Archives par mot-clé : « Misère de la pensée économique »

UN BON UNE-DEUX

Hier m’est parvenu un exemplaire de La survie de l’espèce (en librairie le 2 novembre) et je n’ai pas pu m’empêcher de le lire encore une fois d’un bout à l’autre, comme il faut le faire trop souvent avec un nouveau livre, à la recherche de la dernière erreur qui aura inexplicablement échappé à tout le monde. Sauf que cette fois, avec le livre imprimé, ce sera trop tard. Et, aaargh ! Enfer et damnation, la voilà : « Grégory ! Des stock-options produisant des dividendes ! » (p. 49). Bon, ce serait passé inaperçu de pratiquement tout le monde, oui mais c’est ce « pratiquement » que je n’aime précisément pas du tout, alors je mentionne la bourde à titre préventif : avant que quelqu’un d’autre ne m’en fasse la remarque.

Je suis quand même très content du livre : j’ai le sentiment que ça plaira beaucoup ! Et surtout, La survie de l’espèce me semble constituer avec Misère de la pensée économique qui a paru il y a quinze jours, une excellente combinaison : il y a une bonne complémentarité, un bon une-deux comme on dit en boxe. D’autant qu’ils sont, du point de vue de l’approche, sur la même longueur d’ondes.

Ce que je veux dire par « sur la même longueur d’ondes », c’est que dans La survie de l’espèce, Grégory m’a fait intervenir à plusieurs reprises comme personnage, et du coup comme personne : il me fait par exemple apparaître en psychanalyste, citant La transmission des savoirs (1984), écrit avec Geneviève Delbos, il met en scène qui je suis, reprenant la substance de certains de mes billets plus ou moins autobiographiques. Et cela, c’est un élément qui est commun avec Misère de la pensée économique, non pas que j’y introduise des éléments autobiographiques, mais parce que je m’y échappe davantage que dans les quatre livres précédemment parus chez Fayard, de la pure chronique des événements, pour situer le destin de notre espèce dans un vrai cadre anthropologique, cadre que je définis à partir de mes travaux précédents, travaux qu’on peut appeler – n’ayons pas peur des très grands mots – « scientifiques », en anthropologie, en sciences cognitives ou en épistémologie.

Une des conséquences de cela, c’est qu’un critique de Misère de la pensée économique, ne peut pas, comme ce fut le cas avec mes livres précédents sur la crise, se contenter de dire : « c’est bon » ou « c’est mauvais », parce qu’en écrivant cela, cette fois, c’est automatiquement une opinion sur l’ensemble de – de nouveau un très grand mot – mon « œuvre », qu’il ou elle émet.

On me rapporte que les critiques temporisent, ils sont en attente. Une hypothèse possible, c’est qu’ils attendent la sortie de La survie de l’espèce pour parler des deux dans la foulée. Une autre hypothèse, c’est qu’ils attendent de voir ce qu’écrivent leurs confrères. Dans la profession de critique, comme dans la plupart des autres, on n’est sans doute jamais trop prudent !

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Les « forces collectives » proudhoniennes. Un complément à « Misère de la pensée économique », par Jacques Langlois

Billet invité.

Le fondement de l’économie chez Proudhon réside dans sa théorie des « forces collectives » résumée par la parabole de l’érection de l’obélisque de Louxor (« Qu’est-ce que la propriété » ou 1er mémoire sur la propriété, 1840). 200 grenadiers employés par l’Etat ont en une heure érigé l’obélisque. Supposons 200 ouvriers, contremaîtres et cadres payés par un capitaliste privé. Celui-ci aurait déboursé 200 heures de travail, pensons à 1 ouvrier payé pendant 200 heures : l’obélisque serait resté par terre. Conclusion : le capitaliste ne paye pas la force collective résultant de la combinaison des efforts, de leur coordination dans la division des fonctions. Ce n’est pas seulement un « effort collectif » et une coordination. C’est en fait une « composition » de 2 éléments inséparables et associés quoique distincts : la division du travail qui rend en même temps les fonctions interdépendantes et solidaires, d’un côté, et la formation des coûts qui résulte de la coopération et de la productivité de l’association des deux aspects dans la production, de l’autre. C’est avec les effets de la force collective (que Marx reprendra sous forme de « forces productives ») que l’on comprend « l’aubaine » du capitaliste qui empoche le surplus dégagé par les forces collectives tout en ne payant ses salariés que un par un.

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MISÈRE DE LA PENSÉE ÉCONOMIQUE, DEMAIN EN LIBRAIRIE

Au plus fort de la crise, le silence des économistes est assourdissant, tout comme l’impuissance des élites politiques et des dirigeants financiers. Et pour cause : ils sont bien peu nombreux à avoir su anticiper les événements qui ont eu lieu depuis 2007. Comment la machine a-t-elle pu s’emballer à ce point sans faire réagir ceux qui avaient le pouvoir et les capacités d’éviter les catastrophes en chaîne ? Comment la pensée économique a-t-elle pu se fourvoyer autant ? Pourquoi n’est-elle pas capable d’inventer des solutions audacieuses et enfin efficaces ?

Après avoir annoncé un Capitalisme à l’agonie, Paul Jorion poursuit sa réflexion sur l’état du monde financier. Ce qu’il révèle est édifiant : la « science » économique n’en est pas une, mais nous trompe en s’en donnant les apparences. Constatant les errements d’une doctrine qui n’a fait qu’encenser la « machine à concentrer la richesse », laquelle déraille tragiquement aujourd’hui, Paul Jorion bouscule les dogmes établis et propose des voies inédites pour l’avenir : le temps de la solidarité est venu.

Anthropologue, sociologue et spécialiste de la formation des prix, Paul Jorion jette depuis plusieurs années un autre regard sur l’économie ; il annonçait ainsi dès 2005 ce qui allait devenir la crise des subprimes. Il est notamment l’auteur, chez Fayard, de L’Implosion, La Crise et L’Argent.

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« Savoir financier et vérité : une relation ambiguë »

Je ferai en février, deux exposés à Lausanne, l’un consacré à la crise, l’autre, dans le cadre de l’université, sur le thème : « Savoir financier et vérité : une relation ambiguë ». L’argumentaire de cette seconde intervention constitue en fait un bon résumé de la partie descriptive (par opposition à « programmatique ») de Misère de la pensée économique, à paraître la semaine prochaine.

L’économie politique, qui prévaut jusqu’au troisième quart du XIXe siècle, est un discours de type scientifique, même si son recours aux mathématiques est éclectique parce que ad hoc, selon les nécessités de l’objet à modéliser.

La « révolution marginaliste » qui intervient alors est paradoxale : elle permet à la « science » économique de présenter davantage les signes de la scientificité grâce au recours massif à la modélisation par le calcul différentiel, mais elle ouvre la voie à un éloignement de plus en plus prononcé de la démarche scientifique proprement dite.

1) On attachera de moins en moins d’importance à la vérification expérimentale.

2) On pose en principe l’« individualisme méthodologique », qui implique la négation de processus collectifs émergents et nie du coup tout pouvoir heuristique à la simulation, en contradiction avec les découvertes de la physique.

3) On pose en principe le postulat laplacien de connaissance parfaite de l’avenir à partir d’une connaissance parfaite du présent, là aussi en contradiction avec les découvertes de la physique.

4) L’homo oeconomicus « rationnel » n’est pas abstrait par l’observation empirique mais posé en principe normatif : il décrit des comportements qu’il convient d’adopter.

5) Certains économistes influents, dont les travaux sont couronnés par un « prix Nobel d’économie », comme Friedrich von Hayek ou Milton Friedman, assignent à la « science » économique, un rôle hégémonique : la « science » économique n’est pas descriptive mais vise à faire advenir un type de société identique à ses modèles qui n’ont pas été abstraits par l’observation empirique mais constituent des « types idéaux » à émuler.

 

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LÀ OÙ JE ME SITUE AUJOURD’HUI

Vers la crise du capitalisme américain ? a paru en janvier 2007. La crise des subprimes s’est déclenchée à la mi-février. J’ai voulu tenir au courant mes amis des nouveaux développements. Je l’ai fait d’abord par mails. Au bout de quinze jours la formule m’a paru inadéquate. Je suis passé au blog.

Mes billets en 2007 et 2008 constituaient une chronique au jour le jour de la crise. J’ai regroupé leur substance dans les deux livres que j’ai publiés en 2008 : L’implosion et La crise.

Une vive discussion était née sur le blog sur les causes de la crise. Une explication fantaisiste du fonctionnement du crédit et de la monnaie en général circulait sur l’Internet. J’ai tiré parti de mon expérience de dix ans en tant qu’ingénieur financier dans le secteur du crédit pour brosser un portrait fidèle de celui-ci, rectifiant les erreurs de la vision commune, dans L’argent, mode d’emploi, paru en 2009.

Mes premiers livres consacrés à la crise étaient de l’ordre du témoignage et du constat. C’est, je l’espère, la qualité de mes analyses qui a fait que la question m’a été posée de plus en plus souvent et avec de plus en plus d’insistance, des solutions qui devraient être apportées aux problèmes qui se posent.

Je disais qu’il fallait « sortir du cadre » et l’on me répondait : « Mais c’est quoi le cadre ? » Or, d’une certaine manière, ce cadre, je l’avais décrit dans Principes des systèmes intelligents (1990) et dans Comment la vérité et la réalité furent inventées (2009) mais dans ces contextes-là, globalement et sans lien direct avec la crise qui viendrait.

Dans Le capitalisme à l’agonie (2011), je poursuivais la chronique des événements, mais je soulignais les ressemblances entre la situation présente et la période prérévolutionnaire 1780-1789. Dans Misère de la pensée économique, qui paraît dans quelques jours, la chronique se poursuit encore, éclairée cette fois par la réflexion bouillonnante née au XIXe siècle pour tenter de comprendre l’échec de la Révolution Française.

La question du pourquoi de la « misère de la pensée économique » avait déjà été posée dans Le prix (2010) où je propose une autre théorie de la formation des prix que celle qu’a à offrir la « science » économique. Mais la question m’est sans cesse posée : « À quoi aurait ressemblé la science économique qui n’a jamais eu lieu ? »

C’est un défi. De même qu’une réflexion sur le cadre dans la perspective de la crise présente. Ma réponse à cela, je l’avais esquissée dès le début dans ma proposition d’une Constitution pour l’économie, restée toutefois à l’état d’ébauche. Il faut maintenant y revenir et étayer le projet.

C’est à cette croisée des chemins que je me trouve. La rédaction des réponses telles que je les conçois a débuté. Pour la réflexion sur le cadre, elle est désormais le produit d’un effort conjoint, le résultat de ma rencontre avec un intellect d’exception qui avait déjà entrepris une quête semblable et dans le même esprit, quête dont nous avons décidé de faire une cause commune. Pour le projet élaboré d’une Constitution pour l’économie, il se bâtira à partir de mon enseignement à la VUB qui porte sur une « finance au service de la communauté » (Stewardship of Finance).

Tout ceci m’éloignera de la chronique des événements au jour le jour mais pour un bénéfice accru sur le long terme, j’en suis sûr.

Nous pourrons juger, Grégory Maklès et moi, dès les premiers jours de novembre, avec la parution de La survie de l’espèce, l’efficacité du même message traduit dans le médium de la bande dessinée. Si ce moyen fait ses preuves, l’effort devra être poursuivi sous cette forme aussi.


 

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« LE PRIX DES INÉGALITÉS » ET POURQUOI NOS DIRIGEANTS SONT DÉTERMINÉS À CONTINUER DE NOUS LE FAIRE PAYER

Ceux d’entre vous qui lisent aujourd’hui Le prix des inégalités de Joseph Stiglitz et qui ont eu l’occasion de lire mon livre La crise du capitalisme américain (2007), auront été frappés par la quasi-identité des thèmes évoqués et par la parfaite identité des thèses centrales à ces deux ouvrages : la crise des subprimes a été causée par la concentration de la richesse et ses deux facettes : pouvoir d’achat insuffisant pour la majorité de la population américaine, fortunes démesurées pour une petite minorité, argent en excès allant se placer dans la spéculation, faute de débouchés dans la production, et dérèglant là le mécanisme de la formation des prix, et en particulier, celui des matières premières.

J’ai développé depuis le thème de « la machine à concentrer la richesse » et le rôle que joue celle-ci dans les phases ultérieures de la crise, dans L’argent, mode d’emploi (2009) et Le capitalisme à l’agonie (2011), et j’y reviens de manière plus systématique encore dans Misère de la pensée économique, qui sera en librairie le 3 octobre.

Le fait que, si je suis lu et bien lu, le message que j’ai délivré en 2007 et que je martèle depuis dans mes ouvrages, n’a lui aucun impact sur les politiques économiques telles qu’elles sont pratiquées (la Troïka – BCE, UE, FMI – sera aujourd’hui à Nicosie et continuera d’ânonner et d’imposer des mesures qui sont le contraire exact de ce que je préconise), s’explique aisément : je ne suis pas même économiste et, à l’exception de la chronique mensuelle que je rédige depuis 2008 pour Le Monde-Économie, j’ai été jusqu’à très récemment privé de toute la visibilité que procure une affiliation institutionnelle,

Or, toute vraisemblable qu’elle soit, cette explication s’avère inadéquate si l’on pense au fait que Joseph Stiglitz défend depuis de nombreuses années des thèses semblables aux miennes, et n’a pas davantage d’impact que moi sur les politiques mises en vigueur.

« Prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, Professeur à Columbia, ex-directeur de la Banque mondiale et conseiller de Clinton, est sans conteste l’économiste le plus respecté et le plus lu au monde », constate la jaquette de son plus récent livre. « Le plus respecté » et « le plus lu au monde », sans que cela ait la moindre conséquence dans le monde réel, et ceci prouve que la reconnaissance et les affiliations prestigieuses ne font en réalité rien à l’affaire : c’est le message lui-même que nous délivrons lui et moi qui est irrecevable par ceux, « de gauche » tout aussi bien que « de droite », qui décident de notre sort, et nous enfoncent aujourd’hui toujours davantage dans la crise, alors que la teneur des mesures qu’il faudrait prendre est connue, et qu’en plus, toute la ville en parle.

 

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