Pratiques de flibustiers dans la recherche

Ouvert aux commentaires.

Je ne vous apprends rien si je vous dis qu’être la victime d’une injustice provoque en vous un sentiment de dégoût, de froide colère et de profonde tristesse.

Ce que j’ignorais, c’est que découvrir que vous avez été victime d’une injustice il y a plus de trente ans provoque en vous le même sentiment.

Voici ce dont il s’agit.

J’avais été surpris de découvrir en lisant récemment un article, des réflexions peu courantes mais qui m’étaient pourtant très familières.

Quand je les ai rapportées dans une conversation avec l’auteur de cet article, j’ai été surpris une seconde fois, en l’entendant attribuer ces réflexions au professeur X*** dont il avait suivi l’enseignement. Or il se fait qu’elles se trouvaient dans un rapport que j’avais rédigé à la demande du professeur X*** dans les années 1980.

L’histoire ne s’arrête pas là : quand j’ai déposé mon rapport, le professeur X*** – en infraction d’ailleurs avec les termes du contrat – a refusé de le publier. Depuis, j’ai considéré ce travail comme inédit.

Un ami commun du professeur X*** et de moi-même, lui a demandé peu de temps plus tard la raison de son refus et il lui aurait été dit en substance que mon rapport était trop médiocre pour mériter publication : je n’aurais pas même compris un très fameux principe, alors que le but même de ma démonstration était de prouver que ce très fameux principe n’était pas d’application dans ce que j’avais pu observer et qu’un autre mécanisme en rendait compte, mécanisme dont j’expliquais alors le fonctionnement.

J’en avais tiré la conclusion que le professeur X*** n’avait pas compris ce que j’avais écrit et j’entretenais depuis une idée peu flatteuse de ses capacités. La découverte aujourd’hui que la teneur de mon rapport faisait cependant partie de son enseignement me fait penser qu’il était en réalité beaucoup plus malin que je ne l’imaginais.

Ce type de comportement est hélas courant : des professeurs recyclent les travaux inédits de leurs étudiants dans leurs propres publications, des personnes liées à des revues, à qui des projets d’articles sont soumis, les rejettent et publient ensuite sous leur nom des idées très voisines.

J’ignore ce que l’on peut faire, mais la découverte aujourd’hui d’avoir été autrefois la victime de ces pratiques de flibustiers m’encourage à mettre la question sur la table et à lancer le débat : il en sortira peut-être quelque chose de positif.

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75 réflexions sur « Pratiques de flibustiers dans la recherche »

  1. Trente ans après , je ne vois pas bien ce qu’il peut en résulter de positif autre que la satisfaction qu’une idée juste a finalement fait son bonhomme de chemin .

    Comment disiez vous ? « List der Vernunft »?

  2. A-t-on la possibilité de deviner de l’affaire en question quand on vous suit depuis…. quelque temps ?
    J’ai subi des effets plus profonds d’un organisme « national » similaire sinon identique. Je ne vois pas pourquoi les choses changeraient; le « système » les encourage. Cela explique « l’étrange défaite » organisée qui se reproduit donc…. Cela restera encore longtemps de l’entre soi !

  3. N’ayant pas été victime (en l’état actuel de mes connaissances) de tels agissements, dois-je en déduire qu’aucunes de mes recherches n’ont présenté suffisamment d’intérêt pour attirer la convoitise des flibustiers? 🙂

  4. Oui, un peu comme quand j’exprime une idée sur le blog de Paul Jorion et que je la vois reprise sans aucune citation… Je me console en me disant que l’important, c’est que les idées soient diffusées, pas que mon ego soit lustré. A ce stade j’avoue ne pas avoir la moindre ambition commerciale pour mes idées, ça joue probablement aussi… Les limites du « cerveau collectif », tout ça, tout ça…

    1. En même temps , en vieillissant , je me dis que quelque soit l’idée géniale que j’ai pu avoir , j’ai fini par découvrir que plusieurs les avaient émises avant moi ( et eux même étaient persuadés pourtant d’en avoir été l’inventeur) . Ça peut être grisant de penser qu’on est « le premier » à trouver ce que l’on croit inouï , mais en fait , même si on apporte un petit quelque chose , on est toujours à la mamelle , à l’aval de nos prédécesseur , sans lesquels on n’ aurait rien trouvé .

      Se faire piller est autre chose , mais sur l’histoire longue , est ce bien différent ?

      Ce qui est con , c’est de se faire piller deux fois .

      1. Quatre ans (et un peu plus ) sur le même sujet ça m’est arrivé , mais sur un seul continent ( et je n’ai connu que deux continents pour y bosser ).

        Je doute quand même qu’il soit nécessaire et suffisant de travailler quatre ans un sujet sur deux continents pour avoir un éclair de génie , sinon combien de vrais géants de l’Histoire renverrait on dans leur misère .

      2. « …rien ne peut rendre un fol content , c’est pourquoi presque tous les hommes sont misérables  » .

      3. Le travail fastidieux de la récolte des données n’est parfois pas « rémunéré » à sa juste valeur (salaire, reconnaissance et paternité de l’effort fourni). Ça évidemment je l’ai connu à mes débuts dans la profession. Jeune, naïf et prétention, je m’en suis plaint par écrit ce qui m’a valu une décennie de purgatoire 🙂
        Sur les façades des belles demeures on voit souvent gravé le nom de l’architecte, mais pas ceux des maçons qui ont monté les pierres.

      4. @Arkao :

        Ce n’est pas à vous que j’apprendrai que les maçons tailleurs de pierre des cathédrales , signaient de leur nom ou surnom ou signe identitaire , chacune des pierres qu’ils taillaient , et que c’était leur  » bulletin de salaire » , car ils étaient payés à l’unité . On en trouve parfois encore trace dans les éléments les plus résistants au temps .

        De même les artistes médiévaux signaient d’un symbole , ou d’un signe astucieux, leurs œuvres sculptées , sans doute plus par orgueil que par souci d’être payés .
        C’est par exemple ce que m’avait montré un archi conseil du CAUE 42 , féru de culture celte et un peu franc maçon sur les bords , sur le fronton de l’église ( citée en 984 !) de Verrières en Forez , alors que nous assurions la maitrise d’œuvre d’une réhabilitation des abords . On y voit un curieux personnage qui retrousse son pourpoint sur l’une de ses jambes un peu repliée . Ancêtre de Dior ? Pas du tout , il désigne en fait son appartenance d’artiste à une branche de compagnonnage ,qui évoquait ainsi le compas , son outil symbole .

  5. Ahhh ces professeurs (d’université je suppose). Des demi-dieux autoproclamés dans leur domaine d’activités.

    Cela me rappelle furieusement un incident récent en Belgique.

    Un professeur avait recyclé les questions d’examen d’une année précédente et avait donc posé exactement les mêmes questions deux années consécutives. Or, il est souvent coutume pour les étudiants de consulter les questions des années précédentes pour non seulement s’exercer au style de question posées par un prof donné, mais aussi à titre d’exercice.

    Devant le taux de réussite exceptionnellement élevé, le prof en question avait fait annuler l’examen, arguant une tricherie. Après enquête, il s’est avéré qu’il n’y avait pas eu tricherie mais simple recyclage des questions de l’année précédente. Il est vrai que rédiger de nouvelles questions chaque année est un effort gargantuesque.

    Au lieu de donner raison aux étudiants, c’est le prof qui obtenu gain de cause: annulation de l’examen.

    Alors qu’un prof vole le travail d’un étudiant ne m’étonne guère.

    Je ne vois pas ce qui pourrait sortir de positif de cette découverte à part plus de dégoût et de mépris pour ce monde de maîtres de l’univers.

  6. Le vol est commun,
    Si tu n’es point malin, sois coquin,
    Si tu n’es point devin,
    Trousse ton voisin.

    Le voisin volé
    Ignore le péché,
    Persévère dans l’idée
    Que grâce à lui et à d’autres,
    Le monde peut changer.

  7. Bonsoir,

    Moi je sais ce qu’il faudrait faire car le problème est en effet extrêmement grave, et il va bien au delà des seuls rapports d’étudiants détournés… Ce sont parfois des projets entiers qui sont détournés, et leurs vrais auteurs/découvreurs/inventeurs mis au placard à tort, parfois à vie, dans l’indifférence générale la plus totale… Tout cela concerne des idées, des esquisses, des brouillons, des rapports, des manuscrits, des compositions, des découvertes, des déclarations d’inventions, des projets, etc., parfois tout cela pouvant se retrouver réuni en une oeuvre à la fois complète et intègre…

    1- qu’un grand symposium d’éthique le plus ouvert possible (au sein duquel les victimes pourraient enfin sortir du silence et s’exprimer librement devant une assemblée élue) se mette réellement en place autour de cette question de fond absolument MAJEURE !

    2- qu’un rapport complet en soit établi, propositions à l’appui en faveur d’une refonte complète du CPI afin que ce dernier cesse enfin de négliger à ce point toutes les étapes précédant toute forme de création, quelle qu’elle soit, et ceci de sorte que les auteurs/découvreurs/inventeurs puissent être reconnus beaucoup plus tôt, quelle que soit la qualité appréciée ou non de leurs créations, en instaurant notamment la présomption de création ! Que tout cela soit ensuite remis en main propre au président et à son premier ministre…

    3- que l’Etat reconnaisse et prenne enfin à sa charge, a) tous les préjudices subis par les victimes, de par sa négligence en matière de présomption de création, ainsi que b) leur réhabilitation légitime sans équivoque, notamment dans certains cas graves, la justice étant de toute façon, beaucoup trop onéreuse et chronophage aux yeux d’une victime ayant d’ores et déjà tout perdu, ce qui est encore pire lorsqu’un procureur vraisemblablement incompétent, si ce n’est pire, décide unilatéralement de classer une affaire, et ceci en dépit de tous les éléments à charge portés à la connaissance des enquêteurs…

    4- qu’une archive globale, centralisée et ENFIN gratuite (!!!), dédiée aux seuls dépôts à vie des preuves d’antériorité des oeuvres, quelles qu’elles soient, quelle que soit leur qualité appréciée ou non, soit enfin créée et reconnue au profit des seuls particuliers ; il pourrait d’ailleurs s’agir ici d’une réforme complète du dépôt légal auprès de la BnF !

    5- que toutes ces propositions soient également portées à la connaissance de la communauté internationale, le problème n’étant pas uniquement franco-français… et enfin,

    6- que toute forme de bibliométrie, de propagande de masse et/ou de communication d’influence autour d’un nom d’auteur/découvreur/inventeur, voire de « simples » outils de type putaclic propres aux réseaux sociaux, soient une bonne fois pour toutes abolis au profit d’un gigantesque thésaurus international ; ou comment toucher du doigt l’utopie…

    Voilà donc comment il serait possible de remettre cette question de fond sur le devant de la scène publique, et ceci d’ailleurs en faisant preuve de la plus grande fermeté possible, dans l’intérêt non seulement des victimes, mais aussi par ricochet de celui de l’Humanité toute entière, ces oeuvres, quelles qu’elles soient, quelle que soit leur qualité appréciée ou non, faisant toutes partie intégrante des biens communs !

    Sans langue de bois…

    Philippe

    1. Bonjour,
      En tout cas, c’est très bien que Paul Jorion en parle. Et je ne sais pas pourquoi mais tout cela me fait penser au mouvement #MeToo

      1. Car c’est sans doute aussi plus ou moins une histoire de « montée chromatique», mais cette fois ci jouée on ne peut plus sérieusement.

    2. Hors sujet : que faire quand le jeune, bête et gentil étudiant remet son rapport au professeur X*** en toute confiance ?

      1. Oui, c’est ça : a priori on fait confiance.

        Dans le cas dont je parle, j’étais un chercheur reconnu (mais complètement marginalisé) à qui l’on proposait un contrat. Je me laisse dire que le professeur X*** avait d’ailleurs dû tirer un peu l’oreille de son institution pour qu’on me le propose. Il est d’autant plus curieux alors qu’il ait pu obtenir que mon rapport ne soit pas publié. À moins que d’autres n’aient été complices… nous tombons ici dans les bas-fonds les plus abyssaux de l’âme humaine… 😀

    1. Histoire d’autant plus savoureuse que ce n’est en rien Michel Brunet qui a découvert le crâne de Toumaï, mais bien Alain Beauvilain, qui n’était nullement un «ancien collaborateur de Michel Brunet», mais un… géographe, en poste au Tchad et passionné par le Sahara.

      Michel Brunet s’est « contenté » de s’approprier la découverte (la vidéo réalisée sur le sujet est un faux, une simple reconstitution tardive) et n’a jamais voulu mentionner le rôle capital d’Alain Beauvilain.

      J’ai connu personnellement Alain, et je peux témoigner qu’il en avait gardé une grande amertume.

  8. Il est connu (c’est une sorte de théorème) que peu de recherches portent le nom du vrai premier cerveau à les avoir formulées;
    C’est le chercheur proche le mieux placè pour en faire une information « virale » qui la répand.

    Quel souk, si la raison et la curiosité sont promues par des bandes d’ARN qui se trouvent là par simple opportunité
    (comme disait l’autre, il y a de la lumière et c’est chauffé).

    La vie râle quand le viral vire à la généralité ?

    1. La vie s’efface ou s’éteint timiota quand cela devient coutume comme c’est hélas ! dèjà le cas aujourd’hui, et c’est bien là tout le problème, avec son lot d’inégalités en découlant…

      Car qui peut alors témoigner une fois la vie ainsi effacée ou éteinte ?! Cela peut prendre parfois des années avant qu’un ayant droit trouve le moyen de se manifester, voire des décennies, voire tout « simplement » jamais… Tel est d’ailleurs le pari fou de tous ces ARN opportunistes…

      Combien de portes d’oubliettes ont ainsi été forgées avec pour seul complice inavoué, le temps ?! Un nombre probablement effrayant…

      En outre, aux dernières nouvelles, la mort quant à elle, n’aurait nulle saveur…

  9. Oui oui, c’est bien triste.

    Je connais très bien une personne qui, dans les années 80, avait décroché un contrat ATER, en principe valide pour 3 ans, pour préparer sa thèse. L’année suivante, changement de directeur d’UER, lequel amène dans ses bagages un étudiant thésard : mon ami est éjecté sans un mot d’explication, alors que ses états de service étaient excellents. Et se retrouve à aller tafer dans le privé.

    Les universités, comme tant d’autres institutions sociales, sont des lieux de pouvoir : grande découverte !

  10. Oh, j’ai connu ça sous une autre forme : un bouquin publié par un « copain » avec dedans 4 ou 5 chapitres de ma plume (la moitié des textes du bouquin en gros), copiés-collés de mon DEA à l’EPHE… sans aucune mention de mon travail, et juste une référence bibliographique à ce mémoire, dont le titre qui plus est était mal reproduit. Et plein de remerciements pour l’aide apportée à cette publication par des gens bien plus influents que moi 🙂

    Il m’avait envoyé le bouquin et me l’avait même dédicacé… et il m’a appelé ensuite pour me demander si je l’avais bien reçu 🙂
    Je l’ai envoyé paître… l’amitié s’achevait alors. J’étais furax.

    Le gars était accro à pas mal de drogues et sa mémoire très imprécise…

  11. Nul n’est prophète en son pays,
    Nul n’est prophète dans son silo,
    Problème de filiation dans nos sociétés patriarcales,
    Il faut tuer le père, ou attendre qu’il meure.
    La Chine n’a introduit la propriété intellectuelle que très récemment, pour jouer à armes égales avec ses adversaires.

  12. Après tout , quand on est contre la Propriété et le Brevetage ( en particulier du vivant ) , où est le problème du Pillage ?

    Hi , Hi , Hi , Hi !…. ( rire sardonique ) .

    1. A l’ère de l’Open data, des archives ouvertes on peut se dire que la recherche va avancer plus vite. Plus besoin de se déplacer, de prendre rendez-vous dans un centre d’archivage, d’attendre impatiemment qu’un magasinier aille vous chercher les précieux documents qui finalement à la lecture ne correspondent pas à vos attentes.
      C’est juste une question d’éthique.
      Ça ne coûte rien de citer ses sources, ni de dire merci quand un collègue vous envoi des documents par mail (et ça va peut-être vous étonner, mais certains ne se donnent pas cette peine – et pour celle qui m’a fait le coup deux fois, il n’y aura pas de troisième).

      1. @ Arkao et @Juanessy
        Mon expérience est le pillage effectivement sans vergogne d’une trentaine de pages sans même changer une virgule par quelqu’une que bien naÏvement je pensais amie. Du temps de la disquette, des travaux qui sont reliés avec une espèce de reliure en boudin si facile à enlever pour photopiller le travail de quelqu’un d’autre.
        Quand j’ai compris, j’ai coupé toute relation. Alors oui, comme Paul dégoût colère et tristesse de constater que pour certains ou certaines la fin justifie n’importe quel moyen, tous les moyens, zéro éthique… Comment peut-on se regarder dans une glace après ? Ma seule consolation c’est qu’elle a dû tout retaper, c’est plus long qu’un copié collé !
        @Pour Juanessy
        Cette plagiaire, perfide de sexe féminin, m’a également navrée pour sa capacité à duper son compagnon afin de lui faire accepter une grossesse « accidentelle ».
        Morale de l’affaire, même si vous avez une tendresse touchante pour les femmes, n’oublions pas que comme tout humain elles peuvent être des prédateurs redoutables.
        C’est une des raisons pour lesquelles je ne suis pas une féministe acharnée !

  13. Paul, je ne suis nullement étonné de ce qui vous est arrivé. J’ai subi moi-même plusieurs pillages, petits certes, de différentes natures par des professeurs et des camarades de formation, éventuellement associés à la minimisation de mon travail.
    Le pillage le plus étonnant dont j’ai fait l’objet est lié à une formation que j’ai suivie il y a un peu plus de 10 ans. Après une certaine leçon, mon formateur avait demandé, parmi plusieurs exercices et problèmes, d’illustrer un point de théorie avec un exemple bien choisi. J’ai fait mon devoir de « trainee » et l’ai renvoyé à mon formateur. Plus tard, un camarade de formation, indien, publie un livre chez Springer Verlag qui me semble intéressant. Je l’achète. Et au milieu de l’ouvrage, je découvre sur une page entière un exemple d’illustration d’un certain point de la théorie … qui me rappelle très fort mon exercice. Une sorte de vertige étrange me gagne. Ce moment où le cerveau n’arrive pas encore à comprendre ce qui se passe. En fait le camarade ne s’était même pas donné la peine de changer quelques mots et phrases : il avait tout pompé, mot à mot, sans la moindre vergogne.
    Quelle est la valeur principale dans le monde académique au sens large ? La notoriété. Elle est mesurée par le poste occupé, les différentes fonctions, les publications, etc.
    Eh bien, de la même manière que dans le business tous les coups sont permis pour faire du pognon, dans le monde académique, tous les coups sont permis pour augmenter sa notoriété. J’en ai conclu qu’une proportion importante d’êtres humains est corruptible dans certaines situations où il n’y a qu’à abuser de sa position et se servir pour acquérir un avantage.
    Le point de départ pour mon camarade de formation était que notre enseignant, dans un esprit de partage pédagogique, avait donné à chaque trainee un accès aux devoirs des autres.

      1. Trainee = anglais pour « participant à une formation professionnelle » dans ce contexte.

  14. https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Enveloppe_Soleau et quelques autres méthodes avec même des possibilités numériques gratuites.

    Juste pour le plaisir de ridiculiser le vieux et respecté professeur X***.

    Le problème quand on est jeune, bête et gentil, c’est d’y penser. D’où l’intérêt d’un mentor, comme par exemple le papa de Bill qui a rédigé le contrat avec IBM.

  15. Je ne serai pas surpris que l’on cargue sous peu les voiles de la flibusterie concernant la recherche, mettant au grand jour – les tromperies orchestrées dans la course aux pépites publiques pour faire tourner la course aux vaccins notamment.
    Le monde de la recherche est déjà confronté au bien et au mal mais les pressions diverses qui se font jour vont peser lourd sur « la course au trésor », déjà bien engagée.

  16. C’est du vol sans laisser de traces. En ce sens c’est non seulement une injustice mais aussi une intrusion dans ce qui vous constitue. C’est une violence. Cela peut déstabiliser et insécuriser (comme on le dit des cambriolages). Ce qui justifie l’image de « flibustier » : c’est de la prédation. Ce n’est pas qu’un objet volé.
    Quelqu’un a parlé de #Me Too. Non seulement il faudrait libérer la parole sur ces pratiques qui tiennent à des réseaux et des hiérarchies. Casser ce fonctionnement. Mais aussi cela fait songer à cette question de l’intrusion dans l’intimité sans laisser de trace.
    J’entends bien ce qui se passe dans le milieu universitaire. J’ai bien aimé le lien sur le fémur de Toumaï. Et il y a aussi le cas de l’auteure du livre « Presque humain », dont j’ai parlé plusieurs fois.
    Je veux dire qu’il y a aussi un front universitaire contre l’extérieur. Dans mon association, j’ai développé des expériences et des méthodes de médiation qui ont été saluées par des ministres, hauts fonctionnaires, chefs et cadres d’entreprises (France et Belgique). et exposées à plusieurs colloques, mais… J’ai vu des facultés (sociologues et juristes) essayer de se positionner sur ce marché de compétence en niant toute importance à mon travail. Et comme ma publication a dû prendre, vu le milieu et les moyens, les apparences d’une « brochure associative »… Et qu’un éditeur n’a pas vu l’intérêt…
    C’est comme en tant qu’auteur sur l’histoire locale, vous n’avez pas accès aux revues universitaires, mais à des revues régionalistes. Il n’y a ni vol ni prédation. Mais une sorte de plafond de verre et une non-reconnaissance.

    1. Juste pour lever l’ambiguïté des deux « me-too »:

      Le Hashtag #MeToo est au sujet des révélations de harcèlements sexuels et violences sexuelles/genrées

      La recherche « me-too », c’est simplement le suivisme.

      Tout le monde publie depuis 2 ans sur le sujet « l’électronique post-covidienne », c’est une bulle,
      les éditeurs vont refiler à référer mon papier à quelqu’un qui lui aussi surfe sur la bulle,
      et si je cite les 10 plus en vue de cette bulle, et que ça tombe sur lui, il sera content d’être propulsé en nombre de citations
      (sinon il me dira « mais vous n’avez pas cité les travaux de DuSchmol qui ont pourtant un rapport si direct avec votre trèèèès intéressant travail — quoique critiquable comme-ci, comme-ça et autrement »).

      Même sans bulle, on peut le faire, mais c’est moins rentable (des deux côté du « service rendu »). Evidemment ce qui y perd c’est la « biodiversité » de la recherche, ce qui lui garantit de ne pas succomber aux virus cognitifs, comme l’expliquait assez bien Gilles Boeuf sur la vraie biodiversité (l’effet de dilution).

    1. On aurait du effectivement commencer par le début , et si on cherche « propriété intellectuelle » les liens intéressants ne manquent pas .

      Mais pourquoi la propriété intellectuelle serait -t-elle moins critiquable que les autres propriétés ( foncière , immobilière , des instruments de travail , du travail , des travailleurs , des esclaves , de l’eau , de l’air, du vivant , de l’information ,du savoir , des armes ,de la chaine alimentaire …..) ?

  17. Tu regardes où il habite et tu laisses une tête de cheval coupé ( pris à l’abattoir ) sur son paillasson Avec un petit souvenir bien intime.
    Avec un peu de chance il s’endormira tout chamboulé Et aimeras plus fort ses petits enfants le jour d’après.

    1. Je vais de ce pas supprimer les cases plaintes et jérémiades pour les cases punition et victoire.

  18. Mouais.

    Quand je vois que cela fait un bout de temps que je me tape l analyse des donnés plus la rédaction des papiers et que c est toujours le corresponding author qui va vendre le boulot en conf (le boss). C’est à peine si il les lit…

    Avec le système du h index les stratégies mis en place par les chercheurs font que c est quand même plus rentable d être flibustier ou négrier

    Je ne serais pas surpris qu il y ait quelques ANR refusés qui retrouvent une seconde vie …

  19. Après tout , même Albert Einstein a trouvé des idées dans les documents qu’il lisait à l’office des brevets de Berne .

    1. Bien sûr que la recherche est « associative » en terme d’idées. Et que c’est en lisant (review) les articles des autres (soumissions encore au stade confidentiel, bien que ce soit devenu souvent non confidentiel avec arxiv etc.) qu’on se « fait une idée ».
      Mais il y a une nuance entre « se faire une idée » à partir du matériau dont on est porteur et de « connections » stimulées par les lectures et « s’approprier une idée », c’est-à-dire sciemment en revendre une resucée parce que sinon « on » serait à sec.
      Le danger étant que le « on » grandit avec le financement, il faut une idée par thésard ou post-doc, quand vous commencez à avoir une « usine » à vos ordres, il faut une partie qui fait du « me-too », qui applique des combinaisons évidentes (machin fait A avec B+C donc moi je vais faire A’ avec B+C). Et du « me too » à l’appropriation, il y a glissement…

  20. D’où viennent les idées, les pensées ? Est-on propriétaire de ses pensées ? ou esclave ? Y a t-il un écart entre la cryptomnésie et le plagiat ? qu’en pensent les juristes ? Mais d’où viennent les pensées des juristes ? qu’en pensent les psy ? ça dépend des psy, mais d’où viennent leurs pensées ? Quand on lit cette définition de l’automatisme mental : « un syndrome caractérisé par la conviction délirante de ne plus être maître de sa propre pensée, ou qu’une force extérieure contrôle et influence l’activité psychique et les actes »… peut-on légitimement se demander si chacun n’en souffre pas ?

    1. Si le nombre de points d’interrogation employés devait être un symptôme , vous nous inquièteriez .

      1.  » Ça  » vous vient à l’instant de lecture..? ou vous devez quand même réfléchir un peu..?
        (( N.B. : vous m’avez offert mon second sourire de la journée… °(^!^)° … ))

      2. le corps : seconde 1
        la tête : seconde 2

        le plus long , c’est les doigts pour taper sans trembler .

      1. @Arkao
        « Il n’en reste pas moins que certaines idées sont concrètement le fruit d’un travail de recherche fastidieux dont personne n’a plaisir à se voir « déposséder ». »
        Et quand ces idées, grâce à l’échange et la coopération sont reconnues et font avancer, c’est du pur bonheur !

  21. Mon père se considère également comme victime d’une injustice flagrante lors de ses études : pendant son BTS de frigoriste, il trouve une solution technique de refroidissement inédite à l’époque et qui lui faisait gagner sur l’énergie nécessaire lui permettant de répondre à un devoir maison d’un de ses formateurs : résultat, il obtient une mauvaise note et ce dit que le formateur n’a pas compris la solution proposée. Quelques années plus tard, il découvre que ce même procédé est utilisé par l’entreprise dans laquelle exerçait alors ce formateur avec des date de mise en œuvre qui concordent…

    Ironie du sort, aujourd’hui qu’il travaille en agricole, il lui arrive de me ressortir en les faisant siennes des idées sur la ferme que je lui ai présenté quelques années plus tôt. Il ne se souvient pas que je lui avais présenté ces idées et qu’il les trouvait alors ineptes. Depuis, il les a fait siennes et a oublié que je les connais parfaitement… Certes, ce n’est pas exactement du même degré de malhonnêteté intellectuelle. Dans un cas, on peut voir de la préméditation, dans l’autre de l’inconscience (en fait dans le cas de mon père, un refus de diriger sa conscience sur ce type d’informations considérées de son propre aveu comme quelque chose d’inintéressant pour lui).

    Je trouve plus important que les idées diffusent, même si il y a des accaparements profondément néfastes qui, impunis, encouragent la corruption.

    1. Le pillage délibéré des idées , concepts ou process reste malgré tout l’indice d’un comportement auquel il vaut mieux échapper .

      Mais je retiens de votre témoignage qu’effectivement , c’est quand quelqu’un vient vous annoncer comme sa dernière trouvaille l’idée dont vous l’avez entretenu plusieurs années avant , que vous pouvez être sur que l’idée était bonne et qu’elle va faire son chemin .

      C’est ce qui m’a permis , il y a quelques années , d’écrire ici à Paul Jorion , qu’un jour beaucoup de monde viendra lui expliquer comme des choses qu’ils ont toujours dit et pensé , des concepts qu’il s’évertue à rendre lisible ici. depuis 2005 . C’est à ce moment là que « la partie est gagnée » .

      On ne comprend et « admet » les idées que lorsqu’on pense en être le découvreur .

      Un peu comme les psy s’aperçoivent que leur patient découvre tout d’un coup la lumière qui éteint leurs angoisses et rend toute chose simple , en le laissant disponible pour plus de richesse personnelle . Une sorte d’instant béni , fugace et apaisant .

      1. « On ne comprend et « admet » les idées que lorsqu’on pense en être le découvreur . »
        Je ne pense pas que ce soit une règle d’or, seulement un biais cognitif facilement évitable lors de l’éducation/apprentissage. Encore faut-il que l’enseignant y accorde de l’importance et rende le phénomène visible et compréhensible à l’élève.

      2. C’est vrai qu’un esprit d’enfant a d’autres aptitudes , mais ça ne dure pas et il y a des pédagos qui pourraient utilement rapporter leurs expériences !
        C’est plutôt une bonne chose qu’il y ait des pédagos qui apprennent plutôt par le jeu et le rire , et d’autres qui apprennent par le raisonnement structuré , pas aux mêmes âges et pas au même rythme .

        Mais tous , à ce que ceux que je connais m’ont raconté , reconnaissent que « quand c’est pas l’heure , c’est pas l’heure » .

    2. @Tom
      Mon père…
      Il était chercheur, il a découvert que son journal de recherche était piraté, espionné ! Quelle déception, quel chagrin, je le vois et je l’entends encore quand il l’a découvert.
      Il a 86 ans, il est en grande difficulté dans son quotidien, bien que très désorienté les souvenirs sont très pertinents et le chagrin de tout ça est intact.

  22. Je compatis. C’est tellement courant en sciences humaines!

    Pour ma part j’ai toujours pris soin de ne transmettre à mes professeurs que des travaux convenables mais jamais quoique ce soit d’original, d’innovant ou de potentiellement important, me le réservant, par prudence, pour plus tard.

    C’est que j’avais eu l’exemple d’un camarade se faire voler ses travaux par son professeur, trop heureux de les recycler dans la conférence savante d’un colloque sur le sujet, sans même le citer (ni l’informer de l’existence de ladite conférence, bien évidemment). C’est une des raisons, pas la principale, qui a poussé cet étudiant (qui avait une véritable âme de chercheur, ce qui est rare) à stopper net toutes ses études, l’amertume en prime.

    Je dois dire qu’à l’inverse, j’ai vu un professeur, à la réputation internationale méritée, proposer à un étudiant de faire publier un de ses propres articles encore inédit, sous son nom et à son crédit exclusif, uniquement pour l’aider à avancer plus vite dans la carrière (il arrivait tard sur le marché de la recherche, quoique vraiment extrêmement talentueux). L’étudiant n’en a pas eu besoin, au final, de sorte que l’article a soit été publié sou le nom du professeur, soit est resté dans ses cartons.

    Le truc c’est que l’université française, c’est trop souvent une vraie mafia.
    Et si en sciences dures, il n’est pas rare de voir des ingénieurs brillants et des thésards nuls, il est malheureusement fréquent en sciences humaines que les meilleurs et les plus créatifs soient obligés de s’expatrier pour trouver un poste, ou soient implacablement sacrifiés au bénéfice d’étudiants bien meilleurs qu’eux dans l’art du copinage (parfois sexuel), du léchage de c… (le top étant de faire sa thèse sur les travaux… de son propre directeur de recherche, directeur choisi pour son influence et son égo…), de l’alignement idéologique, des menus services rendus (lesquels n’ont rien à voir avec la recherche de l’étudiant mais davantage avec des services professionnels, légaux ou pas d’ailleurs). J’ai eu connaissance de ce mode de fonctionnement dans des domaines aussi divers que les sciences politique, la philosophie, la musicologie, les sciences de gestion, et les sciences de la communication. Il y a d’autres leviers encore : pouvoir faciliter l’accès du département à des financements en est un, par exemple.

    L’accès à l’emploi ou la réalisation d’une vocation barré par ce genre de manoeuvre, c’est une injustice qui fait peut être même plus ma encore que le vol pur et simple de ses travaux de recherche. Bien sûr, les deux sont cumulables (et souvent, celui qui a volé les travaux de son étudiants a tout intérêt à ce que ce dernier change de voie, de gré ou de force). Le drame est que cela arrive surtout aux étudiants les plus doués, car au niveau Maîtrise, DEA ou Thèse, rares sont les étudiants qui proposent des travaux dignes d’être publiables par un professeur émérite.

    Je préfère, de très loin, le système britannique.

  23. Vous confondez propriété intellectuelle et reconnaissance sociale.

    Ca n’est pas DU TOUT la même chose.
    Que la découverte soit en libre accès pour tous c’est une chose.
    Que vous n’en soyez pas crédité, en revanche, c’est là l’injustice.
    Qu’un autre s’en approprie le crédit c’est de l’imposture. Il se fait attribuer des mérites intellectuels indus, qu’il n’a pas.
    Le problème vient de Proudhon.
    En disant, la propriété, c’est le vol, il a fait que beaucoup ont imprimé : « on ne pouvait être volé que de sa « propriété » ».
    Mais en fait… la preuve que non. On peut voler et être volé de bien d’autres choses placées hors de toute relation de propriété.
    Car c’est le défaut de reconnaissance la base du vol, et non la propriété.

    Et bien sûr, quand cette injustice vous prive d’un emploi, parce que dans le cas évoqué c’est peut être aussi indirectement de cela dont il s’agit, ça pose problème.
    Mais ça existe en entreprise : qui n’a pas vu le besogneux innovant rester au même poste quand son N+1 s’attribue ses mérites auprès de son N+2 pour faire avancer sa propre carrière, en bon parasite.

    1. Vous avez raison de faire le distinguo, et c’est un peu ce que voulait illustrer mon anecdote sur les tailleurs de pierre ( qui attendent de leur signe identitaire une rémunération renvoyant à la propriété ) en regard des artistes sculpteurs qui , par leur « signature identitaire » , attendent qu’on sache que c’est « eux  » qui ont fait l’œuvre ( ce que vous appelez la reconnaissance sociale ).

      Ceci étant, l’histoire des mots nous dit que les deux « attitudes » peuvent rapidement avoir des frontières floues , et quand vous employez l’expression  » un autre s’en – approprie – le – crédit  » , vous indiquez bien comment on peut passer facilement de  » faire crédit à quelqu’un  » ( lui faire confiance ) à « carte de crédit  » ( où la propriété intellectuelle n’est pas loin ) .

      Il reste pour moi que dans l’acception la plus vertueuse ( reconnaissance sociale ) , je m’attacherai davantage à regretter la  » confiance » que l’on me refuse en me pillant , plutôt que la  » reconnaissance » qui est trop ambigüe .

  24. Marthe Gautier, la découvreuse de la Trisomie 21 et … spoliée !

     » Je suis consciente de ce qui se dessine sournoisement, mais n’ai pas assez l’expérience ni d’autorité dans ce milieu médical dont je n’ai pas encore compris les mécanismes pour savoir comment m’y confronter. Trop jeune, je ne connais pas les règles du jeu.  »

    France Culture : Émission à écouter : https://www.franceculture.fr/sciences/marthe-gautier-decouvreuse-de-la-trisomie-21

  25. La couturière de chez LVMH, le mecano de chez Rolls qui monte en personne son moteur, l »horloger de chez Rollex. Vous ne connaissez pas nonplus leur nom…. Certain sont meme en prison pour avoir voulu partir avec le fruit de leur propre travail. Le cas que vous racontez ici n est qu un exemple du meme principe appliqué au domaine universitaire avec le petit extra qu en plus on vpus dit que votre boulot est mauvais. Une question se pose votre etude serait elle enseignée aujourd hui si elle etait paru a l epoque sous votre nom ou serait elle passé inaperçue ?

  26. D’un point de vue strictement pratique, disposez-vous encore d’une copie de ce rapport, permettant d’attester de l’antériorité et de la paternité de son contenu ?

  27. Fort Lamotte à la Guillotère le 18 mars 1848

    Messieurs,

    J’ai lu dans le journal du 13 décembre que des délégués de toutes les sociétés des chemins de fer, se sont réunis pour discuter des statuts de l’acte d’association. J’ai donc pensé à vous écrire, pour vous proposer un moyen d’économie d’argent et de temps.
    L’ouvrier Clément, a inventé une machine appelée Bélier, perforant et tranchant et pour lequel il a, depuis 3 ans, obtenu un brevet de quinze années. L’ancien gouvernement, comprenant l’utilité de ce procédé, avait nommé, au mois de février dernier, un comité d’ingénieurs dont Mr. Jourdan ingénieur principal à Lyon a été Président, ces Ingénieurs sont venus le 15 février 1848 chez l’ouvrier Clément (rue des asperges à la Guillotère, maison Domec carré), ils ont passé 3 heures à voir fonctionner à bois puis à la vapeur les Béliers tranchant et perforant, dont ils avaient vus d’abord les plans et à leur départ ont déclaré être parfaitement satisfait ; on a même envoyé dans une caisse au Ministère des travaux publics, les pierres percées par cette machine. Tout naturellement l’affaire en est resté là, par suite des événements politiques survenus. 465 millions sont affectés à l’achèvement de voies sur grandes lignes de chemin de fer, par le procédé des machines Clément on trouverait une économie d’un grand tiers, voici connue :
    Quatre béliers mus par la vapeur, font l’ouvrage (dans une journée), de 80 ouvriers, dirigés par 10 hommes seulement, et un chemin de fer qui ne pourrait être terminé qu’en 4 ans le serait en 2 années 1/2 au plus. Un plan qui n’a pas encore reçu son exécution et récemment fait par l’ouvrier Clément, est une machine nommée Bélier Galerie qui en 220 à 230 aiguilles que la vapeur ferait mouvoir, ce bélier est pour percer des tunnels, l’économie d’argent, d’hommes et de temps, serait la même que pour les deux autres béliers. Le Bélier galerie va sur son chemin de fer ainsi que le Bélier tranchant, et le Bélier perforant (qui est d’un très petit volume et que deux hommes peuvent facilement porter, a la grand avantage que son aiguille se meut à volonté en tout sens depuis la ligne horizontale, jusqu’à la perpendiculaire. On a eu l’occasion de faire fonctionner, pour travail, et non pour expériences, le bélier tranchant, à Avignon et à Marseille, le perforant n’étant pas achevé à cette époque n’a pu être employé.
    Le citoyen Schemitt maître tailleur du 61e de ligne en garnison au petit-mont-rouge, pour le moment, est celui qui a fourni jusqu’à présent les fonds à l’ouvrier Clément pour assurer sa famille et faire confectionner les machines, il est donc associé de l’inventeur Clément. Comme vous désirez sans doute de plus amples renseignements, vous n’aurez qu’à écrire à Mr. Schemitt qui s’empressera de se transporter chez vous, le jour et l’heure que vous lui indiquerez, pour causer de cette affaire, qui même à la 1 ère vue, va vous paraître d’une grande importance pour vous, et le bien public, car outre l’économie d’argent, la vie des travailleurs ne sera plus exposée. Il est question du départ de ce régiment pour Strasbourg, je vous invite donc, Messieurs, à vous presser d’indiquer un rendez-vous, à Mr Schemitt qui ayant affaire avec vous, obtiendrait facilement un congé de 15 jours. Nul doute qu’à vôtre tour vous voudrez avoir des Ingénieurs qui fassent, pour vôtre compte, l’examen du travail des Béliers. Vous voudrez bien alors m’écrire pour que je prévienne l’inventeur Clément qui n’ayant rien à faire pour le moment à Lyon, est allé voir sa famille à Avignon.

    Capitaine commandant les Forts … , Ledru
    rive gauche du rhône, au fort Lamotte guillotère. (Rhône).

    Qu’est devenu l’ouvrier Clément? Lettre, provenant d’archives privées, inédite et traité, en son temps par Benoît Paul Emile Clapeyron pour le compte des chemins de fer du Nord. La réponse de ce dernier, compte tenu des évènements dans le pays, fut : Répondre que l’examen de cette affaire sera remis à des temps plus calme qu’en attendant on pourra demander un rapport de la commission présidé par Mr. Jourdan qui servira à éclairer la Compagnie.

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