Quinzaines, Les deux manières d’être un Homme pour un fils, le 1er février 2019

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Les deux manières d’être un Homme pour un fils (texte complet)

Chacun connaît sans doute le fameux poème de Rudyard Kipling intitulé « If… », publié en 1895, traduit en français sous le titre de son dernier vers : « Tu seras un homme, mon fils ». Mais connaissez-vous celui-ci ?

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,

Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,

Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,

Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon fils.

Il s’agit là précisément de « Tu seras un homme, mon fils » de Kipling, direz-vous, ou en tout cas d’une partie du poème ! Eh bien non, aucun de ces vers, si ce n’est le dernier, n’apparaît chez Kipling : ce sont autant d’ajouts inédits de la plume d’André Maurois, « traducteur » du poème en français dans un ouvrage de 1918, Les Silences du colonel Bramble, au quatorzième chapitre duquel son auteur explique ce qui suit : « Ce soir, tandis que sévit le gramophone, je m’efforce de transposer en français un admirable poème de Kipling. » Il s’agit de « If… » bien entendu, mais « transposition », en effet, plutôt que « traduction », et « exubérante » puisque le volume en a été doublé. Traduttore, traditore, dit-on, et ici nous sommes tout particulièrement bien servis ! 

Que reste-t-il du poème, une fois retiré ce supplément dont nous a gratifié Maurois ? Le voici :

« Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,

Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,

Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,

Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,

Si tu sais comment remplir l’implacable minute
De son pesant de soixante secondes en distance parcourue,

Alors la Terre est à toi et tout ce qu’elle contient,
Et – qui plus est – tu seras un Homme, mon fils ! »

Ces vers là sont de Kipling. J’ai conservé pour la traduction, celle de Maurois, sauf pour les quatre derniers dont la substance est entièrement absente de sa version à lui, faute peut-être de les avoir compris. Pour ceux-là, la traduction est la mienne.

Que nous révèlent de ces deux hommes que furent Rudyard Kipling (1865 – 1936) et André Maurois (1885 – 1967), ces deux manières distinctes pour un fils d’être un Homme ?

Commençons dans l’ordre inverse, par Maurois, de son vrai nom Émile Herzog. D’où lui vient donc ce « Si tu peux être amant sans être fou d’amour » ? S’agirait-il ici d’une amourette prédatrice que son prédateur aurait désormais un besoin pressant de justifier à ses propres yeux ? Quant à ces amis dont « aucun d’eux [ne] soit tout pour toi », serait-ce qu’un ami en particulier aurait été visé, exploité lui aussi sans vergogne à l’instar de l’amante dont il vient d’être question ? Quant à ces Rois et ces Dieux, prompts à l’attitude servile, au même titre semble-t-il que la Chance et la Victoire, et dont il s’agit pour un fils digne de ce nom d’en faire ses esclaves soumis, Maurois ne trahirait-il pas là une certaine sympathie à leur égard, et envers le concept d’esclavage tout entier au passage ? Soupçons injustes de ma part ? Peut-être. Si ce n’est qu’on a pu lire ce qui suit ailleurs sous sa plume :

« Les hommes qui avaient vécu au temps des civilisations agricoles avaient pu se trouver soumis à des gouvernements despotiques ; au moins leur champ, leur troupeau les mettaient-ils à l’abri de la pire des tyrannies, celle de la faim. Les ouvriers qui travaillaient dans les usines capitalistes au début du XIXe siècle avaient pu souffrir des bas salaires et des trop longues heures de travail ; mais grâce à la liberté politique, ils avaient peu à peu amélioré leur condition. »

On a dit beaucoup de mal de la féodalité, suggère Maurois, mais despote ou pas despote, quoi qu’il en soit, on y mangeait en son temps à sa faim. Quant aux ouvriers, c’est grâce à la liberté politique que leur a accordé le libéralisme qu’ils ont peu à peu amélioré leur sort. Ah bon ? D’autres ont cru pouvoir affirmer que c’était par leurs propres combats, et de haute lutte, qu’ils avaient remporté quelques victoires les mettant « à l’abri de la pire des tyrannies ». Il est vrai que ceux qui ont affirmé cela étaient socialistes ou communistes et, à leur égard, Maurois n’éprouvait guère de sympathie. C’étaient bien eux qu’il visait quand il ajoutait :

« Dès le moment où pouvoir économique et pouvoir politique sont réunis dans les mêmes mains, l’individu se voit sans recours contre les abus. »

D’où proviennent ces lignes que je viens de citer ? D’une préface rédigée par Maurois à la traduction française en 1938 de l’ouvrage de Walter Lippmann The Good Society, devenu en français La Cité libre. Gaétan Pirou, économiste, a pu dire à l’époque que cette traduction « se rattache à la campagne puissamment orchestrée en vue de déclencher, en France, ce que M. André Maurois, dans sa préface, appelle une renaissance intellectuelle du libéralisme » *. Lisons donc dans le doublement de volume du poème de Kipling par Maurois, une contribution discrète au soutien de cette noble cause.

Et Kipling, plus candide dans sa version à lui de son propre poème, imaginait-il pourtant la transposition sauvage que pourrait lui faire subir un romancier français ? Quelle est donc la source de son stoïcisme débonnaire, accueillant d’une humeur égale la défaite aussi bien que le triomphe ?

Si « If… » date de 1895, un autre poème fameux de l’illustre Anglais né à Bombay, « The White Man’s Burden », le fardeau de l’homme blanc, fut publié lui quatre années plus tard.

Bien davantage que ses multiples écrits empathiques à l’égard des Indes (dont les deux volumes du « Livre de la jungle », ode sublime au rapport de l’homme à la nature), il marquera Kipling du sceau de l’infamie d’un soutien militant à l’entreprise coloniale.

De quoi s’agissait-il ? De l’annexion ou non en ce temps-là des Philippines par les États-Unis. Kipling mit le poids de sa réputation dans la balance. « Oui », dit-il : il s’agit bien « d’un peuple déconcerté et sauvage, d’êtres moitié-démons, moitié-enfants ».

Kipling avait choisi son camp : celui auquel appartiennent ceux qui entendent imposer notre sagesse, sans égale à nos yeux, à l’inaptitude de peuples à jamais dans l’enfance, qu’il est de notre devoir de protéger, en nous interposant, contre la rage autodestructrice qu’ils exercent à l’encontre d’eux-mêmes ou, dans les termes de Kipling : « les contraindre au moyen de nos vivants, et leur imposer la marque de ceux des nôtres qui y trouveront la mort », même si c’est au prix injuste, ajoute-t-il, de « récolter en retour le tribut éternel du blâme de qui fut aidé, de la haine de celui qui fut sauvé, des pleurs de celui dont les vœux furent exaucés. »

Ce sentiment a, à différentes époques, servi de justification grossière à un colonialisme coupable d’abus de faiblesse car sa motivation profonde et secrète était le pillage des trésors de peuples exotiques, et servi de fondement aujourd’hui au droit d’ingérence humanitaire, toujours au même motif de protéger des êtres immatures contre le mal qu’ils s’infligent entre eux et donc à eux-mêmes. La raison est noble. Elle le serait davantage si nous avions, nous aussi, pu faire la preuve au fil des âges que nous savions nous garder d’atrocités perpétrées par nous sur nous-mêmes. Cette preuve-là, il nous reste toujours hélas à pouvoir l’apporter.

* Cité par Serge Audier, Néo-libéralisme(s). Une archéologie intellectuelle, Grasset 2012

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50 réflexions sur « Quinzaines, Les deux manières d’être un Homme pour un fils, le 1er février 2019 »

  1. Et encore , c’est sans compter sur les aléas de transmission , traduction , transposition …entre père et fils .

    Entre père et fille , j’en parle même pas , car la mienne , qui n’en fait qu’à sa tête , m’a répondu:

    Si tu peux à ton âge penser un seul instant ,
    que je suivrai ton speech et tout son bataclan ,
    alors il faut , papa , qu’avant tout je te dise ,
    que ma vie sera pleine de choses à ma guise .

    Et si tu comprends ça , ainsi que je l’espère ,
    Tu seras un homme , mon père .

    Ça secoue un peu , mais en fait j’étais déjà un peu préparé par sa mère , qui , sans mots , m’avait un peu déjà mis sur la voie , en m’épargnant les dérives trop romantico-narcissiques , ou la recherche de correspondance entre la poésie , l’air du temps et le colonialisme .

    1. Nos enfants ou petits enfants sont plus intelligents que nous et savent mieux que la plupart d’entre nous, avec leur regard neuf, ce que veut dire liberté. Et quand nombreux les trouvent cons, trop gâtés et capricieux, moi je les trouve libres. Cela énerve parfois mais j’ai confiance en eux. L’humanité n’est pas foutue !

  2. Merci M. Jorion.

    Vous me faites un bien délicieux en offrant ces poèmes à la musique si mélodieuse, quand bien même derrière le chant de la sirène il y a tapie beaucoup de dureté.

    Lorsque la liberté d’entreprendre, de créer et celle de penser librement se transformaient insidieusement en soumission, alors que peu de temps avant encore enthousiaste, j’avais la naïveté de croire que le commerce avec l’industrie le fournissant n’était qu’un échange pacificateur, je me suis effondrée, victime comme des milliers de sa puissance élevée à son paroxysme détruisant tel un tsunami les vraies libertés de tous et de chacun. Ma détresse s’est d’abord exprimée par des cris de colère que nul ne pouvait comprendre et des larmes amères qui faisaient mal à ceux qui m’aimaient. Puis résignée sur mon sort de désœuvrée forcée, ma colère apaisée et rires retrouvés, encore pleine de vie et résistance non encore vaincue, je n’ai vu comme seule arme à ma portée que de me transformer en « folle du Roi ». Mais en réalité, pour ceux qui ont reçu mes lettres maladroites il y a longtemps, je n’étais que le pitre qui les faisait bien rire. Tant pis, j’ai continué, consciente de mes maladresses et de l’arrogance de mes pieds de nez, jusqu’à leur envoyer l’ultime insolence avec enfin un peu d’habileté, par un recueil titré « les morales de Jaja ». Lassée de ne parler qu’à des sourds en faisant semblant d’être sourde à mon tour, ma vue elle, est restée intacte. Voir parfois apprend bien plus qu’entendre.

    C’est pourquoi je vous remercie encore parce qu’ici, sur votre site, il n’y a pas beaucoup de sourds. Je n’ai plus besoin de faire semblant de l’être, je peux les entendre et apprendre d’eux. Ce qui m’incite aussi à leur répondre quand bien même je n’adhèrerais pas à leurs propos avec quelques bribes restantes d’ironie et de pitrerie .
    Mais aussi en choquant peut-être lorsque je répète souvent ce que je vois clairement, combien cette accumulation débordante de « spécialisations & concepts » en tout genre détruisant l’Art, la Science et la Philosophie alors que je m’adresse à nombreux spécialistes, chercheurs ou techniciens, ou de diplômes de « qualification/expérience exigée » lors de recherches d’emplois (ce que je nomme « la diplômite aiguë »), divise plus qu’elle unit ceux qui sont conscients des problèmes actuels sans savoir les résoudre. Cela crée de trop d’incompréhensions plus de tensions que de lucidité.
    Faut-il attendre que les clairvoyants du passé renaissent ?

    1. Sans aucune ironie.
      Nommez quelques « clairvoyants du passé », s’il vous plaît.
      D’abord, étaient-ils reconnus comme clairvoyants par leurs contemporains?(*)
      Ou bien, ont-ils été reconnus après leurs disparitions? Donc une idéalisation d’un passé quelque fois incertain.

      Je suis en train de lire « Dictionnaire amoureux de la Rome antique » , Xavier Darcos, Tempus 743.
      A sa lueur, votre question laisse songeur. Je suis bien certain que la réponse n’est pas évidente.
      Enclins à l’erreur, aux passions et ses aveuglements, la paresse, le désintérêt ciblé, à côté de qualités rares: humains sommes nous.
      Peut-être faut-il chercher en dehors de l’antiquité gréco-romaine.

      (*): On peut supposer que la question si importante de la diffusion des écrits étaient résolues, au moins dans un cercle restreint, en nombre mais pas nécessairement en dispersion géographique.
      Source: un petit livre traitant de l’empire, du mur d’Hadrien au golfe persique, à travers les tribulations d’une sesterce. (pas sous la main actuellement).

  3. Daniel
    « Nommez quelques « clairvoyants du passé », s’il vous plaît. »

    Ouh! il y en a plein ! Et parmi les quelques-uns que je pourrais citer, puisque votre lecture se reporte à l’antiquité, il y en a un qui me vient spontanément parce que son nom s’est imprimé dans ma mémoire par bourrage de crâne quand j’étais enfant :
    Jésus ! Pas le Christ des nouvelles évangiles mais celui d’historien dont j’ai perdu le nom :
    Jésus fils de Joseph le charpentier, ce qui signifie dans le contexte de son époque qu’il était le fils d’un artisan sinon riche au moins aisé (ancêtre des « bourgeois » du XIIe s. en quelque sorte) et qu’il a pu étudier, outre la première religion abrahamique (la sienne), à mon avis les philosophes grecs et romains et le zoroastrisme par exemple. Lequel Jésus devait plus être un philosophe qu’un simple prédicateur comme il y en avait nombreux alors. Mais le prophète mi humain/mi Dieu qu’on a fait de lui a selon moi détruit le philosophe, peut-être pas à son époque puisque les écrits de ses disciples (jésus n’écrivant soi-disant pas ) n’ont été traduits que plus tard et qu’au IVe s. le concile de Laodicée a défini les livres canoniques et les livres apocryphes. Puis réécrits maintes fois et corrigés selon les diverses interprétations (ou selon les divers « besoins »…)
    Mais là je suis allée très loin et c’est une interprétation très personnelle.
    Mais vous avez raison, on ne reconnait les clairvoyants que dès lors qu’ils sont enterrés parce qu’on a assez de recul pour dire qu’ils avaient vu juste.
    Vous en connaissez peut-être plus que moi de bien plus récents. Je ne suis qu’une autodidacte m’intéressant à tout et spécialiste en rien. Mais perso, que le Christ renaisse ne me plairait pas vraiment, mais le philosophe pourquoi pas, d’une autre manière.

    nb: « le mur d’Hadrien » me fait penser à « mémoire d’Hadrien » de Marguerite Yourcenar, magnifique.

    1. Jac: « Mais là je suis allée très loin et c’est une interprétation très personnelle ».
      Eh bien : je partage totalement votre interprétation personnelle des trahisons des paroles de Jésus ( au même titre que cette fausse traduction ou réécriture d’un poème que nous propose de commenter ici Paul Jorion) Lequel Jésus n’a jamais promis à personne une vie éternelle après la mort, mais proposa à chaque vivant humain de pratiquer une « pauvreté d’esprit » digne de figurer « dans le Royaume du Père ».

    2. «[…parce qu’on a assez de recul pour dire qu’] ils avaient vu juste.»

      Il est probable, comme Xavier Darcos le suggère, que le passé est reconstruit ou idéalisé afin que le Grand Homme dépouillé de ses insuffisances s’insère rétrospectivement dans cette univers imaginé. Y’a peut-être une exception pour les créateurs ou découvreurs de la géométrie?

      L’ inverse (du vivant, par les contemporains) suppose que ce soit les contemporains qui voient justes. Tous clairvoyant, en somme. Impossible.

      La période dont on cause nous offre un critère commun simple : l’esclavage. Aucun des philosophes ou penseurs ne s’est vraiment élevé contre cette ‘institution’, pas même Socrate ou Aristote. Même si la condition d’esclave était infiniment variée, c’est assez pour douter de leurs clairvoyances. Ils étaient de leur temps, si humains et oublieux. A prendre, beaucoup chez Socrate, et en laisser. Humains, rien de plus.

      Ce critère, étendu au vivant, servira à juger de nos prétentions à la sagesse par les générations futures. Même sans, c’est déjà pas édifiant. Pire, mon très court passage autour d’un rond-point me laisse penser que l’esclavage est renaissant. Une forme d’esclavage et pas très douce. C’est un écho à la forte interrogation finale de Paul ( « […] atrocités perpétrées par nous sur nous-mêmes ».) et une confirmation que le libéralisme ultra, alliance des pouvoirs politique et économique est mortel. Bruxelles, par son refus d’accepter des contre-feux sociaux, porte une très lourde responsabilité. Si les Gilets Jaunes nous laissaient pour seul héritage le RIC des espoirs seraient encore permis…

      Les Romains possédaient un autre critère : les jeux du cirque, ses cruautés, ses flots de sang et d’estropiés, et ses foules enragées. Darcos essaye de minimiser l’amplitude de cette question, mais pendant au moins 5 siècles, les jeux étaient bien cet étalement d’horreurs. Pas beaucoup, parmi les noms qui ont surnagé, n’ont protesté. Sénèque se disait incommodé par le vue du sang. Un autre: « L’effort de l’endurer [la vue du spectacle écœurant] m’était un exercice plus valable que la lecture d’Epictète ». D’un stoïcien ? Non, Marguerite Yourcenar le fait dire par Hadrien. Pas de clairvoyants ici.

      Jésus. Bien vu. Etre ‘reconnu’ par les contemporains suppose d’évidence décrire ou construire un futur, de préférence pas trop éloigné (réflexion d’un incroyant. Le gage du succès est évidemment de faire miroiter un futur très éloigné, post vitam). Voyant au long cours, quoi! Ou prophète. Prophètes, les fous sacrés… Chamane? Des signes cabalistiques sur une omoplate extraite d’un moutons ou les arabesques mystérieuses d’un vol d’aigles noirs. Pas de quoi en faire une Bible. Croyances ou superstition, c’est tout un.

      Hadrien. Le même. Passé reconstruit par l’académicienne immortelle, une valeur littéraire sûre. Un exemple plus haut.

      Ça nous éloigne de Kipling? Pas vraiment, semblable à Jules Ferry, la qualité littéraire en moins. Encore que Jules avait une très bonne plume pour écrire ses décrets et instructions aux maîtres d’école. Le respect des élèves, pas celui des ‘non-évolués’. A cet égard, la ligne bleue des Vosges a bien servi Clemenceau.

      1. Daniel, dans l’ensemble je suis d’accord avec vous.
        Juste j’ai envie de préciser ce détail important, selon moi, que vous écrivez :
        « Y’a peut-être une exception pour les créateurs ou découvreurs de la géométrie? »

        Je ne crois pas que ce soit une exception. Je l’ai écrit déjà par ailleurs, maladroitement ou mal à propos, et de ce fait peut-être ne l’avez-vous pas remarqué.

        L’art, la philosophie et les sciences sont selon moi indissociables (je me souviens quand je l’ai écrit : à la vidéo insupportable dans mon 1er com. où j’interroge à ma manière ce que M. Alexandre entend par « intelligence »).

        Les 3 réunis (et non isolés = séparés hermétiquement dans l’incompréhension de par la « lorgnette » et le jargon technique -complexité croissante oblige – ce que je schématise par un seul mot de manière choquante peut-être : « spécialisations » à outrance), les 3 réunis donc permettent une vue plus large (je compte les religions dans la philosophie avant qu’elles ne deviennent des dogmes, idem pour le marxisme ou le libéralisme par ex) laquelle a permis aux philosophes antiques de demeurer encore aujourd’hui des références (et non des Dieux)

      2. D’ac.
        Sauf sur un point: les religions, création humaine à l’anthropomorphisme signé. Exceptée une ou 2 religions asiatiques, que je connais mal, mais qui semblent plutôt un art de vivre ensemble avec le moins d’inconfort possible. Une philo appliquée. Risque d’accaparement nationaliste, cependant.

        J’ai en tête une chanson d’un explorateur de religion qui conclut par : « Dieu est Noir. Et surprise, c’est une femme. » Nougaro, peut-être. C’est tout dire.

      3. Daniel, si vous revenez sur ce billet

        D’ac’ itou

        Je ne faisais allusion qu’aux 2 premières Abrahamiques, les principales en Europe des marchés : catholiques et protestants, qui nous « réunissent » – ou nous englobent- en quelque sorte ; alors qu’il y a eu plusieurs religions monothéistes bien avant et après (c’est pour ça que les musulmans les plus intégristes se révoltent violemment en ce moment comme on le sait tous) Mais bien sûr il y en a eu d’autres non monothéistes : celles de l’Antiquité ou encore actuelles comme taoïsme, hindouisme, shintoïsme etc… ; ces dernières étaient si puissantes avant leur colonisation par les occidentaux qu’il y eut aussi révoltes des indiens musulmans vivant parmi eux (jusqu’à saturation de la colonisation, par ex. les sikhs qui ont tué Gandhi – la « goutte d’eau » pour eux qui a fait déborder le vase alors que personne en Europe ne comprenait pourquoi -)

      4. Daniel pour vous faire rire :

        Parmi mes lettres pied-de nez aux politiciens d’alors, je me suis inventé(e?) plusieurs personnages dont « Dieue Janine » (le canard enchaîné a apprécié, mdr)

      5. @ Jac

        Trop d’honneur et de l’embarras!

        Le bilboquet, qu’en pensez-vous?
        Rien que le nom fait exotique ou mystère de la Renaissance. Les Valois, les femmes au hennin de dentelle vaporeuse, les hommes en poulaines de vair, les trop longues soirées d’hiver dans un château glacial malgré le tronc d’arbre dans la cheminée, la lampe à huile fuligineuse projetant ses ombres dans tous les recoins, la Loire en débâcle, fleuve indomptable gémissant de la glace entrechoquée et broyée, inquiétant contre-point sonore aux sinistres hululements des chouettes-hulottes et les froufroutements des chauves-souris. Chasses sans pitié. Fin de règne.
        Patienter rapidement ne leur était pas facile, faut comprendre.

        Alors que le Yo-Yo semble franchement stupide. Pas le jeu lui-même mais l’adulte addict à ce truc.
        Et les entrepreneurs addicts au Yin-Yang? Même chose. Pas entrepreneurs, entrepris.

        Je partage votre remarque finale. Judicieuse avec cet amendement : de droite à extrême-droite avant la chute finale à l’asile psy, effet ‘éjection de la balançoire’ poussée à ses extrémités, naturellement. Elle semble, votre remarque, un tantinet hors du sujet travaillé par Cédric. C’est sans doute la raison.

      6. Daniel

        Le yin le yang, le bilboquet, le yo yo…

        une réponse donc à un de mes innombrables com (je ris souvent toute seule en écrivant avec mon chat comme témoin qui me fait les yeux ronds) : de « l’entreprise » à la « poésie » et vice versa…
        lol. Il faut suivre ! nous surfons donc d’un billet à l’autre. Mais tout se relie finalement et, au moins nous deux, on s’y retrouve… Riez avec moi ! ça fait du bien. Sinon on risquerait de péter les plombs.
        Bon ici au moins il n’y a pas trop de monde, on est entre nous et on peut faire salon privé… lol.
        Il y a quelqu’un en dessous qui se prend très au sérieux, surtout quand il pense que je pense que St. Exupéry est le Petit Prince. (il y en a aussi qui croient, ailleurs pas ici sur ce site, que Houellebecq est les 2 personnages à la fois des « particules élémentaires »). J’ai des progrès à faire pour le faire sourire. Surtout quand ce que j’écris n’est pas drôle et ne me fait pas rire du tout.

        Bonne soirée, je vais me coucher, il y a urgence je finis par disjoncter.

  4. Que voilà du bel ouvrage, une pierre de plus à l’édifice de la raison, traçant l’inévitable envers de la peinture des idéaux.
    Les deux coupables avaient comme de bien entendu quelques cailloux dans leur poche pour justifier pareille rêverie.
    La façon pointilliste, d’articuler le vraisemblable lien de la trame biographique immergée dans l’Histoire est féconde pour déchiffrer les pièces qui concourent à la production des strophes.
    Personne n’a atteint et ne peut prétendre accéder à une telle réputation poétique.
    La transposition sauvage reprend la strophe originale qui fait limite paradoxale à l’ensemble des propositions : « Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître » dit le renversement maître/esclave. Un rêve diurne suppose la mise en œuvre d’une maîtrise pour l’atteindre. Le mot d’ordre du maître, « vaincre ou mourir », suggère dans la dialectique que l’esclave, ni vainqueur, ni mort, s’est donc soumis. Si le rêve est le maître, alors le sujet est esclave, et il lui reste à tuer le rêve pour devenir un maître en deuil de son rêve.

    Mais il est permis de rêver une sortie des limites humaines bancales grâce au transhumanisme, non ?

  5. On dit d’un interprète qu’il traduit. Dans l’autre sens, le traducteur interprète.

    Maurois met en exergue les sentiments d’amour, de haine, d’amitié, d’amour filial, de rage. Tous ces sentiments ne sont nullement nommés par Kipling.
    Maurois y voit le courage, la sagesse, la bonté, des valeurs non nommées par Kipling pas plus d’énumération de ce qu’il ne faut pas être : pédant, destructeur, imprudent, moral, sceptique.
    Maurois dit comment faire : méditer, observer, connaître là où Kipling préconise de recevoir chaque phénomène de façon égale qu’il soit plaisant ou déplaisant.
    « L’implacable minute… » en effet a complètement disparu.

    Maurois semble faire dire à Kipling ce qu’il n’a pas dit. Intentionnellement ou pas…. incroyable quand on lit

    « Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
    Travesties par des gueux pour exciter des sots, »

    Nos interprétations sont décidément de véritables échafaudages de concepts reposant sur notre imagination et notre ignorance.

    1. Un traducteur traduit et produit des traductions, un interprète interprète et produit des interprétations. L’opération de traduction est bien définie, celle de l’interprétation plus extensive et sujette à disputatio. Un philologue, un rabbin, un psychanalyste, n’interprètent pas avec les mêmes méthodes, de plus il y a des écoles différentes à l’intérieur de ces disciplines comme dans d’autres…à quel saint se vouer ? Chacun fait son marché, pas sans conséquences….ça se discute…

    1. Bernadette, super.
      C’est beau non ?

      – Le Père : le « puissant » tel est idéalisé le père, celui qui par ses spermatozoïdes – ou du moins par le « vainqueur » de ceux-ci – a fait germer l’ovule de la femme pour nous permettre chacun(e) de naître

      Remarque : il est vrai que dans la génèse, la femme modelée avec de la terre par Dieu pour remplacer le côté gauche, celui du cœur, de l’homme : sous entendu « créé en premier », répondant ainsi à l’éternelle question sans réponse (ce qui est très inconfortable) : « qui est le premier, l’œuf ou la poule ? » )

      – le fils : l’ingénu, le naïf, celui qui découvre, qui apprend,

      – le Saint Esprit : notre intelligence à tous encouragée par la puissante « Sainte » * qui nous a fait de hominidé d’abord devenir homme, puis Homme = des êtres civilisés.

      * « Sainte  » = relevé dans le site le « bistrot de la rose + croix » (que j’avais consulté par curiosité)
      « Il est tentant de retrouver dans l’égyptien « s-ankh » la racine qui a donné le mot « saint » en grec et en latin car l’idée de transmission de la force vitale, l’idée de « sanité » (à la fois saint et sain) est naturellement lié à un état de pureté que l’on peut qualifier de sainteté. »

      C’est quand même beau la religion, malgré toutes ses imperfections et ses métaphores si mal comprises qui peuvent conduire à l’inverse de ce qu’elles sont censées exprimer (comme le sens du voile de la femme par exemple dans l’Islam, très beau sens à l’origine « libérateur de la femme » et non « soumission à l’homme », « voile » dans ce sens existant bien avant dans d’autres religions -telle par ex l’ hindouisme ou peut-être même avant-.
      La vierge d’ailleurs est voilée )

      1. j’ajoute une remarque (féministe, et toc !) à ce que j’ai écrit ci-dessus :

        « il est vrai que dans la génèse, la femme modelée avec de la terre par Dieu pour remplacer le côté gauche, celui du cœur, de l’homme : sous entendu « créé en premier », répondant ainsi à l’éternelle question sans réponse (ce qui est très inconfortable) : « qui est le premier, l’œuf ou la poule ? »  »

        Dans les religions antiques voire peut-être antérieures, c’est la femme déesse qui précède les dieux masculins :
        ex. : dans « Les mythes grecs » de Robert Graves, dans le mythe pélasge de la création – le premier connu alors – il y est écrit par l’auteur:
        « au commencement, Eurynomée, déesse de Toutes Choses, émergea nue du Chaos, mais elle ne trouva rien de consistant où poser ses pieds, c’est pourquoi elle sépara la mer d’avec le ciel et, solitaire, dansa sur les vagues »
        C’est beau non ? Et ce n’est pas un philosophe qui l’a écrit mais un poète.

      2. La lumière est blanche avec une colombe. C’est cette apparition qui est montrée un peu partout dans le monde. Oui c’est beau et la colombe est le symbole de la paix.
        Si un jour les guerres de religion s’arrêtaient, ce serait l’idéal pour tous ces peuples opprimés.
        La paix dans le monde demeure la conséquence la plus juste pour tous.

      3. j’ajoute (je peux ne jamais m’arrêter… ouille!)

         » l’idée de « sanité » (à la fois saint et sain) » :
        dans nombreuses religions, comme l’ hindouisme, le bouddhisme, l’islam, les fidèles doivent se faire des ablutions (« se laver pour être propre » dit plus vulgairement) avant de prier à l’office et donc de s’élever vers Dieu pour les uns, ou vers un Dieu existant en chacun de nous guidé par la philosophie de Bouddha dans le boudhisme. Dans la chrétienté c’est le baptême purificateur permettant à l’enfant ou l’adulte baptisé de devenir chrétien)

  6. Rosebud, j’aime beaucoup ce que vous écrivez.
    Mais j’ai eu besoin de le relire parce que j’ai perçu en condensé plusieurs choses importantes . J’isole chacun des points qui me semblent importants et je vous résume ce que j’en pense :
    Je prends la 1ère phrase : « envers de la peinture des idéaux » : j’interprète par regarder l’envers de ce qui, si beau, subjugue. Et plus il est beau plus il éblouit tant on a besoin de beau si on en manque. Et parce que l’idéal est ce qui permet d’avancer, l’envers est donc le garde fou.
    La seconde est évidente : « avaient quelques cailloux dans leur poche » : tous les grands artistes, peintres ou écrivains pour ne citer qu’eux, s’envoient des « cailloux », se critiquent et parfois se détestent (les scientifiques aussi d’ailleurs, mais peut-être pour une autre raison). C’est ce qui leur permet selon moi de s’améliorer, non pas pour atteindre un idéal qu’ils ont déjà ou qu’ils ne cherchent pas, mais pour mieux s’exprimer. Ou dit autrement, pour parvenir à faire sortir d’eux même ce qu’ils ont besoin d’exprimer tant ils sont tiraillés entre ce qu’ils veulent montrer et leur difficulté à le montrer ; et ce qu’ils veulent montrer n’est pas forcément beau, le beau n’étant que l’enveloppe qui permet de séduire et donc d’être vu (nombreux artistes ne cherchent pas à séduire).
    La troisième phrase je ne l’ai pas comprise.
    Quant à la quatrième: « Personne n’a atteint et ne peut prétendre accéder à une telle réputation poétique » : je ne sais pas si je suis d’accord avec vous ou non, je ne possède pas assez de culture pour dire que personne ne puisse y parvenir. Peut-être je dirais, parmi ceux que je connais, que Saint-Exupéry dans  » le Petit Prince » y est au moins presque arrivé.
    Puis : « Si le rêve est le maître, alors le sujet est esclave, et il lui reste à tuer le rêve pour devenir un maître en deuil de son rêve. » : je ne sais pas. Peut-être, je m’interroge, est-il au contraire libéré de sa prison charnelle ? Et peut-être que libéré de cette prison charnelle alors qu’il n’est qu’un humain et non un Dieu, souffre-t-il d’être porté aux nues ou de s’y être porté lui-même au point qu’il ne puisse plus exister ? Dans ce sens, « Le ventre de l’architecte » de Peter Greenaway est un livre remarquable que je vous conseille si vous ne l’avez lu.
    Quant à votre conclusion : « Mais il est permis de rêver une sortie des limites humaines bancales grâce au transhumanisme » : Oui bien sûr il est permis de rêver, mais « vouloir dépasser nos propres limites personnelles » soit, je n’y vois rien de nuisible pour autrui.
    Par contre rêver de « transhumanisme » si cela peut nous permettre d’être libérés chacun, individuellement, de nos difficultés à penser plus, pouvoir plus, être plus, soit ! Mais le transhumanisme suppose par ses performances le dépassement de nos propres limites comme l’art ou la philosophie peuvent le faire. Mais avec nos faiblesses humaines et emportés par notre prétention à toujours plus supplanter l’animal que nous demeurons malgré nos progrès techniques remarquables, la performance sous-entend aussi la compétition, et donc que seuls les meilleurs gagnent ! C-à-d. seuls ceux qui pourront maîtriser le mieux cette suprême technologie, donc mettant au rebus des milliers, millions… d’humains dénués de cette prétention qui ne le pourront jamais… Devenant de la sorte pour la société dans son ensemble des « perdants »devenus « inutiles ». Sont-ils des imbéciles pour autant ?

    1. Pour conclure ci-dessus :
      l’Art ou la philosophie ne met personne au rebus. Par contre ils permettent l’un et l’autre, que chacun, même le moins cultivé, s’améliore, évolue par lui-même et non par la technologie qui n’est qu’un outil. Seuls ceux qui, dénués de cet art (Hitler artiste peintre par exemple) en font une interprétation perverse qui détruit ceux qui ne correspondent pas à leur prétention d’être ce qu’ils ne seront jamais eux-mêmes.

    2. L’émetteur ne maîtrise pas la façon dont le récepteur accueille le message. L’émetteur est parfois débordé par son dire, qui ça s’entend dire « dépasse sa pensée » (MDR). Entre ce que l’un a pu et voulu dire et l’autre à pu et voulu entendre, il y a de la marge potentielle. Ça se discute…

      1. Il y en a effectivement qui pensent que St Ex est le personnage du narrateur dans le petit prince… 🙂 🙂 😉

        Nota : les mots précèdent-ils autant la pensée que les actes précèdent la volonté ? …

    3. Erratum
      « Le ventre de l’architecte » de Peter Greenaway est un livre remarquable que je vous conseille si vous ne l’avez lu. »

      Quelqu’un m’a fait remarquer (pas ici) que c’est un film et non un livre. Ma mémoire ! …..

      Alors je corrige qd bien même trop tard. Ce qui m’a fait revenir sur ce billet.

      1. Peter Greenaway qui est d’ailleurs lui-même une personne remarquable, que j’ai eu la chance de rencontrer alors qu’il exposait dans la galerie d’une de mes amies ses dessins du story-board de ce film précisément. Il est (ou était, je ne sais pas) également architecte.

  7. Peut-être que l’IA est l’accélérateur de l’histoire pour réfléchir l’inconscient à l’oeuvre dans nos actes et nos interprétations/travestissement de ceux posés par nos congénères.

    1. Tant qu’on y est, peut-être que la révolution Copernicienne que nous devons faire pour éviter notre disparition, c’est un nettoyage systématique, dans notre langage, qui nous serre à penser, de toutes références à une quelconque supériorité de la raison directrice de nos actes, de notre Être au monde.

  8. @Jac,
    Jadis la mort avait beaucoup plus d’importance que la vie.
    La shoa peut en être un fait vécu pour nombre de familles exécutées sur ordre de la dictature où seules la nationalité remplacent quelquefois le pays de naissance.

      1. Dommage parce que le seul moyen de ne pas en avoir peur c’est de pas y croire 😉 Ça la fout mal pour une certitude…

    1. dup
      Vous ne m’avez pas comprise.
      La mort est pour moi qui doute beaucoup la seule certitude, ou au moins la deuxième : je suis sûre et certaine d’être née. Mais trop peu de gens doutent. La preuve : on est entouré de tant de petits juges si sûrs d’eux qu’ils ne cherchent même pas à comprendre et encore moins à connaître celui ou ceux qu’ils jugent spontanément et quasi irrémédiablement ; peut-être même faisons-nous pareil. Un moyen de se rassurer à force d’avoir trop peur ? Ceux-là ont peur aussi de la mort au point qu’ils se rêvent immortels ( des dieux quoi !) : la peur de l’enfer peut-être ? autre « certitude » inculquée par bourrage de crâne dans la tête de tant d’enfants que cela reste indélébile quand bien même adultes ils seraient devenus athées (tant on n’a pu ou su leur expliquer à trop jeune âge ce que la métaphore de l’enfer signifie). Moi je suis résolument athée mais aime la philosophie des religions, et admets (sans certitude) que sans elles il n’y aurait pas eu de civilisation .
      Et je ne crains pas la mort. Tout au plus je crains la peine que j’éprouverai devant celle de mes proches, et la souffrance qui peut la précéder (surtout si je suis en maison de retraite mouroir, ou en soins palliatifs si on me laisse mourir de faim et de soif après débranchement des tuyaux de survie, brrrrr).
      Je pense donc que ce qui fait le plus peur c’est ce qui fait douter, parce que le doute démolit la certitude rassurante et qu’on ne sait pas à l’issue du doute ce qu’on découvrira ensuite (selon l’adage sage : « un tien vaut mieux que 2 tu l’auras »… il y en plein d’autres). L’au-delà de la mort est un doute pour bcp de monde. Ma certitude à moi est que je serai comme le poulet que j’enfourne : plus rien, puis de la poussière. Cela me rassure.

      1. Mais il est vrai, Dup, que moi je suis d’un autre monde, celui « des inutiles » quand bien même il fut un temps, je fus dans celui des « très utiles ». Mais là, je « philosophais » moins, pas le temps.
        Un petit sourire ?

  9. La poésie ne se traduit pas, tout au plus un individu parfaitement bilingue peut il se contenter de la plagier plus ou moins convenablement en fonction de la proximité de sensibilité et de vécu avec l’auteur. Cela dit rien n’empêche le lecteur ou plutôt l’auditeur (car il faut respecter la sonorité de la langue) d’en profiter même s’il n’a aucune idée du signifié. C’est simplement le logos en prise directe sur le monde :

    https://www.youtube.com/watch?v=MA-g77MUBDM

    1. A la réflexion pas besoin non plus de respecter une quelconque sonorité. Rien de tel que la réécoute d’un bon vieux Magma pour se remettre en cause 😉

      1. Pour remettre en cause ses propres certitudes , Kipling a connu une « écoute » bien plus terrible : perdre son fils à la bataille de Loos en 1915 .

        Ce qui lui a fait écrire un autre vers célèbre :

         » Si quelqu’un veut savoir pourquoi nous sommes morts / Dites leur : parce que nos pères ont menti . »

        A défaut d’être justes , les littéraires savent trouver , a priori ou a posteriori comment poétiser leurs enfants .

        J’apprécie davantage chez Maurois , qu’il était à la fois littéraire et scientifique . Michel Serres est aussi d’accord avec ça, qui donne plus facilement accès simultané au Yin et au Yang .

      2. J’en étais resté à la poésie considérée comme « genre littéraire » , mais il est vrai que l’expression poétique révèle des sensibilités que les autres genres littéraires ne convoquent pas forcément .

        Mais , pour rester dans la tonalité du billet qui s’empare de poésie ( d’un genre particulier ) pour en traiter de façon littéraire , on doit noter , du moins à son époque , que Verlaine aurait eu de la peine à écrire un poème pour son fils …

        Baudelaire lui avait une enfant , une sœur , mais un peu spéciale .

      1. Traduire de la poésie relève du mensonge, de la naiveté et de la vanité tout à la fois… Rendre intelligible dans une autre langue un oeuvre qui n’est faite que pour être ressentie c’est la trahir et berner le lecteur.

        Vous voulez lire Shakespeare ou Lorca? il vous en coutera au minimum quelques années de vie outre manche ou outre Pyrénées. C’est le tarif et c’est bien fait pour ceux qui croient tout savoir sans se bouger le cul de leur fauteuil 🙂

        La poésie c’EST la vie, la littérature ne fait que la raconter… quelques millisecondes et une éternité les séparent 😉

      2. Tout à fait d’accord avec votre point de vue élitiste, mais de bonnes âmes veulent offrir du partage et traduisent…

      3. « Quand un vieil oracle noué et des fleurs en plastique ouvrent une hésitation à la grâce simplifiale des minutes par elles mêmes » M. Messagier

        Bon courage pour la traduction 🙂 🙂

        https://matthieumessagier.eu/mm/les-grands-poemes-faux/

        Et tant qu’on y est si quelqu’un peut me dire ce qu’il en est de « Moreno de verde luna » chez Lorca au bout de vingt ans sur sa terre d’origine, j’ai ma petite idée mais je serais bien incapable de la traduire autrement qu’en poésie… mais encore me faudrait il être poète …

      4. Il n’est pas élitiste de dire à celui qui mesure moins d’1m70 qu’il n’atteindra pas l’étagère du haut… Et ça peut même lui être utile 😉

    2. Dup
      « Poesie et littérature n’ont rien en commun…  » :

      Je vous donne raison quand vous distinguez la poésie de toute autre littérature, Art l’un comme l’autre, mais la poésie faisant plus appel à nos sens, nos sensibilités ou à l’irrationnel, quand d’autres formes de littérature ne font appel qu’à la raison ou à l’imagination. Je pense que la poésie est une « musique » mélodieuse qui s’écoute plus qu’elle ne se lit. Quand je l’écoute j’ai envie de danser ou parfois de pleurer. C’est ainsi que je la ressens. Bien que parfois derrière ces sons mélodieux il peut y avoir quelque âpre dureté à entendre, tel par ex. »Le dormeur du Val » d’Arthur Rimbaud .

      Dans le poème de Verlaine, je pense que le mot « littérature » évoquait dans son sens poétique « quelconque récit », « discours », ou vulgairement « explication de texte ». « Littérature »: ça rime mieux, c’est bien plus beau, et il est exact qu’on peut se passer de récit ou d’explication de texte. Magnifique Verlaine.

  10. Ça confirme votre élitisme à l’occasion sadique avec les untermensch, et utilitariste qui plus est. Bon j’ai ajouté un emoticon comme d’autres fois, mais j’ignore pourquoi ça marche pas, sans doute lié ma déficience en QI.

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