Archives par mot-clé : inflation

L’actualité de la crise : LES BANQUIERS CENTRAUX EN PASSE DE PERDRE LEUR VERTU, par François Leclerc

Billet invité.

A l’image de la révolution copernicienne du changement de représentation de l’univers, sommes-nous en passe de connaitre un bouleversement de même ampleur affectant la science économique ? On pourrait le penser, à suivre les décisions et les réflexions des banquiers centraux aux États-Unis et au Royaume-Uni : tout se passe comme si la lutte contre l’inflation allait y être reléguée au second plan, à l’occasion d’un changement d’objectif faisant de la relance de la croissance une priorité destinée à faciliter le désendettement et stabiliser le système financier international.

George Osborne, le ministre britannique des finances, vient de nommer Mark Carney, l’actuel gouverneur de la Banque du Canada, à la tête de la Banque d’Angleterre, avec prise d’effet en juin 2013. Ce dernier a déjà délivré sa vision de l’évolution de la politique monétaire, substituant à la cible d’inflation de 2% – un mandat donné il y a 20 ans par le Parlement britannique – celle d’un taux de croissance nominale, cocktail associant croissance et inflation. Appliquée au Royaume-Uni, ce serait la porte ouverte à une relance de la création monétaire destinée à sortir le gouvernement britannique de l’impasse dans laquelle il s’est lui-même mis en adoptant une politique d’austérité et de réduction du déficit public qui ne fonctionne pas. Une option que George Osborne ne verrait pas nécessairement d’un mauvais jour. Il a d’ailleurs exprimé le souhait qu’un débat international s’engage à propos des nouveaux objectifs des banques centrales, sans attendre juin prochain.

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L’actualité de la crise : TROIS STRATÉGIES DE DÉSENDETTEMENT, par François Leclerc

Billet invité

The English version of this post can be found here.

L’hyperinflation n’est jamais bien loin, dès qu’il est fait référence à la création monétaire, la fameuse planche à billets. L’histoire est alors mise à profit pour annoncer la résurgence d’épisodes qui ont marqué les mémoires. Même cause, même effet, est-il immédiatement pronostiqué !

La crise que nous vivons pourrait cependant nous amener à nuancer. À considérer d’abord que c’est une inflation des actifs financiers qui a été constatée, et non celle des prix des produits de consommation. À remarquer ensuite que cette dernière ne s’est pas déclenchée aux États-Unis, au Japon ou au Royaume-Uni, pays dont les banques centrales n’ont pourtant pas lésiné en matière de création monétaire.

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LE VIF/L’EXPRESS, Le nombre des billets de banque, 15 – 21 mars 2012

La première de mes chroniques pour l’hebdomadaire belge. L’article, sous la forme où il a paru.

On considère à juste titre que le livre où débute une réflexion moderne sur l’économie, est l’« Enquête sur la richesse des nations », publiée en 1776 par le philosophe écossais Adam Smith, connu jusque-là pour sa « Théorie des sentiments moraux » parue dix-sept ans plus tôt.

Une véritable « science » économique n’existe donc que depuis un peu moins de deux siècles et demi. Comme l’a cruellement mis en évidence la crise qui a éclaté en 2007 et dont les épisodes successifs font sombrer toujours davantage le navire de l’économie mondiale, les découvertes incontestables de cette « science » économique sont rares. Si elles avaient été plus nombreuses, il aurait été plus facile pour les économistes de prévoir cette crise et, une fois que nous y étions engouffrés, de nous expliquer ce qu’il faudrait faire pour en sortir. Or, comme chacun le sait, on n’entendit sur les deux sujets : avant et pendant la crise, qu’un long et pesant silence.

Une découverte faite par David Ricardo dans son rapport de 1810 sur « Le prix élevé des lingots » constitue l’une de rares certitudes de la « science » économique. Pour situer rapidement Ricardo au sein de celle-ci, disons que la moitié au moins de ce qu’on trouve chez Karl Marx, se trouve déjà chez Ricardo et que la moitié au moins de ce qu’on trouve chez celui-ci se trouve déjà chez son prédécesseur Adam Smith.

Ricardo a découvert que pour maintenir la stabilité des prix dans la zone économique correspondant à une monnaie, sa banque centrale doit réguler le volume de celle-ci en fonction des fluctuations de la richesse nationale : si de la richesse est créée, de la monnaie nouvelle doit être mise en circulation pour un montant équivalent, si de la richesse disparaît au contraire, de la monnaie doit être retirée d’un même montant. Si l’on imprime trop de billets sans « équivalent-richesse », les prix grimpent – c’est l’inflation ; si l’on n’en imprime pas assez, les prix baissent – c’est la déflation. L’une et l’autre sont mauvaises : si les prix augmentent, il faut que les salaires suivent et leur hausse se reflètera dans le prix des produits : on s’engage dans une « spirale inflationniste », qui peut déboucher sur de l’hyperinflation, comme celle qui tua l’assignat pendant la Révolution française, ou celle qui ravagea l’Allemagne dans les années 1921 à 1924, époque où il fallut remplir une brouette de billets de banque pour acheter du pain au coin de la rue. Dans le cas inverse de la déflation, comme les prix baissent, tout sera moins cher demain et chacun attend encore avant d’acheter, du coup, l’économie s’arrête brutalement.

Je parle de tout cela pour une raison précise : depuis 2008, nos banquiers centraux agissent comme s’ils n’avaient jamais entendu parler du principe de « réglementation de l’émission de monnaie » de Ricardo, l’un des rares acquis pourtant de la réflexion économique.

Les États-Unis ont pris l’initiative en 2008 avec un QE1, suivi d’un QE2 en 2010. « QE », c’est pour « quantitative easing », ce qui se traduit par « assouplissement quantitatif », terme moins inquiétant que « planche à billets », l’expression utilisée pour décrire ce qu’il ne faudrait jamais faire : imprimer de la monnaie non pas parce que de la richesse a été créée, mais simplement parce qu’on ne peut pas faire autrement : parce qu’un trou financier s’est creusé et qu’on s’efforce de le combler en y déversant des tombereaux d’argent.

En septembre 2008, la crise atteint son paroxysme à la suite de la faillite de la banque d’investissement américaine Lehman Brothers, et un total d’un « trillion » de dollars est déversé sur le système financier. Un « trillion », c’est mille milliards de dollars. On n’avait jamais eu l’occasion de mentionner des sommes d’un tel ordre, et on espérait ne plus jamais devoir le faire.

En décembre 2011, la Banque centrale européenne prête aux banques pour trois ans, 489,2 milliards d’euros en vue simplement de les remettre à flot. Le mois dernier, la BCE a prêté 529,5 milliards d’euros supplémentaires. Le total se monte à 1.018,7 milliards d’euros et le « trillion » de dollars nécessaire pour stopper l’hémorragie engendrée en 2008 par la chute de Lehman Brothers a donc été enfoncé.

On n’avait pas le choix paraît-il : le secteur bancaire européen était insolvable dans son ensemble : les banques devaient plus d’argent qu’elles n’en avaient. Pourtant, on le sait depuis 1810 grâce à Ricardo, la planche à billets, c’est la solution du désespoir. Si on y recourt, le système monétaire se dérègle en peu de temps, jusqu’à devenir ingouvernable. Nous sommes prévenus.

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L’actualité de la crise : LES OGRES NE SONT PLUS CE QU’ILS ÉTAIENT, par François Leclerc

Billet invité. Les billets de François Leclerc paraissent quasiment toujours précédés de la seule mention « Billet invité ». Dans ce cas-ci cependant, je me vois forcé de marquer mon désaccord avec lui : les ogres sont selon moi toujours bien des ogres. Pour ce qui touche à la restructuration de la dette grecque, il me semble tout à fait prématuré de dire quoi que ce soit quant à ses conséquences en Europe : le système reste dans un état « critique » – au sens que l’on attache à ce terme en physique. Pour ce qui touche à l’inflation, elle est toujours prête à l’emballement et les banquiers centraux ont raison de s’en méfier comme de la peste, en particulier dans une période comme celle-ci où les prix subissent simultanément des tensions inflationnistes et déflationnistes. Quant à l’hyperinflation, la taille du désastre est telle si elle devait se déclencher que tout doit être fait pour en éloigner le risque, ce qui n’est pas le cas en ce moment aux Etats-Unis où Ben Bernanke à la tête de la Fed a déjà recouru deux fois à la planche à billets depuis le début de la crise, et n’exclut pas d’y recourir encore. Pour moi, les ogres demeurent ce qu’ils étaient.

Nous vivons décidément une époque formidable, comment ne pas en convenir ?

Pour ne retenir que cela et rester dans notre sujet, la planète entière est secouée par une crise financière qui n’arrête pas de rebondir. Elle est momentanément calmée en Europe, mais le suspens s’intensifie au bout de la dernière ligne droite aux Etats-Unis, fruit de l’âpreté de la campagne électorale qui est engagée et de choix budgétaires incontournables auxquels la société est désormais confrontée. Ce n’est pas nécessairement la débâcle qui s’annonce, mais bien la poursuite du déclin déjà engagé.

Les démocrates et les républicains s’affrontent sur le terrain de la diminution de la dette publique avec des arrières-pensées électorales – les uns voulant taxer les plus riches et éviter de trop larges coupes dans les budgets sociaux, les autres exigeant exactement le contraire – au nom de ce qu’ils intitulent pompeusement leurs visions du pays. Les mesures à prendre, leurs modalités et contenu, ainsi que leur calendrier, font l’objet des négociations acharnées à marche forcée, de propositions et contre-propositions permettant à chacun de prendre l’opinion à témoin de la pureté de ses intentions. Incertaine, l’issue ne devrait pas tarder. Avec le risque d’un dérapage.

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L’actualité de la crise : DÉRISOIRE THÉÂTRE D’OMBRES, par François Leclerc

Billet invité.

Dans les transports collectifs, gain de cause est donné à ceux qui veulent que les fenêtres soient fermées. C’est à peu de choses près ce qui est en train de se passer en Europe, à une autre dimension. Afin de maintenir la cohésion ébranlée de leur coalition, les Allemands viennent d’obtenir que le minimum possible soit décidé à propos du fonds de stabilité financière (EFSF), dont l’augmentation des moyens était réclamée par beaucoup, dont la commission européenne.

Afin de pouvoir faire état de leur fermeté – politiquement payante, pense le gouvernement Allemand – il est dorénavant uniquement envisagé d’aménager l’enveloppe du fonds afin de pouvoir en utiliser plus que les 250 milliards d’euros effectivement disponibles pour des sauvetages, en raison de la nécessité de sur-garantir les emprunts du fonds afin d’obtenir la note AAA et le meilleur taux possible. C’était et cela reste pas suffisant, vu ce qui peut intervenir.

Tout le reste, l’augmentation de l’enveloppe du fonds, la possibilité pour lui d’acheter des obligations à la place de la BCE, ou la diminution des taux des aides financières… tout est renvoyé au mieux à plus tard, peut-être aux 23 et 24 mars, lors du prochain Conseil européen.

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LA GUERRE CIVILE MONDIALE EST DÉCLARÉE PAR LA MONNAIE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

La monnaie déconnectée du réel

La banque centrale des États-Unis va lancer sa seconde campagne de quantitative easing intensif que tout le monde traduit désormais par « planche à billet ». Avant la crise des subprimes et la faillite de Lehman Brothers, la planche à billet avait été déclarée hérétique par la sagesse politique, économique et financière. L’expérience avait montré que l’émission de signes monétaires par le système bancaire devait être réglée par le crédit et que le crédit devait être réglé par une anticipation réaliste de la valeur économique désirée et engagée. L’alignement du crédit sur l’anticipation de la valeur réelle et de la monnaie sur le crédit était la clé de l’équilibre de la croissance économique entre les deux écueils de l’inflation et de la déflation. L’émission insuffisante de signes monétaires était identifiée comme déflationniste, c’est à dire facteur de contraction non désirée des anticipations économiques et de la production effective. Pour éviter la déflation et contrôler l’inflation, les autorités monétaires ont pris l’habitude de surestimer le plus légèrement possible l’enveloppe des crédits par rapport à leur anticipation de la production réelle. Le choc déflationniste est historiquement plus destructeur que le risque d’inflation. La surproduction de signes monétaires par surestimation du volume de crédits en proportion de l’activité économique réelle était donc nécessaire dans une certaine mesure. La planche à billet était hérétique mais marginalement nécessaire.

Avant la crise de 2007, la planche à billet est l’excès non réellement mesurable a priori de création monétaire issu d’un crédit antérieurement surestimé à la réalité économique présente. A partir de 2009, après le krach de 2008, elle devient « une politique monétaire non conventionnelle ». Au lieu de régler a priori leur création monétaire sur les titres de créances disponibles sur le marché financier en contremesure de leurs crédits au système bancaire, les banques centrales sollicitent directement une titrisation plus large du crédit afin d’allouer davantage de liquidité monétaire aux agents économiques. Elles demandent aux agents publics et privés qui paraissent solvables, donc à la puissance publique et à ses protégés de maintenir leurs budgets de dépense malgré la baisse des anticipations de croissance de la valeur économique. La planche à billet n’est plus discrète et mesurée par la réalité. Elle est explicite et annoncée aussi ample que nécessaire pour soutenir nominalement l’anticipation de la réalité. Le nécessaire n’est plus la solvabilité des emprunteurs ni leur capacité à produire une anticipation réaliste de leur production future. Le nécessaire est d’éviter des faillites inextricables où un emprunteur systémique se déclare dans l’impossibilité de s’engager à poursuivre le remboursement de toutes ses dettes par la production réelle effective de valeur.

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L’actualité de la crise: des paradoxes qui prennent tout leur sens, par François Leclerc

Billet invité.

DES PARADOXES QUI PRENNENT TOUT LEUR SENS

Une nouvelle tenant d’un fort paradoxe attire aujourd’hui particulièrement l’attention, dont l’agence de notation Moody’s est à l’origine.

Elle s’était tout dernièrement fait remarquer en annonçant que les Etats-Unis, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni se « rapprochaient du moment » où elles allaient perdre leur note AAA, en raison de leurs difficultés budgétaires. Osant remettre en cause ce qui était jusqu’alors un tabou, que la baisse de la notation des dettes espagnole, portugaise, grecque et irlandaise – toutes déjà intervenues – n’avait pas encore brisé. L’amenant à être accusée de jeter de l’huile sur le feu.

Dans son étude semestrielle sur l’Europe, elle vient de préciser ce qu’elle entendait dire en tenant de tels propos hétérodoxes. « Compte tenu de la nécessité de s’en tenir à des mesures d’économies strictes pour plusieurs années, Moody’s estime que les craintes sur la croissance économique constituent un risque pour la notation des Etats. Ceci est particulièrement vrai en Europe, où la croissance devrait être moins élevée que dans le reste du monde »

En conclusion de son document, l’agence annonce qu’elle va attentivement surveiller « les voies choisies par les gouvernements et leur potentiel à générer de la croissance ». Une analyse qui peut plonger les analystes dans une certaine perplexité. Car les mesures de rigueur qui sont prises en Europe ont eu pour justification de répondre à l’attente des marchés, afin précisément d’éviter que ceux-ci enchérissent le coût de la dette obligataire. Or ce sont ces mêmes mesures qui sont dorénavant estimées pouvoir y aboutir, conséquence inévitable d’une dégradation de la notation de la dette souveraine si elle devait intervenir. Impliquant de faire en même temps une chose et son contraire, si l’on s’inscrit dans cette logique.

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L’actualité de la crise: le capitalisme a-t-il les moyens de ce qu’il a déclenché ? par François Leclerc

Billet invité.

LE CAPITALISME A-T-IL LES MOYENS DE CE QU’IL A DÉCLENCHÉ ?

Avec toute la circonspection nécessaire, une question définitive se doit d’être posée : la crise que connaît le capitalisme financier est-elle dans ses moyens  ?

S’il fallait s’en tenir à la seule actualité, la réponse s’imposerait d’elle-même : sans hésiter, c’est non ! Une énième réunion des ministres des finances du G20 et des banquiers centraux vient en effet de se tenir en Corée du Sud, et on se demande s’il vaut la peine même d’en parler, car ce qu’elle a donné à entendre donnait l’impression d’un disque rayé. Que reste-t-il donc de l’élan initial de cette configuration présentée comme l’amorce d’une prometteuse gouvernance mondiale réunissant pays développés et émergents ? Deux simples constats d’échec sans appel.

A ce jour, elle n’est toujours pas parvenue à trouver les moyens de résoudre la crise, et tout indique qu’elle ne va pas l’empêcher de rebondir. La lecture du communiqué final de cette réunion est à cet égard proprement affligeante.

Qu’a-t-il été décidé ? Il est laissé à l’appréciation de chaque pays la résolution de l’équation qui associe relance économique et consolidation fiscale, cette expression contournée qui signifie coupes claires dans les budgets des Etats. Manière de se défausser d’un problème insoluble et d’entériner, dans les faits, la dépression promise à toutes les économies occidentales, vers laquelle on glisse tout doucement !

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L’actualité de la crise: briser l’encerclement de la dette, par François Leclerc

Billet invité.

BRISER L’ENCERCLEMENT DE LA DETTE

Deux réunions vont se tenir en Suisse ce dimanche et en début de semaine, dont nous ne saurons probablement pas grand chose. Mais ce n’est pas la discrétion qui les entoure qui fait en soi leur intérêt, mais plutôt leurs objets respectifs. La première est une réunion régulière de la Banque des règlements internationaux (BRI), la seconde un forum organisé conjointement par le FMI et la Banque nationale suisse (BNS), la banque centrale du pays.

La crise européenne est suivie de près dans le monde entier, en raison de ses conséquences systémiques potentielles à court terme, et de ses incidences à moyen terme : l’Europe, première puissance économique, représente plus de 30% du PIB mondial. Le G7 s’est donc penché dessus dans l’urgence vendredi dernier, à l’occasion d’une téléconférence.

Quant aux banques centrales, restées aux premières loges de la crise générale depuis son démarrage, elles ont de nombreux sujets à discuter ce week-end. Notamment Bâle III, cette future réglementation internationale qui vise à renforcer les fonds propres des banques, et qui est l’objet d’un bras de fer avec les Américains d’un côté et les Européens de l’autre.

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Les gouvernements d’union nationale

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je terminais ma chronique pour Le Monde Économie du mois d’avril intitulée Le fil rouge de la manière suivante :

Qu’on ne s’y trompe pas : les chamailleries au sein de la zone euro au cours des semaines passées ne relèvent pas de la comédie mais de la tragédie. Suivons du regard le fil rouge : ce que nous voyons, c’est le repli des nations sur elles-mêmes dans un « Sauve qui peut ! Chacun pour soi ! » généralisé. La Chine et l’Allemagne ont indiqué la marche à suivre. Les gouvernements d’unité nationale sont pour bientôt, quand il sera devenu évident aux yeux de tous qu’aucun parti ne connaît à lui tout seul la solution des problèmes insolubles qui se posent, suivis alors de Comités de Salut Public, quand il sera clair que même tous ensemble ils n’y comprennent rien et – si Dieu nous prend alors en pitié – suivi enfin d’un nouveau Conseil National de la Résistance, au moment où il faudra, par-delà les divergences conçues aujourd’hui comme irréductiblement inconciliables, lancer une ultime tentative de sauver ce qui peut encore l’être.

Je crois de manière générale à ce que j’écris, je n’en ai pas moins été surpris de retrouver cette notion de gouvernement d’unité ou d’union nationale dans les réflexions d’un fonctionnaire des institutions européennes à Bruxelles avec qui je viens d’échanger quelques mails. Quand je lui demande ce qu’il suggère qu’on fasse, il me répond ceci :

1) inflation contrôlée (la ligne de Blanchard renforcée) [1]

– la déflation est intenable (voir la Grèce hier)

– un nouveau contrat social en faveur des emprunteurs/travailleurs (contre les rentiers/retraités) : la seule façon d’éviter une guerre civile jeunes/vieux à l’horizon 2050. D’un point de vue « jeune contribuable », les inconvénients d’une trop forte inflation sur des retraites moins réactives que les salaires ne sont après tout que le remboursement forcé de ce que les baby boomers nous ont pris (don’t take it personally).

2) gouvernements d’union nationale partout en Europe : c’est la guerre, le clivage gauche/droite apparaîtra vite dérisoire face à ce qui nous attend.

Si l’on n’évoque plus seulement les gouvernements d’union nationale dans mes billets, mais à Bruxelles également, les événements se précipitent singulièrement.

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[1] La « ligne de Blanchard », c’est une allusion aux propositions faites par Olivier Blanchard, Giovanni Dell’Ariccia, and Paolo Mauro dans un rapport du FMI daté du 12 février et intitulé : Rethinking Macroeconomic Policy d’autoriser une certaine inflation pour éviter la « trappe à liquidités », l’incapacité des banques centrales à jouer sur le révision des taux d’intérêt courts en raison du fait qu’ils ont déjà été ramenés à un très bas niveau.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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La remise en question nécessite un retour du courage politique, par Homard

Billet invité.

Christine Lagarde a critiqué en début de semaine la politique économique allemande. La ministre reproche à l’Allemagne sa stratégie fondée sur la compétitivité de sa production de biens et services à l’export. Les Allemands ont gagné de nombreuses parts de marché en modérant leurs coûts salariaux ces dernières années. Ce dumping social, que les Européens critiquent tout bas, a été remis en cause de façon judicieuse par C. Lagarde.

Cette attaque en règle a fait la une du Financial Times en début de semaine. En France, le premier réflexe a été d’incendier la ministre. Au lieu de critiquer et jalouser nous dit-on, notre pays ferait mieux de s’inspirer du modèle allemand et d’améliorer sa compétitivité afin d’en finir avec une balance commerciale déficitaire. Alors oui, les Allemands déposent plus de brevets que nous, consacrent une plus grande part de leur PIB à la recherche, dépensent plus pour l’éducation et disposent d’un tissu industriel de PME solides et innovantes. Mais alors pourquoi les écarts se sont-ils creusés à partir de 2002 quand l’Allemagne a clairement modifié sa politique en comprimant les salaires ? Soyons honnêtes, il n’est pas contestable que l’Allemagne bénéficie d’avantages structurels, mais ces atouts n’expliquent en aucune façon l’écart considérable, qui se creuse sans cesse, entre les déficits de la balance commerciale de la grande majorité des pays de la zone euro et l’excédent de notre voisin d’outre Rhin.

La critique est d’autant plus ardue que les salaires allemands ne sont pas spécialement faibles dans l’industrie. Mais ils stagnent depuis longtemps alors que les coûts salariaux ont augmenté de plusieurs dizaines de points de % dans les autres pays de la zone euro depuis 1995. De plus, les Allemands, en exportant massivement, ont aujourd’hui l’économie probablement la plus solide du monde, même si comme partout ailleurs l’endettement public s’envole. Cette stratégie s’est donc révélée payante pour l’Allemagne, jusqu’à maintenant, et au prix de l’affaiblissement des autres pays de la zone euro. Certains ont compensé, comme la Grèce et l’Espagne, en ouvrant les bras à l’endettement et à une croissance artificielle dopée par l’envolée des prix immobiliers. Certes, ces pays n’ont pas fait preuve de la plus grande rigueur budgétaire. L’écart croissant entre la France et l’Allemagne au sujet des déséquilibres de la balance commerciale est plus révélateur. Selon une étude de Natixis, au moins 30% de cet écart vient du « dumping social » provoqué par l’Allemagne. Il faut également mentionner qu’en délocalisant dans les pays à bas coûts, les Allemands ont accru leur compétitivité au détriment de l’emploi domestique, aussi faible qu’en France. Pour un pays aussi fortement exportateur, on aurait pu penser que le taux de chômage serait mieux orienté qu’il ne l’est, à l’instar du Japon ou de la Chine qui ont peu de chômeurs grâce à la vigueur de leurs exportations.

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