » me rappelle une anecdote venue de la conquête kemaliste d’Izmir (septembre 1922 ?), où les turcs demandaient aux suspects de dire (ou lire) 3 en turc (üç), ce qui donnait « utch » ou « outs » si par malchance c’est un hellénophone, qui était donc suspecté d’être ennemi, ce qui se terminait au plus mal.

    Tient a propos d’Hellènes, cela ne m’avait pas frappé comme particulièrement enchevêtré, mais le choix qu’ont eu les grecs de se nommer (Grecs/Héllènes/Romi-Romioi) est une histoire bien enchevêtrée aussi.

  2. Sinon, il y a des trombes, je suppose au Dahomey/Bénin, non ? (océan chaud comme le Golfe du Mexique) (?).

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