Archives par mot-clé : réforme bancaire

POURQUOI LA RÉGULATION BANCAIRE A-T-ELLE SI PEU PROGRESSÉ EN FRANCE ?, par François Leclerc

Billet invité, paru ce jour sur Atlantico.

300 amendements ont été déposés en commission des finances sur le projet de loi portant sur la séparation des activités bancaires qui sera examiné par l’Assemblée à partir du 12 février. C’est peu dire que celui-ci suscite une forte réaction et que de nombreux députés du parti socialiste, pour ne pas parler de ceux du Front de Gauche et des Verts, le considèrent insuffisant et veulent le durcir. C’est en soi un événement.

Soucieux de cantonner la fronde, à défaut d’en faire autant de la spéculation, le gouvernement a annoncé être ouvert à la discussion et s’est réservé des marges de manœuvre. La Fédération des banques françaises a de son côté donné l’occasion au ministre de faire preuve de fermeté à peu de frais.

La discussion ne fait que commencer, mais les députés risquent de tomber dans le piège de débats techniques où ils n’auront pas le dernier mot et pour lesquels ils ne sont pas toujours armés. Car une question préjudicielle devrait être posée : à quoi cela sert d’essayer de cantonner les activités spéculatives et pourquoi ne pas simplement les interdire ?

François Hollande avait déclaré lors de son discours du Bourget en janvier 2012 que son « véritable adversaire, c’est la finance ». Pourtant, les règles ont peu changé en France depuis son arrivée. Une situation qui contraste avec les Américains ou les Britanniques.

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RÉFORME BANCAIRE

Quel est le contraire de ces « Certaines rêveries idéologiques » évoquées par M. Moscovici, ministre de l’économie et des finances, et auxquelles il est fier de ne pas avoir succombé ? Le statu quo dont il nous gratifie sous l’appellation rassurante de « banque universelle ».

C’est quoi en effet la « banque universelle » ? Eh bien, c’est celle que nous avons déjà. On ne change pas une banque qui gagne, surtout si les banquiers, au contraire des « rêveurs idéologiques », ne voient pas de quoi on irait se plaindre.

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L’actualité de la crise : ENFIN UNE BONNE NOUVELLE, LA BANQUE UNIVERSELLE EST SAUVE ! par François Leclerc

Billet invité

C’est tout du moins ainsi qu’est présenté le projet de loi français portant sur la séparation des activités bancaires de dépôt et de marché, arrondissant fortement les angles en comparaison des dispositifs américain, britannique et européen qui ne sont pas encore en vigueur. Un objectif recherché sinon revendiqué.

Cette dénomination flatteuse de banque universelle est donnée aux banques qui pratiquent tous les métiers. Ce qui est très précisément en cause en raison du mélange des genres, conduisant les États à les renflouer afin de protéger les dépôts, créant un aléa moral, l’incitation à prendre des risques sachant que l’on sera sauvé. Il y aurait donc comme un contresens !

Inaugurée aux États-Unis pour combattre la loi Dodd-Frank et sa réglementation à venir, la ligne de défense classique des banques a consisté à faire valoir qu’il est très complexe de séparer les activités dites de tenue de marché et la gestion de fonds propres (la spéculation), selon l’argument habituel.

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LE MONDE-ÉCONOMIE, La finance s’est disqualifiée, lundi 9 – mardi 10 mai 2011

La finance s’est disqualifiée

Tous les efforts menés en vue d’une nouvelle régulation de la finance recourent à une même stratégie : consultation du monde financier par les autorités, puis négociation pour que se dégage un compromis entre les exigences des uns et des autres.

Mais la condition essentielle pour qu’une telle stratégie réussisse est que l’industrie financière s’identifie à l’intérêt général, qu’elle reconnaisse et promeuve la nécessité de garantir un cadre qui maintienne la pérennité des institutions financières sans affecter pour autant la bonne santé de l’économie.

Existe-t-il des éléments pour étayer l’hypothèse que chaque établissement financier fera prévaloir l’intérêt général sur son intérêt particulier ?

Hélas, non : le déroulement de la crise en 2007 et 2008 suggère au contraire qu’il s’agit d’une croyance infondée.

Le rapport du Sénat américain rendu public le 13 avril confirme ce qu’avaient déjà mis en évidence les auditions de dirigeants de la banque Goldman Sachs en avril 2010.

CONFIANCE DES MEILLEURS CLIENTS TRAHIE

A savoir qu’elle – et plusieurs autres, dont, au premier rang, la Deutsche Bank – a non seulement trahi la confiance de certains de ses meilleurs clients en leur vendant des produits financiers (les « collateralized debt obligations » – CDO) structurés de manière à être de la plus mauvaise qualité possible, mais qu’elle a mis au point de nouveaux produits dérivés (les CDO « synthétiques ») pour parier sur la perte de l’ensemble du secteur du crédit hypothécaire américain.

Elle a ainsi précipité la chute de tous ceux qui eurent la naïveté de se positionner sur l’autre versant du pari, mais aussi celle du système financier mondial dans sa globalité !

Le rapport du Sénat décrit le responsable du crédit hypothécaire chez Goldman Sachs promettant à son équipe de commerciaux des primes « ginormous » – une contraction des mots « gigantic » et « enormous » – s’ils parvenaient à vendre ces produits.

Dans un mail, l’un des dirigeants de la banque en Australie dit, à propos de la découverte d’un gogo à qui l’on pourra vendre ces produits avariés : « Je crois avoir trouvé un éléphant blanc, un cochon volant et une licorne, tout en un ! »

Les établissements financiers en question poursuivent aujourd’hui leurs activités en toute quiétude.

Aucun de leurs dirigeants n’a été inculpé. Mieux, on les retrouve assis aux tables de négociation, faisant objection aux propositions des régulateurs qui représentent la communauté dans son ensemble.

Il faut donc changer de méthode. Le régulateur doit rédiger les règles qui permettront de réduire de manière drastique le risque systémique.

Alors que les positions de couverture neutralisent un risque existant dans une perspective assurantielle, les positions spéculatives, du fait de leur nature de pari, créent, elles, un risque là où il n’existait pas préalablement.

L’apport en liquidité du spéculateur, qu’il invoque en général pour justifier sa présence, doit être ignoré : un apport en liquidité à des niveaux de prix spéculatifs est sans objet et, a fortiori, ne compense pas l’accroissement du risque systémique qu’il apporte avec lui.

Une fois définies les mesures à prendre, celles-ci doivent être mises en application, sans négociation avec l’industrie financière : l’incapacité de ses principaux représentants à s’identifier à l’intérêt général a été amplement prouvée au cours de ces trois dernières années.

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Six propositions pour réorienter l’Europe, par Jean-Luc Gréau

Billet invité

Quelque dix-huit mois après le séisme bancaire occidental de l’automne 2008, les dirigeants politiques européens restent sur l’Aventin. Alors que la déflation salariale est à l’origine première du surendettement privé et de la crise qui s’en est suivie, ils se refusent à émettre publiquement ce diagnostic. Alors que l’explosion de l’effet de levier, de la titrisation et des produits dérivés dans la dernière décennie a fragilisé et déstabilisé le système bancaire et financier dans son ensemble, ils n’osent pas poser le principe d’un retour à la responsabilité des prêteurs. Alors que les banques centrales, jouant le rôle de prêteurs en premier ressort, continuent d’alimenter les banques en liquidités gratuites, leur procurant une véritable rente de situation, ils campent sur les positions anciennes d’un financement non monétaire des dettes publiques. Pourtant, et tandis que le surendettement des ménages, voire des entreprises, n’est pas encore résorbé, nul ne sait comment les Etats occidentaux, y compris les plus puissants, pourront rembourser des dettes publiques rendues disproportionnées, après l’ouverture des vannes pour sauver les banques, par la gravité de l’affaissement économique. Tout se passe comme si la corporation bancaire occidentale, cause du sinistre, exerçait un magistère renforcé sur nos élites politiques.

L’Europe ne sortira de cette situation navrante que si, au lieu de se réfugier dans une incantation  aveugle sur le thème de la rigueur,  sans vouloir en voir les effets déflationnistes, elle a le courage d’entreprendre six réformes fondamentales de son mode de fonctionnement : la réforme des banques, le recentrage des missions des banques centrales, la fidélisation et responsabilisation des actionnaires des entreprises, la remise en ordre de la fiscalité, le rééquilibrage des relations commerciales de l’Europe avec l’Asie émergente et la stabilisation des grandes monnaies occidentales.

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L’actualité de la crise: la crise de société américaine, par François Leclerc

Billet invité.

LA CRISE DE SOCIETE AMERICAINE

Une bagarre à l’issue incertaine est en cours à Washington, là où on ne l’attendait pas. Elle a pour cadre le Sénat et pour objet la confirmation de la nomination à la présidence de la Fed, pour un second mandat, de Ben Bernanke. Un vote pourrait intervenir à partir de mercredi prochain, alors que le mandat en cours se termine le 31 janvier, le calendrier est donc serré. Ce qui est le plus significatif, dans cette situation que nul n’aurait prédit il y a quelques semaines, c’est que les votes qui pourraient manquer à Ben Bernanke viennent à la fois du camp démocrate et de celui des républicains. Prenant doublement à revers Barack Obama, qui a réaffirmé son soutien à son candidat et pourrait le voir défait, et qui peut constater que l’alliance bipartisane dont il n’a cessé de se revendiquer depuis qu’il a été élu, cherchant l’appui à la fois des démocrates et des républicains, se constitue bien, mais contre lui en l’occurrence !

Ce n’est pas non plus un des moindre paradoxes de la situation politique Américaine actuelle que de constater que le président assure de son soutien, pour diriger la Fed – principal artisan et bailleur de fonds du sauvetage du système financier – un homme qui était aux commandes durant toute la période de montée en puissance de la crise et n’a rien fait pour l’endiguer. Alors qu’il a entrepris depuis peu, en proposant une taxation des mégabanques, puis dans la foulée un projet de restriction de certaines de leurs activités (à la portée toutefois indécise), une véritable croisade contre ce que représente ce même candidat, qui était et reste l’homme de Wall Street.

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