CHINE – En ce 11 novembre, jour du souvenir de la Grande Guerre, un « coquelicot » d’honneur pour les Chinois morts dans ce triste contexte, par DD & DH

Billet invité.

         L’Histoire à majuscule en a très peu gardé le souvenir, mais environ 140 000 Chinois ont eu un rôle dans les coulisses de cette Grande Boucherie. Aucun de ces Chinois misérables et analphabètes, embarqués sur la foi d’un contrat garantissant un salaire, n’a sans doute eu la moindre idée de l’endroit où on l’emmenait et bien sûr encore moins des atrocités dont il allait être l’auxiliaire et le témoin muet.

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Podcast : L’économie aux rendez-vous de l’histoire – « L’économie mondiale en 1914 et en 2014 : quelles ressemblances, quelles différences ? », à Blois le 12 octobre 2014

Le podcast se trouve ici.

Table-ronde avec Nicolas Baverez, Jean-Marc Daniel, Olivier Feiertag, Paul Jorion, modération par Antoine Reverchon.

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« Entre les lignes et les tranchées », réponse de Jean-Pierre Guéno à Cédric Mas

Paul Jorion : Je publie bien volontiers la lettre que Jean-Pierre Guéno juge bon d’adresser à Cédric Mas, en réponse à sa critique. Ceci dit, je dois ajouter l’élément d’information suivant : Guéno avait demandé à pouvoir me téléphoner, ce qu’il a fait. Il reprend ci-dessous certains de mes propos dans la conversation, d’une manière que je juge fautive. Je lui ai écrit ceci :

« Merci, je vais le mettre en ligne. je vous demanderai une grâce, c’est de modifier le bout de phrase où vous m’associez à l’hypothèse que le texte serait de Rockefeller de la manière suivante (qui reflète véritablement ma conviction) : ‘Je pense comme Paul Jorion, le producteur de ce blog qui héberge notre débat, que – si l’entretien n’est pas une pure fiction – il pourrait peut-être s’agir de l’industriel John Davison Rockefeller’. »

Guéno me refuse cela en arguant ainsi :

« Je ne pense pas en ce qui me concerne que  le texte de Ferry Pisani soit une fiction . Il est un Romancier discutable mais un  journaliste sérieux et de grande réputation. En 1917, la censure veillait. Elle arrivait même à censurer les députés et les membres du gouvernement. Personne n’aurait osé bidonner une interview de ce genre, qui aurait massacré les bonnes relations France Amérique. Je pense que le journaliste a dû rendre des comptes à sa rédaction, au quai d’Orsay et aux bureaux de censure avant publication. En bidonnant, il se serait grillé à tout jamais auprès des Américains qu’il adorait tant. Quant au rapprochement de votre collègue avec la banque d’aujourd’hui, cela tient du délire.

Donc ne reprenez pas cette phrase comme la mienne. Je pense comme vous que c’est peut-être Rocquefeller, mais ce n’est en aucune manière à mes yeux une fiction. »

Dont acte, et je publie donc la réponse de Guéno à Mas, telle quelle.

Une double remarque cependant : 1° une attaque ad hominem est une diversion qui ne répond pas sur le fond ; 2° la question de fond demeure entière : est-ce une démarche valide de présenter comme « L’interview du plus grand banquier des États-Unis qui explique en mars 1917 les vraies causes et les vrais ressorts d’une guerre avant tout économique », un document dont on reconnaît que l’auteur « n’est certainement pas un banquier » (à la question « Qui d’autre alors qu’un banquier ? », Guéno répondant : « il pourrait s’agir de Rockefeller » et moi personnellement, si je dois exprimer le fond de ma pensée : « il pourrait s’agir de Ferry Pisani, lui-même ») ?

Jean-Pierre Guéno :

Cher Cédric Mas

Que d’agressivité. Que de comparaisons surréalistes avec la période contemporaine ! Erreur fatale de certains historiens lorsqu’ils confondent l’histoire et l’actualité des temps présents.

Evitons je vous en prie les basses querelles truffées de procès d’intention. Je ne prétends pas défendre une thèse universitaire avec les pièces à conviction  présentées dans l’exposition « entre les lignes et les tranchées ». Je n’ai pas envie de violenter les mouches rares ou les acariens.

L’essentiel est que mes « pièces à conviction »  réveillent les endormis en éveillant le débat. Je n’utilise que des témoignages écrits dans le vif de l’action : lettres, journaux intimes, photographies, articles de presse, débats publics, documents d’époque… Tout est toujours bien-spur contestable et sujet à caution.

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« Entre les lignes et les tranchées » : RÉPLIQUE À JEAN-PIERRE GUÉNO, par Cédric Mas

Billet invité. Commentaire sur Entre les lignes et les tranchées, par Jean-Pierre Guéno

Un document présenté comme l’un des « temps forts » d’une exposition consacrée à la Grande Guerre « Entre les lignes et les tranchées » au Musée des Lettres et Manuscrits à Paris a largement retenu l’attention de nombreux commentateurs, qui l’ont relayé par différents médias.

Il s’agit d’une interview d’un banquier américain anonyme par un journaliste Camille Ferri-Pisani, qui est présentée sur le site de l’exposition comme « L’interview du plus grand banquier des États-Unis qui explique en mars 1917 les vraies causes et les vrais ressorts d’une guerre avant tout économique ».

L’émotion suscitée par ce document présenté d’une manière telle qu’il peut laisser penser à une lourde responsabilité des banques américaines sur le déclenchement de la Grande Guerre et son déroulement, conflit déclenché dans le seul but de faire du profit et de « sauver » leurs débiteurs, a amené une réaction de Patrick Osbert, que j’ai trouvé équilibrée et surtout saine.

Quelle ne fut pas ma surprise (et ma déception) de voir publiée aujourd’hui une réponse, rédigée par le commissaire de l’exposition, Jean-Pierre Guéno, historien réputé notamment pour son ouvrage sur les lettres des poilus, baromètre d’une richesse extraordinaire pour analyser l’état d’esprit des soldats qui combattirent pendant ces quatre années d’enfer.

Cette réponse n’est pas satisfaisante,  aussi bien quant à la méthode historique que sur le fond.

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« La vraie Guerre de 14 » et ses banquiers américains… plus ou moins vraisemblables …, par Patrick Osbert

Billet invité.

Comme à mon habitude, j’écoutais, attentivement le podcast de l’émission de Patrick Pesnot, Rendez-vous avec X. Le titre de l’émission du 29 mars était « La vraie Guerre de 14 » et son contenu était présenté de la manière suivante sur le site France Inter.

« Entre les lignes et les tranchées », au Musée des Lettres et Manuscrits à Paris. Du 9 avril au 31 août 2014.

L’année sera tricolore, centenaire de la Grande Guerre oblige… Et déjà les rayons de nos librairies croulent sous le poids des livres consacrés à cette commémoration.

Mais si c’était aussi l’occasion de se débarrasser de quelques idées reçues sur ce premier conflit mondial de l’Histoire ? Ou, à tout le moins, de revenir au plus près de la vérité, quitte à déboulonner quelques prestigieuses statues !

Monsieur X, qui n’aime rien tant que fouiller dans les archives, s’y est essayé́. Comme il avait déjà, il y a plusieurs années, exhumé des documents embarrassants ou troublants lors de la célébration du 90e anniversaire de la bataille de Verdun. Une bataille de 300 jours qui a été selon les spécialistes la première bataille industrielle de l’Histoire et où ont péri 300 000 soldats dans chaque camp. 2 000 chaque jour ! Mais Monsieur X le soulignait alors, ce long affrontement, présenté comme une victoire française et devenu le symbole de la Grande Guerre, ne servira de rien. Les Allemands, initiateurs de l’offensive en février 1916, sont purement et simplement reconduits sur leurs positions initiales en décembre 1916.

Mon interlocuteur mettait aussi en cause les erreurs du commandement, et surtout celles commises par le généralissime, Joseph Joffre. Il y reviendra. Cependant, si Monsieur X a choisi aussi d’évoquer la guerre de 14-18, c’est qu’il a visité́ en avant-première une exposition particulièrement décapante…

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UN OBJECTEUR DE CONSCIENCE INTENDANT DES TROUPES (III) TROISIÈME PÉRIODE : LA REVANCHE DE L’INTELLECTUEL

Le 5 juin 1919, dans un état qu’il décrit comme étant celui de détresse et de rage combinées, John Maynard Keynes démissionne de son poste de fonctionnaire au « Treasury », le ministère des finances. Il quitte du même coup la délégation britannique dont il était membre à la Conférence de paix de Paris. Le Traité de Versailles sera signé trois semaines plus tard, le 28 juin.

Dans les premiers jours d’août il se rend à Charleston, la fermette au Sud de Londres qu’il partage, en sus de leur logement à Londres, avec quelques représentants de Bloomsbury. Il rédige alors d’une seule traite The Economic Consequences of the Peace, « les conséquences économiques de la paix », au rythme auquel il s’astreint de mille mots par jour, sept jours sur sept.

Alors qu’il rédige son manuscrit, il le fait lire à son entourage. Sa mère lui enjoint de retirer les épithètes trop désobligeantes à l’égard des grands de ce monde côtoyés par lui au cours des quatre années de guerre : « Il faut manifester un minimum de loyauté envers ton chef », lui écrit-elle. Elle ajoute : « Épargne un peu le Président [Wilson] pour autant que ce soit possible… Évite de l’appeler « le pauvre » […] Il est vraiment important que tu ménages les susceptibilités internationales – ne qualifie donc pas les exigences françaises d’« absurdes » – n’appelle pas non plus ces grands hommes « vicieux » ou « irrationnels ». Ton travail bénéficiera – il n’en sera pas diminué – d’une certaine modération » (Skidelsky I 383).

Le cercle de ses lecteurs dépasse celui de sa famille ou de Bloomsbury. Asquith qui avait été premier ministre de 1908 à 1916, lit le manuscrit et suggère à Keynes d’en retirer le portrait brutal qui s’y trouve de la personnalité de Lloyd George, son successeur au poste de premier ministre. Sheppard, Vice-provost de King’s College lui déconseille de qualifier le même Lloyd George de « représentant de l’Homme Néolithique » (ibid. 383).

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UN OBJECTEUR DE CONSCIENCE INTENDANT DES TROUPES (II) DEUXIÈME PÉRIODE : LA RÉSISTANCE PASSIVE

Quand trop de troupes auront été décimées et que l’hypothèse d’une fin rapide de la guerre aura perdu toute vraisemblance, la conscription sera décrétée en Grande-Bretagne. Le 27 janvier 1916, les célibataires et les veufs sans enfants entre les âges de 18 et de 41 ans sont mobilisés (les pères de famille sont exemptés). L’option leur est offerte de faire la preuve qu’ils sont indispensables à la nation dans leur emploi présent, l’option aussi de l’objection de conscience. Un tribunal doit déterminer la validité de leur demande. Pour le candidat dont celle-ci est rejetée, et qui refuse la conscription c’est la prison, assortie, c’est du moins la rumeur qui court à l’époque, de mauvais traitements.

Pour les hommes de Bloomsbury le choix n’en est pas un : ils se déclarent objecteurs de conscience. Pour Keynes, fonctionnaire au ministère des finances, acteur clé dans l’économie de guerre, dont les rapports qu’il rédige jouent un rôle déterminant dans les décisions qui sont prises, la question se pose en d’autres termes. En tant que Bloomsbury, il s’affirme objecteur de conscience. La lettre qu’il envoie, où il prend soin d’écarter un pacifisme de principe, est digne de l’orateur qu’il avait été parmi les Apostles : plus convaincant par l’articulation logique des arguments que par la chaleur de son plaidoyer. Au même moment cependant, le ministère fait savoir aux autorités militaires qu’il est indispensable dans l’emploi qu’il occupe. Quand lui parvient une convocation en provenance du tribunal chargé de décider du bien-fondé de son objection de conscience, il répond avec insolence qu’il est à son très grand regret bien trop occupé pour se rendre à l’invitation.

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UN OBJECTEUR DE CONSCIENCE INTENDANT DES TROUPES (I) PREMIÈRE PÉRIODE : LE DÉNI

Le groupe de « Bloomsbury », du nom du quartier londonien où il logeait, fut dans les années 1910 et 1920 une bohême aisée, « bobo » comme on dit aujourd’hui, colonie de l’Université de Cambridge située à cent kilomètres de la capitale, droit vers le Nord.

Quand la Première guerre mondiale éclate au début du mois d’août 1914, Bloomsbury reste indifférent à ce qui lui apparaît comme un jeu mis en scène par des officiels aux cols empesés, banquiers et généraux, se prenant tous bien trop au sérieux. Un jeu d’un autre âge aux yeux de ces jeunes gens outrageusement « modernes ».

Selon le vœu du roi Henry VI, qui fut à l’origine des deux, les adolescents les mieux doués du collège d’Eton (fondé par lui en 1440) poursuivraient ensuite leurs études au King’s College de Cambridge (fondé par lui l’année suivante).

Non contents que leur identité d’élite royalement instituée puisse se poursuivre sans discontinuer de l’âge de quatorze à celui de vingt-quatre ans, les anciens d’Eton se créèrent à Cambridge en 1820 une association d’anciens sous la forme d’une « société secrète » appelée « The Apostles ».

Ces « Apôtres » constituaient en réalité, et très innocemment, un club où l’on débattait soit de questions morales, soit des implications morales de questions d’ordre politique. Les meilleurs orateurs d’entre eux y joutaient, comme ils avaient déjà eu l’occasion de le faire durant les nombreuses années qu’ils avaient passées à Eton.

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