À QUELS INDICES SE VOUER ? (SUITE), par François Leclerc

Billet invité.

La croissance du PIB de la zone euro a été selon Eutelsat de 0,3% au dernier trimestre 2013, déjouant les attentes des économistes qui prévoyaient 0,2% et provoquant des commentaires enjoués. À la recherche de clés rendant positivement compte du cours imprévisible des événements, les analystes et commentateurs sollicitent abusivement les indicateurs économiques et financiers. Au palmarès du moment figurent les variations du taux des titres souverains ou de la timide croissance du PIB, l’amélioration de la balance du commerce extérieur, ainsi que, pour les plus pointus, le remboursement des banques des crédits à trois ans de la BCE. Tout est en réalité à chaque fois affaire d’analyse. Car les taux obligataires restent malgré tout élevés, la croissance atone, l’amélioration de la balance du commerce extérieure résulte aussi d’une diminution des importations, et le toilettage des banques à plus à voir avec l’examen qui les attend qu’avec leur bonne santé retrouvée. À part cela, tout va mieux !

Le chômage fait tache parmi ces données destinées à appuyer la seule démonstration qui vaille semble-t-il la peine d’être formulée : « nous remontons lentement la pente ! ». Or le chômage est devenu l’indicateur principal au détriment de la croissance et l’inflation, si l’on se réfère aux principes de la forward guidance (l’annonce de la politique qu’elle vont suivre) de la Banque d’Angleterre et de la Fed. Janet Yellen, la nouvelle présidente de cette dernière, a même expliqué le 11 février dernier devant une commission du Congrès qu’il ne fallait pas s’en tenir au seul taux du chômage, mais que le taux d’emploi (la proportion de personnes disposant d’un emploi parmi celles en âge de travailler), le chômage de longue durée et le temps partiel devaient également être pris en compte. Les deux banques centrales doivent revenir sur le mécanisme initial de leur forward guidance, bousculant son principe même, pour s’adapter aux réalités.

Le désinflation ne recueille pas pour sa part toute l’attention requise. Afin de justifier son inaction immédiate, la BCE met l’accent sur des anticipations d’inflation annonçant dans trois ans une hausse l’approchant de sa cible de 2%, alors que son taux prévisionnel pour 2014 et 2015 est en baisse par rapport aux précédentes prévisions (il était de 0,7% en janvier dernier). D’où proviendrait un tel sursaut ? Selon l’une de ces formules hermétiques dont les financiers ont le secret quand il s’agit de faire état d’un événement ne cadrant pas bien avec leur démonstration, « les participants [à une enquête] ont cité un moindre effet modérateur exercé par la demande intérieure comme le principal facteur à l’origine du regain attendu d’inflation », nous apprend la BCE. Traduction : « pour que les prévisions se vérifient, il faudra que la demande intérieure s’accroisse » ! Ce n’est pas gagné !

Voilà les deux indicateurs les plus pertinents du moment : la mesure du taux d’emploi et de la déflation !

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