Archives par mot-clé : pêche

L’étrange défaite de la démocratie bureaucratique européenne : l’autorisation du chalutage électrique, par Jean-François Le Bitoux

Billet invité.

L’étrange défaite de la démocratie bureaucratique européenne : l’autorisation du chalutage électrique. De quoi cette dérogation est-elle le message ?

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Souvenirs de jours en mer…

Mon nouveau jardin, pour le moment, je l’observe.

Je suis en cela les conseils de Jean-Michel, l’un des Houatais qui m’ont appris la pêche : « Quand t’as un nouveau bateau, il faut d’abord l’observer. Pour comprendre comment il marche. Il y en a qui ont tendance à remonter, et d’autres à abattre. Il y en a qui sont plus à l’aise à rouler, et d’autres à tanguer. Il faut d’abord que tu comprennes ce qui lui convient. C’est seulement à ce moment-là que tu pourras lui dire ce que tu voudrais qu’il fasse ! »

J’attends d’avoir compris comment mon nouveau jardin marche, je lui ferai alors savoir ce que j’aimerais bien qu’il fasse pousser. Pas avant !

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« La transmission des savoirs », à Bécherel, le 19 avril 2014

Si vous ne m’avez jamais entendu parler d’éducation, de la difficulté qu’il y a à transmettre un savoir empirique sur les bancs d’une école et même de la difficulté qu’il y a à transmettre le savoir scientifique, de la raison pour laquelle le pèse-sel n’est pas d’une aussi grande utilité sur un marais salant que pourrait l’imaginer un scientifique, ou de ce qui distingue un pêcheur de homards grottiers d’un pêcheur de homards coureurs, eh bien, une occasion vous est offerte de le faire.

Car si on me demande souvent de parler d’économie – ce qui n’est pas mon métier – on ne me demande pratiquement jamais de parler d’anthropologie – ce qui l’est pourtant. Mais c’était le cas à La fête du livre à Bécherel le 19 avril, où j’ai parlé de La transmission des savoirs, le livre que j’ai co-rédigé avec Geneviève Delbos, publié aux éditions de la Maison des Sciences de l’Homme en 1984, et toujours disponible.

Ceci dit, je parlerai cette fois de Comment la vérité et la réalité furent inventées (Gallimard 2009), aux Rencontres du Louvre le 13 octobre. Je vous en dirai plus à ce sujet en temps utile.

Le son est un peu faible au début mais ça s’arrange par la suite.

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Dans le sillage des pêcheurs d’Houat, par Jérôme Lamy

Billet invité. Cet article paraît aujourd’hui 20 septembre dans L’Humanité.

Initialement parue en 1983, la thèse de l’anthropologue Paul Jorion sur les pêcheurs d’Houat dans les années 1970 reparaît aujourd’hui augmentée d’une préface. La description minutieuse des codes langagiers, des modes d’existence et des manières de faire de cette petite communauté insulaire de Bretagne fait ressurgir un monde englouti. La parole rare des pêcheurs s’est vidée de tout sujet, laissant aux éléments naturels l’initiative de la réussite ou de l’échec commercial. Le discours des femmes sur l’île est, lui, plus directement politique puisqu’il se situe en permanence dans les rapports entre individus. L’espace est par ailleurs défini par le genre : aux hommes la mer, aux femmes la terre. Lorsque l’homme accoste, ses déambulations sont limitées (le port, le café), sa présence à terre est tolérée. L’emprise religieuse est forte encore au milieu des années 1970 sur cette petite île ; la République s’est introduite peu à peu dans une « théocratie » qui a longtemps concentré tous les pouvoirs.

Paul Jorion fait revivre, en des pages admirables, la vie difficile à bord des bateaux de pêche. La hiérarchie sociale repose sur une division technique du travail. Patron, mécanicien et matelots fondent la structure élémentaire du bateau. Les liens familiaux se superposent à cette organisation et les conflits (notamment sur les bateaux où des frères se côtoient) sont nombreux. Le « bon » pêcheur, patient, chanceux et courageux s’est constitué des principes d’action solides. Le temps à Houat est calqué sur la saison, cette notion polysémique qui articule les rythmes biologiques et humains, les scansions météorologiques et économiques. Le pêcheur déploie une science des marques qui lui permet de quadriller les plaines liquides et d’y repérer les fonds poissonneux. La transmission des savoirs est d’abord faite d’imprégnation : il faut connaître son bateau, ses engins de pêches (les casiers, les lignes), les données halieutiques des zones prospectées et même la psychologie d’un équipage.

L’économie archaïque de la pêche à Houat se fond, paradoxalement, dans les grandes lignes d’un système capitaliste inégalitaire : les armateurs sont favorisés dans la répartition des revenus, les plus jeunes font les frais d’une structure qui exploite leur force de travail. Trente ans après sa première publication, la thèse de Paul Jorion n’a rien perdu de sa pertinence anthropologique : entre le jeu subtil des hiérarchies familiales instables et les systèmes de croyance complexes, l’île de Houat fixe les formes anciennes d’une communauté insulaire qui a inlassablement creusé l’écume ingrate.

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LE PRIX : ÉVALUER LE RAPPORT DE FORCE

Un petit clin d’œil à ceux d’entre vous qui avez lu mon livre Le prix (2010), et en particulier le passage (à la page 321) où j’explique :

Ce qui caractérise ce marché à l’amiable du « Pan Coupé » [P.J. à Lorient] par rapport à la criée, c’est que, même si l’on peut rater son coup, comme ce fut le cas pour Jean-Yves le 3 août, le pêcheur a le sentiment qu’il peut y défendre sa marchandise, d’« homme à homme », dans une enchère descendante qui autorise le marchandage. Ainsi, dans les termes d’un autre pêcheur : « On connaît tout le monde : il y a toujours une petite conversation. C’est un bon marché : on peut défendre sa marchandise. »

Passage à rapprocher d’un autre, dans un article du Financial Times d’avant-hier, à propos de la pénurie de foin aux États-Unis, où il est dit :

Le produit est difficile à standardiser, du fait que les ballots sont ronds, rectangulaires, secs ou humides, et constitués d’espèces aussi variées que la luzerne, la brome et la fléole [P.J. deux herbes des prés communes]. « Il n’y a pas de qualité standard uniforme pour les foins. Et c’est comme cela que le veulent les marchands de foin. Ils aiment le marchandage », explique Stephen Barnhart, agronome spécialiste du fourrage à Iowa State University.

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LES PÊCHEURS D’HOUAT – Réédition 2012

Après avoir été longtemps épuisé, Les pêcheurs d’Houat (Hermann 1983), reparaît lundi 25 juin aux Éditions du Croquant.

Comme leur nom le suggère, les Éditions du Croquant ne sont pas un empire de presse mais une coopérative, si vous avez l’intention de vous procurer le livre en-ligne, vous les aiderez en l’achetant directement ici.

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LES PÊCHEURS D’HOUAT (1983)

Les Éditions du Croquant vont rééditer mon premier livre, publié originellement par Hermann mais depuis longtemps épuisé. Voici ce qui sera la « Préface 2012 ».

 

J’ai habité dans l’Île de Houat de février 1973 à mai 1974. J’y suis retourné plusieurs fois dans les années qui ont suivi, la dernière fois en 1978. La fois qui serait la suivante, ce fut en 2010. De l’eau avait coulé sous les ponts. Beaucoup d’eau de mer avait coulé, au rythme des marées, entre Valuec et le Grand Coin.

Je pensais souvent à Houat. Je me disais : « La prochaine fois que je vois Jean-Michel, il faudra que je lui dise ceci » ou « Tiens ! il faudra que je demande à Raphaël ! ». En août 2011, quand Brigitte Chevet tournait pour FR 3 un petit film sur un anthropologue qui retourne dans l’Île de Houat quarante ans plus tard, j’ai passé beaucoup de temps dans le petit cimetière à propos duquel Jean-Michel précisément m’avait un jour dit : « On s’y serrerait un peu pour toi s’il le fallait ». Je lui ai dit, et à Raphaël, ce que je voulais leur dire. Oui, je sais, ça ne sert à rien de parler aux morts.

Il y a aussi les vivants. J’ai pu poser enfin, trente-huit ans plus tard, une bise sur la joue d’une jeune fille dont j’avais été très amoureux. Elle était belle comme le jour, mais elle n’avait que quinze ans. Quand on s’est revus, j’ai avoué à Jo, au creux de l’oreille, mon amour secret dans les années soixante-dix. Jo n’a pas pu s’empêcher de vendre la mèche : « Tu t’en doutais ? », a-t-il demandé à la dame. « Eh bien oui ! », a-t-elle répondu : « Il m’envoyait des cartes-postales qui étaient des photos de moi ! » Zut, moi qui m’imaginais avec le recul avoir été très discret.

Houat a beaucoup changé. Je ne vexerai personne en disant que l’île en 1973 n’était pas bien riche. Pas de jardinets proprets comme maintenant devant les maisons à l’époque : plutôt un chantier, une aire de travail où l’on ramendait les filets, où l’on construisait surtout les casiers – les pièges – à crabes, à homards, à crevettes, avec des planches en pin, des tiges de châtaigner, du filet en coton. Le casier à crevettes, un fois construit, se trempait dans le coaltar bouillant, et toute l’île en était alors embaumée. Aujourd’hui, tout ça est en plastique.

Plus de la moitié des maisons maintenant à Houat appartiennent à des touristes. De mon temps, à une exception près, les maisons des touristes n’étaient pas au village : ils s’en faisaient construire, qui dominaient la grand-plage, ou au creux d’anses bien abritées. Aujourd’hui, les touristes habitent au village. Ils sont gentils, la question n’est pas là, mais cela veut dire des logements vides pratiquement toute l’année et des « prix de touriste » pour les maisons quand elles sont à vendre. Tant mieux pour le Houatais qui peut vendre la sienne à ce prix-là. Tant pis pour les jeunes ménages qui ne peuvent plus s’offrir une « maison dans un village pittoresque de pêcheurs à 15 km seulement de Quiberon ». Une maison où vivre, l’une de ces choses qu’il faudrait enfin extraire des griffes de la spéculation.

En 1973, l’Île de Houat, c’était une usine à faire la pêche. Jo de l’Hôtel et moi, à deux, on a cuit 22 tonnes de crevettes cet hiver là. On partait en mer à 1h du matin, on revenait vers 14h, et quand les touristes nous croisaient dans les rues du village en fin d’après-midi, ils se disaient : « Ils ne travaillent pas tellement, ces gars-là ! » Un jour, au Vas Pell, avec un vent force 9 ou quelque chose comme ça, entre deux vagues écumantes qui couvraient le pont d’un bord à l’autre à chaque fois, et nous envoyaient valdinguer entre les récifs sur notre coquille de noix, Jean-Michel arrive à me crier : « Un touriste que j’avais pris au mois d’août me disait : ‘Ah ! quel beau métier vous faites là !’ » La mer, en-dehors du mois d’août, c’est une sacrée peau de vache. Peu d’accidents à la pêche qui ne soient pas mortels, comme à la mine, comme à l’armée.

La pêche a bien changé aussi : des espèces sur lesquelles on comptait sont parties vers le Nord, avec la mer qui se réchauffe. Le prix des captures est devenu « objectif », traduisez : « Il n’y a plus que le point de vue de l’acheteur qui compte ». Plus moyen de « défendre sa pêche », comme on le faisait avant. On n’arrête pas le progrès. On n’arrête pas le retour en force de la loi du plus fort, devrait-on dire.

Une fusée rouge monte et brille au ciel dans le lointain. Un bateau en difficulté ! Qui vient ? « Moi, moi ! », dit un jeune gars de la ville. Je me souviendrai toujours de ces trois ou quatre visages de vrais marins qui se tournent alors vers moi, ces regards qui me fixent, qui me soupèsent, qui m’évaluent, la tête un peu penchée, un œil fermé. Et après ce qui m’a paru un très long silence : « Allez ! C’est bon. On y va ! ». Merci les Houatais, vous avez fait le plus beau cadeau qu’on puisse faire : vous avez aidé à grandir ce jeune homme de 25 ans que vous appeliez gentiment : « Philosophe ».

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FR3, LITTORAL, « Flocons d’écume, et vagues en creux », samedi 28 janvier à 16h15

L’émission est visible ici. Si ça ne marche pas dans votre région, un autre lien, ici.

Sur l’île d’Houat dans le Morbihan, un économiste mondialement connu (PJ : hum ! hum !…) revient sur le terrain de son étude, la criée et les pêcheurs… mais la crise est passée par là.

Le 28 janvier à 16h15 (Bretagne, Pays de Loire, Normandie), rediffusion le lundi matin 30 janvier à 10h15 (mêmes régions, plus Pas de Calais, Poitou Charente, Ile de France, Aquitaine, Midi-Pyrénées), ainsi que sur TV5 Monde et Planète Thalassa.

Oui, la mode était légèrement différente en 1973 de ce qu’elle est aujourd’hui. J’ai aussi cessé de chiquer le tabac : ça fait des trous dans les joues.

 
 

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