Archives par mot-clé : intérêts

Contributions express à deux débats : « intérêt à », « décroissance »

Ouvert aux commentaires.

1° Le comportement des gens est déterminé par leurs intérêts

La distinction entre « intérêt pour » (objet d’attention) et « intérêt à » (praxis) me semble sans … intérêt (pour) : il s’agit d’un cas banal de polysémie, un mot ayant plusieurs sens (Larousse : « Les mots les plus fréquemment utilisés sont le plus souvent polysémiques »).

L’intérêt à faire X pour Y, c’est l’inscription par Y de l’acte X dans sa stratégie de vie (survie individuelle + reproduction) telle que conçue (énoncée) par elle ou lui. 

P.S. Les gens peuvent se tromper : « Jules est un imbécile : il aurait intérêt à épouser Agathe ! » 

2° Prôner la décroissance

D’accord bien entendu sur tous vos objectifs, mais pas d’accord – tu t’en doutais je suppose – sur le cadre politique, ou plutôt l’absence de réflexion politique, typique d’ailleurs des approches écolo de la décroissance : on fait décroître et tout s’arrange, « Se mettre d’accord sur une baisse massive des émissions de CO2, c’est se mettre d’accord sur la manière d’organiser une récession mondiale ». Oui, et alors ? Quid du capitalisme qui ne peut fonctionner sans la croissance qui produit la rente ? Quid de la comptabilité qui ignore les externalités négatives ? Quid du droit de propriété qui sert de cadre à l’abusus des entreprises ? Quid de la spéculation qui détourne la moitié du financement possible de l’économie 

La concentration actuelle de la richesse rend pour moi toute tentative de solution illusoire si elle n’est pas réglée en premier. Il faut

1° redistribuer la richesse
2° réinjecter dans l’économie sous forme de salaires la moitié de la richesse mobilisée aujourd’hui par la spéculation
3° pour empêcher que l’inflation n’efface en tant que pouvoir d’achat l’augmentation des salaires, faire baisser les dividendes et les bonus extravagants dans la même mesure exactement

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Retranscription – « Pas de décroissance sans remise en question de la propriété privée », le 27 juillet 2014

« Pas de décroissance sans remise en question de la propriété privée », le 27 juillet 2014. Merci à Marianne Oppitz !

Moi, personnellement, je suis dans une situation paradoxale, c’est-à-dire que les décroissants me considèrent comme l’un d’eux et que moi j’explique pourquoi ce n’est pas possible dans le cadre existant. Pourquoi est-ce que je dis que ce n’est pas possible dans le cadre existant ? Parce que je ne pense pas qu’on puisse appliquer un programme de type « décroissantiste » sans modifier de manière radicale la définition de la propriété privée dans nos sociétés. Continuer la lecture de Retranscription – « Pas de décroissance sans remise en question de la propriété privée », le 27 juillet 2014

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La condamnation imparable de la concentration des richesses par un certain J.-C.

Ouvert aux commentaires.

La « parabole des talents » chez Mathieu (25, 14-30), ou « parabole des mines » chez Luc (19, 11-27), n’a pas cessé d’étonner : le Christ y semble en effet, contrairement à son habitude, avoir une opinion positive de l’argent et, mieux encore, encourager l’investissement. À son retour de voyage, le maître dit en effet à celui de ses serviteurs qui n’a pas su faire fructifier les pièces qui lui ont été confiées, dans les termes de Mathieu : « Il fallait placer mon argent auprès des changeurs, et je l’aurais retrouvé avec les intérêts ».

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Du dessein caché dans les programmes informatiques financiers, par Marc Le Son

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Cher Paul,

Dans votre dernier post, vous dites qu’il ne vous semble pas exister de dessein caché dans les programmes informatiques et, sur ce point, je ne suis pas en phase avec vous, non pas par ce que cela procéderait d’une intention maligne mais tout simplement parce que l’essentiel des logiciels est d’origine anglo-saxonne et que la logique qu’ils expriment est celle de cette culture.

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« C’est dans votre intérêt ! » Crédits, intérêts et concentration des richesses, par Steve Bottacin

Billet invité.

L’endettement croissant et chronique des ménages, des entreprises, des institutions financières et des états conduit a une concentration accrue des richesses et des pouvoirs, grâce au mécanisme des intérêts. Perçus le plus souvent comme un élément secondaire du « système-dette », rarement remis en question, les intérêts sont en réalité au cœur du logiciel capitaliste. Parmi d’autres, l’anthropologue et économiste Paul Jorion interroge leur bien-fonde, notamment dans le cadre des prêts à la consommation. Cette réflexion invite a reconsidérer les représentations courantes des intérêts, y compris celles du petit épargnant.

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Le prêt à intérêt (I) : Petite histoire française du prêt à intérêt, par Zébu

Billet invité.

Religieuse, philosophique, politique, juridique, économique, s’il y a un domaine qui a su mobiliser différentes sphères sociales pendant plusieurs millénaires, c’est bien le prêt à intérêt.

Sans même remonter jusqu’à l’Empire romain, il suffit par exemple de savoir qu’une, sinon la première intervention juridique, en dehors du droit canon qui avait déjà statué bien auparavant au sujet du prêt à intérêt, date de 789, avec l’interdiction par Charlemagne du prêt à intérêt pour les clercs (capitulaire Admonitio generalis). Cette interdiction sera ensuite étendue par Lothaire et par les Mérovingiens aux laïcs.

Depuis cette interdiction, du premier empire carolingien, jusqu’à la Révolution et à l’Empire napoléonien, puis jusqu’à la IIIème République Française pour aboutir à aujourd’hui, l’histoire du prêt à intérêts en France a été, par-delà ses aspects philosophiques, éthiques et religieux, aussi une histoire juridique qui a essentiellement tourné autour de la licéité ou non des intérêts que pouvaient réclamer les prêteurs à leurs débiteurs. Une histoire où l’on peut identifier le principe de réalité et la réalité des principes, énoncés et transcrits dans le droit, mais une histoire de rapports de force entre les classes sociales qui possédaient ou pouvaient accéder au capital et celles qui devaient par la force de la nécessité y accéder, du paysan jusqu’au Roi lui-même, en en payant le prix : les intérêts.

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IMAGINE, demain le monde : Pourquoi travaillons-nous ? Pour payer les intérêts !, N° 106 novembre – décembre 2014

IMAGINE, demain le monde, mais aujourd’hui en librairie. Ma première chronique pour ce magazine.

Pourquoi travaillons-nous ? Pour payer les intérêts !

J’ai des amis décroissantistes qui me disent : « Regardez ce qui se passe : nous épuisons chaque année une Terre virgule six, il faut absolument arrêter ça : on renverse la vapeur et au lieu de croître, eh bien, on décroît ! »

Je leur réponds : « Vous avez mille fois raison mais si on décroît, qui va payer les intérêts ? »

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VentsContraires.net – Paul Jorion : « Pas de décroissance sans remise en question de la propriété privée »

(I) « Nous nous débarrassons du travail de manière massive »
(II) « La personne remplacée par une machine n’en profite absolument pas »
(III) « Les machines pourraient financer une allocation universelle »

Sur le site VentsContraires.net

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L’explication du prix par le rapport de force (V) Le « prix » d’un emprunt ou d’une obligation (deuxième partie)

(I) Quand plusieurs mécanismes se greffent les uns sur les autres
(II) Keynes et le double mécanisme de détermination du prix
(III) L’intervention du temps dans la détermination du prix
(IV) Le « prix » d’un emprunt ou d’une obligation (première partie)

Résumons ce que j’ai expliqué dans Le « prix » d’un emprunt ou d’une obligation (première partie). Mis à part les tombées d’intérêt, il existe deux moments majeurs dans la vie d’un emprunt : son émission et son échéance. Entre ces deux moments existe une période durant laquelle il peut être acheté et vendu sur un marché secondaire.

Le premier moment est sa naissance sur un marché primaire où son prix se détermine, ce « prix » étant alors son taux d’intérêt : c’est la partie du contrat véritablement négociable à cet instant entre prêteur et emprunteur. Le taux d’intérêt a deux composantes : le rendement marginal du capital et la prime de crédit. Les deux composantes du taux sont déterminées indépendamment l’une de l’autre, la première partie est universelle : elle dépend du marché des capitaux dans son ensemble, la seconde partie est singulière : elle est propre à l’emprunt spécifique lui-même.

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L’explication du prix par le rapport de force (IV) Le « prix » d’un emprunt ou d’une obligation (première partie)

(I) Quand plusieurs mécanismes se greffent les uns sur les autres
(II) Keynes et le double mécanisme de détermination du prix
(III) L’intervention du temps dans la détermination du prix

Le « prix » d’un emprunt ou d’une obligation au moment de son émission, c’est son taux d’intérêt. Le montant du « principal », la somme prêtée, n’est pas un prix, c’est précisément une somme d’un montant donné sur la base duquel le montant des versements d’intérêts sera calculé au prorata du taux d’intérêt sur lequel prêteur et emprunteur se sont mis d’accord.

Le prêteur éventuel compare en termes de rendement, c’est-à-dire de taux d’intérêt, des placements de même durée. S’il est quelque peu familier de l’investissement, il décomposera le taux en ses deux composantes majeures que sont le rendement marginal du capital et la prime de crédit (j’ignore pour la facilité d’autres primes qui devraient être prises en compte dans certaines circonstances, comme la prime de change ou la prime de conversion) et évaluera chacune des deux en tant que telle. Le montant du rendement marginal du capital propre à tel emprunt est-il celui qu’offre le marché, toutes autres conditions étant par ailleurs égales ? La part prime de crédit évalue-t-elle correctement le risque de contrepartie, le risque de non-remboursement, de non-versement des intérêts promis ?

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Finance de la personne, théologie monétaire de la démocratie, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

L’intérêt est au cœur de la guerre de religion où l’humanité est engagée pour définir ce qu’elle appelle la croissance, qui soit croissance de quelque chose plutôt que rien. Concrètement l’intérêt est ce que la réalité ajoute par le temps, au prix nominal à régler au prêteur quand un emprunteur réalise sa promesse de livrer quelque chose à quelqu’un. Au prêteur, le prix nominal est réglé par l’acheteur ; et l’intérêt est réglé par le vendeur qui avait emprunté le prix nominal à terme dans le prix réel anticipé offert par l’acheteur.

L’intérêt est donc l’augmentation de la réalité par le temps pour les sujets du prix. L’intérêt est la matière du temps qui fait religion entre les hommes. L’intérêt lie le prêteur à l’emprunteur, le nominal au réel, le présent au futur. La substance de l’intérêt est la matière de la croissance humaine. L’intérêt forme l’économie des biens. Définir l’intérêt du prix est donc discriminant entre ce que peut vouloir le sujet humain du bien et ce qu’il ne doit pas désirer sous peine de tomber dans le mal.

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Sortir de l’esclavage financier par la compensation publique de l’intérêt, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Le présent commentaire de l’oeuvre de David Graeber, Dette : 5000 ans d’histoire, est en même temps une interprétation du cours de Bernard Stiegler sur la République de Platon

Anthropologie de la dette

Dans « Debt, the first 5000 years » paru en 2011, David Graeber produit une histoire anthropologique de la dette depuis les origines de la civilisation humaine. A partir de son point de vue anarchiste assumé, l’actuel professeur d’anthropologie à la London School of Economy s’extrait du nominalisme juridique et technique de la modernité contemporaine pour décrire le phénomène de la dette dans sa réalité archéologique, sociologique, idéologique et métaphysique. Le résultat de cette étude fouillée est que le commerce du crédit n’est plus la mécanique brute que nous connaissons dans l’actuelle guerre civile numérique mais la structure métaphysique de la « religion féroce » dénoncée par Paul Jorion.

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Institut de la gestion publique et du développement économique : DE NOUVEAUX REFERENTIELS ECONOMIQUES POUR LES POLITIQUES DE DEMAIN

Voici l’allocution que j’ai prononcée ce matin au colloque qui se tenait aujourd’hui au ministère des finances français.

De nouveaux référentiels économiques pour les politiques de demain

Les questions qui restent à résoudre

La crise qui se déclencha en 2007 fêtera à la fin de ce mois, son sixième anniversaire. Malgré quelques rares périodes de répit, la dégradation du système financier, et de l’économie dans son sillage, s’est inexorablement poursuivie depuis.

Les questions sur lesquelles planche l’économie sociale et solidaire depuis le XIXe siècle sont au premier rang de celles qu’il conviendrait de résoudre. Ne nous défilons pas et interrogeons-nous sur où nous en sommes aujourd’hui dans leur solution.

J’en mentionne trois pour commencer. D’autres le seront également quand j’évoquerai les obstacles contre lesquels l’économie sociale et solidaire est venue buter tout au long de son histoire et qu’il serait coupable d’ignorer.

La question de l’intérêt peut-elle être résolue ? Le versement d’intérêts joue un rôle moteur dans la concentration inéluctable de la richesse et contribue à la destruction de la planète par la nécessité de croissance qu’il apporte avec lui.

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AVANCES, INTÉRÊTS ET DIVIDENDES, par Marian Wielezynski

À propos de Misère de la pensée économique (Fayard 2012). A paru dans la revue Cadres (CFDT), N° 452, décembre 2012

Un soir, sur un plateau télé, Paul Jorion se trompe et confond Dick Rivers avec Eddy Mitchell. Mortifié, il raconte (p. 35) la gêne qu’il éprouve face à cette confusion. Selon lui, face à la crise économique actuelle, la même sorte de honte devrait submerger les acteurs financiers et agir comme une boucle de rétroaction qui imposerait l’apprentissage de comportements plus vertueux. Mais le silence assourdissant de la « science » économique n’offre aucun remords possible ni d’autre alternative que le rejet sans appel du capitalisme. Nous devons refuser un monde où « la machine à concentrer la richesse », actionnée par des financiers ultra-cupides, tourne à « très haute fréquence ». Paul Jorion déplore l’aveuglement des acteurs sans scrupules de cette course insensée et en tient pour responsable la « science » économique. Celle-ci est aux abonnés absents quand on a besoin d’elle. Elle est un « système de croyance fermé, bien plus proche d’une religion que d’une science » (page 169). Elle interdit même l’éventualité de sa réfutation et ses propositions disparaîtront avec elle.

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