Piqûre de rappel : « La transmission des savoirs », à Bécherel, le 19 avril 2014

Comme on a l’amabilité de me demander ce matin de reparler bientôt de ces questions là : une piqûre de rappel.

Si vous ne m’avez jamais entendu parler d’éducation, de la difficulté qu’il y a à transmettre un savoir empirique sur les bancs d’une école et même de la difficulté qu’il y a à transmettre le savoir scientifique, de la raison pour laquelle le pèse-sel n’est pas d’une aussi grande utilité sur un marais salant que pourrait l’imaginer un scientifique, ou de ce qui distingue un pêcheur de homards grottiers d’un pêcheur de homards coureurs, eh bien, une occasion vous est offerte de le faire.

N.B. Les problèmes de son s’arrangent assez rapidement.

Si on me demande souvent de parler d’économie – ce qui n’est pas mon métier – on ne me demande pratiquement jamais de parler d’anthropologie – ce qui l’est pourtant. Mais c’était le cas à La fête du livre à Bécherel le 19 avril 2014, où j’ai parlé de La transmission des savoirs, le livre que j’ai co-rédigé avec Geneviève Delbos, publié aux éditions de la Maison des Sciences de l’Homme en 1984, et toujours disponible.

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2 réflexions sur « Piqûre de rappel : « La transmission des savoirs », à Bécherel, le 19 avril 2014 »

  1. C’est très intéressant,merci pour ces vidéos. Empirisme, savoir conceptuel et transmission telle est la question..
    Je vis notre époque un peu comme si , pour faire un parallèle, la littérature cherchait à se débarrasser du genre de « l’essai » pour ne faire cas que du roman, seul endroit où une connaissance de la société pourrait se faire jour à travers une analyse fouillée des personnages et des intrigues. Personnages et intrigues dont l’inspiration se trouve trop souvent dans les poncifs.
    Un peu aussi comme si la science elle-même avait prétention à se débarrasser des ruptures épistémologiques chères à Bachelard et des trublions qui en ont parfois été les vecteurs malgré eux (poussés par leurs tripes et le harcèlement de leur pensée) pour préférer chercher une voie moyennée par le consensus.
    Dans le social, je ne vois plus derrière une pratique professionnelle, la petite étincelle de philosophie personnelle qui prend aux tripes et piège le praticien , le torture et au final l’oblige à se dépasser ou plutôt à dépasser sa pratique pour s’engager . L’engagement dans certains cas est la seule façon d’entrer dans une relation humaniste du respect de l’autre et de soi; de témoigner de ce que l’on est dans ce que l’on fait.
    Au contraire aujourd’hui, dans toutes les professions on vous apprend à ouvrir les parapluies et à ne pas poser de problème ou sinon c’est le placard…
    C’est le sous-jacent de notre monde présent. Pour avoir eu les récits de mon père (né en 1905) et de mon grand-père, je puis témoigner que tout en étant des hommes parfaitement intégrés et reconnus, ils étaient autrement plus « remuant » que les hommes de notre époque et que moi-même d’ailleurs.
    On dirait que notre société s’est trop policée, puis s’est affadie dans une nostalgie non pas du passé (bien trop effarouchant pour les bobos), mais du présent. Une nostalgie du présent qui ne rêve que de reproduction de l’état actuel quand tous les indicateurs voudraient vous persuader du contraire.
    Si tout ne peut s’enseigner, qu’est-ce qu’on n’apprend plus par soi-même? L’empirisme lui-même?Le respect de l’altérité, de l’originalité? Est-on dans une crise de « représentation », où par peur de ce qu’on y verrait, on se refuse à se figurer le monde par soi-même, préférant vivre de poncifs médiatiques? A-t-on oublié d’être un animal politique?
    Qu’a-t-on oublié de transmettre; quand je vois tous les intellectuels qui meurent sans disciples pour reprendre le flambeau, je m’effraie de ce que l’on perd d’irremplaçable avec eux…Même si paul jorion comme d’habitude a mis en avant quelques jeunesses; quid des autres? Qui va remplacer stiegler?

  2. Je note qu’il est question d’eau assez souvent dans ces cas de figure où l’empirisme l’emporte sur le « calcul ».
    De fait, c’est plus généralement la question des « interfaces » qui définit les limites des savoirs « calculables ».

    Les sources, les estuaires, les étiers des marais, on peut certes en sortir des chiffres,
    mais la perception intéressante est autre, elle est dans la mise en relation d’une multitude d’éléments.
    Cette idée de connaissance des « interfaces » pourrait guider des cursus pluridisciplinaires (de Lille à la Seine St-Denis…)

    D’ailleurs, toute honte bue, je n’ai pas résolu mon « problème de pèse-sel » dans des eaux à peine moins saumâtres (*) que celles des marais : pourquoi l’eau sous le pont Erasmus à Rotterdam s’appelle Nieuw Maas et a pu prendre la place du flux majeur, celui du Rhin/Rhein/Waal. Ca s’est passé entre 1300 et 1850 à la louche mais je n’ai pas trouvé de source accessible…

    [(*)brackish, disent les anglais, je pense que du coup c’est davantage dénué de la connotation péjorative française, « une situation saumâtre », etc.]

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