Archives par mot-clé : Défaut généralisé de la zone euro

L’Écho, Paul Jorion : « La science économique fournit le discours ad hoc aux financiers », le 29 avril 2017

L’Écho, Paul Jorion : « La science économique fournit le discours ad hoc aux financiers », mon entretien avec Johan Frederik Hel Guedj

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La gauche radicale a raison à propos de l’Europe, par Wofgang Münchau

L’article de Wolfgang Münchau intitulé La gauche radicale a raison à propos de la dette de l’Europe, dans le Financial Times d’aujourd’hui, a été traduit en français : on le trouve ici sur le site regards.fr.

Vous n’ignorez sans doute pas que la position qu’il approuve rejoint celle que je défends ici-même depuis plusieurs années sous le nom de « défaut généralisé de la zone euro ».

Je la proposais pour la première fois le 24 juillet 2012, sous l’intitulé : LE SEUL MOYEN QUI RESTE ENCORE DE SAUVER L’EURO ; on la trouve ici en anglais : THE ONLY REMAINING MEANS OF SAVING THE EURO.

J’ai défendu la même position le 5 novembre 2013 devant le Parlement européen, ici : Taux d’intérêt et situation de la zone euro (I) Le cadre théorique et là : Taux d’intérêt et situation de la zone euro (II) Le cadre restreint des alternatives ; le texte en anglais s’intitule : The Future of the Eurozone from an Interest Rate Standpoint.

Et j’y suis revenu dans Penser l’économie autrement, avec Bruno Colmant, publié chez Fayard en septembre.

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Les propositions de Paul Jorion et Bruno Colmant dans « Penser l’économie autrement » (IV) Effacer la dette

Couverture choisie

Mais un défaut de paiement, ce serait une catastrophe pour les banques qui détiennent la dette mais aussi pour les particuliers, rentiers ou pas, qui détiennent des obligations étatiques.

Paul Jorion : C’est toutefois la seule façon de remettre les compteurs à zéro et de repartir sur des bases assainies. De toute manière, le défaut de paiement est déjà à mes yeux la réalité sous-jacente.

Bruno Colmant : Il est intéressant de noter que les rentiers ne constituent plus une classe sociale segmentée, puisque nous sommes tous débiteurs et créanciers d’un système d’impôts, de cotisations, de transferts sociaux et de pensions. De surcroît, si la solution est d’appauvrir les rentiers, ces derniers sont dilués dans toute la population au travers de systèmes de pensions et de protection fondés sur la répartition collective et non pas sur la capitalisation individuelle.

En d’autres termes, la dette publique a « déstratifié » les classes sociales. Nous sommes solidairement liés les uns aux autres dans un inextricable imbroglio intra- et intergénérationnel, à savoir un schéma sociologique compliqué qui assure un certain ordre social en empêtrant chaque citoyen dans une relation compliquée à l’État.

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Les otages – Vote de confiance pour le gouvernement Valls II à l’Assemblée Nationale cet après-midi

Président otage de la religion féroce ultralibérale européenne, otage de la Dette nationale restaurant le servage pour la servir, otage des lobbies rédigeant les textes qui deviendront lois.

Premier ministre otage de la religion féroce ultralibérale européenne, otage de la Dette nationale restaurant le servage pour la servir, otage des lobbies rédigeant les textes qui deviendront lois.

Députés et sénateurs – tous partis confondus, otages de la religion féroce ultralibérale européenne, otages de la Dette nationale restaurant le servage pour la servir, otages des lobbies rédigeant les textes qui deviendront lois.

 

Programme alternatif : dynamiter le cadre ultralibéral européen, défaut généralisé sur la Dette au sein de la zone euro, mettre la Loi à l’abri des lobbies par une Constitution pour l’économie.

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La tarification de produits financiers opaques, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Comment les électeurs des prochaines européennes doivent mettre fin au pillage politico-financier de la réalité

Un article du Wall Street Journal en date du 24 mars 2014 et intitulé « SEC Is Probing Dealings by Banks and Companies in Loan Securities », évoque l’enquête lancée par le régulateur étatsunien sur la titrisation de ces « crédits structurés » qui permettent aux banques, comme dans le cas fameux de Dexia, « de se débarrasser de leurs propres risques ». Ces titres, appelés CLO (Collateralized Loan Obligations) sont alors vendus par ces banques à leurs clients, « leur prix étant négocié à titre privé ». « Sont combinées ainsi, précise le Wall Street Journal, des sommes énormes dont les prix sont opaques ». Le quotidien ajoute que « l’un des objets de l’investigation est de déterminer si les grandes banques et les grosses firmes recourent à de tels produits comme autant de tours de passe-passe financiers pour faire disparaître de leur bilan des actifs indésirables ».

Cet article du Wall Street Journal montre excellemment que les mécanismes d’escroquerie financière qui ont provoqué la faillite des subprimes, prolifèrent sous l’impuissance totale du pouvoir politique et administratif. En fait le combat contre la « mafiaïsation » du monde par la finance est menée par des repentis et des insiders nostalgiques d’un bien commun public. En contrepoint cela signifie que les élites qui détiennent l’apparence du pouvoir politique sont complices ou carrément incompétentes ; comme Louis XVI qui l’a payé de sa tête…

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Parlement européen, Comité pour les affaires économiques et monétaires, le mardi 5 novembre 2013, de 15h30 à 18h30

En direct ici

Compte-rendu en direct (Julien Alexandre)

18h15 : l’eurodéputé vert Philippe Lamberts interroge la BCE et la Commission, qui se positionnent comme de « simples techniciens » : la lettre de Draghi à la Commison était-elle un avis « technique » ou bien un conseil politique et idéologique ? (pour mémoire, Draghi, président de la BCE, mettait en garde la Commission sur les risques de déstabilisation des marchés financiers en cas d’imposition systématique de pertes aux créanciers obligataires). La question est sciemment évitée par Klaus Masuch, mais Lamberts ne se gêne pas pour le lui faire savoir en le saluant avant de quitter la salle, avec la promesse qu’il y aura d’autres occasions…

18h05 : les questions fusent et remettent en cause la légitimité de la Troïka (organe non-élu dont ne manque que le représentant du FMI aujourd’hui) et de ses solutions. Le député français Liêm Hoang-Ngoc rappelle notamment les dissensions existantes entre la Commission et le FMI sur le multiplicateur budgétaire. Un député : « les prévisions économiques de la Troïka réussissent l’exploit d’être encore moins justes que les prévisions météo ». Selon Klaus Masuch, la raison de ces prévisions erronées est très simple : les méchants Grecs n’ont pas suivi à la lettre les « recommandations » qui auraient permis que les prévisions soient bonnes ». CQFD.

18h : selon Klaus Masuch, « on voit le bout du tunnel ». Comme pour la Commission précedemment avec Servaas Deroose, le représentant de la BCE accomplit son exercice de relations publiques.

17h45 : intervention de Servaas Deroose de la Commission européenne. La crise ? Quelle crise ? Aucun pays n’a fait défaut. La croissance est de retour grâce aux efforts de « consolidation fiscale » (sauf à Chypre qui essuiera – 4 %, mais c’est évidemment passager…). La compétitivité s’est également accrue. Les programmes « d’ajustements économiques » ont certes été parfois difficiles, mais ils étaient « inévitables ».

17h15 : tir de barrage des parlementaires (Belgique, Grèce, Portugal, France) remettant en cause les données « scientifiques » avancées par Gilles Saint-Paul… qui préfère ignorer les questions soulevées et utilise ses 5 minutes pour continuer d’avancer les solutions invalidées une par une par la crise. Xavier Timbeau lui répond en rappelant que l’austérité et la déflation pavent la voie vers la guerre, et qu’il vaudrait mieux relire Keynes et envisager une pacification des relations économiques en visant l’équilibre entre les pays en déficit et ceux en surplus.

17h : intevention de Gilles Saint- Paul. En substance, il n’y a pas d’autres choix que l’austérité : dévaluation (ce qui n’est pas conciliable avec le fait de rester dans la zone euro) ou bien dévaluation salariale… « La Grèce ne peut pas se permettre le niveau de protection sociale des pays scandinaves ». On pense évidemment au speech d’Alan Grayson en 2009, qui décrivait en ces termes le plan des Républicains pour la réforme du système de santé : « Don’t get sick ! And if you do, die quickly. »

16h45 : début de l’audition de Xavier Timbeau de l’OFCE qui met d’entrée en garde contre le risque de déflation salariale. En Grèce et au Portugal, les salaires nominaux ont baissé pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale. Le gain de compétitivité à court terme est contrebalancé par l’augmentation de la charge de la dette. L’alternative : suspendre l’austérité et viser l’équilibre à long terme en définissant des salaires nominaux minimaux pour chaque pays qui seraient ajustés de façon dynamique en augmentant le salaire minimal dans les pays en surplus de comptes courants, et en le baissant dans les pays en déficit.

16h30 : salve de questions qui tournent beaucoup autour des solutions mises en oeuvre à Chypre et en Grèce. Ce qui donne l’occasion à Paul Jorion de rappeler son audition 3 ans plus tôt, exposant les bonnes solutions, qui n’ont pas été suivies d’effets, ce qui met en lumière la relative faiblesse des pouvoirs du Parlement européen.

16h15 : Fernando Fernandez Mendez de Andes termine son exposé très critique sur la construction de l’union monétaire européenne, en mettant en exergue les différences avec les autres zones monétaires intégrées. Il soulève notamment la difficulté introduite par la coexistence des régulations nationales avec les aspirations de régulation européenne (les pouvoirs de la BCE en la matière sont restreints). Sans fonds européen de protection des dépôts conclut-il, un euro déposé dans une (bonne) banque espagnole vaudra toujours moins vis-à-vis du marché qu’un euro déposé dans une banque allemande (même mauvaise).

16h : fin de l’exposé de Paul Jorion qui rappelle les deux scénarios en cas d’insolvabilité de la zone euro : 1/ recréer une zone plus petite et solvable en éjectant les États insolvables amenés à restructurer leur dette, rétablir leur monnaie et la dévaluer. Ou bien 2/ planifier un défaut généralisé et une mutualisation des dettes, avec une dévaluation de l’euro vis-à-vis des autres monnaies, à travers une fédéralisation financière, fiscale et bancaire.

15h45 : l’audition vient de commencer après un léger « couac » sur la durée des interventions, ramenée à 5 minutes au lieu des 10 prévue, puis finalement rétablie à 10.

Je ferai donc mon allocution « The future of the Eurozone from an interest rate standpoint » cet après-midi.

Il est trop tard pour s’inscrire mais ce sera visible en streaming ici (il est possible de sélectionner la traduction en français via le menu de la vidéo).

Julien Alexandre et Fatima Ftaich m’accompagneront. Nous tenterons de rendre tout cela aussi vivant que possible, à coup de blogs et de tweets.

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« The future of the Eurozone from an interest rate standpoint », Parlement européen, le 5 novembre, 2013

Voici le texte de mon intervention au Parlement européen, Comité pour les affaires économiques et monétaires, le mardi 5 novembre 2013, de 15h30 à 18h30. Une plus longue version en français a déjà été publiée en deux parties, ici et .

The future of the Eurozone can be approached as a logical problem. If not solved, it can at least be significantly clarified when the issue is examined from the single standpoint of the sovereign debt’s coupon for the nations belonging to the zone.

Within the economic zone where a currency applies, a single coupon level only should be in existence for each obligatory maturity. The founding fathers of the Eurozone assumed no doubt that such would be the case also for the zone – or at least would tend to become so on the long run. They did not envisage that measurable default risk would develop for individual member nations of the zone, neither of course that reverting to the old currency would ever be considered an option. The fact that for a single maturity coupons vary according to country within the Eurozone is as such an alarming symptom of its current troubles.

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Jean-Michel Naulot, ce matin, 7 octobre, sur France Culture

Voilà, si, pour changer, vous avez envie d’entendre dire ce que je dis ici depuis six ans, par quelqu’un d’autre, le voici (la coïncidence entre nos propos est, selon mon évaluation, de 100%).

Et en bonus : Brice Couturier, égal à lui-même (si je ne m’abuse, dire ça n’est pas juridiquement parlant, diffamatoire).

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2015 : DE GIGANTESQUES EFFACEMENTS DE DETTES PUBLIQUES, par Bruno Colmant

Billet invité. A paru le 30 août sur son blog de L’Écho.

Phase intermédiaire :

Chypre est la première opération Gutt du 21ème siècle

En 2015, la dette publique de la zone euro devrait frôler 100 % du PIB, auxquels il faut ajouter l’endettement caché, c’est-à-dire la partie non financée du coût du vieillissement de la population. En un an, les dettes publiques européennes ont augmenté de 400 milliards d’euro et, depuis 2007, de 3.000 milliards d’euro ! Les critères de Maastricht ayant fixé le seuil d’une dette publique supportable à 60 % du PIB, cela signifie que l’excédent de la dette publique européenne atteint aussi 3.000 milliards d’euro, soit l’équivalent du PIB allemand. C’est insupportable.

La question n’est plus de savoir si les Etats de la zone euro sont en défaut : la plupart le sont sociétalement dans la mesure où le poids des dettes publiques n’est plus transposable dans le futur. Car ce n’est pas la dette, en tant que telle, qui importe, mais sa cohérence avec la prospérité et les revenus futurs. Or la dette publique ne bénéficie plus en rien aux générations futures, alors que le remboursement est mis à leur charge. Cette dette ne finance d’ailleurs plus des investissements mais des transferts. Au surplus, comment expliquer qu’une crise de l’endettement se règle à coups de rigueur budgétaire et de chômage, c’est-à-dire au détriment de ceux qui devront la rembourser ?

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Réflexions pour un mouvement néodémocratique (XVII) – De quoi l’avenir devrait-il être fait ?, par Francis Arness

Billet invité.

Esquissons les mesures assurant d’abord la stabilisation de la situation économique, puis le grand tournant. Partons des propositions développées par Paul Jorion dans Misère de la pensée économique [1] ainsi que dans l’ensemble des contributions au blog (particulièrement dans le cadre du projet d’Encyclopédie au XXIème siècle [2]).

Pour stabiliser la situation économique et éviter tout effondrement à court ou moyen terme, il faut :

1. Au niveau européen : régler le problème de l’euro, mutualiser les dettes à l’échelle européenne après avoir organisé un défaut généralisé. Cela ouvrira à une restructuration qui conduira à une refonte de l’architecture de la monnaie unique et à sa transformation en un espace financier, bancaire et fiscal unique (euro numérique, comme le propose Pierre Sarton du Jonchay [3]), avec tout ce que cela comporte d’« euthanasie du rentier ».

2. Au niveau mondial : encadrer strictement les banques par leur nationalisation dans la perspective d’une finance remise au service de la communauté, ce qui implique en particulier la ré-interdiction de la spéculation, mais aussi la création d’une chambre de compensation multilatérale planétaire fondée sur le bancor en étayant ce système sur le réel par la monnaie numérique [4].

3. Au niveau local et plus général, créer des espaces économiques autonomes par rapport aux Etats-Unis – et cela vaut en premier lieu pour l’Europe [5].

4. Dans ce cadre, en Europe (et ailleurs), refonder le partage des richesses.

5. La mise en place d’une chambre de compensation multilatérale planétaire fondée sur le bancor, signifiant automatiquement la fin de la libre circulation des capitaux et la disparition des paradis fiscaux.

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LE MONDE, Taux d’intérêt et survie de la zone euro, lundi 22 – mardi 23 juillet 2013

Taux d’intérêt et survie de la zone euro

L’originalité de l’euro réside dans le fait qu’à la zone économique dont il est la devise ne correspond pas une zone fiscale unifiée. Dès lors, les dettes souveraines des différents pays membres, libellées en euros, se voient imposer des taux d’intérêt intégrant notamment des primes reflétant la santé économique et financière spécifique de chacun des pays.

La première, la prime de crédit, couvre le risque que le versement des intérêts ou le remboursement du principal n’ait pas lieu. La seconde, la prime de convertibilité, tient compte de l’éventualité que le pays émetteur de dette ne quitte la zone euro et, du coup, rembourse sa dette dans son ancienne devise.

Cette particularité, source de tensions susceptibles de faire éclater la zone, a été ignorée par les architectes de l’euro. Ils imaginaient que l’unification fiscale se réaliserait d’elle-même et que les dettes des pays de la zone tendraient toutes vers un taux d’intérêt unique, dépendant seulement de leur maturité, les primes de crédit et de convertibilité étant de facto nulles. A l’origine d’une telle candeur, l’optimisme qui présida à la création de la monnaie commune.

Lorsque, en 2010, le défaut sur leur dette souveraine de certains pays de la zone euro cessa d’apparaître comme une hypothèse fantaisiste, le montant de ces primes de crédit et de convertibilité décolla de zéro et une dynamique centrifuge s’initia pour ces pays. Cette éventualité n’ayant pas été envisagée, un risque de désintégration de la zone euro apparut.

Ces pays se trouvent aujourd’hui dans une situation financière telle que le taux d’intérêt qui leur est réclamé lorsqu’ils empruntent sur le marché des capitaux dépasse leurs capacités financières en raison d’un double effet pervers.

D’une part, le doute qui s’est installé quant à leur capacité à remplir leurs obligations financières fait grimper le montant de la prime de crédit. D’autre part, ce doute en entraîne un second, portant sur la solidarité que les autres pays leur manifesteront ou non, l’absence d’une telle solidarité les obligeant à quitter la zone euro. Le montant de la prime de convertibilité vient alors s’ajouter à celui de la prime de crédit, aggravant le risque d’insolvabilité de ces pays, et forçant les autres à venir à leur aide en garantissant leur dette.

Il est difficile d’imaginer aujourd’hui que la présence de ce mécanisme pervers n’ait pas été prise en compte au moment de la constitution de la zone euro, et n’ait pas retenu ses dirigeants quand ils fermèrent les yeux sur les supercheries dont se rendirent coupables des pays comme la Grèce ou l’Italie (avec la complicité de grandes banques d’investissement) pour cacher l’état de leur dette souveraine afin de pouvoir souscrire aux conditions d’entrée dans la zone en matière d’endettement. C’est pourtant le cas.

Un risque élevé de non-remboursement

La Grèce, l’Irlande, le Portugal et Chypre sont aujourd’hui dans l’incapacité de se présenter sans soutien sur le marché international des capitaux. Celui-ci considére, en effet, comme trop important le risque que les sommes empruntées par ces pays ne soient pas remboursées et/ou que les intérêts promis ne soient pas versés, d’où l’exigence d’une prime de crédit élevée. Et que le risque est également trop grand que le pays en question n’en vienne à quitter à échéance la zone euro, d’où l’exigence d’une prime de convertibilité élevée.

La question se pose maintenant de savoir si les treize pays encore capables d’émettre de la dette sur le marché des capitaux disposent de la capacité de soutenir financièrement les quatre pays assistés ayant, eux, perdu cet accès. Ils clament haut et fort qu’ils en sont capables, mais les difficultés considérables qu’ils ont d’en apporter la preuve inquiètent.

L’alternative est celle-ci : soit la garantie des pays solidaires autorise effectivement la solvabilité de l’ensemble de la zone euro, soit cela a cessé d’être le cas.

Dans le premier cas de figure, le plus favorable, tout va bien, du moins tant que la hausse des primes de crédit et/ou de convertibilité pour un pays additionnel ne fait pas basculer celui-ci de la catégorie des pays en sécurité à la catégorie de ceux en péril. Auquel cas, le calcul de la solvabilité de l’ensemble de la zone doit être refait dans un cadre moins favorable.

La situation de la zone euro est donc instable et fragile, même dans ce cas de figure favorable.

Dans le second cas, défavorable, où les pays solidaires ne peuvent plus apporter de garanties suffisantes aux pays assistés sans mettre automatiquement en danger leur propre solvabilité, il existe deux options :

1. recréer une zone de solvabilité restreinte, au prix du départ des pays insolvables, ceux-ci recourant alors au défaut, à la restructuration de leur dette et au retour à leur ancienne devise, qui se verra dévaluée par rapport à l’euro à hauteur de la restructuration nécessaire pour assainir leur situation budgétaire et prendre un nouveau départ ;

2. décréter le défaut généralisé de l’ensemble de la zone euro, restructurant l’ensemble de la dette, l’euro se dévaluant par rapport aux autres devises. De son coté, la dette de l’ensemble des nations souveraines de la zone se trouverait de facto mutualisée et l’unification financière, fiscale et bancaire devrait alors être immédiatement réalisée.

Au point où nous en sommes, cette seconde approche semble être la seule susceptible de faire disparaître de la zone l’instabilité et la fragilité constatées aujourd’hui.

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Taux d’intérêt et situation de la zone euro (II) Le cadre restreint des alternatives

Le cadre théorique ayant été posé, nous disposons des éléments qui nous permettent de faire un exposé à la fois cohérent et suffisamment complet de la situation présente de la zone euro pour évoquer ensuite la dynamique des cas de figure envisageables.

L’originalité de la zone euro réside dans le fait qu’à la zone économique dont l’euro est la devise ne correspond pas une zone unifiée d’un point de vue fiscal et que du coup, les dettes souveraines libellées en euro des différents pays de la zone se voient associer des primes de crédit et de convertibilité propres, reflétant la santé économique et financière spécifique de chacun des pays. Cet aspect de la question, qui est aujourd’hui la source de tensions susceptibles de faire exploser la zone, a été ignoré par les architectes de l’euro qui ont imaginé que l’unité fiscale se ferait d’elle-même et que l’on tendrait pour les pays de la zone à un taux d’intérêt unique par maturité, les primes de crédit et de convertibilité étant de facto de valeur zéro pour l’ensemble des pays constitutifs de l’union. À l’origine d’une telle candeur se trouvait l’optimisme qui a présidé à la création de la monnaie commune.

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Taux d’intérêt et situation de la zone euro (I) Le cadre théorique

Comme annoncé, je vous propose ici l’analyse de la situation de la zone euro que je présenterai le 5 novembre au Parlement européen

Comme le cadre théorique que j’utilise pour les taux d’intérêt n’est pas nécessairement familier, je commence par le présenter. Dans une seconde partie (tout à l’heure), j’analyserai la situation de l’Europe à l’aide de ces outils. 

Taux d’intérêt et situation de la zone euro (I) Le cadre théorique

Keynes n’a jamais manifesté de sympathie pour la modélisation mathématique en économie : l’outil mathématique lui semblait inapproprié à la connaissance essentiellement qualitative, plutôt que quantitative, que l’économie exige selon lui. À ses yeux, l’économie aurait dû rester une « science morale ». C’est pour répondre à des pressions amicales qu’il mit dans The General Theory of Employment, Interest and Money (1936) cinq pages de formules en tout et pour tout et lorsque John Hicks traduisit le système présenté dans son livre sous forme de quatre ensembles de trois équations (Hicks 1937), il en accepta le principe, parce que – selon son biographe Skidelsky – il considérait qu’il revenait aux jeunes de décider la manière dont son message serait transmis (Skidelsky II 1992 : 614). 

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 12 JUILLET 2013

Sur YouTube, c’est ici.

Parlement européen, Comité des affaires économiques et monétaires, le 5 novembre 2013 : Succès et échec dans les pays en crise ; le programme est ici

Blog de PJ – Le seul moyen qui reste encore de sauver l’euro, le 24 juillet 2012
Blog de PJ – « La seule solution, c’est la mutualisation des dettes », le 4 septembre 2012
Blog de PJ – Dette publique, la seule approche raisonnable, le 11 juillet 2013
Blog de PJ – Projet d’article pour l’Encyclopédie au XXIe siècle : Dette (de l’État), le 11 juillet 2013

Conférences-débats au lazaret Ollandini d’Ajaccio, du 16 au 20 juillet

La biographie de Keynes en trois volumes de Robert Skidelsky (1983, 1992, 2000) n’a pas été traduite en français, le livre John Maynard Keynes (1975) de Hyman Minsky, non plus.

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