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SLOW SCIENCE – LA DÉSEXCELLENCE, par Olivier P. Gosselain*

Billet invité

Ça a commencé comme ça. Une poignée de collègues issus de disciplines différentes, l’envie de travailler ensemble, un financement de cinq ans, des séminaires réguliers où le plaisir d’échanger se mêlait à un sentiment grisant de progression et, au final, des objets d’étude, des rencontres et des résultats qui dépassaient de loin nos attentes initiales.1 Une belle histoire de recherche, en somme, pour une petite communauté regroupant des académiques, des doctorants et des étudiants.

Le groupe n’avait pas en commun que des objectifs scientifiques. Il partageait aussi une conception de la recherche et des relations entre chercheurs centrée sur la convivialité, l’intelligibilité, l’échange et la volonté de bien faire son travail. Rien de révolutionnaire à première vue. Mais le décalage avec les politiques de recherche développées par nos institutions nationales et internationales était pourtant flagrant. Il y avait loin, en effet, entre ces valeurs et les injonctions de productivité, de rentabilité et d’immédiateté inlassablement ressassées par nos managers académiques.

Frappés par ce décalage et convaincus que notre façon de procéder était humainement et scientifiquement plus satisfaisante, nous avons esquissé l’idée d’un mouvement Slow Science – sorte de doigt d’honneur académique à ce Nouvel Ordre de la recherche. La filiation avec Slow Food était d’autant plus évidente que deux des valeurs qui nous tenaient à cœur étaient le plaisir et la créativité. Ici encore, rien de révolutionnaire. Retirez ça de la recherche : que reste-t-il ?

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DE LA CARRIERE DE CERTAINS ECONOMISTES

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Un article publié hier par l’agence Bloomberg : Fed Officials Saw Housing Bubble in 2005, Didn’t Alter Policy : Les dirigeants de la Fed avaient vu la bulle de l’immobilier en 2005, leur politique était restée inchangée, par Craig Torres, rapporte une conversation qui eut lieu à la Fed en juin 2005, lors de la réunion d’un comité en présence d’Alan Greespan – qui serait encore pour six mois président de la banque centrale américaine.

Lors de la réunion, le Dr. Richard Peach, chercheur à la Réserve Fédérale de New York déclara :

Il ne se passe pas de jour sans qu’un article sensationnaliste n’affirme dans la presse que les États-Unis connaissent une bulle de l’immobilier qui ne tardera pas à éclater, entraînant des conséquences désastreuses pour l’économie. Le marché de l’immobilier résidentiel est en excellente forme depuis un certain temps ; la construction ainsi que les ventes de logements individuels ont atteint des sommets au cours des mois récents et le prix des habitations est en hausse rapide, tout particulièrement le long des côtes Est et Ouest du pays. Une telle activité s’explique aisément par des fondamentaux robustes.

J’ai voulu mieux comprendre la carrière des économistes. Aussi, je viens d’appeler le Dr. Richard Peach, qui travaille toujours comme chercheur à la Reserve fédérale de New York. On est samedi, et je suis malheureusement tombé sur son répondeur. Je lui ai laissé un message, où je lui explique que je serais intéressé de lire ce qu’il a écrit récemment sur le sujet (je n’ai même pas dû mentir !).

Les recherches du Dr. Richard Peach sont toujours financées par la Reserve fédérale de New York, rien n’a changé. En 2005, je terminais d’écrire La crise du capitalisme américain (publié en janvier 2007). Mes recherches sont toujours financées par ceux qui achètent mes livres. Rien n’a changé là non plus. Seule différence : s’ajoutent depuis un an et demi à la liste de mes sponsors, ceux qui comme vous ont la gentillesse de faire un don au Blog de Paul Jorion. La recherche indépendante – et permettez moi d’ajouter sans amertume excessive « de qualité » – vous remercie !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Éloge du marché

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

On vient de me communiquer la liste des revues de sociologie classées par l’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur. On lit entre autres dans l’introduction de ce document : « Cette liste comprend tous les titres à prendre en compte systématiquement dans la détermination des chiffres de « produisants » (sic) lors de l’évaluation des unités de recherche. » Cela m’a inspiré la réflexion suivante.

Autrefois, la réputation d’un chercheur se bâtissait autour de son nom. Il publiait où cela lui chantait. Sa renommée dépendait des revues où il publiait et, symétriquement, la réputation des revues dépendait de la renommée de ceux qui y étaient publiés.

On a rationnalisé le système : la renommée des revues a été fixée administrativement, seule la réputation des chercheurs est encore flottante, à eux de se débrouiller. Autrefois, le pouvoir des mandarins était sans cesse remis en cause. Ce n’était pas drôle pour eux tous les jours. Ils se sont simplifié la vie : ils se cooptent désormais au comité de rédaction d’une des revues chien de garde, comme ils le faisaient déjà dans les départements universitaires.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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