Archives par mot-clé : Kerviel

#include /* Paramétrage Eliot */
#include /* Pour la cour de justice */
#define dire(x) mensonge(x)
#define utilisateurdordinateur
#REPARER _BUGS_LOGICIEL_SOCIETE_GENERALE
, par Pierre Lalo

Billet invité.

Que d’élucubrations, que de mots savants et d’exagérations ont été racontés par l’avocat de la Société Générale à l’audience de la cour de Cassation, le 13 février 2014, lors de l’examen du pourvoi de Jérôme Kerviel pour faire annuler la décision de la cour d’appel du 26 octobre 2012.

Entre autres curiosités lexicales, il a fait observer à l’assemblée des magistrats que Jérôme Kerviel, opérateur de marché de la Société Générale, « paramétrait les logiciels » pour dissimuler des opérations de trading. Puisque cette question épineuse est source de causerie diverse, je reprends ma plume pour mon plus grand plaisir afin de compléter mes propos.

La question qui est posée par certains lecteurs est de savoir si, les salariés de la Société Générale, utilisateurs lambda des systèmes informatiques, sont autorisés à pratiquer de la configuration standard comme par exemple, la possibilité de configurer la langue ou alors la taille de police d’un logiciel, ou bien s’ils peuvent mettre les mains dans la mécanique des paramètres comme un administrateur de progiciel ?

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, par Pierre Lalo

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FRANCE 24, le jugement en appel de Jérôme Kerviel, à 16 heures

J’ignore si l’on parviendra à dénicher un podcast reprenant mon intervention. Ceci dit, je résume en attendant ce que j’ai dit.

J’ai déclaré qu’il s’agissait avec la décision de la cour d’appel d’une double faute, d’une récidive, et que j’utilisais intentionnellement des termes à consonance juridique. Qu’on pouvait imaginer que dans le premier procès, les magistrats avaient été dépassés par la complexité technique du dossier qu’on leur soumettait, mais qu’il n’était pas possible de les exonérer une seconde fois pour le même motif. Du coup, il était difficile d’éviter l’hypothèse d’une collusion pure et simple entre les instances dirigeantes de la finance et les instances les plus hautes de la justice.

J’ai aussi dit que l’expression de « totalement fantaisistes » utilisée dans les attendus pour caractériser certaines explications apportées devant la cour trahissaient une position sur la défensive, suggérant la conscience du côté des magistrats que tout n’est pas parfaitement net dans leur décision.

J’ai ajouté que si nous étions dans un contexte où des dizaines de dirigeants d’établissements financiers ont été déjà jugés, il serait possible d’imaginer qu’il soit nécessaire de faire un exemple en inculpant également un ou quelques traders, employés rémunérés à la commission, mais que dans la situation actuelle, les dirigeants de certaines banques américaines responsables des pratiques les plus condamnables, les dirigeants de certaines banques franco-belges ayant commis des erreurs de jugement parmi les plus lourdes qu’on puisse imaginer, sont non seulement en liberté mais ne risquent même pas d’être inquiétés.

J’ai terminé en disant qu’il s’agissait peut-être de la décision la plus grave depuis le début de la crise et que sa signification me conduisait à me demander si des gens comme moi, qui émettent des jugements critiques sur le fonctionnement passé et présent de la finance, dans des journaux, à la radio ou à la télévision, sont encore en sécurité.

P.S. Si vous m’avez entendu et que j’ai oublié ici des choses que j’ai pu dire, soyez gentil de me le signaler.

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LE MYSTÈRE DE KERVIEL

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

En octobre 2010, j’ai lu les compte-rendu d’audience du procès de Jérôme Kerviel. Quand ce fut terminé, mon opinion était faite quant au verdict qui serait prononcé : non-lieu. Pour moi, ça ne faisait pas un pli.

Il y a des choses sur lesquelles mon jugement est bon, mais là, j’étais à côté de la plaque, et pas qu’un petit peu : cinq ans de prison dont trois ans ferme, plus l’obligation de payer la somme de 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts à la Société générale.

Je fais pareil en ce moment, et je me dis une fois de plus : « Non-lieu, sans aucun doute ! » mais, chat échaudé craignant l’eau froide, je me souviens très à propos de mon erreur monumentale de la fois dernière, et je m’interroge : que s’était-il vraiment passé lors du premier procès ?

Deux hypothèses sont envisageables : 1) « justice de classe », 2) malentendu absolu.

L’hypothèse la plus tentante est évidemment la première, celle qu’on pourrait appeller : « oligarchie et compagnie ». D’abord, elle est attestée tout au long de l’histoire, Lafontaine en parle déjà éloquemment : « Selon que vous soyez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir ». On la trouve exprimée ailleurs aussi, et parmi les plus durs de ce point de vue, Adam Smith – qui n’était pas le libertarien que nos amis ultralibéraux imaginent, et dont j’avais résumé l’opinion dans Le prix (2010 : 43), de la manière suivante : « … chacune de ces conditions obtient que l’édifice législatif, judiciaire et policier identifie ses objectifs administratifs propres avec la défense des intérêts de cette condition en tant que condition ».

La seconde hypothèse, celle du malentendu absolu est a priori beaucoup moins plausible : comment se ferait-il que ce qui me paraît à moi clair comme de l’eau de roche, serait parfaitement incompréhensible à des juges ? Mon premier réflexe est de me dire que cette seconde hypothèse est tout à fait invraisemblable, mais après un moment de réflexion, je me dis : « Et la culture ? ». Et s’il fallait être familier des usages et de l’ambiance des salles de marché pour comprendre ce que raconte Kerviel et les témoins qui défilent à la barre, à sa charge ou à sa décharge ?

Et là, l’exercice auquel je suis obligé de me forcer, c’est m’assigner une tâche particulièrement ardue : « Et si tu entendais tout cela dans la période qui a précédé ton expérience de la finance ? Qu’est-ce que tu y comprendrais ? »

L’exercice est bien entendu quasiment impossible, mais je le tente quand même, et j’aboutis à la conclusion que les salles de marché, le mélange de liberté et de contrainte qui y règne, le pragmatisme envers la règle à ignorer ou à observer, déterminé par l’argent qu’on gagne ou que l’on perd, l’alternance de la représentation de soi-même comme maître du monde ou caca d’oiseau, selon précisément que l’on vient de gagner ou que l’on vient de perdre, la précarité du Capitole aujourd’hui, et de la roche Tarpéienne demain, ce sont des choses qu’on ne rencontre après tout que dans ces fameuses salles de marché et, si on ne les a pas fréquentées, on n’y comprend pas nécessairement grand-chose.

Alors, justice de classe, ou authentique incompréhension ? Probablement les deux, mon Commandant !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Mon billet du 28 mars 2008

Dans mon billet, « Rogue Traders » et krachs, du 28 mars 2008, j’écrivais ceci :

Je reviens brièvement sur l’affaire Kerviel à la Société Générale, non pas que l’enquête connaisse de nouveaux développements mais du fait que le manuscrit de La crise des subprimes en 2007 (1) ayant été envoyé hier à l’éditeur, j’ai avidement repris la lecture de The Great Crash – 1929 (1954) par John Kenneth Galbraith et que parmi les rapprochements curieux entre 1929 et 2008, j’ai découvert sous sa plume un passage très intéressant sur les détournements de fonds.

La crise de 1929 nous dit Galbraith provoqua en réalité bien peu de suicides mais elle mit à jour un très grand nombre de malversations. Il parle de « détournements de fonds » mais je prendrai la liberté d’inclure également dans la catégorie, les « trades non-autorisés ».

Galbraith commence par souligner que dans les périodes fastes où tout le monde fait de l’argent, bizarrement, certains veulent en faire encore davantage et les opérations non-autorisées fleurissent. Pendant ce temps-là, euphorie aidant, le niveau de contrôle lui, baisse. Voici un passage de The Great Crash :

Lors d’une dépression, tout cela s’inverse. Les transferts sont maintenant surveillés d’un œil alerte et inquisiteur. L’agent en charge des fonds est supposé malhonnête jusqu’à preuve du contraire. Les audits se font désormais méticuleusement et en profondeur. La rigueur morale dans les opérations commerciales devient admirable. Les détournements battent en retraite.

Au moment où le krach se produit, observe Galbraith, le changement de climat est très remarquable :

De la même manière que la bulle accélérait le taux de croissance, le krach dope le taux de révélation. En quelques jours la confiance universelle devient méfiance universelle. Des audits sont ordonnés. Les corps tendus, les regards préoccupés sont notés. Plus important encore, l’effondrement des valeurs boursières rend irréparables les positions de l’employé qui détournait des fonds pour jouer les marchés. Il ne lui reste plus qu’à avouer.

Pourquoi je termine de lire d’urgence The Great Crash – 1929 ? Parce que j’ai hâte de reprendre la lecture de Every Man a Speculator. A History of Wall Street in American Life (2005) de Steve Fraser.

Pourquoi je vous rappelle ce billet ancien ? Parce que je viens de lire ce que La Tribune rapporte de la fin de l’audience ce matin au procès Kerviel.

Maître Metzner (avocat de Kerviel) : « … On vous a cité beaucoup d’auteurs dans ce procès. Je n’en citerai qu’un, John Galbraith, peut-être le meilleur des économistes.

Il évoque la crise de 29, dont on sait qu’elle a été originée par une loi de 1927 qui avait autorisé à investir sur le marché en n’avançant que 10 % des sommes investies, le reste étant payé à l’échéance.

Tant que le marché montait, tout était parfait, quand il a baissé, c’était le krach.

Galbraith, en 1954, écrivait : « Quand tout le monde gagne, personne ne voit. Quand tout le monde perd, il faut un coupable, un seul ».

Le président remercie Me Metzner, puis appelle Jérôme Kerviel à la barre pour lui demander s’il a quelque chose à de plus à déclarer.

Jérôme Kerviel s’avance vers le micro et dit : « non… »

Le jugement est mis en délibéré jusqu’au 5 octobre, à 10h.

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(1) Sera publié sous le titre L’implosion (Fayard 2008).

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BFM Radio, lundi 21 juin 2010 à 10h46 – Kerviel: la question que personne ne pose

Kerviel : la question que personne ne pose

English version here

Le procès de Jérôme Kerviel entre dans sa troisième semaine, qu’a-t-on appris jusqu’ici sur les grandes questions qu’on se pose ? Sa hiérarchie, par exemple, était-elle davantage au courant qu’elle ne le prétend sur les opérations qu’il passait ? Autre question dont on aimerait connaître la réponse : le fait d’entrer des opérations fictives dans le système de reporting pour masquer ses positions est-il – comme Kerviel le prétend – une pratique courante dans le monde des traders ? Et ce n’est là encore qu’un minuscule échantillon du genre de questions que l’on continue de se poser sur cette ténébreuse affaire. Connaîtrons-nous un jour la réponse ou bien sommes-nous condamnés à deviner, à nous faire une opinion à partir d’éléments disparates et fragmentaires ?

Est-ce parce que j’ai eu l’occasion d’être moi-même trader sur les marchés à terme que la réponse à ces questions me laisse en réalité indifférent ? je ne sais pas. Ce qui m’intrigue par contre c’est pourquoi au cours de deux premières semaines d’audience, personne n’a posé la seule qui me semble cruciale, une question que j’appellerais « à la Lord Adair Turner », du nom du président de la FSA, la Financial Services Authority, le régulateur des marchés britanniques, qui se demandait il y a quelques temps – avec beaucoup de candeur d’ailleurs – si tout dans le système financier que nous connaissons, est utile d’un point de vue social.

Ma question, qui n’intéresse apparemment personne sauf moi, c’est celle-ci : « Ce que Kerviel faisait pour sa banque – que ce soit de la manière dont elle voulait que cela se fasse, ou de la manière dont lui le faisait – à quoi cela sert-il ? » Parce qu’enfin, se mettre comme cela, en position « longue », en espérant que le prix monte, ou « courte », en espérant que le prix baisse et sur des sommes « importantes » – parce que de notre point de vue à nous, particuliers, que ce soient des milliards qui sont en jeu, ou simplement des millions, ce sont quand même de grosses sommes – à quoi cela sert-il ?

Prenons un exemple très simple. Kerviel a fait un pari qui peut rapporter – soyons modestes – un million d’euros. Il le fait au nom de la Société Générale. Et disons, toujours pour faire simple, que sa contrepartie – celle qui a fait le pari en sens inverse – ce soit BNP Paribas. Ce cas de figure n’est pas impossible. Disons que, cette fois-ci, c’est lui qui a gagné : la Société Générale a gagné un million et la BNP a elle perdu un million. La fois prochaine ce sera l’inverse : la Société Générale perd et la BNP gagne. Est-ce que cela sert à quelque chose ? Oui, cela fait augmenter les dividendes et les bonus dans la banque qui a gagné et cela les fait baisser dans celle qui a perdu. Les actionnaires, les dirigeants et les traders de celle qui a gagné sont contents, et ceux de celle qui a perdu sont au contraire tristes.

Et nous, dans cette affaire ? Tout ça nous est indifférent. Sauf… sauf si l’une des deux banques gagne systématiquement et l’autre perd systématiquement, alors nous – en tant que contribuables, nous irons sauver avec nos propres deniers la banque qui a perdu et qui est bien sûr « trop grosse pour tomber » – Too big to fail. Autrement dit, ce que tous les petits Kerviel du monde font, et les banques qui les emploient, ça ne sert qu’à une seule chose : à créer du risque systémique, le risque que tout le système s’écroule un beau jour. Alors, tout cela est-il bien « socialement utile » ? Je crains malheureusement que la question ne soit beaucoup trop sérieuse pour que je m’engage à y répondre – comme ça, de but en blanc – un lundi matin.

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Le temps qu’il fait, le 18 juin 2010

IHEST, Arc-et-Senans, le 7 septembre 2009 : Une constitution pour l’économie

IHEST, Paris, le 25 novembre 2009 : Séismes et bulles financières, débat avec Didier Sornette

Billet : Le citoyen et le bourgeois

Billet : Peut-il y avoir trop de propriété ?

La résistance à la domination : Pierre Clastres (1934 – 1977)

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La Bourse : modèles de marché, par Frédéric 2

Billet invité

Aujourd’hui, je vous propose non pas une destination particulière (Londres, New-York ou Paris) mais un panorama global des différentes places de marché sur la planète. Tout cela nous sera fort utile pour comprendre ultérieurement l’usage qu’en font les asset managers, les banques d’investissement et les hedge funds pour le montage de leurs stratégies d’investissement. Au final, cela nous permettra d’éclairer les événements relatés dans mon précédent billet, peut-être pour certains sous un nouveau jour.

Nous allons donc aborder les différents modèles de négociation qui sont présents au sein des différentes bourses de la planète. Le modèle de négociation établit la manière dont les ordres de bourse (à l’achat et à la vente) sont rapprochés afin d’établir les transactions qui se traduiront ultérieurement par des échanges fermes entre les acteurs au travers d’une série d’intermédiaires plus ou moins complexe. De ces transactions, la cote du titre est déduite.

Afin d’éclairer les faits présentés antérieurement, nous laisserons de côté le marché au fixing et nous nous limiterons ici au marché actions cotées en continu, c’est-à-dire le marché actions des grosses entreprises (pour Euronext, toute société faisant partie d’un des indices Euronext et toute société donnant lieu à au moins 2 500 transactions/an est cotée en continu). Le marché action à cotation continue est bien entendu le plus médiatique. Lorsque vous entendez parler de la bourse à la télévision ou à la radio, c’est systématiquement de celui-ci dont on parle. De même, les grands indices boursiers comme le CAC40, l’Euronext-100, le DAX, le FTSE-100 (généralement appelé Footsie), le NASDAQ-100 et le célèbre Dow Industrials (généralement appelé Dow Jones) se réfèrent tous à ce marché. Il est donc essentiel de comprendre comment ce dernier fonctionne.

En fait, il n’existe pas un mais des modèles de négociation. En clair, toutes les bourses ne fonctionnent pas de la même manière. Néanmoins, au fil des fusions / acquisitions entre marchés boursiers et des ventes / achats des systèmes informatiques de cotation continue, on peut dire que les choses se sont grandement simplifiées. A titre d’exemple de fusions / acquisitions, on peut citer la fusion en 2000 des bourses d’Amsterdam, Bruxelles et Paris pour former Euronext, la fusion d’Euronext avec le BVLP (la bourse de Lisbonne et Porto), et enfin la fusion d’Euronext avec le NYSE de New-York pour former NYSE-Euronext. Le développement et la mise au point d’un système informatique de cotation continue n’est pas une chose aisée et coûte surtout très cher. Aussi, les premiers à avoir développé et mis au point de tels systèmes ont vite dominé le marché mondial. Ceci a grandement restreint le nombre de systèmes informatiques de ce type et donc par voie de conséquence le nombre des modèles de cotation.

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