Archives par mot-clé : Défaut généralisé de la zone euro

DETTE PUBLIQUE : LA SEULE APPROCHE RAISONNABLE, par Zébu

Billet invité.

Le débat sur l’étude de Reinhart et Rogoff, portant sur les erreurs d’appréciation de ces deux économistes éminents, qui aurait été utilisée par les gouvernements occidentaux pour justifier les politiques d’austérité mises en œuvre afin d’éviter le précipice, nous avait fait oublier qu’il est bien plus pertinent d’évaluer la méthode et son objectif que ses marges d’erreurs. Car, même en intégrant (ce qu’ont fini par faire les auteurs) les critiques, nous continuons de tourner aux alentours des fameux 90% comme seuil de criticité.

90%, c’est rassurant : ce n’est pas la totalité, ou pire encore, le surendettement. ‘Il reste de la marge’, pourrait-on dire, ‘du grain à moudre’ pourrait répondre le FMI. Mais ce 90%, qu’il soit ‘réellement’ à 85% ou à 92%, n’en sort pas moins d’un mode de calcul qui ne signifie pas grand chose : un ratio entre la dette publique et le PIB, comme si on pouvait comparer la dette d’un Etat avec ce qu’un pays tout entier produit en une année …

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L’actualité de demain : ÉPINEUSES QUESTIONS SANS RÉPONSE, par François Leclerc

Billet invité. Paul Jorion : La proposition que j’ai faite l’année dernière, d’un défaut généralisé des nations constituant la zone euro (ici et ) a d’abord été écartée d’un revers de main mais on commence à s’y intéresser et on m’invite à venir l’exposer en novembre devant le Parlement européen (j’en dirai plus à ce sujet très bientôt).

Évoque-t-on des questions épineuses alors qu’elles ne se posent pas ? On peut se le demander, à prendre connaissance de l’intervention de Christine Lagarde aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence. Certes, elle ne parvient pas à « imaginer un instant que toutes les économies avancées se retrouvent au Club de Paris dans une perspective de restructuration des dettes globale » ; mais elle enchaîne en remarquant qu’un tel niveau moyen d’endettement n’avait de précédent qu’en 1880, à l’exception d’un intermède durant la seconde guerre mondiale, et constate que les dettes publiques se sont « considérablement alourdies à l’occasion des différents plans de relance mis en œuvre au cours de l’année 2009 en particulier ». Encore un membre de la cinquième colonne ? ce serait trop fort !

Sans trop s’avancer et pour prendre date, elle en a tiré comme conclusion que « il va falloir repenser un certain nombre d’éléments », en référence à des aspects économiques, financiers et juridiques qu’elle n’a pas identifiés plus avant, mais sur lesquels on sait que le FMI travaille déjà activement. Elle n’avait pas seulement en tête la solvabilité de la Grèce, qui se pose à nouveau, mais aussi le litige devant les tribunaux américains qui oppose le gouvernement argentin et un fonds vautour.

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MEDIAPART, Paul Jorion : « La zone euro est à deux doigts de l’éclatement », le 30 avril 2013

Le Handelsblatt a publié vendredi le mémoire de la Bundesbank adressé à la Cour constitutionnelle allemande, contestant la politique monétaire menée par la Banque centrale européenne. Cette fuite intervient alors que la campagne électorale est engagée en Allemagne. Est-ce une manière pour la Bundesbank de s’inviter dans le débat électoral ?

On ne peut que se poser la question de cette fuite. Pourquoi ce mémoire sort-il maintenant ? Est-ce une volonté de la Bundesbank ou du gouvernement allemand ? Il y a un précédent. Au début de la crise grecque, le Spiegel avait publié une longue enquête sur les montages financiers – les swaps de change – mis au point par Goldman Sachs pour aider le gouvernement grec à masquer sa dette. Ces révélations avaient pesé sur tout le débat sur le sauvetage ultérieur de la Grèce : les Grecs avaient triché. Ils devaient donc payer le prix fort. On ne peut que s’interroger sur la motivation qui a poussé à révéler ce mémoire, aujourd’hui. Il est en tout cas clair que la Bundesbank s’invite dans le débat électoral allemand.

Ces critiques marquent-elles une rupture dans le débat sur la zone euro ?

En soi, le mémoire de la Bundesbank n’apporte aucune information nouvelle. Sa position est connue depuis des mois. Jens Weidmann (le président de la Bundesbank) a fait savoir dès cet été tout le mal qu’il pensait de la politique menée par Mario Draghi (président de la Banque centrale européenne) et son opposition aux mesures prises. C’est un banquier central d’un très grand rigorisme.

En l’occurrence, si Weidmann a une fois de plus une opinion qui se distingue de celle de ses confrères européens, ce n’est pas tellement dû – comme on l’imagine toujours – au fait qu’il représente l’Allemagne, mais au fait qu’il comprend les mécanismes monétaires. Sa candeur, c’est de croire que tout le monde les comprend aussi bien que lui. Du coup, il ne prend jamais la peine d’expliquer son raisonnement. Ce qui ressemble à de l’arrogance est en fait une erreur de jugement sur le degré de connaissance de l’opinion.

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P.S. À « CHYPRE, ETC. », À L’INTENTION DES HABITANTS DE LA TERRE EN 2113

Au printemps 2005 je mettais un point final au manuscrit de La crise du capitalisme américain où j’annonçais la crise des subprimes.

Le 24 juillet 2012, j’annonçais le défaut généralisé de la zone euro.

J’apprécie pleinement que vous m’appeliez aujourd’hui avec un grand respect, mêlé toutefois d’une touche de perplexité : « le Nostradamus du XXIe siècle » !

Je vous accorde volontiers que tout cela vous fait une belle jambe puisque mes cris d’alarme furent noyés à l’époque dans les flonflons de la fête qui continuait de battre son plein.

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CHYPRE : LA SAUCE CYPRIOTE (OU CHYPRIOTE) À LAQUELLE NOUS SERONS MANGÉS

La tchatche qui a eu lieu entre 15 heures et 17 heures sur la nouvelle page « Les débats du blog de Paul Jorion » s’est intéressée entre autres à la restructuration de la dette cypriote (c’est la forme de l’adjectif qualificatif qu’on m’avait apprise à l’école). Deux versions circulent :

Wall Street Journal, Bloomberg, Le Monde :

Dépôts < 100.000 euros : 6,75 % du montant déposé sur le compte. Dépôts > 100.000 euros : 9,9 % du montant déposé sur le compte.

Financial Times :

Dépôts < 100.000 euros : 16,65 % du montant déposé sur le compte. Dépôts > 100.000 euros : 9,9 % du montant déposé sur le compte.

La pensée qui m’a aussitôt traversé l’esprit (je veux dire, une fois un rapide calcul fait sur mon propre compte en banque) et que j’ai immédiatement partagée alors avec vous est celle-ci : « Ma proposition de défaut généralisé de la zone euro est en bonne voie ».

Je n’étais apparemment pas seul à raisonner dans ces termes puisque, consultant ma boîte mail, j’y découvrais un message de Bruno Colmant, avec qui je viens de rédiger une tribune libre dans La Libre Belgique : « Ce qui se passe à Chypre valide ta théorie. L’ajustement monétaire arrive ».

Qui dira que tout cela reste confidentiel ? Où pouvez-vous lire en ce moment-même : « Certains analystes considèrent que des chocs sociaux perturberont une sortie de crise ordonnée et que des phénomènes plus graves tels des rééchelonnements de dettes massifs seront inéluctables. L’un d’entre nous préconise d’ailleurs un défaut généralisé de la zone euro nécessitant une opération d’une envergure comparable à l’opération Gutt de 1944 », un extrait de la tribune libre que nous avons rédigée conjointement, Bruno Colmant et moi ? Dans le numéro de cette semaine de… Paris-Match.

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