Contributions express à deux débats : « intérêt à », « décroissance »

Ouvert aux commentaires.

1° Le comportement des gens est déterminé par leurs intérêts

La distinction entre « intérêt pour » (objet d’attention) et « intérêt à » (praxis) me semble sans … intérêt (pour) : il s’agit d’un cas banal de polysémie, un mot ayant plusieurs sens (Larousse : « Les mots les plus fréquemment utilisés sont le plus souvent polysémiques »).

L’intérêt à faire X pour Y, c’est l’inscription par Y de l’acte X dans sa stratégie de vie (survie individuelle + reproduction) telle que conçue (énoncée) par elle ou lui. 

P.S. Les gens peuvent se tromper : « Jules est un imbécile : il aurait intérêt à épouser Agathe ! » 

2° Prôner la décroissance

D’accord bien entendu sur tous vos objectifs, mais pas d’accord – tu t’en doutais je suppose – sur le cadre politique, ou plutôt l’absence de réflexion politique, typique d’ailleurs des approches écolo de la décroissance : on fait décroître et tout s’arrange, « Se mettre d’accord sur une baisse massive des émissions de CO2, c’est se mettre d’accord sur la manière d’organiser une récession mondiale ». Oui, et alors ? Quid du capitalisme qui ne peut fonctionner sans la croissance qui produit la rente ? Quid de la comptabilité qui ignore les externalités négatives ? Quid du droit de propriété qui sert de cadre à l’abusus des entreprises ? Quid de la spéculation qui détourne la moitié du financement possible de l’économie 

La concentration actuelle de la richesse rend pour moi toute tentative de solution illusoire si elle n’est pas réglée en premier. Il faut

1° redistribuer la richesse
2° réinjecter dans l’économie sous forme de salaires la moitié de la richesse mobilisée aujourd’hui par la spéculation
3° pour empêcher que l’inflation n’efface en tant que pouvoir d’achat l’augmentation des salaires, faire baisser les dividendes et les bonus extravagants dans la même mesure exactement

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21 réflexions sur « Contributions express à deux débats : « intérêt à », « décroissance » »

  1. – Sur  » l’intérêt  » :

    quand je ne sais plus bien ce qu’il faut penser d’un mot polysémique , je remonte toujours à sa source pour autant qu’on la connaisse sans déformation , à l’étymologie . là , en cherchant dans mes dicos habituels , ce qui me parle le plus , c’est :

    emprunté au latin « interest » que les latinistes même fatigués reconnaissent comme la 3ème personne du singulier de « inter- esse », soit à la fois « être présent » et  » participer, être lié à  » . C’est donc bien un mot code selon mes repères : il fait , à tort ou à raison , un pont entre le réel ( l’être) et le sens que l’on parie sur lui ( à quoi ça sert , à quoi ça participe ).

    Dès lors , effectivement , il n’y a pas lieu de couper les intérêts en quatre pour leur faire dire plus qu’ils ne disent , et on pourrait conclure avec Duhamel : les choses sont intéressantes dans la mesure où nous nous y intéressons .

    Ce qui est presque : les intérêts des gens sont déterminés par leur comportement !

    – sur prôner la décroissance :

    On comprend que le débat conduit avec votre interlocuteur écolo mérite bien d’être conduit pour éviter les à peu près illusoires . Vous l’avez déjà évoqué ici .
    J’y vois pour ma part aussi un écho ( et une déclinaison a minima ) à mon échange avec Roberto Boulant que j’ai conclus pour ma part sur l’absolu nécessité de remettre la propriété ( les propriétés ) sur l’établi pour avoir une chance de changer de cadre .
    Vous semblez de votre côté limiter , sans doute de façon plus réaliste , les actions strictement nécessaires à redistribution/ fin de la spéculation /fin des outrances de rémunération des actionnaires et dirigeants .

    Je reçois ces actes comme efficaces et nécessaires pour parer aux désillusions d’une politique de décroissance trop naïve , mais elles me paraissent bien insuffisantes pour garantir la réussite totale d’un changement de monde .

    PS : quid des gratuités comme réponse à la question ?

    1. Dans cet esprit , il me semble que vos trois pistes ne répondent pas à la question que vous posez vous même à votre correspondant :

      « quid du droit de propriété qui sert de cadre à l’abusus des entreprises ? »

      J’ai bien lu qu’il s’agit d’un premier temps pour éviter la poursuite de la concentration de la richesse , mais n’est ce pas justement mettre la barre trop bas , « et rendre illusoire toute tentative de solution » ?

  2. Moi aussi, et c’est un élément de la « capitalisation », je m’étonne de l’absence d’une réforme profonde des héritages. Que des « entrepreneurs » (il en faut) s’enrichissent un peu plus que les autres durant la moitié de leur vie ne me gène pas trop (avec un éventail limité de rémunérations). Mais que cela se transforme en capital qui s’auto-alimente et se retrouve comme trésor de départ pour les héritiers n’est pas légitime. Les entreprises (ou les capitaux qu’elles représentent) appartiennent finalement à la nation. Thomas Piketty a montré combien la fiscalité des héritages fait voir des richesses énormes et qui s’auto-reproduisent et qui ne sont pas vraiment écornées par la fiscalité. (Excusez, j’ai pas les chiffres devant moi).

  3. 2° réinjecter dans l’économie sous forme de salaires la moitié de la richesse mobilisée aujourd’hui par la spéculation

    Pour acheter quoi ? de la production écolo ou des écrans plasma et des gsm dernier cris ?

    La question ne se pose pas pour les sans-dents qui achèteront au moins cher de toute façon. Mais pour la partie non négligeable qui oriente la tendance?

    Sans rediriger la consommation on ne sortira pas de l’auberge.

    1. Oui : commençons par baisser les salaires, c’est le moyen le plus simple en réalité d’empêcher les gens d’acheter des choses dangereuses pour la planète.

      La baisse des salaires, c’est l’arme absolue contre le consumérisme, pensons-y !

      1. Ça devient cornélien :

        – la hausse des salaires ne fait pas obstacles au consumérisme .
        – la baisse de salaires non plus ( le crédit et la dette sont magnifiés pour ça )

        Lancement d’un concours d’idées pour s’opposer au consumérisme ( toute solution proposant de supprimer le consommateur sera refusée ) .

      2. PS suite et pas fin :

        Les condamnations véhémentes réduites à la seule faute au capitalisme et à la publicité non plus .

  4. Les trois solutions proposées sont effectivement le minimum pour éviter la dictature, seule moyen de maintenir l’ordre dans des sociétés devenues par trop inégalitaires.

    La principale question est donc d’une simplicité biblique : comment faire, puisque l’exécutif et le législatif obéissent aux instructions données par les banques systémiques et les transnationales ?

  5. Créer des GREENJOBS à profusion (dépolluer) un tantinet précaire sans requis et chargé de sens subventionné par les grandes entreprises qui s’enrichissent avec les robots , Ensuite les robots se chargeront de tout ou presque.
    Réfugiés Rmistes et sans voie s’y retrouveront bien.

  6. Mes réflexions sont des questions.
    A qui confier la création et l’administration de la monnaie dans une société ou un groupe social ?
    Faut-il et comment rémunérer ces activités au service du vivant ?
    Mes réflexions sont aussi des réflexions…
    Avec les ressources limitées de la Terre et le bon usage que l’on en fait ( hors pollutions, déchets non rapidement dégradables, gaspillage … ) il me semble que propriété et monnaie sont deux autres dimensions d’un cadre nouveau à considérer.

  7. Vous savez que le malheur a commencé quand on a développé l’actionnariat au cours des années 70 et 80.
    Je me souviens des entretiens que j’ai eu avec un homme politique du PS, collaborateur (non sans difficultés) de Mitterand, qui a habité dans la même ville que moi dans le 78. Avant les entreprises investissaient les bénéfice dans leur entreprise, mais l’actionnariat a fortement relativisé cette tradition entrepreunariale. Et c’est encore bien pire aujourd’hui. Il y a des véritables requins parmi les investisseurs; ils identifient et rachètent des entreprises qui ne marchent pas trop bien, ddont les actions baissent, les découpent comme un poulet rôti pour les vendre avec bénéfice, après avoir, bien entendu, restructuré et défiguré l’entreprise – ce sont des Bernard Tapie en grand écran en quelque sorte. Et out cela est bien légal, ces investisseurs (américains) travaillent avec un staff d’avocats spécialisés. Il m’est arrivé de rencontré des managers concernés par ces manouevres; ils avaient besoin d’un traitement psychiatrique! Telle la pression exercée (chantage, menaces….) par les investisseurs était forte.
    Bref, on a vraiment tout fait, même au niveau politique, pour en arriver là. Renverser cette évolution sera un travail de Hércule. La mission pédagogique de Paul Jorion peut y contribuer – il faut reveiller et mobiliser la nation, le peuple.

  8. Nous le savons tous, prôner la croissance comme un axe catalytique du progrès vers une humanité plus heureuse, c’est complètement con. c’est juste des mots qui renvoient à autant de notions subjectives. Alors l’inverse, par le miracle de la logique booléen, doit se révéler la solution intelligente, sauf qu’elle doit aussi nous conduire au paradis sur terre. Naissance, croissance, âge mûr, décroissance et mort sont les étapes clés du vivant. Concernant l’humanité, je place le curseur à cheval entre décroissance et mort. Bref, les adeptes de la décroissance ont déjà une bataille de retard.

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