SLOW SCIENCE – LA DÉSEXCELLENCE, par Olivier P. Gosselain*

Billet invité

Ça a commencé comme ça. Une poignée de collègues issus de disciplines différentes, l’envie de travailler ensemble, un financement de cinq ans, des séminaires réguliers où le plaisir d’échanger se mêlait à un sentiment grisant de progression et, au final, des objets d’étude, des rencontres et des résultats qui dépassaient de loin nos attentes initiales.1 Une belle histoire de recherche, en somme, pour une petite communauté regroupant des académiques, des doctorants et des étudiants.

Le groupe n’avait pas en commun que des objectifs scientifiques. Il partageait aussi une conception de la recherche et des relations entre chercheurs centrée sur la convivialité, l’intelligibilité, l’échange et la volonté de bien faire son travail. Rien de révolutionnaire à première vue. Mais le décalage avec les politiques de recherche développées par nos institutions nationales et internationales était pourtant flagrant. Il y avait loin, en effet, entre ces valeurs et les injonctions de productivité, de rentabilité et d’immédiateté inlassablement ressassées par nos managers académiques.

Frappés par ce décalage et convaincus que notre façon de procéder était humainement et scientifiquement plus satisfaisante, nous avons esquissé l’idée d’un mouvement Slow Science – sorte de doigt d’honneur académique à ce Nouvel Ordre de la recherche. La filiation avec Slow Food était d’autant plus évidente que deux des valeurs qui nous tenaient à cœur étaient le plaisir et la créativité. Ici encore, rien de révolutionnaire. Retirez ça de la recherche : que reste-t-il ?

Le hasard a fait que nous avons été soumis quelques temps plus tard à une évaluation de laboratoire. L’outil destiné à mesurer nos performances était un formulaire standard, sorte de canif suisse du coaching en entreprise, avec son inévitable analyse SWOT2. C’était déconcertant de naïveté et presque embarrassant à remplir. Mais à une question au moins, portant sur notre conception de la recherche, nous avions apporté une réponse sincère : plaisir et créativité. Ce fut le point de rupture pour les duettistes en costume sombre qui pilotaient le groupe d’évaluation. De tels termes, nous affirmaient-ils, étaient tout simplement inacceptables. Indignes de figurer sur un formulaire d’évaluation et preuves évidentes de notre manque de sérieux.

Émergence d’une communauté

Les évaluateurs et leur rapport sont sortis de notre vie aussi rapidement qu’ils y étaient entrés. L’histoire serait donc sans conséquence, si elle ne soulignait l’énorme décalage qui s’est installé entre une conception bureaucratique de la recherche, fondée sur les préceptes de l’économétrie et de la communication d’entreprise, et sa pratique concrète, fondée sur l’engagement mutuel de chercheurs qui s’efforcent avant tout de faire honnêtement leur travail. Elle conduit également à s’interroger sur ce qu’apporte cette « excellence » dont on nous rebat inlassablement les oreilles en termes de satisfaction et de réalisation personnelles.

Nous sommes manifestement nombreux à nous poser la question. Une petite recherche sur le Net confirme d’ailleurs que les bonnes idées naissent rarement seules : la notion de « Slow Science » est dans l’air depuis vingt ans au moins. Apparue très paradoxalement sous la plume d’Eugene Garfield3, le père de la bibliométrie et de « l’impact factor »4, elle a ensuite été sporadiquement mentionnée par des chimistes et physiciens américains ou australiens, avant de faire son apparition en Europe dans l’univers des sciences humaines. Ce passage des sciences de la Nature aux sciences de l’Homme et du monde anglo-saxon à l’Europe (à l’exception notoire de l’Angleterre) correspond grosso-modo à la trajectoire historique des politiques de recherche centrées sur la compétitivité et la productivité. Les occurrences du concept de Slow Science se lisent ainsi comme les symptômes d’un malaise qui n’a cessé de s’étendre durant les dernières décennies. Toutes apparaissent d’ailleurs indépendamment les unes des autres, ce qui montre qu’il ne s’agit pas d’un phénomène de mode, mais d’un mouvement de fond, né de la prise de conscience d’un problème par les acteurs eux mêmes, et d’une tentative de réponse remarquablement convergente.

Un aspect fondamental de cette convergence est qu’elle nous prémunit de toute tentative de confiscation du concept. Inutile de sombrer nous aussi dans la compétition et l’enfermement. Si Slow Science peut devenir un mouvement permettant à la fois de nous transformer nous mêmes et de transformer notre univers de travail, c’est probablement à la façon d’un logiciel libre5. L’approche classique – centralisée et experte – devrait en effet céder la place à une construction collective, plus apte à faire émerger une forme stable et cohérente de résistance. Au lieu de mouvement, on parlera alors de communauté.

Symptômes et solutions

Pour mieux cerner les termes de la réflexion à entreprendre, examinons brièvement le contenu des quelques appels en faveur d’une approche Slow Science. Le plus simple est de procéder chronologiquement, en commençant par Eugene Garfield. Ce dernier fustige l’image populaire d’un progrès scientifique essentiellement lié à une succession d’éclairs de génie et de découvertes fortuites. Les percées importantes, écrit-il, sont plus souvent issues de décennies de travail. Elles proviennent d’individus « qui labourent opiniâtrement un champ mûr pour une découverte, et qui sont préparés intellectuellement à reconnaître et exploiter des résultats inattendus ». En matière de recherche, la lenteur et la constance l’emportent donc sur la vitesse et la versatilité. Le danger vient de la pression exercée par l’opinion publique sur les chercheurs – via les politiques de financement – dont on attend qu’ils obtiennent des résultats immédiats, dans des domaines qui changent sans cesse au gré de l’actualité. Ce que déplore Garfield, en définitive, c’est le déséquilibre actuel entre les recherches de type « curiosity driven » et « objective driven ».

Dans un courrier adressé à Nature6, Lisa Alleva (biochimiste) recentre la critique sur le comportement des scientifiques et particulièrement celui de ses jeunes collègues, engagés dans une course effrénée pour obtenir des financements, une direction de laboratoire ou une titularisation. Cette frénésie finit par les écarter des fondements mêmes de la recherche. « En me détachant des ambitions de mes pairs », écrit-elle, « j’ai découvert un secret : la science, la slow science, est peut-être le passe-temps le plus enrichissant et le plus agréable que l’on puisse avoir. »7 L’origine de cette découverte ? Un petit laboratoire dans lequel les chercheurs ont toute liberté de « lire la littérature, de formuler des idées et de préparer soigneusement [leurs] expériences », mettant en œuvre des « stratégies réfléchies. »8

Des idées du même ordre sont défendues par Dave Beacon, un physicien spécialisé en informatique quantique.9 Séduit par les appels au ralentissement dans de multiples domaines et soucieux de trouver un rythme de vie plus équilibré, il s’interroge : « Quels changements faudrait-il pour faire advenir une “science plus lente” ? Et que nous apporterait concrètement ce ralentissement ? » En ligne de mire : la course folle qui conduit à sacrifier la réflexion sur l’autel de délais toujours plus courts – appels à projet, demandes de financement, publications, communications – ou l’inquiétude qui nous saisit lorsque nous voyons s’élever la pile des nouvelles publications sur le bureau d’un collègue. Refuser cette course ne revient pas à réduire sa quantité de travail, mais à transformer son rapport au travail. Et cela en s’offrant notamment le « luxe » de s’absorber tout entier dans un problème ou de folâtrer, courir ou bricoler pour nourrir sa réflexion. En se donnant le droit de savourer et partager les contributions qui nous émerveillent, plutôt que de se sentir obligé de les critiquer ou d’en produire une version légèrement altérée. En trouvant le temps, au final, de s’interroger sur ce que l’on recherche vraiment dans la recherche. Le problème est qu’il est très difficile d’atteindre des conditions propices à un tel recentrage lorsque les financements de projet privilégient systématiquement le court terme. Des programmes qui ne dépassent pas un horizon de quelques années10 ont pourtant peu de chances d’engendrer des résultats satisfaisants, pour la simple raison qu’une recherche sérieuse impose souvent l’exploration méticuleuse d’innombrables culs-de-sac.

Notons que cet impératif du temps long est particulièrement cruel pour les programmes interdisciplinaires qui s’efforcent de dépasser la simple juxtaposition de domaines de recherche. Comme le constatent nos collègues F. Joulian, S. de Cheveigné et J. Le Marec, « [l]es équipes-projet qui font le pari de l’interdisciplinarité se trouvent […] dans la nécessité de gérer les contradictions entre les exigences de résultats et retombées rapides de la recherche par projet, et le besoin de durée longue et de marges d’essais et d’erreurs, pour construire véritablement les conditions de l’interdisciplinarité. »11 Il en résulte une baisse marquée de la spéculation intellectuelle et de la créativité. Le formatage des projets commence d’ailleurs au niveau doctoral : pour espérer un financement, nos jeunes collègues se trouvent maintenant obligés de proposer des recherches balisées, qui sortent aussi peu que possible des sentiers battus. Annonçant pratiquement leurs résultats à l’avance, ils tentent ainsi de garantir le retour sur investissement. S’il fallait évaluer les projets de la génération précédente sur de telles bases, la plupart seraient tout simplement refusés. Quelle ironie, quand on pense que ses représentants occupent aujourd’hui les postes d’évaluateurs.

Toute recherche comporte donc sa part d’incertitude et demande un temps considérable pour obtenir des résultats significatifs. C’est le leitmotiv des initiateurs de la « Slow Science Academy », qui a vu le jour à Berlin en 2010.12 Dans leur manifeste13, les auteurs se présentent comme des scientifiques qui ne remettent pas en question le fonctionnement actuel de la science (auquel ils prennent tous part), mais refusent qu’on la réduise à ces seules caractéristiques.14 La science, martèlent-ils, requiert du temps. Pour lire, pour se tromper, pour découvrir la difficulté de se comprendre – surtout entre sciences humaines et sciences de la nature –, pour digérer les informations et pour progresser. Afin de préserver ces bases, sur lesquelles s’est fondée la pratique scientifique durant des siècles, nos collègues allemands proposent la création d’un lieu inspiré des anciennes Académies, où se développait naguère le dialogue en face-à-face entre les scientifiques. Leur « Slow Science Academy » aura ainsi pour mission d’offrir une possibilité de retraite aux chercheurs, leur fournissant « de l’espace, du temps et par la suite des moyens, pour qu’ils puissent mener leur job principal : discuter, s’émerveiller, penser. »15

Le dernier plaidoyer en date est un « Appel à un mouvement Slow Science »16 lancé par un anthropologue français, Joël Candau. Ses griefs ont une teneur familière : le temps nécessaire à la recherche manque de plus en plus dans le contexte actuel d’immédiateté, d’urgence, de flux tendus ; le fonctionnement des laboratoires impose la mise sur pied continue de projets que nous n’avons jamais le temps de mener correctement ; le mode d’évaluation des CV a entraîné une obsession de la quantité et la production de « milliers d’articles dupliqués, saucissonnés, reformatés, quand ils ne sont pas plus ou moins “empruntés” » ; les injonctions « d’innovation » et de « performance » poussent à sauter sans cesse d’un domaine à l’autre pour rester dans l’air du temps (et dans la compétition académique : c’est ce que l’Académie des Sciences française nomme « la chasse aux domaines à fort taux de citations et de publication »17). Quant à la dérive bureaucratique et la réunionite, elles « font que plus personne n’a de temps pour rien » : il faut se « prononcer sur des dossiers reçus le jour même pour une mise en œuvre le lendemain ». La façon de combattre cette dérive ? Donner « la priorité à des valeurs et principes fondamentaux ». Mais les propositions de Candau sont surtout d’ordre logistique et administratif : rééquilibrage des activités de recherche et d’enseignement, octroi de périodes strictement consacrées à la recherche, abandon de la bibliométrie dans les évaluations, réduction drastique du temps consacré aux tâches administratives, recentrage sur les questions de fond dans les activités de gestion.

Des VRP à la peine

Outre la frénésie, l’urgence et la compétition qui régissent aujourd’hui l’agenda scientifique, il semble qu’une cause majeure de la détresse du chercheur soit sa transformation en VRP. Inlassablement contraint de vendre ses compétences, ses idées, ses projets, son CV ou son équipe, c’est sa dignité qu’il finit par perdre peu à peu. Or, que rapportent ces transactions ? Des crédits de plus en plus incertains et quelques galons académiques, qui permettent sans doute de se rapprocher des lieux de pouvoir, mais au prix d’un éloignement des lieux de savoir. Du côté institutionnel, le gain ne concerne pas la qualité du travail accompli mais l’image de marque. Derrière les incantations magiques glorifiant l’excellence et la performance se cachent en effet des enjeux très prosaïques : accroître son stock d’étudiants et gagner quelques places dans le Classement annuel des universités du monde18. Objectif dérisoire, ce dernier ferait sourire s’il n’était pas arbitré, depuis Shanghai, par les représentants d’un État dont l’idéologie remet fondamentalement en cause un apport majeur de l’éducation : l’émancipation. Comme disent les anglo-saxons, on ajoute ici l’insulte à la blessure.

Dans cette perspective, refuser l’excellence c’est refuser une politique scientifique qui nous condamne à l’égoïsme, au calcul et à la médiocrité. Qui nous oblige à être acteurs de notre propre destruction. Car ne nous y trompons pas : la bureaucratisation et la dérive managériale du monde académique ne sont pas le fait d’acteurs externes. Comme le rappelle Yves Gingras, « [c]e sont […] les scientifiques eux-mêmes qui succombent souvent aux usages anarchiques de la bibliométrie individuelle et qui, siégeant parfois sur différents comités et conseils d’administration d’organes décisionnels de la recherche, suggèrent d’en généraliser l’usage. Cela confirme que dans le champ scientifique, “l’ennemi” est souvent moins le “bureaucrate” que le collègue… ».19

Comment en sortir ? Deux types de réponses sont apportées par les défenseurs de la Slow Science. Il y a d’abord des propositions d’améliorations ponctuelles, plus ou moins à la marge du système. L’une d’elles serait de repenser – ou à tout le moins professionnaliser – l’évaluation de la recherche. C’est ce que préconisent également de nombreux autres collègues qui, il faut le souligner, ne remettent pas en cause le principe même des évaluations de carrière20. Autre proposition : mieux informer le public des réalités de la recherche, afin d’éviter la versatilité des politiques de financement. Ces financements devraient par ailleurs favoriser des projets à long terme, pour assurer des résultats solides. Enfin, on pourrait transformer le contexte même de l’activité scientifique en créant des « poches » de recherche sur d’autres bases temporelles. Le lancement d’une « Slow Science Academy » va tout à fait dans ce sens, puisque celle-ci offre aux scientifiques une possibilité de repli temporaire dans une sorte de « tour d’ivoire » (pour reprendre les termes de nos collègues allemands).

À côté de ces réponses pratiques, il y a des propositions plus diffuses, mais peut-être plus en accord avec l’idée d’une Slow Science inspirée du mouvement Slow Food. Ainsi, la finalité de ce dernier n’est pas d’améliorer la qualité du menu des fast food – en y imposant par exemple un quota d’aliments bio ou AOC –, mais de promouvoir un rapport à la nourriture centré sur le plaisir, le goût et la convivialité. Il s’agit, en d’autres termes, de transformer les valeurs sur lesquelles se fonde notre consommation alimentaire. Transposée à l’univers académique, cette question de valeur semble surtout liée à l’attitude adoptée dans le travail. Or celle-ci retentit sur les résultats et les récompenses qui en découlent, mais dans des termes pratiquement opposés à ceux qu’envisagent nos managers universitaires. Lisa Alleva et Dave Beacon vont clairement dans ce sens lorsqu’ils invitent à se détacher des ambitions de ses pairs, à s’absorber tout entier dans une activité de recherche ou à savourer – plutôt que jalouser – la qualité d’un travail bien fait. Une telle attitude ne favorise évidemment pas la course au ranking ou à la carrière académique. Mais elle apporte une récompense bien plus essentielle : la possibilité de tirer plaisir et fierté de son travail.

Figures d’artisans

À ce titre, adopter une démarche Slow Science consiste moins à développer un univers parallèle ou à bricoler dans les marges du système, qu’à transformer nos pratiques scientifiques en y (ré)insufflant les valeurs qui font de notre vie une vie de qualité. Deux ouvrages récents, remarquablement convergents, offrent à cet égard une figure de référence : celle de l’artisan. Le premier est le fait d’un universitaire américain, Matthew Crawford21, titulaire d’un doctorat en philosophie. Après avoir fait l’expérience de la dérive actuelle du monde académique, il l’a abandonné pour ouvrir un atelier de réparation de motos, dans lequel il mène une vie bien plus satisfaisante sur le plan intellectuel et moral. Le second ouvrage est du sociologue Richard Sennett22, qui poursuit une réflexion historique sur l’univers du travail. Tous deux partent d’un constat devenu banal : la dévalorisation du travail manuel en milieu scolaire et professionnel est concomitante au développement d’une « économie du savoir » caractérisée par un flux de connaissances de plus en plus superficielles et désincarnées. Comme bien d’autres, ils soulignent le caractère idéologique de cette séparation entre la tête et les mains. « Faire » c’est « penser » et réciproquement. Les aptitudes élémentaires sur lesquelles se fonde le travail artisanal – localiser, questionner, ouvrir23 – sont d’ailleurs identiques à celles du travail de recherche. La première implique en effet « de donner à une chose un caractère concret ; la deuxième, de réfléchir à ses qualités ; la troisième, d’en étendre le sens. »24

Les préoccupations de Crawford et Sennett rejoignent directement les nôtres lorsqu’ils décrivent les conditions nécessaires à la conduite d’une activité manuelle qui engendre à la fois de la qualité et de la satisfaction. De façon générale, l’impératif est de se soumettre aux exigences du métier, c’est-à-dire aux limitations imposées par la matière travaillée et la tâche effectuée. Ce sont en effet « les objectifs propres [de la tâche], en tant que biens en soi, qui font que je désire accomplir mon travail correctement », rappelle Crawford25. « Ils régissent de façon très stricte la “qualité” d’un produit, dimension quasi métaphysique qui échappe largement à ceux qui se contentent de calculer leurs bénéfices mais qui reste une préoccupation centrale tant pour l’usager que pour le producteur de l’objet lui-même. »26 Accepter les exigences du métier implique évidemment de refuser les solutions de facilité ou les voies de contournement. Mais également de comprendre l’importance des erreurs et de la répétition, trop souvent envisagées comme la marque d’une absence de réflexion et de créativité27. « [L]a véritable créativité est le sous-produit d’un type de maîtrise qui ne s’obtient qu’au terme de longues années de pratique. […] L’identification entre créativité et liberté est typique du nouveau capitalisme ; dans cette culture, l’impératif de flexibilité exclut qu’on s’attarde sur une tâche spécifique suffisamment longtemps pour y acquérir une réelle compétence. Or, ce type de compétence est la condition non seulement de la créativité authentique, mais de l’indépendance dont jouit l’homme de métier. »28 C’est aussi la source de son autorité car, celle-ci ne revient pas à « occuper une place d’honneur dans un réseau social. »29

Qualité, créativité, indépendance, autorité : voilà ce qu’apporte, en plus des gains matériels, la poursuite honnête d’un artisanat. À ces bénéfices s’ajoute la fierté engendrée par « l’exécution intégrale d’une tâche susceptible d’être anticipée intellectuellement dans son ensemble et contemplée comme un tout une fois achevée. »30 Comme le conclut Sennett – dans des termes qui pourraient figurer sur un manifeste Slow Science – « les artisans sont surtout fiers du savoir-faire qui mûrit. C’est bien pourquoi la simple imitation ne procure pas une satisfaction durable ; la compétence doit évoluer. La lenteur même du temps professionnel est une source de satisfaction ; la pratique s’enracine et permet de s’approprier un savoir-faire. La même lenteur permet aussi le travail de réflexion et d’imagination – au contraire de la course aux résultats rapides. »31

Des arbres et des herbes

Les réflexions de Crawford et Sennett nous rappellent un fait essentiel : les vraies compétences, celles qui sont sources de progrès, ont une dimension pratique et éthique (un terme malheureusement galvaudé à l’heure actuelle). Elles s’incarnent et mûrissent dans des activités orientées vers la production de résultats tangibles, qui habilitent au plan aussi bien professionnel qu’individuel. Il est bon de le garder à l’esprit, au moment où nos universités se lancent dans une nouvelle réflexion sur les « référentiels de compétences ». Crawford et Sennett nous rappellent également que l’élitisme intellectuel sur lequel se fonde le monde universitaire a entraîné une extraordinaire confusion des valeurs et affaibli notre capacité de résistance à la dérive managériale actuelle. Sur quels critères évaluer la qualité d’une recherche ? Au nom de qui et à quelles fins cette évaluation doit-elle se faire ? Qui fait figure d’autorité ? À ces questions viennent s’ajouter d’autres interrogations : sur la responsabilité professionnelle, l’équilibre entre passion et obsession, le rapport à établir avec les pairs ou l’engagement vis-à-vis de ceux que l’on forme. L’exemple de l’artisanat ne nous offre pas seulement des pistes pour sortir de cette confusion ; il nous invite aussi à une plus grande humilité par rapport à d’autres formes d’expérience.

Comme je l’ai signalé plus haut, la recherche d’une forme stable et cohérente de résistance devrait se concevoir dans la perspective d’un logiciel libre, nourri et amélioré par ceux qui s’en servent concrètement. Si j’ai résumé et proposé ici quelques pistes de réflexion, le travail à accomplir reste phénoménal. Mais quelles que soient les solutions apportées, la meilleure attitude est sans doute de plonger profondément nos racines dans les interstices du système universitaire et de les cultiver, pour qu’elles finissent par faire sauter la chape idéologique qui le recouvre. On se souviendra à cet égard que les arbres à croissance lente altèrent plus durablement leur environnement que les herbes folles. L’éclat de ces dernières ne dure en effet qu’un temps, celui d’une saison…

1 Voir Gosselain, O.P., R. Zeebroek et J.-M. Decroly (eds), 2008. Des choses, des gestes, des mots. Repenser les dynamiques culturelles. Paris : Editions de la MSH (Techniques et Culture 51).

2« Strenghts, Weaknesses, Opportunities, Threats ». C’est sur cette base que s’élaborent les plans stratégiques dans les milieux d’affaire et, depuis quelques années, dans les universités.

3Garfield, E., 1990. Fast Science vs. Slow Science, Or Slow and Steady Win the Race. The Scientist 4(18) :14.

4 Outils statistiques servant de balises actuelles à la gestion des carrières scientifiques. Pour l’Europe et dans le domaine des sciences humaines, le classement des revues (European Reference Index for the Humanities) a été initié par la European Science Foundation au début des années 2000 et concrétisé en 2007. Cet outil, qui n’a fait qu’accroître la pression sur les chercheurs (particulièrement les plus jeunes) et renforcé la position hégémonique de certaines universités, est présenté comme une progression favorable, émancipatrice et garante de la diversité des cultures scientifiques européennes. Les formules qui égrènent le texte de présentation laissent en tout cas peu de doute sur la culture dans laquelle baignent ceux qui pilotent l’initiative : « …how the community of European humanities researchers can best benchmark its outputs… » ; « … systematic turnover of panel membership was also implemented… » ; « … impact and… appropriate evaluation mechanisms for humanities research…» ; « … to raise the threshold of editorial standards… » ; « …to meet stringent benchmark standards… » (voir ce lien , consulté le 17 juin 2011).

5 Du moins ceux qui se fondent, comme Linux, sur un style de développement de type « bazar », pour reprendre la terminologie d’Eric Raymond (voir ce lien, consulté le 15 juin 2011).

6 Alleva, L., 2006. Taking time to savour the rewards of slow science. Nature 443, 21 September: 271.

7 Ibid.

8 Lisa Alleva est aujourd’hui à la tête de son propre (petit) laboratoire, poursuivant des travaux sur le traitement de certaines maladies virales (voir ce lien, consulté le 17 juin 2011).

9 Voir ce lien (consulté le 15 juin 2011).

sup>/sup>10 Dave Beacon fait référence aux programmes financés par la National Science Foundation (NSF).

11Joulian, F., S. de Cheveigné et J. Le Marec, 2005. Évaluer les pratiques interdisciplinaires. Nature, Sciences, Sociétés 13 : 284-290 ; p. 286.

12 Slow-science.org (consulté le 21 décembre 2010). Dommage que l’anonymat et le mode de présentation du site confèrent à cette « Académie » une totale opacité.

13 Slow science manifesto (consulté le 21 décembre 2010).

14 Evaluation par les pairs et classement des publications en fonction de leur impact, importance accordée aux médias et aux relations publiques, accroissement de la spécialisation et de la diversification dans toutes les disciplines, applications des recherches en vue d’accroître le bien-être et la prospérité (ibid.).

15 Ibid.

16 Daté d’octobre 2010, le document m’a été transmis par Agnès Jeanjean, avec laquelle j’ai souvent discuté des problèmes évoqués ici.

17 Du bon usage de la bibliométrie pour l’évaluation individuelle des chercheurs, Rapport de l’Académie des Sciences remis le 17 janvier 2011 à Madame la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Voir « Recommandation n°3, p. 6 » (voir ce lien, consulté le 14 juin 2011).

18 Pour un portrait réaliste de ce classement, voir : Gingras, Y., 2008. La fièvre de l’évaluation de la recherche. Du mauvais usage de faux indicateurs. Montréal : Centre Interuniversitaire de Recherche sur la Science et la Technologie (voir ce lien).

19 Ibid., p. 11.

20 Voir, par exemple : Gingras 2008, op. cit. ; Servais, P. (Ed.), 2011. L’évaluation de la recherche en sciences humaines et sociales : Regards de chercheurs. Louvain-la-Neuve : Editions Bruylant-Académia.

21 Crawford, M.B., 2010. Éloge du carburateur. Essai sur le sens et la valeur du travail. Paris : Editions La Découverte.

22Sennett, R., 2010. Ce que sait la main. La culture de l’artisanat. Paris : Albin Michel.

23 Ibid., p. 372.

24 Ibid.

25 Crawford, op. cit., p. 158.

26 Ibid.

27 « Le développement à long terme des techniques manuelles montre [que la] faculté de se concentrer durablement vient d’abord ; c’est ensuite seulement qu’une personne pourra s’impliquer émotionnellement ou intellectuellement. La concentration physique suit ses règles propres, fondées sur la manière dont les gens apprennent à pratiquer, à répéter ce qu’ils font et à tirer les leçons de la répétition. » (Sennett, op.cit., p. 236).

28 Crawford, op. cit., p. 63.

29 Sennett, op. cit., p. 87.

30 Crawford, op. cit. p. 179.

31 Sennett, op. cit., p. 395.

* Université libre de Bruxelles – GAES, University of the Witwatersrand

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142 réflexions sur « SLOW SCIENCE – LA DÉSEXCELLENCE, par Olivier P. Gosselain* »

  1. Au fond, les SLOW chercheurs voudraient être payés à glander et à prendre du plaisir
    Non je plaisante
    Votre article met très précisément le doigt là ou ça fait mal
    Au fond, la vraie question n’est-elle pas “à quoi sert la science ?” – ou l’art ?
    Dans nos sociétés arraisonnées par la phynance (physique + finance), le but est de faire tourner le cycle infernal: extraire, transformer, vendre, jeter.
    A chaque tour de roue on dégage du cash. D’où la nécessité de faire tourner ce cycle de plus en plus vite, au mépris de tout le reste.
    Et voilà que la recherche, jadis épargnée, se heurte à cet impératif. Un peu comme si les cerveaux devaient obéir aux mêmes cadences que les bras et les mains des OS chinois
    Mais j’en reviens à La Fontaine; le chien et le loup:

    Chemin faisant, il vit le col du Chien pelé.
    ” Qu’est-ce là ? lui dit-il. – Rien. – Quoi ? rien ? – Peu de chose.
    – Mais encor ? – Le collier dont je suis attaché
    De ce que vous voyez est peut-être la cause.
    – Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
    Où vous voulez ? – Pas toujours ; mais qu’importe ?
    – Il importe si bien, que de tous vos repas
    Je ne veux en aucune sorte,
    Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. ”
    Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor.

    1. Il ne court plus car la chasse au loup vient d’être réautorisée dans mon coin et il y a déjà deux loups transalpins , “blanchis sous le harnais ” , qui viennent de réduire le compteur des quelques survivants .

      PS : pour le présent sujet , une citation du ” lièvre et la tortue” aurait été plus indiquée.

    2. Au fond, la vraie question n’est-elle pas « à quoi sert la science ? » – ou l’art ?

      Pour ma part, plutôt que “à quoi”, qui ressemble trop vite à une question intégrant sa réponse, surtout quand elle est posée par un Excel-lenciste, je demanderais : *comment* sert la science ? Sous-entendu, comment elle sert la société. C’est pareil pour l’art. Il semblerait que feu Pompidou avait une réponse, “l’art doit questionner et déranger”.
      J’aurais tendance à dire que la science doit faire rêver et espérer. Et que celle de nos temps est en manque de ces deux qualités.

      1. La nature imite l’Art .

        La science imite la nature .

        Est ce que l’Art et la Science s’imitent mutuellement ?

        Et pour revenir sur le temps étalon , avec Oscar Wilde:

        “Le passé c’est ce que l’homme n’aurait pas du être, le présent c’est ce que l’homme ne devrait pas être , l’avenir c’est ce que les artistes doivent être .”

        Mais la Science , qui ” a priori” est notre arme pour transformer le présent réel , peut elle accèder à la même vocation que l’Art ? Suffit-il que le scientifique confine à l’artiste en se faisant artisan ?

        Les super-ordinateurs gages de vérification d’hypothèses sans cesse plus consommatrices de multiples signes et codes , sont ils capables de faciliter ou pas l’inattendu , le rameau , la bifurcation fertile ?

        Les dernières grandes percées “informatiques” ne sont elles pas souvent le mariage toujours incontournable du génie artistique et du génie technique , du ” hors temps” et du présent ?

  2. Bonjour,
    En tant qu’ancien doctorant diplômé début 2011, j’aimerais signaler que dans certaines écoles doctorales on vous laisse soutenir votre thèse qu’a condition d’avoir un certain nombre de publications. De plus le doctorant et le mouchoir jetable de la recherche français. Il travaille pendant 3 ans et avec au bout très peu de débouché car le doctorat ( en science) n’est pas reconnu en France. il suffit d’aller sur des sites specialisé ( français ) de recherche d’emploi pour se rendre compte qu’il s’arrête tous a Bac +5 / école d’ingénieur. Une majorité de chercheurs entre dans la catégories enseignant-chercheurs ils doivent gérer l’enseignement et la recherche donc souvent la solution c’est de monter des projets pour avoir ” de la main d’œuvre” ( Doctorants, techniciens, etc …) ce qui diminue encore leur temps consacré a la recherche scientifiques. La légende ( que je n’ai pu vérifier avec ma propre expérience) veux que pour se faire recruter en milieu académique il faut une liste de publication longue comme le bras. De plus toute les évaluations actuelles passent par un comptage du nombres de publications que ce soit pour la promotion individuelle ou d’une équipe. Ce système changeras probable que tres lentement car les grosse organisation possède une inertie énorme et ne sont pas habitués au changement de leur systèmes de pensée

    1. Et vous voudriez être recruté sur quels critères ? Votre nombre de doigts ?

      Il est insupportable de lire “il travaille pendant trois ans avec au bout très peu de débouchés”.

      Débouchés ça veut dire quoi ?

      travail assuré par la suite ? => tous les étudiants souffrent du même mal, sauf le fiston reprenant le capital de son papa.

      travail en CDI assuré par la suite ? => je n’accepte pas l’idée que la société prenne en charge à vie une personne qui a simplement eu la patience de faire 8 ans d’étude et qui n’aurait même pas une publication ! (rappelons que la publication et la communication orale en conférence ainsi que l’écriture de livre sont les trois seuls moyens à disposition du chercheur de rendre compte de son travail qui doit se faire pour la société (donc être communiqué) et non pour lui-même et sa petite curiosité personnelle.

      NB : je suis chercheur.

      1. Nouveauté :

        Il peut ouvrir un blog avec donation mensuelle .

        PS : encore un effort et les “records” de juin 2009 et décembre 2010 , vont chuter , lentement mais surement .

      2. C’est hautement vrai : les chercheurs ont bénéficié des meilleures formations offertes par la société, et donc, même si leur mérite personnel est prépondérant, ils sont redevables à la société, et non l’inverse.
        Au delà de ça, publier est devenu grandement insuffisant vu le nombre de conférences, journaux, etc. qui ne seront jamais lu. Quel est le taux moyen de citation/lecture d’un papier ?
        Le lien entre la science et les chercheurs doit être profondément modifié, remanié, bien loin du H,Y ou Z factor !
        Une fois dit cela, je dois bien avouer que les propositions de changement ne sont pas légions…

      3. @ Olivier

        Le taux moyen n’est pas si petit (utilisez le “publish and perish” de Harzing ou Google scholar pour vérifier). Genre 3 ou 4 pour pas mal de revues sur 10 ans. 3 ou 4 au bout de 2 ans (le fameux impact factor) en moyenne seulement pour les revues du “premier cercle et demi”, suivant les domaines.
        Mais la forme de la distribution est intéressante (la signification des têtes fortement citées et des queues quasi pas citée : combien il en faut pour “ne pas rater des choses quand même significatives”). Et le timing des citations est un autre aspect, donc, comme il est fait allusion ci-dessus.
        Enfin, l’aspect ouvert ou fermé de l’ensemble de ceux qui citent (se citer entre copains est devenu une façon de faire monter ses indicateurs, même en excluant l’auto-citation, et bon nombre de referee y vont de leur “mais vous pourriez le travail sur tel sujet qui a un rapport E-VI-DENT avec votre truc”, histoire de gratter des citations (mais ce n’est pas si grave dans une vision “système”, amha)).
        Il m’avait effleuré l’esprit que les “p-graphes” utilisés pour clarifier de façon générique les structures familiales/claniques dans la descendance du structuralisme, et renouvelés par un certain Jorion, Paul, teneur de blog de son état, pourrait être une façon de visualiser l’aspect ouvert/fermé des domaines. Et qu’au nom métaphorique de la “biodiversité” ou de saint Edgar Morin, on pourrait inciter les chercheurs à alterner non pas forcément université et entreprise (ce qui n’est concevable qu’en Allemagne et pays voisins avec un tissu dense de PME, à ce jour), mais à alterner recherche en profondeur, et recherche en horizontal.

        Il ne me paraitrait pas dur d’inclure dans un cursus de thèse un “module” de “sciences à l’horizontale”.

        Ca correspond un peu à une image que j’ai entendu où on demande au fond au chercheur de “faire l’hélicoptère” (métaphore qu’on appliqua aussi à la pas encore cèlèbre Françoise Dolto) : plonger faire un zoom précis sur un sujet pointu, puis, reprendre de l’altitude pour fureter les liens avec le reste, les analogies, …

        Enfin, dernière suggestion spécifiques à l’existence en France des PRAG et des CNRS non enseignants : Demander aux CNRS de contribuer (disons 32h par ans, mollo, quoi) à la formation continue des PRAG, lesquels pourrait avoir X % de leur temps dévolu à des activités scientifiques en équipe (dans leur établissement ou inter-établissement) mettant en valeur ladite formation continue (X>10%) . Exemple de la vie courante : les LEDs qui envahissent notre éclairage (tenants et aboutissants…)

  3. J’aimerai connaître si parmi les chercheurs se trouvent quelques uns qui “ressentent” cette fulgurante accélération du temps. On nous trouve des remèdes pour ne pas vieillir et mourir vieux, tandis que, comme dans le lapin d’ Alice, nous sommes toujours en retard quelque part ! Où est la cause à effet. et peut-on dès lors apporter une réponse scientifique ? Le soleil tourne-t-il plus vite autour de la Terre et se faisant le champ magnétique en serait modifié ? Et agirait sur le Vivant ? Le climat change, j’ai noté pour la première année la présence chez moi d’une espèce nouvelle d’araignée très impressionnante, sans parler des “écroulements, déroutes et pitiés” qui s’emparent de l’humain. (…). La compétition, est-ce simplement un concept ou subissons-nous des ondes insondables en lien à notre cosmos perturbé ? Ou doit-on incriminer l’Homme à travers sa conquête du pouvoir et de toutes choses matérielles, détruisant pour cela le “Beau” ?

  4. Tombe bien, cet article.
    Depuis le temps que je hurle que de la diversité nait la richesse. Et aussi en sciences.

    Par contre, 3 marques de manipulation anglo-saxonnesques habituelles.
    Mélange de concepts histoire de bien noyer le lecteur.
    Centrage sur le concept le moins important alors que la principale raison de la science DEVRAIT être son application/utilisation.
    Habillage avec un terme à la mords-moi-le-now par hère du temps…

    Et après, on se demande pourquoi les chercheurs français se barrent aux US….???
    Alors qu’il serait plus judicieux de se poser la question de : pourquoi leur fait-on des ponts d’or comparables aux cuisiniers.
    ET JE NE compare pas les cibles, mais les raisons de la chasse…

    Et ne pousse pas non plus de cocorico, mais juste une reconnaissance universelle du “système D”.
    Truc obscur non révélable en public.

    1. Non révélable par ECOLE PUBLIQUE, vous l’aurez bien compris.
      La boucle est Moebius : de la diversité nait la richesse.

  5. @Olivier
    Vous n’évoquez pas, ou indirectement, le rôle du chercheur dans l’éducation populaire. Or, si la science ne doit pas se limiter à la recherche de l’utilité immédiate, ce rôle doit lui aussi gagner une reconnaissance dans l”emploi du temps du chercheur qui désire l’assumer, au-delà de l’autopromotion rémunératrice du cacique universitaire.
    Il est vrai que ce seul aspect mériterait à lui seul un chapitre.

  6. @José
    c’est bien ce dont je parlais en écrivant :

    Et que dire des travaux de vulgarisation qui sont au mieux ignorés, au pire dévalorisés ?

    Alors qu’il s’agit d’un travail de lien entre la science (ou la recherche, c’est un autre chapitre ici aussi) et la société, ce type de travail n’est pas ou très peu reconnu par les férus de l”Excel ence”
    S’il y a “Slow Science”, ou science créative, ou science de plaisir, il ne faudra jamais qu’elle oublie de retourner à la société ce qu’elle lui doit, c’est à dire à peu prés tout (formation, libertés, salaires, moyens, …)

  7. Je travaille dans une équipe pluridisciplinaire qui s’occupe d’enfant en difficulté scolaire (les RASED…en voie de disparition) et j’ai cru que c’était moi qui avait écrit ce texte.
    Ça a commencé comme ça. Une poignée de collègues issus de disciplines différentes, l’envie de travailler ensemble, des synthèses régulières où le plaisir d’échanger se mêlait à un sentiment grisant de progression et, au final, des pistes pour aider les enfants, les enseignants et des résultats qui dépassaient de loin nos attentes initiales. Une belle histoire de recherche, en somme, pour une petite communauté regroupant des psychologues, des rééducateurs, des enseignants spécialisés ou non… La suite va dans le même sens on nous parle de mesure, d’immédiateté, de prédictibilité, d’uniformité… Pour résumer ma pensée j’avais noté les paroles d’un psychiatre travaillant à l’hôpital pendant une émission de France culture
    Il y est question en autre d’évaluation :
    “La conviction Freudienne c’est que la personne demander un soulagement a en elle le savoir inconscient de quoi elle souffre et c’est elle qui l’a. Le rôle du psychiatre…est de l’inviter à parler et à trouver lui-même le savoir qui est bon pour lui. La position éthique de l’analyste est de dire: trouver vous-même ce qui peut vous donner un équilibre satisfaisant pour vous. Je ne le sais pas à l’avance. Aujourd’hui, je peux vous dire que ce n’est pas du tout cela l’ambiance, …c’est de définir préalablement des comportements au nom de savoirs préalablement définis. Le dernier rapport en psychiatrie c’est un véritable programme de bonheur standardisé pour tous.”
    Je me permets aussi de vous recopier ici un paragraphe de mon bilan de juin 2011 qui décrit l’organisation du travail d’après des documents de C. Desjours en espérant ne pas avoir trop modifié les pensées. Il y est question d’un « espace de délibération » dont l’inexistence dans les conditions strictes définies par Desjours semble être une des sources de nombreuses souffrances dans le travail. Il me semble qu’on pourrait inclure cette façon de travailler dans un concept du genre « SlowProduction » ou « SlowSchool » en ce qui me concerne :

    « Travailler c’est combler l’écart entre le prescrit et le réel. Or ce qu’il faut mettre en œuvre pour combler cet écart ne peut pas être prévu à l’avance. Le chemin à parcourir entre le prescrit et le réel doit être à chaque fois inventé ou découvert par le sujet qui travaille. Ainsi, pour le clinicien, le travail se définit-il comme ce que le sujet doit ajouter aux prescriptions pour pouvoir atteindre les objectifs qui lui sont assignés ; ou encore ce qu’il doit ajouter de soi-même pour faire face à ce qui ne fonctionne pas lorsqu’il s’en tient scrupuleusement à l’exécution des prescriptions. »…
    …C. Dejours insiste sur l’idée que « …même si le travail est bien conçu, même si l’organisation du travail est rigoureuse, même si les consignes et les procédures sont claires, il est impossible d’atteindre la qualité si l’on respecte scrupuleusement les prescriptions… il n’existe pas de travail d’exécution »
    Au-delà de ce concept de « décalage », C. Dejours explique que si on respecte les ordres à la lettre cela ne marche pas, il faut que collectivement on réajuste la coordination (les prescriptions de l’institution en l’occurrence) pour en faire quelque chose que l’on pourrait appeler la coopération et celle-ci ne peut avoir lieu que dans un climat de confiance. Pour établir celle-ci, il faut que le management ou la coordination accepte l’existence inévitable du décalage ainsi que l’organisation qui lui correspond inévitablement ; principalement « un espace de délibération ».

    Il ne peut pas fonctionner sans des règles précises :
    o Il faut la confiance de l’autre, je peux alors en attendre une réaction loyale.
    o Il faut trouver les formes dans lesquelles, je peux rendre visible ce qui est caché. Il faut trouver la manière dont j’expose à l’autre comment je travaille car :
     L’essentiel du travail étant invisible, subjectif
     « être intelligent dans le travail » c’est s’écarter des prescriptions, il faut intégrer que ces écarts, dans cet espace de délibération, ne sont plus des infractions.

    o Enfin, il faut tout justifier, puisque c’est à ce moment que rentrent en concurrence les différentes trouvailles de l’intelligence. C’est l’enjeu de la coopération, c’est le moment ou l’on fait le choix entre ce que l’on va garder et ce que l’on va récuser. C’est le moment ou on fabrique les accords normatifs.

    Cette façon de travailler va plutôt dans le sens de trouver des règles de travail, des attitudes possibles dans des environnements locaux. Il ne s’agit absolument pas d’une démarche qui chercherait, dans le domaine qui m’intéresse, à établir une théorie des pratiques liées aux difficultés d’apprentissage et qui demanderait donc de rechercher des invariants. Ce travail est d’un autre ordre éminemment plus complexe et qui conviendrait bien à tous ceux qui voudraient évaluer précisément ce travail sur la difficulté scolaire. Il est extrêmement probable que ce soit une illusion de pouvoir atteindre ce but.
    Par contre, maintenir vivante et active une communauté de « chercheurs » spécialisés, pluri catégorielles, proche du terrain, encadrés mais suffisamment autonomes pour faire avancer la compréhension de tous les problèmes liés à la difficulté d’apprentissage semble être une piste de bon sens.

    1. Vous me touchez, Gwenod.

      Je pense que le fond altruiste auquel vous faites allusion,
      “o Il faut la confiance de l’autre, je peux alors en attendre une réaction loyale.”
      est tout à fait l’essence de l’humain. Un certain Rifkin le dit haut et fort ces temps-ci.

      Que le besoin de progresser et d’apprendre sans exécuter est fondamental, c’est ce que dit à sa façon Sennett dans la “Ce que sait la main” (Culture de l’artisanat).
      J’insiste sur Sennett car il a déjà vu le coup suivant (voir ses ouvrages : “respect”, “la nouvelle culture du capitalisme”), c’est à dire ce qui reste d’irréductible malgré l’altruisme : la différence de dons entre les gens, la loi d’airain de l’objet immatériel qui en vient à fasciner son géniteur au point d’écranter la capacité de transmission (Stradivarius)
      … ce que notre billetiste occasionnel Paul Tréhin pourrait d’ailleurs revisiter à la lumière des formes du spectre autistique et du de syndrome d’Asperger, qui rendent l’humain d’un altruisme plus formel, au point que le cerveau quitte en quelque sorte le regard de l’autre (ce regard omniprésent dans la pub !), pour se raccrocher à du plus mécanique, mais encore sublimable.

  8. tout à fait généralisable , en effet .
    par expérience : la slowproduction réfléchie est efficace alors que la recherche de la productivité est nécessairement aveugle et source d’erreurs difficiles à réparer .

  9. Merci pour cet article! “Excellent”!
    Salariés, chômeurs, artistes, indépendants, artisans, précaires, “hommes ordinaires” comme dirait Michel de Certeau, ne sommes-nous pas tous des “inventeurs du quotidien”, des “chercheurs” souhaitant pouvoir vivre et travailler avec plaisir et créativité?
    Slow-food, slow-science, slow-job!

  10. Un retour en arrière ahurissant.
    Au nom de quoi la Science échapperait-elle à la commercialisation de toute chose ?
    Laissez du temps aux scientifiques et ils mettront des siècles (!) à élaborer une théorie cohérente de l’espace-temps ou de l’évolution des espèces. Toutes choses compliquées et parfaitement inutiles.
    À l’inverse, managez-les correctement et vous obtiendrez très rapidement des avancées profitables à tous, comme le tube de papier hygiénique jetable dans les toilettes par exemple.
    Non décidément, les capitalistes ont bien raison en affirmant que l’Humain est le problème est non la solution.

  11. Merci ! ce texte est magnifique !

    Et, il parle à beaucoup, certainement.
    C’est là qu’est le fond du problème, et cela touche tous les domaines de la société ; provoque des dégâts humains considérables, et une perte des savoir-faire et savoir-être …un épuisement, une perte de goût, une perte de sens …une irrémédiable perte de liberté intérieure.
    Vous me redonnez du courage !
    Je transmets.

  12. Et, si on associait les deux?
    80% du temps évalué et 20% du temps (ou une année sabbatique) en mode slow.

  13. A la lecture de cet article me viennent aussi des idées en vrac que je n’arrive pas bien à formuler:
    – “l’évaluation”, dont on nous “rebat” en effet les oreilles, renvoie à la notion de “valeur”, dont il a été beaucoup question sur ce blog. Or la valeur n’existe pas, ou du moins est quelque chose de subjectif.
    – la qualité en revanche, contrairement à la valeur, peut être déterminée objectivement, c’est du moins ce que j’ai pensé tout-à-l’heure en goûtant le jus de raisins du jardin que je venais de presser: un jus délicieusement bon, d’une fraîcheur absolue, en comparaison duquel les jus pasteurisés que l’on trouve dans le commerce passeraient indéniablement pour de la piquette.
    D’où l’idée que les sens, les sensations, “la main” sont des outils tout-à-fait adéquat pour déterminer la qualité d’un produit, outils constitutifs des savoir-faire artisanaux, outils dont le maniement se perfectionne, s’aiguise au fil du temps, des erreurs, des répétitions, des expériences, comme le montre bien Sennet.
    – dans nos sociétés “avancées”, les savoirs artisanaux s’érodent, se perdent, et la “qualité” est devenue une méthode de management, ou un artefact, un emballage sur le produit, sans rapport avec le contenu, du kitsch.
    – on pourrait parler, non pas d’une crise des valeurs, mais d’une crise des qualités (tiens, ça me fait penser à Musil), perte de qualité du travail (plus personne n’y croit, trop de pressions, trop de compétitions, trop de précarité), perte de qualité des produits (on évacue le plus possible la matière, l’obsolescence est toujours plus rapide..), perte de qualité des relations sociales (chacun chez-soi devant son ordinateur…), etc.
    – mais nous ne sommes pas dupes, nous savons encore reconnaître la qualité, les qualités. C’est sur de tels savoirs, communs, partagés, que nous pourrions peut-être nous appuyer pour tenter de bricoler de nouvelles façons de vivre en société, songeai-je en pressant ce jus. La valeur n’est pas la qualité.

    1. Or la valeur n’existe pas, ou du moins est quelque chose de subjectif.

      Je ne crois pas que quiconque affirme que la valeur n’existe pas, mais bien qu’elle n’est pas une donnée absolue ou objective, comme vous le soulignez. Il me semble que les travaux de l’hôte de ce blog montrent que la valeur n’est que le résultat d’un rapport de force entre acheteur et vendeur (je résume surement bien trop vite).
      Dans l’évaluation de la recherche puisque c’est le sujet, la valeur de cette dernière résulte aussi d’un rapport de force entre chercheurs et société. Cela rejoint ce pour quoi je plaide c’est à dire un réancrage de la recherche et des chercheurs dans la société, et apporte une raison supplémentaire (ou primordiale). Cet ancrage ne doit pas se faire seulement parce que cela est légitime, mais aussi et surtout pour établir le rapport de force nécessaire à la valorisation des chercheurs.
      Ne sont évalués que les faibles (rapide, et ce n’est pas jugement, juste un constat).

  14. La métaphore (en est-ce une?) de la fin me laisse dubitatif. Je ne vois pas de rapport entre les arbres à croissance lente et les herbes folles. Surtout, je ne vois pas en quoi l’un ou l’autre “altèrent leur environnement”! C’est quoi “l’environnement” pour un arbre ou une herbe? Ils SONT simplement cette NATURE que l’on s’évertue encore à appeler environnement, ou depuis peu son autre avatar consensuel la biodiversité. Quant à “altérer l’environnement” pour un “arbre à croissance lente”, on pourrait prendre pour exemple les genévriers de phénicie des gorges de l’Ardèche. Il s’agit là de l’une des plus anciennes, voire de la plus ancienne forêt (au sens botanique) de l’hémisphère nord. Certaines années, ces arbres, en raison des conditions particulièrement difficiles -sécheresse, mais pas uniquement- n’ont aucune croissance. Certains ont plus de 2500 ans. Ils sont accrochés à des falaises, leur tronc commence à pousser la tête en bas, leurs graines sont arrivées là par les excréments de fouines ou de corvidés. Bref leur existence même sur cette terre a quelque chose de miraculeux. Ils “n’altèrent pas leur environnement” mais au contraire invitent, dans le silence (pas l’été!) de ce lieu exceptionnel à méditer sur notre présence ici, appellent à l’humilité. D’autant plus peut-être que ces mêmes gorges de l’Ardèche abritent un trésor de l’humanité, les peintures de la grotte Chauvet, les plus anciennes connues à ce jour (moins 35000 ans). Pour en savoir plus sur ces arbres:
    http://krapooarboricole.wordpress.com/2011/03/01/les-sylves-verticales-de-genevriers-de-phenicie-antiques-ardeche/

    1. En tant que grimpeur acharné , je tiens a te remercier de cet article et de ces photos ….Nous trouvons de nombreux avertissements sur les oiseaux au pieds de falaises …mais jamais sur ces arbres que nous croisons tres souvent …La pluspart sont respectés de facto pour leur beauté , et meme les points d’ancrage s’arrangent pour dévier le trajet des cordes …mais des infos ou (ho rage !) des interdictions voire des déviations de “ligne” pourraient/devraient etre envisagés sur les plus vieux -beaux sujets ……Il faut aussi signaler que les équipeurs de voies , nettoient les pierres instables , non seulement ds les voies mais aussi au dessus des voies , ce qui protège cette végétation .

    2. Oh, inutile de voir tant de choses dans cette métaphore. Je pensais plus prosaïquement aux trottoirs de nos villes et à la façon dont les racines des grands arbres ont la capacité de soulever les revêtements qu’on place à leur pied. Il est bien vrai que les “herbes folles” viennent aussi mettre un peu d’indiscipline dans les aménagements urbains, mais leur effet est moins prononcé.
      Cela dit, je note avec amusement que ces “genévriers de phénicie”, à croissance décidément très lente, ont le mérite d’attirer votre attention et de vous inviter à la méditation. “Altérer l’environnement” n’a rien de péjoratif et ne se réduit pas au monde naturel. Il s’agit de la capacité à produire un effet concret. Vous en apportez une belle illustration.

    3. A propos de genévriers, ces survivants miraculeux sont effroyablement méconnus par les autorités médicales qui délivrent les autorisations ou les interdictions de vendre les remèdes ancestraux basés sur les plantes, c’est sans doute l’influence de la “fast science” qui leur fait parfois jeter le bébé avec l’eau du bain.

      Un petit exemple : comme je m’étonnais de ne plus pouvoir acheter de l’huile de cade, extraite du genévrier, en pharmacie, pas chère et souveraine contre le psoriasis et les pellicules du cuir chevelu , il me fut répondu par la pharmacienne que la loi leur interdisait maintenant de vendre des produits à base de goudrons pétroliers, d’où l’interdiction de vendre en pharmacie l’huile de cade, les shampooings à l’huile de cade , etc …Je n’en croyais pas mes oreilles . J’ai donc soutenu à la pharmacienne que l’huile de cade était extraite du genévrier . Elle ne me croyait pas à cause de cette interdiction et elle est allée vérifier dans ses livres . Elle est revenue en s’excusant . Nous en avons conclu que l’huile de cade a été interdite à la vente en même temps que les produits à base de goudrons pétroliers uniquement parce qu’elle ressemble à un goudron pétrolier : elle est noire, visqueuse et malodorante. Même dans le domaine pharmaceutique, toutes les autorisations et les interdictions sont faites dans la précipitation, sans aucune vérification ni réflexion.
      Rapidité, rentabilité et …énormes erreurs .

      Toutes les plus grandes découvertes scientifiques ont été faites par hasard et souvent par des scientifiques qui cherchaient autre chose mais qui prenaient le temps de réfléchir à une bizarrerie inattendue survenant au cours d’une expérience, faisant prendre à leur recherche une toute autre direction . Aujourd’hui, avec cette rapidité-rentabilité imposée et l’efficacité se mesurant au nombre de publications, même inanes , qui au contraire sont une perte de temps, ce type de grandes découvertes n’est plus possible . C’est tout le contraire de la recherche .
      En fait, la véritable recherche, celle qui fait les grandes découvertes, comme l’art, est créative, désintéressée et prend son temps. L’autre, celle qui pédale le nez dans le guidon sur un chemin déjà tracé, ne trouvera que des petits ajouts bien prévisibles à une grande découverte passée .

  15. ce concept de slow science me semble pertinent car il faut stopper cette dictature de l’urgence en toutes choses, bien que la fin du pétrole devrait la rendre effective bientôt. je le vois cependant comme une phase de transition vers un monde sans recherche. compte-tenu du niveau de connaissance actuel et de ce à quoi sert l’innovation, fruit de la recherche, on se demande ce dont nous avons encore besoin. je crois qu’il est temps de remettre en cause l’utilité sociale de la recherche. je devance la critique sur son utilité en médecine : qu’est ce qu’on veut ? vivre 500 ans ? ça nous rendrait probablement dépressif mais surtout ça ferait beaucoup de monde sur le même gâteau

    1. Votre point de vue serait sans doute différent si vous ou l’un de vos proches, votre enfant par exemple, était atteint d’un cancer ou d’une maladie orpheline provoquant d’énormes souffrances .

    1. J’ aimerai revenir , par la “slow science” sur un point qui me parait important qd a la soumission ou liberté du domaine scientifique au regard du système .
      Le concept du “REVERBERE” est connu et ludique …..il mériterait d’etre poussé plus avant que son premier abord caricatural :
      _ si l’on admet qu” effectivement , on cherche là ou il y a de la lumière (c’est a dire , de l’argent , du materiel , des structures , DES EQUIPES ,une écoute …)
      – Si l’on admet par ailleurs , que la majeure partie des découvertes se font collatéralement au but recherché .

      On est obligé d’admettre que les “découvertes” sont déterministes et fonction (au carré) des directions /territoires objets de recherche , lesquels sont déterminés par l’économie et la finance ..
      C’est dire qu’on a peu de chance de découvrir là ou la finance n’a pas d’interet ..et que le caractere d’endogamie est évident .

  16. Il n’ y a de vérité qu’ économique ….La science , la technologie , comme l’art sont les putains du système et l’objectivité ne pourra etre qu’économique …Le “système” a des interets divergeant des notres , ce qui fait diverger l’objectivité scientifique vers “SES” interets.
    Qd on prend conscience de ces réalités on peut (discrètement ) s’adapter et squatter ce système ….simple retour des choses .
    La slow science fait cet effort de refuser la dynamique consumériste …… le problème restant la motivation /rénumération de scientifiques …pour ma part , il me semble que le “chercheur ” devrait avoir une autre activité rénumératrice ou d ‘autonomie qui puisse crédibiliser ce “slow” ……ce qui éviterait de le confondre avec un fonctionnaire .

    1. Les fonctionnaires soviétiques puis chinois avaient très bien compris qu’il fallait que les chercheurs , les sachants , les artistes et quelques autres salopards , gagnent un peu leur vie dans des travaux miniers ou agricoles .

      1. Histoire d’acquérir une vraie “conscience de classe”, dont manquent nos richissimes, enfin de la ‘bonne’ classe.

      2. Tu as oublié la corée du nord ….. Ayant un pere et une fille “publiques” , je suis un tantinet fonctionnophobe ….il n’en reste pas moins que la recherche doit rester une passion et réservé aux passionnés ……..(Jamais croisé un fonctionnaire “passionné” ) . Il en résulte que la recherche ne doit pas etre une activité principale , mais annexe ou ponctuelle … (j’ai un peu donné ds la “fusion ” a l’époque de la géné Riou qui concurençait le Tokamak russe ).
        L’ enseignement est l’activité idéale pour se consacrer a une passion de recherche …mais ds certains domaine , comme la pédogenèse , j’ai plus d’estime pour un paysan chercheur ou un labo indépendant qui se “donne” a cette passion qu’un blaireau de l’ INRA drivé par Mon§anto et qui , meme de bonne volonté sera vite mis au pas cadencé …..

  17. Comment ? Une citation de Céline sur le blog de Paul Jorion ! Quelle honte ! Quelle inculture !

  18. Aucune référence à Darwin, le scientifique qui a pourtant été le plus slow à publier. Dommage.

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