Archives par mot-clé : énergie fossile

Réponse à Jean-Paul Vignal sur les ressources en énergie, par Timiota

Billet invité. À propos de Le problème de l’énergie est-il bien posé ?, par Jean-Paul Vignal

Le billet de Jean-Paul Vignal se termine par l’habituel optimisme sur l’énergie solaire et la biomasse, mais les chiffres sont malheureusement faux. Il faut lire à ce sujet le bouquin de David MacKay, « withouthotair » ou le site français fait par les « amis de MacKay » : www.amides.fr.

Le solaire a un rendement de 20%, admettons (version sans concentrateur) quand il fait… soleil. C’est là qu’on récolte les 200 W ou 240 W/m2.

La moyenne nuit-jour (+effets d’angle à crépuscule/aube) bouffe un facteur 4 –> 60 W/m2.

Il ne fait pas beau partout (UK –> division par deux ou plus )–> 25 W/m2

Le « form factor », les ombres, le rendement quand on n’en a pas besoin –> 15 W/m2.

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SORTIR DU CADRE ? par Thierry Melchior

Billet invité

Chacun le sait (ou devrait le savoir), nous sommes confrontés à une triple crise.

Celle dont il est le plus question dans ce blog, est, bien sûr la crise économico-financière, qui, dans la foulée de la crise des subprimes est loin d’avoir été résolue.

Elle se conjugue avec deux autres crises qui sont comme les deux faces d’une même médaille, la crise énergétique et la crise climatique. La crise énergétique résulte d’une exploitation toujours plus effrénée des sources d’énergie fossile depuis une centaine d’années, sources qui, en conséquence, commencent à se tarir. L’approvisionnement énergétique n’est pas encore très gravement menacé, mais tout laisse présager qu’il le sera bientôt. La crise climatique est loin d’avoir encore fait sentir tous ses probables effets, mais ils risquent d’être dévastateurs (montée du niveau des océans mettant en péril de nombreuses villes côtières, aridité croissante de nombreuses zones aujourd’hui fertiles, perte massive de la biodiversité, augmentation de l’intensité et de la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes…). Il est extrêmement probable que ce réchauffement global est la conséquence de l’oxydation massive des énergies fossiles et du rejet de gaz à effet de serre dans l’atmosphère (CO2). Il risque de s’emballer par diverses boucles de rétroaction positives (aggravantes) telles que la diminution de la capacité de réfléchissement des glaces (albédo) du fait de leur fonte, libération massive de méthane du fait de la fonte du pergélisol (le méthane étant un gaz à effet de serre 23 fois plus puissant que le CO2), diminution de l’obscurcissement planétaire du fait qu’une diminution de l’émission de poussières industrielles (qui atténuent le réchauffement) sera la conséquence prévisible du ralentissement voire de l’écroulement de la production industrielle consécutive au tarissement des sources d’énergie fossile.

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QUE FAIRE ?, par écodouble

Billet invité.

Il faut d’abord augmenter beaucoup le prix de toutes les énergies !

Ensuite faire en 10 ans le travail de restauration de l’habitat (c’est un des Grands Travaux qui permettraient la mise en place de l’économie écologique, celle que j’appelle écodouble : au double effet économique), limiter les transports grâce au télétravail, relocaliser les productions (l’économie d’échelle n’est pas toujours valable pour les choses vitales), arrêter de terrasser en grand, arrêter de construire des trucs qui n’ont d’utilité que dans le monde du pétrole (les autoroutes, les routes, les aménagements urbains étalés ou seulement destinés à la voiture, les aéroports, les TGV, les grands viaducs qui vieillissent mal, …).

Nous gagnerions beaucoup d’économies de pétrole en adoptant l’agroécologie, en arrêtant donc les pesticides et les OGM de l’agro-industrie.

Pour la pêche, il faut faire des récifs artificiels partout (et bien étudiés ces récifs ! ingénieurs, écologues et spécialistes des courants marins en équipe).

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SORTIR DU NUCLÉAIRE SANS AUGMENTER LA CONSOMMATION DE CARBURANTS FOSSILES

Didier Cavard écrit :

M. Jorion, vous ne répondez pas au fond du commentaire 67, qui stigmatise surtout le peu de propositions concrètes des commentateurs et chroniqueurs du blog.

Pour choisir le Grand sachem de la tribu des Ynyaka, on a l’embarras du choix. Pour proposer, avec un peu de calculs, comment on phase une sortie du nucléaire sans augmenter les carburants fossiles, il n’y a plus grand monde.

Quant à un arrêt « à la hussarde » de nos chères centrales, dites-vous bien que ce n’est pas gagné.

C’est pourquoi je répète ce que j’ai déjà écrit, mais que vous ne semblez pas vouloir comprendre : il faut obliger l’ASN et les exploitants à améliorer la sûreté de réacteurs qui vont, même si le prochain président et l’assemblée nationale sont couleur vert fluo, continuer à fonctionner pendant des années. Manifester pour l’arrêt sans s’impliquer dans l’amélioration serait un comportement de gribouille.

Didier Cavard, je vais faire avec vous comme j’ai déjà eu souvent l’occasion de le faire avec des intervenants sur le blog qui me disent (la liste est ouverte) : « Ce blog n’est pas un parti politique ! », ou « Ce blog n’est pas une manifestation ! », ou encore : « Ce blog n’est pas une pétition, une Constituante, un manifeste, etc. » Et je leur réponds : « Non, ce blog est un blog ! avec ses avantages et ses inconvénients », et j’ajoute alors : « Mais cela ne veut pas dire que je vous recommande d’aller regarder la télé, une fois la lecture du blog achevée ! Rédigez vos pétitions, manifestes, organisez vos manifestations, Constituantes, et je vous apporterai tout le soutien possible dans le cadre du blog ! »

Voilà, la voie est tracée. Le projet que vous définissez est « Comment mettre en place une sortie du nucléaire sans augmenter la consommation de carburants fossiles ? » C’est un projet ambitieux et tous mes vœux vous accompagnent. Les colonnes du blog vous sont ouvertes – comme elles l’ont déjà été. Vous avez pu voir quelles sont les compétences que nous avons réunies parmi les commentateurs – si vous voulez que je vous mette en contact avec l’un ou l’autre, je le ferai très volontiers, et si je peux vous être utile de toute autre manière, dites-le moi.

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PROPOS INDECENTS

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Pourquoi « propos indécents » ? Parce que les ministres français de la défense et de l’écologie ont dit tous deux qu’il serait indécent de prendre prétexte de la situation actuelle d’alerte au Japon pour reposer la question de l’atome civil, à savoir la production d’électricité à partir de centrales nucléaires. Cette invocation de l’indécence là où elle n’a rien à faire est en soi significative : elle appartient à la même famille de réactions épidermiques que la montée au créneau de deux ministres français en réponse à la suggestion de M. Éric Cantona que si l’on veut faire passer un message aux personnes qui nous dirigent sur la manière dont elles le font à notre grande insatisfaction, il faudrait retirer notre argent des banques. Autrement dit, cette réaction excessive attire notre attention sur le fait qu’en plus des sujets évidents dont relève l’actualité, des questions de gros sous viennent quelque part s’y greffer.

Faut-il attendre le dépôt d’un rapport circonstancié contresigné par divers experts avant d’émettre une opinion ? Faut-il attendre de connaître la gravité globale in fine de ce qui est en train de se passer au Japon avant d’émettre une opinion ? Autrement dit, est-il nécessaire de savoir s’il y aura aussi du plutonium relâché dans l’atmosphère ? Est-il nécessaire de savoir combien de personnes auront été irradiées d’ici quelques années ? La réponse à toutes ces questions est « Non ». Pourquoi « Non » ? Parce que le problème est connu : la planète en question, et ses plaques tectoniques, est connue, de même que la domestication – très relative, comme on vient de le constater – de l’atome par nous.

Pourquoi en parler maintenant ? Parce que tout moment est bon, le sujet étant crucial. Pourquoi ne pas en avoir parlé avant ? Parce qu’hélas, et c’est bien sûr difficile à imaginer, notre monde humain est agencé de telle manière après quelques millénaires d’efforts soutenus de la part de notre espèce qu’il y a en permanence une multitude de problèmes qu’il apparaît encore plus urgent de résoudre. C’est dire !

Alors, comment formuler, sinon LA question, parce que de multiples questions sont soulevées, du moins un aspect important de la question ? La manière traditionnelle de formuler la question que j’essaie de traiter, est celle-ci : « Quel risque prenons-nous en utilisant une technique que l’on sait dangereuse, et ce risque est-il raisonnable dans un contexte global où n’existent pas seulement des risques mais aussi des conséquences bénéfiques ? » Ma réponse à cela, et c’est une réponse qui bénéficie de l’expérience que j’ai acquise en finance, et plus particulièrement dans le secteur de la titrisation des crédits hypothécaires subprimes, c’est que nous savons comment décrire, définir un risque, mais que toutes nos tentatives d’assigner une probabilité à un risque sont vaines, et que par conséquent, tout calcul du type :

sinistre éventuel multiplié par la probabilité qu’il ait lieu, égale tant,

n’a aucun sens parce que nous n’avons pas la moindre idée comment calculer une telle probabilité. Et je précise, avant d’aller plus loin, que par « sinistre », il ne faut pas entendre, comme on a pris l’habitude de le faire aujourd’hui, une somme d’argent, mais dans ce cas-ci, un désastre humain, comme cette femme que l’on voit ce soir en première page du journal Le Monde, assise à même le sol, en train de pleurer, devant un paysage que l’on appelle « de désolation » parce qu’on ne dispose pas des mots qu’il faudrait.

Bien sûr, cela ne nous a jamais empêché de calculer ces probabilités de sinistres à partir de données historiques, et nous n’avons jamais hésité à dire qu’un événement n’aura lieu qu’une fois sur un milliard d’années à partir de données récoltées sur une période de dix ans. Et bien sûr, même un événement qui n’aura lieu qu’une fois sur un milliard d’années peut très bien se passer dans l’heure qui vient, mais en plus, et comme on a pu le constater : un événement qui ne devrait avoir lieu qu’une fois sur un milliard d’années se passe en réalité tous les cent ans, non seulement parce qu’on préfère toujours supposer que le hasard prend la forme domestiquée de la courbe normale – fait sur lequel a longuement insisté M. Nassim Nicolas Taleb – mais aussi parce que les distributions statistiques des faits qui font intervenir des êtres humains ne sont pas stables, et ceci, parce que, dans le meilleur des cas nous avons la faculté de nous adapter, et dans le pire de cas, nous commettons des erreurs, parfois de bonne foi mais le plus souvent parce que nous prenons des raccourcis pour faire des économies de bouts de chandelle, ou plus simplement pour exercer la cupidité qui caractérise certains individus de notre espèce.

On parle ce soir de désastre qui se situera probablement entre Three Mile Island et Tchernobyl et même si ce genre de mesure avait un sens quelconque, rien ne nous garantit encore que nous ne nous tromperons pas une fois encore car le fait est que nous n’avons pas la capacité de mesurer ce genre de risque.

Bien sûr, ce que je dis là n’arrange pas nos affaires, et tout particulièrement dans le contexte actuel de sources d’énergie fossile déclinantes, mais on ne pourra pas se voiler la face indéfiniment, et il nous faudra faire un jour le constat que la seule énergie digne de ce nom est renouvelable, neutre du point de vue de l’environnement, et propriété commune de l’humanité. Ce jour devrait être aujourd’hui, par respect pour le peuple japonais et les épreuves qu’il traverse en raison d’une part de la manière dont est faite notre planète, mais aussi d’autre part en raison de ce que nous avons fait de celle-ci jusqu’ici.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction sur support numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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