Marat – Sade

Le dialogue imaginaire est un moyen très puissant pour faire réfléchir. On exprime la thèse et l’antithèse par la bouche de personnages célèbres dont le caractère est par ailleurs connu.

Comment mieux faire comprendre ce qu’est la vertu qu’en faisant discourir à son propos Socrate et un militaire de premier plan comme Alcibiade ?

Faire bavarder aux Enfers Machiavel et Montesquieu, comme le fit Maurice Joly en 1864, ce n’est pas seulement démontrer comment manipuler le peuple, c’est aussi faire dire par Machiavel que du bourgeois on ne pourra jamais rien tirer car propriété privée et morale sont contradictoires, et par Montesquieu, que les institutions permettent de faire s’épanouir le citoyen qui loge en nous et de contenir le bourgeois, son jumeau siamois, dans les limites de la décence.

En 1964, cent ans plus tard, Peter Weiss publia La Persécution et l’Assassinat de Jean-Paul Marat représentés par le groupe théâtral de l’hospice de Charenton sous la direction de monsieur de Sade, pièce plus connue sous son titre abrégé de Marat-Sade.

La représentation au cœur de la pièce, est jouée par des fous et, du coup, pleine de fureur et de bruit. Le dialogue est écrit sans ponctuation, interrompu à tout bout de champ par des indications scénographiques. L’objectif de Weiss est évident : que ce qui est dit ne soit perçu que de manière subliminale. J’ai voulu au contraire casser cela dans l’extrait que je reproduis : j’ai rendu le texte audible, pour qu’on entende clairement ce qui est dit. J’ai repris la traduction que fit Jean Baudrillard en 1965, à l’exception de deux mots que j’ai traduits autrement, d’un mot que j’ai ajouté et d’une expression où j’ai mis des majuscules.

MARAT : Ces mensonges qui circulent sur l’État idéal, comme s’il y avait la moindre chance que les riches renoncent d’eux-mêmes à leurs richesses ! Quand d’ailleurs la force des choses les oblige à céder parfois, ils le font parce qu’ils savent qu’ils y gagnent encore.

Le bruit court aujourd’hui que les travailleurs pourraient s’attendre bientôt à de plus hauts salaires…

Pourquoi ? C’est qu’on espère un accroissement de la productivité et donc un plus gros chiffre d’affaires, et tout cela ira remplir les poches des patrons.

Non, ne croyez pas que vous les ferez plier autrement que par la force ! Ne vous laissez pas tromper. Si notre Révolution a été étouffée et si on vient vous dire que les choses vont mieux, si la misère se voit moins parce qu’elle est camouflée, si vous gagnez de l’argent et pouvez vous offrir ceci ou cela de tout ce dont la production industrielle vous inonde, et s’il vous semble que le bien-être est à portée de la main, sachez que ce n’est qu’un bluff de ceux qui, de toutes façons, en ont bien plus que vous.

Ne vous y fiez pas lorsqu’ils vous tapent amicalement sur l’épaule et disent qu’au fond, il n’y a plus de différences, que ça ne vaut plus la peine d’en parler, et de se battre pour si peu. Car alors, c’est qu’ils sont au comble de leur puissance dans leurs nouvelles citadelles de marbre et d’acier, d’où ils rançonnent le monde entier, sous prétexte d’y faire régner la civilisation.

Prenez garde, car dès qu’il leur plaira, ils vous enverront défendre leur capital à la guerre, où leurs armes toujours plus destructrices grâce aux progrès rapides d’une science à leur solde, vous anéantiront en masse.

SADE : Ainsi toi, écorché tuméfié, du fond de ta baignoire, qui est tout ton univers, tu peux croire encore que la justice est possible, que tous peuvent être également tenus responsables ?

Aujourd’hui, vous couchez untel sur la liste noire, vous l’expropriez, vous distribuez ses biens à d’autres. Et que font-ils ? Ils spéculent dessus et les font rapporter. Comme leurs prédécesseurs ! Crois-tu encore que chacun, partout, fasse preuve des mêmes talents ? Que personne ne veuille se mesurer aux autres ?

Souviens-toi de la chanson :

Untel est une gloire de la pâtisserie,
Tel autre est le prince de la coiffure,
Celui-ci est le roi des bouilleurs de cru,
Et cet autre est maître en diamanterie,
Untel te massera avec le plus grand art,
Tel autre fait fleurir les roses les plus rares,
Celui-ci cuisinera les mets les plus sublimes,
Celui-ci te taillera les plus beaux pantalons,
Tel autre enfin sait faire valser le couperet,
Et celle-ci a le cul le plus délicieux du monde.

Crois-tu faire leur bonheur en leur refusant le droit d’être les meilleurs ?

Et s’ils doivent toujours se casser le nez sur l’égalité, crois-tu que ce soit un progrès si chacun n’est plus qu’un maillon dans une longue chaîne ? Et peux-tu croire encore qu’il soit possible d’unir les hommes, quand tu vois ceux-là mêmes qui se sont dressés au nom de l’Harmonie Universelle, se crêper le chignon, et devenir des ennemis mortels, pour des bagatelles ?

Peter Weiss, Marat-Sade, traduction : Jean Baudrillard, Paris : L’Arche 2000 : 63-66.

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66 réflexions sur « Marat – Sade »

  1. Il y a deux gros blocs de valeurs, l’un tournant autour du pouvoir (et donc de l’argent), et l’autre autour de l’amour (comme principe de cohésion de la société). Selon que votre curseur personnel sera plus ou moins proche de l’un ou l’autre, vous serez « Maratiens » ou « Sadiens ».
    Problème : qui règle ce curseur, comment et pourquoi ?

    1. bonjour
      Montesquieu vainqueur??? avec son … « l’homme est une créature qui obéit à une créature qui veut »…. WOW????
      Perso, je préfère St Just, que ce blog m’a poussé à connaître, avec son « Nul ne doit commander sur terre, toute puissance est illégitime, aucun sexe ne doit être au dessus de l’autre… »
      Chris

    2. « L’ordre moral est comme l’ordre physique : les abus disparaissent un moment, comme l’humidité de la terre s’évapore ; les abus renaissent bientôt, comme l’humidité retombe des nuages » Saint-Just, Second discours sur le jugement de Louis XVI.

    3. @Paul (et Saint St Just…)

      L’ordre moral est comme l’ordre physique : les abus disparaissent un moment, comme l’humidité de la terre s’évapore ; les abus renaissent bientôt, comme l’humidité retombe des nuages.

      Encore faut- il qu’au moins le cycle de l’eau ne soit pas interrompu!

      Que la capillarité des sols et les ardeurs du soleil révolutionnaire ne soient pas le vague souvenir antédiluvien d’une époque moderne soumise à la percolation sélective et à la bêtise au front bas, pataugeant dans les marais, sous un plafond nuageux tout aussi bas…

    4. Nous manquons de liquidité et de fluidité.
      Je ne suis pas très solide, et je me sent de plus en plus gazeux, si ce n’est gazé…..
      Ce doit être certainement une question de contrôle de la sublimation.
      Une ascension aussi rapide ne peu donner que de la grêle et des éclairs….

  2. Y a t-il une fatalité à rester enfermé(s) dans cette alternative ? je suis frappé de constater que l’accumulation (le mot est affreux mais tant pis) de la pensée ne permet pas de faire avancer (je veux dire ouvrir) les choses. Est-ce à désespérer de la nature humaine ? A t-on besoin de présenter les choses ainsi, de façon si extrême – j’allais dire caricaturale – encore aujourd’hui ?

    1. Cher Didier,

      Je ne trouve pas cette façon de présenter les choses si caricaturales…parfois j’ai l’impression que la réalité dépasse largement toutes les caricatures.

      La violence des inégalités sociales dépassent de loin la représentation que peut en donner ce texte.

      Il suffit pour cela de prendre un avion et de se balader dans n’importe quel pays du « tiers-monde » (est-ce un hasard cette similitude lexicale avec tiers-état ?), ou plus proche de nous de faire un tour dans n’importe quel village paumé du Hainaut (Belgique).

      Je crois qu’il est indispensable au contraire de marteler que la propriété privée (et son accumulation) sont la source de tous les maux.

      Et qu’importe la façon dont « les dominants » tenteront de justifier cet état de fait, il nous faudra nous battre, encore et encore pour faire surgir la vérité.

      Il y’a quelques jours sur ce blog, on a cité les Pinçon-Charlot en réaction à un autre post (de tata je crois). Il y ‘avait une vidéo mettant en scène les deux sociologues en pleine enquête chez les riches.

      Une scène m’a particulièrement interpellé, on y voit Monique Pinçon-Charlot entrer chez Chaumet , Place Vendôme. Elle est très impressionnée et avoue, que sans ses recherches, jamais elle n’aurait osé pousser la porte de ce prestigieux joailler.

      Voilà une violence sociale extrême qu’aucun texte aussi caricatural soit-il ne pourra jamais vraiment décrire. Le fait que nous intériorisons notre position de dominé (il en va de même pour les dominants, c’est aussi le propos des recherches de cette dame) ce qui nous empêche de la remettre en cause.

      Trouver le juste équilibre entre le bourgeois et le citoyen me semble constituer le next step, le premier pas c’est d’abord refuser l’ordre social qui nous est imposé, nous détacher de l’illusion qu’il existe une « égalité des chances », que nous vivons dans une société organisée par le « mérite », qu’il est « naturel » qu’il existe des riches et des pauvres et que rien ne pourra jamais changer.

      30 années de brainwashing néo-lib’ ont rendu invisibles ces évidences.

      quelques questions en vrac :

      Comment articuler l’abolition de la propriété privée avec l’interdiction des paris sur les prix.

      Comment déterminer la liberté individuelle d’un point de vue politique en dehors de la notion de propriété privée ?

      La propriété privée est-elle la condition indépassable du partage espace publique, espace privée ?

      Quand j’y réfléchit je me dis que c’est tout notre rapport au monde qui dans le perspective de l’abolition de la notion de propriété se doit d’être repensé…

      Nice…:°)

    2. La caricature est de l’ordre de la règle absolue d’hygiène mentale, un passage obligé vers un semblant de lucidité.

    3. @Didier : seriez-pas du signe de la Balance, des fois ? Chaque fois que je tombe sur vos posts, aujourd’hui, c’est pour un appel à la modération. Mais vous croyez qu’ils en ont, de la modération, dans le camp d’en face, du côté des banquiers par exemple ? Un peu de parti pris, que diable ! Il est des situations où il vaut mieux se tromper avec son camp, que de jouer les arbitres qui comptent les points.

    4. @crapaud,

      décidément, rien n’est simple ni écrit! Moi je suis Balance… Né en pleines vendanges il est vrai, et à ma décharge.

    5. Cher Batracien Rouge : je suis du signe du Lion et Dragon dans le calendrier chinois 😉
      Je reconnais craindre les extrêmes. Ils n’ont apporté que malheurs à l’humanité. Je pense aussi que mal se comporter parce que les autres se comportent mal n’est pas une bonne raison. Je commence à lire sur ce blog des propos qui m’inquiètent car y pointent des jugements et des approches souvent abruptes et pour tout dire simplistes, de mon point de vue. Et puis admettez que l’on peut savoir ce que l’on veut, être déterminé, et rester modéré. Qu’il y ait des motifs d’enrager, j’en conviens. Faut-il y céder ? Ce débat là rejoint d’ailleurs les propos de Paul Jorion dans le texte de son billet : la modération, la réflexion et en un mot prétentieux l’intelligence ne sont hélas pas le fait des extrémistes qui imposent souvent leur action après avoir imposé leur manière de penser.

      Vigneron : pour moi, la caricature ne peut en aucun cas être un terme du débat. Je ne suis pas contre bien sûr mais ce n’est pas avec elle que l’on peut débattre sérieusement. Quant au terme « hygiène mentale », suspect non ?

      Ghost Dog : ce que vous dites me va très bien. J’ai lu aussi les Pinçon Charlot – excellent. Mais le texte de Paul Jorion ne traite pas des inégalités au sein de la société mais de la façon dont on peut considérer les relations des hommes entre eux au sein de la société. En cela il pose le problème de façon extrême au travers des propos de Marat et de Sade.

    6. En réponse à Didier, billet 19h04:
      Beaucoup ici considèrent que nous allons devoir faire face à de grands changements compte
      tenu des impasses actuelles de notre système. Si ceci s’avère exact, il est quasiment certain
      que cela produira des points de vue caricaturaux, débordement peut-être de colère induit par
      les frustrations accumulées et la légitimité nouvellement acquise.
      Il me semble nécessaire de construire une reflexion, en amont, essayant de pointer de vrais
      questions afin que ces radicalités potentielles n’occupent complètement l’espace du discours.
      Mêmes si ces « vrais » questions peuvent produire eux-mêmes des caricatures, le point de départ
      est différent, la source de réflexion n’est pas tarie.
      Beaucoup d’opposition entre des groupes ou des personnes à travers notre histoire n’ont
      finalement eu pour effet principal à long terme que d’échapper à certaines problématiques
      plus fructeuses. Bon, ce sont un peu des grand mots! De plus, pas très argumenté, n’y voyez
      que des pistes.

  3. Décidément, après les articles + le supplément Sade dans Philosophie Magazine, voilà qu’ici aussi on parle de lui… Ça doit être dans l’air du temps, Zeitgeist comme diraient les allemands.

  4. Ca m’a fait penser au livre de Pierre Bourdieu, « langage et pouvoir symbolique » (pas trouvé de lien intéressant). Il y a aussi ce vieux billet ,
    dont le titre m’avait laissé dubitatif mais pas son contenu.

    1. Bonne idée de ranimer ce billet ! Aujourd’hui, c’est l’image de la civilisation qui aurait bien besoin d’un vaste rabaissement : je ne vois pas d’autre moyen de faire plier ceux qui écrasent tout le monde au prétexte de la faire tenir debout. Mais cette idée que la conscience ne serait qu’un leurre n’est pas du tout intéressante, il ne faut pas expliquer autrement son manque de succès. Si elle n’est qu’un leurre, ce dont on a conscience devient leurre aussi, simple conséquence biologique de l’activité automatique du cerveau.

      La conscience devrait tomber de son piédestal, mais pas en tant que leurre. Bien au contraire, elle est probablement un avantage dans l’évolution, c’est-à-dire que bien des animaux en sont aussi dotés. A mon avis, c’est de cela qu’on ne veut pas prendre conscience…

    2. À priori, on ne prend pas forcément conscience de la conscience.
      J’ai conscience, parce que sans doute ai-je une conscience. Mais je suis conscient que j’ai conscience, et que les autres ont aussi conscience, même s’ils n’ont pas conscience qu’ils ont conscience. C’est différent du seul: avoir conscience.

    3. En réponse à Crapaud rouge. Ce n’est pas le titre et sa radicalité
      que je voulais mettre en avant. C’est surtout l’idée que la remise en cause
      du « pouvoir décisionnel de la conscience » apporte des modèles de connaissance.

      Ce type de connaissance touche, au moins dans un premier temps,
      à notre estime de soi en tant qu’appartement à l’espece humaine
      mais aussi plus particulièrement à l’estime que l’on attribue à notre
      réflexion puisque que l’on peut, de moins en moins, s’en attribuer le mérite.

      C’est le « coté » modèle et non le « coté » vérité qui m’amène à attribuer de la progressivité
      à cette démarche et qui me permet de laissé de coté la radicalité du titre (à double sens d’ailleurs).

  5. Bonjour, nous sommes dimanche, et voici les vêpres.

    ENTRE SADE ET LAO-TSEU

    « Les tortures de Macbeth n’attendent pas seulement ceux qui ont servi le mal, elles attendent également ceux qui ont servi le bien. »

    (Léon Chestov)

    Nous sommes avant tout des monstres consentants. Nous finirons par constater que la science ne peut rien pour notre bonheur, malgré sa chimie, malgré son air comique et sa litanie des jardins du délice. Nous détruirons encore parce que nous avons le pouvoir de détruire. Pour refuser de se servir d’un tel pouvoir il faudrait que la majorité des hommes soient conscients de leur férocité. Mais c’est tout le contraire : les gens pensent être meilleurs que la plupart et appellent de leurs voeux l’avènement d’une société meilleure également, une société propre et policière, un enchevêtrement de lois et de codes, de certificats et de prisons.

    Les philosophes contemporains pensent que l’amour peut sauver l’homme. Ont-ils réellement ce sentiment que l’homme désire être sauvé ? Et sauvé de quoi ? Du naufrage de la pensée ? De la pollution atmosphérique ? De ce malaise, de cette mélancolie intérieure dont ils jouissent tout autant qu’ils souffrent ?

    Etre heureux dans la civilisation actuelle? Insérer des formes géométriques dans les interstices correspondants découpés sur le toit d’une maison miniature ?
    Simplicité du bonheur, me répondra-t-on. Mais peut-on parler de bonheur à propos d’un simple fonctionnement ? La vie réelle n’est-elle pas plutôt, pour résumer la pensée d’Héraclite, « Panta rhei », en perpétuelle mutation, ainsi que notre pensée ?

    Quant à l’amour, Henri Laborit nous rappelle:

    « (L’amour) couvre d’un voile prétendument désintéressé, voire transcendant, la recherche de la dominance et le prétendu instinct de propriété. C’est un mot qui ment à longueur de journée et ce mensonge est accepté, la larme à l’œil, sans discussion, par tous les hommes. Il fournit une tunique honorable à l’assassin, à la mère de famille, au prêtre, aux militaires, aux bourreaux, aux inquisiteurs, aux hommes politiques. »

    Et Baudelaire, pour ce qui concerne le côté humoristique du spectacle :

    « Moi, je dis: la volupté unique et suprême de l’amour gît dans la certitude de faire le mal. Et l’homme et la femme savent de naissance que dans le mal se trouve toute volupté. »

    La plénitude se situe en dehors de tout rapport humain, c’est un détachement pur, un sourire face aux nuages, un souffle entre les branches d’arbres et le ciel. La plénitude est la jouissance de l’absence absolue. Elle est un clin d’oeil de la conscience à l’infini. Toute relation sociale l’anéantit en un instant. Toute pensée, toute parole, le moindre mouvement, et l’intention même de ce mouvement détruisent l’essentiel.

    Léon Chestov parle du paradoxe fantastique de l’Homme, et nous invite à nous souvenir de ce que racontait Dostoïevski, à savoir que l’homme aime la souffrance.

    « L’être humain aime-t-il les ruines et le chaos (inutile de le contester, les faits le témoignent) parce qu’il a une peur instinctive d’atteindre au but qu’il se fixe, et d’achever l’édifice qu’il bâtit ? Le savez-vous ? Peut-être cet édifice ne lui plaît-il que de loin, non de près ? Il n’éprouve du plaisir qu’en le construisant, et n’aurait aucune joie à l’habiter: aussi le laisse-t-il aux animaux domestiques. » (F.D.)

    « Où s’en va le plaisir de perdre, avec celui, à peine inférieur de gagner » écrit Samuel Beckett. Il semblerait que seul l’épuisement enlève à l’homme la force de détruire.

    Ainsi est fait l’être humain, oscillant de la souffrance à l’ennui selon Schopenhauer. Se suicidant sans cesse, il renaît cependant. C’est alors qu’il nomme ses renaissances « victoires ».

    Y aurait-il une alternative à cette alternance furieuse dont Le Bouddha et Lao-Tseu seraient les exemples, un dépassement de la passion destructrice de l’homme ?

    D’un autre côté, l’Antéchrist dansant, le surhomme de la souffrance psychique, Nietzsche, est peut-être celui qui osa se détruire avec la plus grande perfection possible. Tous les esprits lucides ont observé au moins une fois dans leur vie cette attirance pour la spirale démente, cette joie furieuse de mettre en pièces ce qui leur apportait le confort et le bien-être. Il importe de pouvoir goûter certains poisons, mais en toute conscience. Et si l’abandon à la tentation nihiliste est inscrit comme libération de l’intenable posture morale, alors cette phrase de Pascal prend toute son importance : « L’Homme n’est ni ange ni bête, mais le malheur veut que celui qui fait l’ange fait la bête ».

    On pense à Jules Renard : « La solution de tous les problèmes moraux, c’est une tristesse résignée ». Pourquoi supporter cette éternelle tristesse ? On écoute Henri Michaux : « La tristesse rembourse ». Mais a-t-on vraiment envie d’être remboursé ? Et le problème moral se pose-t-il encore à celui qui a suffisamment regardé en lui-même, à celui qui a trouvé là-bas de quoi nourrir sa déchéance et sa béatitude ?

    J’ai souvent tenté d’aimer autrui, et jamais je n’y suis parvenu vraiment. J’ignorais que l’on aime que soi-même, et que ce faisant en pleine conscience, on en vient à moins harceler les autres, à comprendre comment eux aussi se débattent et composent avec d’intenses contradictions.

    Lichtenberg a écrit: « On n’aime ni son père, ni sa mère, ni sa femme, ni ses enfants, mais les sensations agréables qu’il nous causent; il y a toujours là quelque chose qui flatte notre orgueil et notre amour-propre. »

    Quand je marche en forêt, je rencontre Lao-Tseu assis sur son buffle, il n’est qu’un souffle, un sourire à travers les nuages, un fragment d’infini.

    Nous aurons inventé bien des légendes pour tenter d’être moins seuls, pour supporter la souffrance, la vieillesse, la mort et la brutalité de la condition humaine. Quelquefois nous y serons parvenus. Nous réussirons encore à peupler notre imaginaire d’êtres terrifiants et drôles. C’est ce qui aura compté en fin de compte, cette façon d’inventer sans cesse la manière de jouer avec les heures qui passent. Car la vie sociale est un jeu délirant sans issue, et la vie intérieure un jeu aux limites de la folie avec des larmes de joie.

    1. Le mot: socialisme (encore et toujours un isme) est beaucoup trop chargé d’un psychisme lourd de malentendus ravageurs. Avec les meilleures intentions du monde, et je crois que Proudhon et Charles Peguy en témoignent avec une dignité et une hauteur remarquables, à s’inspirer, il fut trop souvent un égarement collectif politique ravageur au lieu de rester un inspirateur.
      Le nec plus ultra du socialisme est celui de la Société fabienne, « mère » du parti travalliste britannique et consorts dans le monde entier, initiée à partir de 1883 par Bernard Shaw et le couple Sydney et Béatrice Webb, la Société fabienne a marqué idéologiquement tout le monde anglo-saxon et au-delà et savament brouillé les cartes économiques et sociales dont le but, très actuel, est l’édification mondiale du socialisme avec les moyens du capitalisme; une sorte de social-mondialisme dont, entre autres, jacques Attali est très représentatif. Mais tout cela accentue l’entropie tout niveau dans le monde.

  6. rebonjour

    Je complète ma pensée, par rapport au texte du possesseur du site (PJ 13H10).. Et donc toujours avec St Just puisqu’il a déclaré à la convention « On a le droit d’être audacieux, inébranlable, inflexible, lorsqu’on veut le bien »
    chris

    1. Montesquieu ayant été recalé ( je visais en fait les vérités subsistantes de l’Esprit des Lois ) , je reviens à la charge avec Montaigne :

       » Il ne dira pas tant sa leçon , comme il la fera . Il la répétera en ses actions . on verra s’il y a de la prudence en ses entreprises , s’il a de la bonté et de la justice en ses déportements ( conduite ), s’il a du jugement , de la grâce en son parler , de la vigueur en ses maladies, de la modestie en ses jeux , de la tempérance en ses voluptés , de l’indifférence en son goût ,soit chair, poisson, vin ou eau , de l’ordre en son économie :
       » Qui disciplinam suam ,non ostentationem scientiae , sed legem vitae putet , quique obtemperet ipse sibi , et decretis pareat  » ( Ciceron Tusculanes II, 4) .

      Le vray miroir de nos discours est le cours de nos vies .  »

      Livre Ier, chap. XXVI :  » De l’institution des enfants . »

  7. Ce petit dialogue expose les apories de toute révolution sociale, non encore résolues à ce jour, et que l’on peut regrouper sous l’opposition entre « travailleurs » et « citoyens ».

    Comment les résoudre ? Depuis quelque temps on commence (notamment au sein du Mauss), à redécouvrir les « vertus » du socialisme français de Saint-Simon, Fourier, Pierre Leroux, Benoît Malon, Jean Jaurès, Marcel Mauss et Eugène Fournière ?

    A cet égard, je vous recommande la lecture de l’ouvrage de Philippe Chanial : « La délicate essence du socialisme ».

    Pour une recension de ce livre, cf. http://www.journaldumauss.net/spip.php?article620

    Quelques extraits : « La crise présente du capitalisme (…) n’entraîne pas le retour à une économie administrée (…) il faudra définir de nouveaux équilibres entre le marché et l’État, le capital et le travail, la compétition et la solidarité (…) toute une tradition du socialisme français qui a défendu le primat d’un engagement éthique fondant la vision d’une société éloignée du libéralisme comme de l’étatisme, bâtie sur le principe de l’association (…) une école de pensée qui a voulu donner au socialisme avant tout un fondement éthique. Cette pensée s’est construite directement contre l’utilitarisme et sa morale de l’intérêt (…) Ce sont les forces morales qui font l’histoire. Elles s’incarnent dans la vie sociale qui enveloppe les individus qui se construisent par et dans des relations sociales (…) L’individu est alors (…) la finalité du socialisme, mais un individu libéré de toutes les aliénations, qui ne peut se réaliser pleinement qu’en s’élargissant et en se transcendant (…) L’association est alors la politique qui correspond à cette conception morale (…) Le rôle de l’État, la révolution faite, n’est pas de prendre en charge l’économie et la société, mais de permettre aux travailleurs de se regrouper dans des associations de production regroupées dans des métiers et coordonnés par un Conseil national. La propriété collective des outils de production devait se doubler de la constitution d’une « propriété sociale (…) ».

    En résumé, il ne faut trancher dans les apories en question, mais les transcender en les con- joignant dans une nouvelle unité souple : liberté ET égalité, individualisme ET collectivisme, idéalisme ET réalisme, Etat Et société civile, etc.

    1. PJ nous avait déjà fait le coup en opposant «bourgeois» et «citoyen» dans une chronique à BFM Radio : Peut-il y avoir trop de propriété ?

      Que je résumerais en : Fichu ego !

      « L’homme est un être qui a à se faire ce qu’il est » Entretien d’André Gorz avec Martin Jandler et Rainer Maischein sur l’aliénation, la liberté et l’utopie. in André Gorz, un penseur pour le XXIè siècle, La Découverte, 2009.

      Q. Tu dis qu’il faut distinguer différents niveaux de l’existence. Pourquoi alors, dans Les Chemins du Paradis, présentes-tu la réunifiction des décisions de production et de consommation comme une condition de la libération ?

      AG. Très bonne question. Il me faut revenir au concept d’aliénation tel qu’il figure dans L’Idéologie allemande de Marx. Marx y montre que les « individus sociaux » perçoivent les résultats de leur collaboration comme une puissance étrangère qui s’oppose à leur volonté. Pourquoi ? Parce que le processus global de cette collaboration se déroule selon des lois matérielles que personne ne peut voir ni dominer. Car il ne pourrait être dominé que si tous posaient dès le départ cette domination comme but de leur collaboration (qui serait alors volontaire et non fortuite). Éliminer l’aliénation, c’est créer des situations où chacun pourrait reconnaître les résultats de sa collaboration sociale et son travail même comme effectués et voulus par lui. Donc, autodétermination de la collaboration dans ses objectifs, ses résultats et son déroulement.

      L’économie de marché de même que la planification économique autoritaire procèdent à l’inverse : les individus et leur mode de collaboration sont hétérodéterminés par avance selon les exigences de la production, du profit, du capital fixe ; les résultats et le processus de leur collaboration sont a priori aliénés, incontrôlables. Cela va si loin que la production de marchandises n’est plus fonction des besoins humains, mais que les besoins sont adaptés à la marchandise qui, en tant que sujet apparent, exige d’être achetée et subordonne les besoins. Dans l’économie de marché, le besoin de certains produits est hétérodéterminé par des spécialistes du « marketing » qui vantent non pas la valeur d’usage mais la valeur symbolique d’une marchandise et lui confèrent une « image » qui fasse appel à des désirs inconscients. La détermination autonome de ce dont on a besoin et de ce qu’on veut est rendue impossible, la publicité résonne comme un avertissement : « Attention, les autres vont avoir plus et mieux que toi, de quoi auras-tu l’air ? » Chacun est interpellé en tant qu’Autre et les Autres opposés à chacun. La crainte, d’être désavantagé et l’envie sont placées au centre des relations humaines. La collaboration sociale volontaire, autodéterminée est rendue tout à fait impossible. Le manque et le sentiment d’être désavantagé sont reproduits à des niveaux de plus en plus élevés.

      La racine de l’aliénation, de l’hétérodétermination, est ainsi la division sociale involontaire du travail qui sépare la consommation de la production. Parce que personne n’est plus le sujet de son travail productif, personne ne peut plus être le sujet de sa consommation. Comme nous ne produisons pas ce que nous consommons et comme nous ne consommons pas ce que nous produisons, nous ne sommes « chez nous », comme disait Marx, c’est-à-dire « nous-même », ni dans le travail ni dans la consommation.

      La seule issue possible consiste à réduire autant que faire se peut les mégatechnologies qui déterminent la division sociale et la parcellisation du travail, au profit d’une activité coopérative volontaire qui ne serait pas orientée vers le marché, mais vers des besoins autodéterminés par les membres de la communauté : ceux-ci autoproduiraient des valeurs d’usage et non des valeurs d’échange, c’est-à-dire des marchandises.

  8. Paul Jorion avait montré à la caméra les « Oeuvres complètes  » de Saint Just il y a quelques jours. Aujourd’hui, il nous propose un dialogue entre Marat et Sade.

    Saint Just, Marat, Sade.

    Le problème avec Paul Jorion, c’est qu’il est un des rares à voir venir les orages de loin.

    J’en conclus que nous allons vers des révolutions politiques.

    On verra bien.

    1. « J’en conclus que nous allons vers des révolutions politiques. »

      Il est en tout cas persuadé qu’il est nécessaire d’en faire passer l’idée tous azimuts. C’est même devenu son fil rouge. C’est en soi un fait considérable et irréfutable.

    2. Sade a été libéré le 14 juillet dernier. Paul a enfin pu le rencontrer tout frais sorti de sa Bastille……
      Machiavel, lui, par contre n’a pas encore eu l’honneur d’un titre de billet.
      Il ne fait pour l’instant que hanter le fils des discussions.

    3. @Pierre

      Je ne pense pas qu’il serait judicieux pour un être machiavélique d’évoquer Machiavel. Laissons les puces loin des oreilles. 😉

  9. « Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu » à lire de toute urgence pour tous ceux qui ne l’ont pas encore fait !

    1. Vous avez pu constater à quel point de nombreux critères correspondent à merveille avec notre société actuelle, et à quel point les mécanismes du despotisme sont intemporels et ne changent que par la forme à travers le temps, jamais en substance. D’où l’intérêt de connaître le passé pour comprendre le présent.
      Comment Napoléon III a manipulé les milieux économiques, la presse, l’opinion publique, les syndicats, les milieux ouvriers, le peuple, etc, pour établir les bases solides d’un pouvoir qu’on pourrait qualifier de totalitaire. Selon l’auteur, l’empereur a fait du peuple français un peuple d’esclaves, oublieux de sa liberté et consentant à tous les asservissements.

    2. « D’où l’intérêt de connaître le passé pour comprendre le présent. »

      La réflexion de M. Joly va au delà de cette simple considération. Joly utilise le personnage de Machiavel pour montrer comment le mauvais côté de la nature humaine, « puissants » comme citoyen lambda, influe consciemment ou non sur ce qu’on appelle l’Histoire. C’est parce que la nature humaine ne change pas – ou bien très lentement ! – que rien ne change vraiment dans nos sociétés et que le passé se répète.

      Connaître le passé ne sert pas à comprendre le présent, ou bien il faut croire que la « réflexion » issue de cette connaissance n’a pas servi à grand chose… On le voit bien en finances… A mon humble avis mieux vaut connaître l’homme pour comprendre le monde présent, pas son histoire passée.

    3. Ce qui caractérise l’animal social qu’est homme, c’est ce pouvoir merveilleux d’inventer des structures plus ou moins pérennes à son corps sociale.

      L’histoire, c’est un peu le carnet de santé du corps sociale. Chaque cellules souches individuelles est bien souvent renouvelée de nombreuses fois au cours d’un processus politique qui ne peut s’étaler que sur de nombreuses générations.

      Une cellule qui décrète son « autonomie » au sein du corps social est rapidement identifié comme « cancéreuse » et plus ou moins rapidement phagocytée par le système immunitaire, le sous-ensemble sécuritaire et ses fichier aux multiples mémoires.

  10. Machiavel aussi s’est essayé à ce jeu du discours en miroir:

    MACHAVIEL – histoire de Florence – extrait du discours d’un meneur pendant un grève des ouvriers de la laine
    « il me semble que nous marchons à une conquête certaine ; car ceux qui pourraient s’opposer à nos projets sont riches et désunis : leur désunion nous donnera la victoire ;
    (..) leurs richesses, quand nous les posséderons, saurons-nous les conserver ? (..)
    Mettez-vous nus, nous paraitrons tous semblables ; revêtez-vous de leurs habits, et eux des nôtres et, sans aucun doute, nous paraitront les nobles et eux le peuple ; car ce n’est que la richesse et la pauvreté qui font la différence.
    (..) Je suis affligé lorsque je vois beaucoup d’entre vous se reprocher, dans leur conscience, ce qu’ils ont fait. Vous ne devez craindre ni les remords ni l’infamie ; car il n’y a jamais d’infamie pour les vainqueurs, de quelque manière qu’ils aient vaincu.
    (..) Si vous examinez les actions des hommes, vous trouverez que tous ceux qui ont acquis de grandes richesses, ou une grande autorité, n’y sont parvenu que par la force ou par la ruse ; et qu’ensuite tout ce qu’ils ont usurpé par la fourberie ou la violence, ils le recouvrent honnêtement du faux titre de gain, pour cacher l’infamie de son origine. »

  11. La réponse au marquis de Sade et à Marat et consorts révolutionnaires, c’est, par exemple, Saint François d’Assise, assurément. La sainteté est absolue. Tandis que le péché, lui, a des nuances infinies, ce qui contribue à l’enfoncement et l’égarement accru des hommes. La sainteté est un exemple fécond de libération ici bas. C’est la voie de l’avenir.

    1. D’abord sur la sainteté; je ne vous rappèlerai pas ce qu’en disait Pascal. Ensuite, en fait de saints, même si d’obédiences jurant un peu avec celle de votre préféré, qui est aussi mon Saint patronyme, il me semble que le martyr Marat et le Divin Marquis furent et restent encore des figures de sainteté pour des églises pas moins regardantes que la catholique sur les critères de sélection en vue de l’édification des brebis, égarées ou pas…

      Quant à l’absolu de la sainteté, au-delà du caractère monochrome que vous semblez préférer y voir, il me semble que la figure de François en révèle au contraire toute l’ambiguïté ou la variabilité de son interprétation. Ainsi certains seraient tentés de le placer aux cotés de Sade (!) avec les jésuites dans le débat qui nous occupe, quand d’autres le placeraient au centre avec les jésuites, et la majorité sans doute du coté de Marat, avec les jésuites, malgré l’idéal pacifique. Je ne sais où le place Benoit XVI lorsqu’il « déplore qu’il ait subi les assauts de la sécularisation », mais cela témoigne en tout cas d’un sens de la propriété jaloux et copyrighté sur l’image franciscaine… Sans parler des multiples et très diverses hagiographies de François commandées par le Vatican, au gré des variations contingentes et quelquefois au même auteur (Thomas de Celano)…

      Personnellement, et sans être un fan du personnage, la figure franciscaine emblématique de l’abbé Pierre me conviendrait plutôt, et difficile, me semble-t-il de le situer ailleurs que du coté de Marat, ne serait ce que par la véhémence du discours, le plus souvent fort peu charitable pour les riches!

      Comme quoi, souvent image sainte varie…

    2. L’agencement du calendrier des saints de la très sainte Église catholique apostolique et romaine est assez génial. Il y a la Toussaints le 1er novembre suivi du jour des défunts le 2 novembre. En réalité ce n’est qu’une seule et même fête. Le 1er novembre sont seulement démarqués les saints reconnus selon les critères de la sainte Église catholique, et le 2 novembre, l’ensemble des défunts, car il y a parmis tous les défunts des saints, peut-être innombrables, de toutes conditions, ayant vécus avant jésus-Christ, ayant peut-être appartenu à d’autres religions, ou traditons, ou rien, peut importe, les anonymes et inconnus à jamais du monde entier, de toute époque passée, présente et à venir, mais dont la vie fait qu’ils qui méritent d’être considérés avec les saints identifiés, reconnus officiellement après plusieurs enquêtes. C’est une façon, très belle, qu’a la sainte Église catholique de pratiquer sa modestie, de reconnaître, et n’oublier personne, inconnus et connus, dont les qualités de saint peuvent être des modèles pour tous.

      Maintenant que Marat soit parmis les « saints », il est permis et sage d’en douter. Quant au marquis de sade, sa méchanceté légendaire lui aura permis de fournir un mot supplémentaire au vocabuloaire de la langue française, c’est sans doute son seul apport. Par contre, le général Cambronne, qui lui aussi a apporté dit-on, en plein champ d’honneur, un mot à la langue française, en avait lui…

    3. Ah là, Rumbo, vous m’obligez à nouveau à faire appel à jean Yanne!

      « Cambronne, en voilà un qui mâchaiy pas ses mots! heureusement pour lui… »

      La vie est étrange, on démarre avec St François et on finit avec Cambronne et Saint Jean Yanne!

  12. « La représentation au cœur de la pièce, est jouée par des fous et, du coup, pleine de fureur et de bruit. »

    Ce bon vieux William …

    😉

    1. Cela est extrait des songes d’une nuit d’été , si ma mémoire est encore bonne .

      C’est effectivement de saison .

    2. @ juan nessy

      Pas tout à fait !

      William Shakespeare , Macbeth, (acte 5, scène 5)

      « Life’s but a walking shadow; a poor player,
      That struts and frets his hour upon the stage,
      And then is heard no more: it is a tale
      Told by an idiot, full of sound and fury,
      Signifying nothing. »

      « La vie […] c’est une fable
      Racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur,
      Et qui ne signifie rien. »

    3. Une baffe pour Juan donc , mais c’est le facétieux Puck qui m’aura égaré l’esprit .

      Pour me raccrocher aux branches , j’oserai que le dialogue entre la nuit , royaume des songes et de l’imagination, avec le jour , royaume de la  » réalité » , vaut bien le dialogue entre Liberté et Egalité .

      Esprit de finesse et esprit de géomètrie aurait dit Pascal .

      To be or not to be ? It’s still the question ….

  13. hummmm …
    Egalité-Marat et Sade-Liberté.

    Où est Fraternité (et ne me répondez pas ‘dans le placard’) ?

    1. Mais c’est bien elle qui peut concilier les deux antagonistes , car elle est l’arbitre de la finalité de la partie .

      Il la faudra bien pour que la partie continue .

      Sinon les deux antagonistes disparaîtront et il n’y aura même pas de placard pour les ranger .

    2. @ Zébu :

      Quel auteur ?

      Pourquoi attendre la bonne parole . La fraternité devenue « cruellement  » nécessaire ne pet qu’enfler comme une rumeur . Le risque c’est qu »elle ne reste qu’un discours . Mais je crois qu’il y a de plus en plus de convaincus , venant d’horizons assez différents , pour qu’elle entre dans le concret des Marat- egalité et des Sade- liberté .

      Montesquieu et Constitution ça doit pouvoir le faire .

  14. Sade c’est le règne de l’argent. Sa liberté il l’achète. C’est (après Pascal) l’un des premiers libéral de l’histoire.

  15. Didier,

    J’espère que vous avez trouvé dans les commentaires de taotaquin, André et fujisan quelques éléments de réponse à vos interrogations.

    Il est vrai que nous n’avons pas avancé depuis que cette alternative est posée : nous manquons de crises. La « nature humaine » ne s’exprime pas au travers de la pensée de quelques-uns de ses spécimens : c’est peut-être de le croire qui est notre plus grand tort. « La vie est un mystère qu’il faut vivre, et non un problème à résoudre. », disait Gandhi. Et d’ajouter : « Vous devez être le changement que vous voulez voir dans ce monde. ». Tout est là et le reste suivra : l’organisation sociale s’adaptera.
    Pratiquement : vous ne voulez pas consommer (c’est un exemple), vous ne voyez donc pas la nécessité d’être employé. Le principal obstacle est la société : elle pense qu’elle ne peut se passer de votre participation. Vous n’êtes donc pas libre. Pas libre de laisser s’exprimer votre nature… humaine.

    Gandhi encore : « L’État représente la violence sous une forme intensifiée et organisée. L’individu a une âme, mais l’État qui est une machine sans âme ne peut être soustrait à la violence puisque c’est à elle qu’il doit son existence. »

    Puis : « Le stade le plus proche de l’anarchie pure serait une démocratie basée sur la non-violence. »

    La non-violence. Un système, capitaliste ou autre, est violent en ce qu’il impose à ses membres de participer.

    Les riches alias les « winners » ne me dérangent pas. Ce qui me dérange c’est qu’on m’impose de jouer leur jeu. J’y participerais d’ailleurs volontiers, un jour, un mois ou un an…quand je veux ! Mais qu’on me l’impose, à vie qui plus est, ça non ! Qu’on essaye de m’appâter avec une retraite, ça non plus !

  16. – « Changeons, parce qu’ils nous manipulent ! »
    – « Ne changeons pas, puisqu’ils nous manipuleront ! »

    Comme c’est amusant ! C’est aussi une belle façon de décrire notre belle démocratie, paradis des révolutions silencieuses, où le bonheur des uns se construit sur le malheur des autres. Tel est cependant le prix d’une union dans un monde de différences.

    Si l’opportunité m’en était offerte, c’est un prix que je refuserais de payer. A celui qui s’estime trop différent pour suivre le chemin que je me suis tracé, je lui offrirais l’opportunité d’explorer pleinement son propre chemin. La seule condition que je lui imposerais, c’est de ne pas tenter insidieusement de me faire dévier de ma route. Il aurait par contre l’entière liberté de m’envoyer des cartes postales, pour me montrer à quel point, à son avis, sa route est plus belle que la mienne.

    Je réclame le droit d’être naïf, c’est-à-dire le droit de ne plus avoir peur de la manipulation. Je réclame le droit de refuser cette manipulation quand je la constate. Ce droit m’est refusé. Ce n’est pas étonnant, puisque c’est l’objectif de ceux qui me manipulent (Marat). Mais si je me révolte, dans un contexte d’union perpétuelle, je ne fais que tenter de remplacer une manipulation par une autre (Sade). Ce dialogue (du moins, cet extrait) ne fait que nous montrer l’impasse dans laquelle nous nous jetons génération après génération.

    Mon bonheur, je le verrais dans une Confédération Mondiale, les États-Désunis, au nombre de trois : les manipulateurs, les naïfs et les indécis. Quelle naïveté !

  17. Il est intéressant de lire le dialogue Marat-Sade à la lumière du dernier livre de Dany-Robert Dufour « La cité perverse Libéralisme et pornographie »

    1. Marat, c’est Les Lumières Blanches (Kant) qui se lamentent qu’elles ne pénètrent pas dans le social.
      Tandis que Sade, c’est Les Lumières Noires (Smith, Mandeville) qui se réjouissent qu’elle pénètrent dans le social.

    2. Il est intéressant de lire le dialogue Marat-Sade à la lumière du dernier livre de Dany-Robert Dufour « La cité perverse Libéralisme et pornographie ».

      Marat, c’est Les Lumières Blanches (Kant) qui se lamentent de ne pas pénétrer dans le social.

      Tandis que Sade, c’est Les Lumières Noires (Smith, Mandeville) qui se réjouissent de pénétrer dans le social.

      « Juliette » de Sade :
      + « Toutes les créatures naissent isolées et sans aucun besoin les unes des autres : laissez les hommes dans l’état naturel, ne les civilisez point, et chacun trouvera sa nourriture, sa subsistance, sans avoir besoin de son semblable ».
      + « Ô vous, qui vous mêlez de gouverner les hommes, gardez-vous de lier aucune créature ! Laissez-la faire ses arrangements toute seule, laissez-la se chercher elle-même ce qui lui convient, et vous vous apercevrez bientôt que tout n’en ira que mieux ».

      Jusqu’à présent, rien que de conforme à l’intervention de Sade dans la pièce de Petre Weiss : nous avons affaire uniquement à des atomes animés par le seul self-love.

      Mais ce que ne dit pas la pièce (du moins dans l’extrait publié dans le billet), c’est la suite logique des proclamations de Sade dans « Juliette » et là ça se corse : on passe au plat de résistance ou de non résistance, si on peut dire : « Prêtez-moi la partie de votre corps qui peut me satisfaire un instant, et jouissez, si cela vous plait, de celle du mien qui peut vous être agréable » (Juliette) (comme cela consonne étrangement avec Smith : « Donnez-moi ce dont j’ai besoin, et vous aurez de moi ce dont vous avez besoin vous-même » (Richesse des nations).

      Décidément, je préfère encore Marat, Saint-Just ou Robespierre, au libéralo- pornographe Sade !

  18. Excellent ce texte.

    Désespérément juste.
    Voudrait pouvoir vivre sans quitter mon petit jardin, il abrite la petite oeuvre de ma vie, mes rêves de petit d’homme, pour combien de temps encore ?

    La société des hommes les réduit.

    La grande bataille du Verbe et de l’Esprit est engagé à l’échelle planétaire .

    Une pensée pour les haitiens.

  19. L’altérité ! La justice !Le couple maître -esclave!La force des choses et la responsabilité.La transparence face au secret.Le corps et les mots.Le désir, la loi.Et au coeur du theatre de la cruaute,sur la scène aux limites floues, la folie parle a l impossible.Quid en effet de nos schémas de représentation,de nos affects contradictoires?Les perspectives offertes par cette mise en abîme poussent a se tenir au plus près de la ligne de crête !Attirés en deça d un statu quo idéologique,bercés par les sirènes d une nuit d été,c
    aressés par un vent nocturne,nous blamons l autre et soi même de la perte de valeur.Miser sur des questionnements philosophiques et politiques de plus en plus necessaires,projète dans un septicisme de circonstance.Ou bien un pessimisme actif? Peter Weiss, hanté par la Seconde Guerre Mondiale nous interroge sur le couple bourreau-victime .Il convoquera aussi Dante et sa Divine Comédie et revisitera l Enfer.Mais la on rejoint la question de fond et donc la logique des nombres ou des signes,du sens ;ce qui nous replonge au centre du problème existenciel de la pièce !Le Monde.Le corps.Les signes.La dualité. Vaste programme.

  20. Dans la réalité Sade a failli être la victime de Marat ( par Robespierre interposé ) au motif de  » modérantisme « . Sade a même fait un discours aux mannes de l’Ami du Peuple. L’Histoire et Sade ont condamné le régime révolutionnaire et heureusement la Terreur n’est plus à l’ordre du jour…mes frères !

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