Archives par mot-clé : marquis de Sade

Le transport amoureux : Une affaire inquiétante !

Avant-hier vendredi à l’heure du déjeuner, nous nous efforcions,  Annie Le Brun et moi,  de percer le mystère de la beauté (il y a déjà foule en effet à s’efforcer de percer celui du football 😉 ), lorsque l’idée s’est imposée à moi que Sade nous aiguille sur la bonne voie si l’on se demande d’où vient la cruauté, quand il nous dit, comme Annie nous l’a rappelé avec Sade. Attaquer le soleil, qu’« Il n’est point d’homme qui ne veuille être despote quand il bande ».

Le transport amoureux est une affaire inquiétante : quand l’orgasme vient l’interrompre dans ses débordements en le faisant dérailler, n’est-ce pas providentiellement juste avant que le drame n’éclate ? Le soupçon nous effleure qu’il s’agit avec tout ça d’une histoire qui pourrait sinon très mal se terminer.

Quand, sur la voie de la cruauté, l’orgasme n’intervient pas à point nommé, le genre humain bascule du plus sublime à ses propres yeux au plus abominable dans les faits même.

Partager :
Email This Post Email This Post

CE N’EST PAS DIEU QUI NOUS SAUVERA ! – (retranscription)

Retranscription de Ce n’est pas Dieu qui nous sauvera !. Merci à Olivier Brouwer !

Bonjour, nous sommes le samedi 22 novembre, et donc on est tout à fait en dehors de ma série qui se passe le vendredi, puisque j’avais fait une [vidéo hier], mais il m’arrive de me lever le matin, ou bien de prendre ma douche et qu’il y ait une idée qui me vienne et dont j’ai envie de parler. Parfois, ce sont des réflexions non abouties, et j’appelle ça « Paul Jorion pense tout haut », parfois j’ai une idée de quoi je veux parler, et alors je peux donner à mes réflexions un titre. Et aujourd’hui, je leur donnerai un titre, parce que je sais de quoi je voudrais vous parler. J’ai envie de vous parler de « Ce n’est pas Dieu qui nous sauvera ». Voilà. Qu’est-ce qui m’y a fait penser, eh bien, une convergence de mes réflexions sur Keynes qui sont en train de se terminer, parce que je vais mettre un point final à ce manuscrit sur Keynes, mais aussi la discussion que j’ai ouverte moi-même, je crois que c’était il y a un peu plus de quinze jours, sur le blog, à propos de ce film que je suis allé voir, comme je vous l’ai dit, simplement parce que j’en avais entendu une très mauvaise critique sur le site en ligne du journal Le Monde.

Continuer la lecture de CE N’EST PAS DIEU QUI NOUS SAUVERA ! – (retranscription)

Partager :
Email This Post Email This Post

Ce n’est pas Dieu qui nous sauvera !

J’essaie de rassembler en un projet cohérent le message du film Interstellar, les réflexions de Keynes sur la religion, ainsi que l’athéisme de Sade tel qu’il est capturé dans l’exposition Attaquer le soleil, en ce moment au musée d’Orsay, et dont Annie Le Brun est commissaire.

La discussion se poursuit à la suite de la retranscription.

Partager :
Email This Post Email This Post

« Le courage, à le bien prendre, n’est qu’une sorte de férocité… »


Eugène Delacroix, Chasse aux lions (esquisse)

Je me suis rendu hier soir dimanche à l’inauguration de l’exposition « Attaquer le soleil » au musée d’Orsay.
L’exposition est un monument d’intelligence. Elle nous montre une interprétation du monde qui s’instaure au XIXème siècle grâce aux peintres, aux sculpteurs et aux écrivains, dans le sillage de l’athéisme démesuré parce qu’absolu d’Alphonse Donatien marquis de Sade.

Annie m’a présenté à deux membres actuels de la famille de Sade, très fiers et à très juste titre de ce qu’elle est parvenue à réaliser. Si le marquis avait pu lui-même être là, il aurait lui aussi été très fier. Non pas qu’Annie Le Brun s’identifie véritablement au personnage (lui seul a pu le faire) mais parce que mieux que quiconque, elle a su saisir où il voulait en venir : démontrer que quand la poupée est cassée, il n’y a rien à voir ni à comprendre mais que l’on apprend tout ce qui mérite d’être compris en observant le couple constitué de la machine-homme qu’est la poupée que l’on casse et de la machine-homme en train de la casser. Devient visible à cette occasion l’écart vertigineux qui existe entre cette machine-homme et les contes de fées infinis qu’elle a été capable de broder à son propre sujet, et c’est une autre vérité qui transparaît : celle où, comme l’entendait le marquis, hommes, volcans, chutes d’eau, arbres centenaires, femmes, tourbillons géants, combats de lions, appartiennent tous à la même famille de phénomènes cosmiques n’ayant ni queue ni tête mais néanmoins époustouflants aux yeux des témoins tourmentés et sidérés que nous ne pouvons qu’être.

Partager :
Email This Post Email This Post

LE TEMPS QU’IL FAIT LE 8 AOÛT 2014

Sur Dailymotion, c’est ici.

La vidéo de la semaine dernière : Le temps qu’il fait le 1er août 2014

… et sa transcription

Annie Le Brun : Soudain un bloc d’abîme, Sade (Jean-Jacques Pauvert 1986 ; Folio)

Principes des systèmes intelligents (1989 : 2012)

« Le secret de la chambre chinoise »L’Homme, 150, 1999 : 177-202.

Le surmoi

Sigmund Freud : Malaise dans la civilisation (1929)

Les « esprits animaux » de Keynes

« Le temps qu’il fait » le 22 février 2013 au Théâtre du Rond-Point

Comment la vérité et la réalité furent inventées (2009)

Le prix (2010)

 

Partager :
Email This Post Email This Post

LE TEMPS QU’IL FAIT LE 20 JUIN 2013

Sur YouTube, c’est ici.

Le nombre de billets sur le blog reflète une accélération dans la réflexion
Roger Martin du Gard
L’invention du progrès
Le transhumanisme
La mémoire par l’écriture : une conscience « extérieure »
Annie Le Brun, Soudain un bloc d’abîme, Sade (1986)
L’athéisme « religieux »
La Révolution sociale (1800 – 1850)
Rousseau, Voltaire, les Encyclopédistes… n’ont pas offert de solutions clé en main
« Nous sommes les 1% »
« Abolissons nos privilèges »
Les déclarations de Pierre Condamin-Gerbier
Redonner du sens pour avoir envie d’arrêter la machine folle

Partager :
Email This Post Email This Post

SCIENCES PO ET AUTRES SYMBOLES D’ANCIEN RÉGIME

Dans les jours qui précédèrent le 14 juillet 1789, de sa lucarne du 6e étage à la Bastille, Donatien Alphonse François de Sade donnait de la voix, exhortant la foule du faubourg Saint-Antoine qui s’assemblait désormais quotidiennement autour de la forteresse, symbole du régime qui s’apprêtait à devenir « ci-devant ». « Délivrez-nous, hurlait-il sans doute, nous victimes d’un pouvoir corrompu, dont le seul principe est celui de l’arbitraire et dont les jours sont heureusement comptés ! On nous égorge désormais : abattez ces grilles : ouvrez grandes ces portes ! »

Cela faisait sûrement mauvais genre dans ce qui était encore « ancien régime », et on s’empressa du coup de déplacer à Charenton le prisonnier encombrant. Sade crut avoir perdu pour toujours le manuscrit précieux (à ses yeux) des Cent-vingt journées de Sodome. Ses exhortations ne resteraient cependant pas vaines car les esprits, partout dans la nation, étaient prêts au véritable changement : au bouleversement de l’ordre politique établi.

Les symboles d’ancien régime restent longtemps imprévisibles, tant les candidats à cette médiocre distinction sont en réalité nombreux, jusqu’à ce qu’en raison d’un événement contingent, une instance particulière d’entre eux s’impose soudain aux imaginations.

Le rapport de la Cour des Comptes du 22 novembre a érigé au douteux honneur de ce statut, Sciences Po.

Pour devenir symbole d’ancien régime, il a fallu d’abord participer pleinement à l’enthousiasme qui portait celui-ci à l’époque de ses succès apparents, et culminer à l’occasion de son triomphe, lequel ne devait précéder que de très peu le moment du krach en plein champ, victime de tous les débordements observés : « Il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne », rappelait déjà l’antique sagesse.

Sciences Po et ses excès, ayant exemplifié à la perfection la logique de marché envahissant tout, jusqu’à l’intimité du foyer devenu lieu de maximisation tous azimuths du « capital humain » : productivité de l’épouse, rentabilité des enfants, puis prenant pleine possession du domaine de la connaissance et évaluant chacun de ses articles à son prix marked-to-market, autrement dit son « prix à la casse », et selon la volatilité capricieuse que lui imposent les spéculateurs de la mode médiatique, Sciences Po, dis-je, était marqué du sceau de l’infamie qui en ferait la première victime destinée à tomber.

Des rivaux se réjouiront de la chute de Sciences Po, moins bien classés eux-mêmes sur la même échelle du « branding », mais membres en réalité de cliques concurrentes fonctionnant selon la même logique. La connaissance se bâtit au contraire là où règne la « qualité » plutôt que la « quantité ». Ce sont les marchands qui mesurent leurs exploits à la quantité d’argent que produit leur négoce, prévenait déjà Aristote. Les marchands et eux seuls, les citoyens mesurent eux leur succès à une aune d’un tout autre ordre : le bien de tous au sein de la Cité.

 

Partager :
Email This Post Email This Post

UNE PROPOSITION PLUS ANCIENNE POUR L’EUROPE

Alors que je m’apprêtais à réfléchir à nouveau sur la tentative actuelle de créer à marche forcée une Europe fédéraliste, la revue en ligne remue.net me rappelle une ancienne proposition.

L’Europe selon Brigandos

Nous sommes en 1778, dans une forêt aux environs de Tolède. Une discussion se tient entre Brigandos, chef d’une troupe de Bohémiens, et un chevalier espagnol de l’ordre d’Alcantara, son captif. Brigandos parle de la politique européenne :

« … le gouvernement républicain que je vous trace ici, est celui que je veux donner à l’Europe ; laissez-moi, d’après cela, poursuivre mes divisions, car cette multitude de petits états me désespère. Je divise donc notre continent en quatre républiques, et sous la dénomination que je viens d’indiquer ; voici l’étendue que je leur donne. Pour former la république d’Occident, je joins aux états de la France, l’Espagne, le Portugal, Majorque, Minorque, Gibraltar, la Corse et la Sardaigne, sous la condition qu’elle se débarrassera de vos moines, de vos inquisiteurs, de vos abbés, et qu’elle enverra tous ces gosiers de pain bénit chanter la messe au fond de l’Afrique. La république du Nord sera composée de la Suède ; je lui donne, indépendamment de ses états, l’Angleterre et ses attenances, les Pays-Bas, les Provinces-Unies, la Westphalie, la Poméranie, le Danemark, l’Irlande et la Laponie. La Russie formera la république d’Orient ; je veux qu’elle cède aux Turcs, que je renvoie d’Europe, toutes les possessions que Pétersbourg a dans l’Asie, qui ne pouvaient lui être bonnes que dans la vue d’un commerce par terre avec la Chine, qu’elle ne fait point et qu’elle ne fera jamais ; en récompense, je lui joins la Pologne, la Tartarie et tout ce que le Turc laisse en Europe. La république du Midi sera composée de l’Allemagne entière, de la Hongrie, de l’Italie dont j’exile le pape, n’y ayant rien de plus inutile, dans le plan que je trace, qu’un abbé sodomite, à douze millions de revenus, qui n’a d’autre emploi que de distribuer des indulgences dont on n’a que faire, ou des agnus qu’on foule aux pieds. La même république aura la Sicile et toutes les îles qui se trouvent entre elle et la côte d’Afrique. Voilà ma division, chevalier, mais je veux une paix éternelle entre ces quatre gouvernements ; je veux qu’ils abandonnent entièrement l’Amérique, qui ne sert qu’à les ruiner, qu’ils bornent leur commerce entre eux, et surtout qu’ils n’aient qu’une religion, un culte pur, simple, dégagé d’idolâtrie et de dogmes monstrueux… une religion enfin que le peuple puisse suivre sans avoir besoin de cette vermine insolente qu’il érige en médiateur entre le ciel et sa faiblesse, et qui ne sert qu’à le tromper sans le rendre meilleur. Dantzig sera, d’après mon plan, la ville libre où chaque république aura un sénat. Là, toutes les discussions se termineront à l’amiable, les jugements des arbitres deviendront des lois des états, et si les temporisations proposées ne plaisent pas, dix députés par république viendront se battre en personne, sans exposer des millions d’hommes à s’égorger pour des intérêts qui sont rarement les leurs. »

Aline et Valcour, roman épistolaire du marquis de Sade, Lettre XXXVIII (p. 531 de l’édition « Classiques de poche).

Partager :
Email This Post Email This Post

Marat – Sade

Le dialogue imaginaire est un moyen très puissant pour faire réfléchir. On exprime la thèse et l’antithèse par la bouche de personnages célèbres dont le caractère est par ailleurs connu.

Comment mieux faire comprendre ce qu’est la vertu qu’en faisant discourir à son propos Socrate et un militaire de premier plan comme Alcibiade ?

Faire bavarder aux Enfers Machiavel et Montesquieu, comme le fit Maurice Joly en 1864, ce n’est pas seulement démontrer comment manipuler le peuple, c’est aussi faire dire par Machiavel que du bourgeois on ne pourra jamais rien tirer car propriété privée et morale sont contradictoires, et par Montesquieu, que les institutions permettent de faire s’épanouir le citoyen qui loge en nous et de contenir le bourgeois, son jumeau siamois, dans les limites de la décence.

En 1964, cent ans plus tard, Peter Weiss publia La Persécution et l’Assassinat de Jean-Paul Marat représentés par le groupe théâtral de l’hospice de Charenton sous la direction de monsieur de Sade, pièce plus connue sous son titre abrégé de Marat-Sade.

La représentation au cœur de la pièce, est jouée par des fous et, du coup, pleine de fureur et de bruit. Le dialogue est écrit sans ponctuation, interrompu à tout bout de champ par des indications scénographiques. L’objectif de Weiss est évident : que ce qui est dit ne soit perçu que de manière subliminale. J’ai voulu au contraire casser cela dans l’extrait que je reproduis : j’ai rendu le texte audible, pour qu’on entende clairement ce qui est dit. J’ai repris la traduction que fit Jean Baudrillard en 1965, à l’exception de deux mots que j’ai traduits autrement, d’un mot que j’ai ajouté et d’une expression où j’ai mis des majuscules.

MARAT : Ces mensonges qui circulent sur l’État idéal, comme s’il y avait la moindre chance que les riches renoncent d’eux-mêmes à leurs richesses ! Quand d’ailleurs la force des choses les oblige à céder parfois, ils le font parce qu’ils savent qu’ils y gagnent encore.

Le bruit court aujourd’hui que les travailleurs pourraient s’attendre bientôt à de plus hauts salaires…

Pourquoi ? C’est qu’on espère un accroissement de la productivité et donc un plus gros chiffre d’affaires, et tout cela ira remplir les poches des patrons.

Non, ne croyez pas que vous les ferez plier autrement que par la force ! Ne vous laissez pas tromper. Si notre Révolution a été étouffée et si on vient vous dire que les choses vont mieux, si la misère se voit moins parce qu’elle est camouflée, si vous gagnez de l’argent et pouvez vous offrir ceci ou cela de tout ce dont la production industrielle vous inonde, et s’il vous semble que le bien-être est à portée de la main, sachez que ce n’est qu’un bluff de ceux qui, de toutes façons, en ont bien plus que vous.

Ne vous y fiez pas lorsqu’ils vous tapent amicalement sur l’épaule et disent qu’au fond, il n’y a plus de différences, que ça ne vaut plus la peine d’en parler, et de se battre pour si peu. Car alors, c’est qu’ils sont au comble de leur puissance dans leurs nouvelles citadelles de marbre et d’acier, d’où ils rançonnent le monde entier, sous prétexte d’y faire régner la civilisation.

Prenez garde, car dès qu’il leur plaira, ils vous enverront défendre leur capital à la guerre, où leurs armes toujours plus destructrices grâce aux progrès rapides d’une science à leur solde, vous anéantiront en masse.

SADE : Ainsi toi, écorché tuméfié, du fond de ta baignoire, qui est tout ton univers, tu peux croire encore que la justice est possible, que tous peuvent être également tenus responsables ?

Aujourd’hui, vous couchez untel sur la liste noire, vous l’expropriez, vous distribuez ses biens à d’autres. Et que font-ils ? Ils spéculent dessus et les font rapporter. Comme leurs prédécesseurs ! Crois-tu encore que chacun, partout, fasse preuve des mêmes talents ? Que personne ne veuille se mesurer aux autres ?

Souviens-toi de la chanson :

Untel est une gloire de la pâtisserie,
Tel autre est le prince de la coiffure,
Celui-ci est le roi des bouilleurs de cru,
Et cet autre est maître en diamanterie,
Untel te massera avec le plus grand art,
Tel autre fait fleurir les roses les plus rares,
Celui-ci cuisinera les mets les plus sublimes,
Celui-ci te taillera les plus beaux pantalons,
Tel autre enfin sait faire valser le couperet,
Et celle-ci a le cul le plus délicieux du monde.

Crois-tu faire leur bonheur en leur refusant le droit d’être les meilleurs ?

Et s’ils doivent toujours se casser le nez sur l’égalité, crois-tu que ce soit un progrès si chacun n’est plus qu’un maillon dans une longue chaîne ? Et peux-tu croire encore qu’il soit possible d’unir les hommes, quand tu vois ceux-là mêmes qui se sont dressés au nom de l’Harmonie Universelle, se crêper le chignon, et devenir des ennemis mortels, pour des bagatelles ?

Peter Weiss, Marat-Sade, traduction : Jean Baudrillard, Paris : L’Arche 2000 : 63-66.

Partager :
Email This Post Email This Post