Archives par mot-clé : responsabilité

Quinzaines, Un robot qu’on ne peut pas punir, est-il vraiment intelligent ? le 1er avril 2019

Un robot qu’on ne peut pas punir, est-il vraiment intelligent ?

Dans l’ouvrage de Robert Musil L’homme sans qualités (ou « sans particularités » faudrait-il peut-être dire plutôt), son héros, Ulrich, assiste au chapitre 18 du premier volume qui en compte 123, au procès de Christian Moosbrugger, assassin présumé d’une prostituée. Le verdict est la mort. 

Le personnage de Moosbrugger réapparaîtra ensuite – y compris dans le second tome inachevé – comme un sous-marin faisant épisodiquement surface, hantant le roman d’un bout à l’autre.

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Notes de mon intervention à la Cour de cassation le 26 novembre : « Intelligence Artificielle : Responsabilité et imputabilité »

Les notes de mon intervention à la Cour de cassation le 26 novembre. Ouvert aux commentaires.

Intelligence Artificielle : Responsabilité et imputabilité

La spécificité du regard des anthropologues sur les questions qui nous occupent est qu’ils disposent de la capacité à convoquer devant eux l’ensemble des cadres de représentation que se sont inventées les cultures humaines dans leur variété et dans leur évolution, au fil des siècles.

La notion de « cause de… » qui émerge en Occident dans la subdivision du discours scientifique appelée « physique » dérive de celle de « coupable de… ». Le processus est inverse de celui qu’on imaginerait spontanément où le coupable aurait été celui que l’on reconnaîtrait comme cause d’un préjudice subit par un tiers.

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Notre notion de « responsabilité » mérite un nouvel examen

Le Monde :

En décembre 2014, un automobiliste avait renversé treize personnes en criant « Allah Akbar ». L’intéressé avait fait 157 passages en hôpital psychiatrique et le parquet avait finalement estimé qu’il ne s’agissait pas d’une attaque terroriste.

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Mon cerveau se mit à me hurler : TU VAS MOURIR !, par Pascal

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Belle expérience partagée, dans un article de Slate, de l’homme contraint de dominer sa raison alors que ses sens le bernent par l’entremise de la réalité virtuelle. Et nous nous découvrons incapables de marcher deux mètres sur un câble posé sur de la moquette.

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Genèse de la responsabilité, par Dominique Temple

Billet invité.

Depuis que la science a reconnu que l’univers se produisait à partir de deux dynamismes antagonistes, qu’elle appelle la matérialisation et la dématérialisation de l’énergie [1], donnant à la vie une importance égale à l’entropie, elle appuie sans réserve l’idée que l’individu se présente comme la forme ultime de la vie [2]. Selon cette cosmologie, la responsabilité devrait être postulée comme la forme la plus différenciée de la vie puisqu’elle est une propriété essentielle de l’individu qui apparaît au sommet de son évolution.

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Pourquoi vouloir que l’espèce humaine survive ?, par Cédric Chevalier

Dernier_Jorion

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Dans son « Temps qu’il fait » du 3 mars 2016, Paul Jorion s’exprime à propos de son prochain livre, Le dernier qui s’en va éteint la lumière :

« Et je vous l’ai déjà dit : on ne peut pas prouver qu’il faut sauver le genre humain et l’humanité, cela ne se prouve pas, c’est une chose qu’on a envie de faire ou pas. Moi personnellement, j’ai envie que cela continue… qu’on s’améliore quand même. Je me dispute un petit peu dans tous les coins, sur un mode un peu réformiste d’un côté, sur un mode un peu plus révolutionnaire d’un autre, je fais [flèche] de tout bois mais j’ai l’impression qu’avant de partir, il faut faire un max quand même. Pourquoi ? « Pour la beauté du geste » comme j’avais dit un jour. Je ne sais pas exactement ce que veut dire l’expression mais je me comprends et j’espère vous aussi, que faire quelque chose pour la beauté du geste, ça vaut la peine. »

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Snow-Therapy à Macro-Therapy : de l’être primitif au peuple debout, par Annie Fortems

Billet invité. À propos de Paul Jorion pense tout haut le dimanche 15 février 2015.

Le dernier opus du suédois Ruben Ostlund, Snow-Therapy, n’est pas qu’un thrilleur psychologique, intimiste. Il esquisse aussi une vision de macro-Therapy politique et sociale. Passer une semaine de sports d’hiver dans les alpes françaises en compagnie de cette famille de bobos scandinaves n’est pas de tout repos. On ne revient pas indemne de cette luxueuse station, posée dans un écrin blanc en haut d’un pic rocheux. Amphithéâtre féerique de lumière et de blancheur scintillante où l’on se prend à rêver de feux d’artifices accompagnant les coups de canons à neige. On verra que ce sera plutôt le lieu des artifices qui partent en fumée.

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PAUL JORION PENSE TOUT HAUT LE DIMANCHE 15 FÉVRIER 2015 – (retranscription)

Retranscription de Paul Jorion pense tout haut le dimanche 15 février 2015. Merci à Olivier Brouwer !

Bonjour, on est dimanche, le 15 février 2015. Et demain, à 16h, eh bien, je donne cours à la V.U.B. et on parlera d’Aristote sur tous les aspects qui ont rapport avec l’argent, l’économie etc., la responsabilité, et, venez si vous êtes par là, ça se passe à 16h, c’est dans le grand bâtiment D de l’université, c’est au sous-sol, le grand amphithéâtre 03. Voilà. Si vous êtes là à 16h, eh bien venez ! J’ai expliqué qu’il y avait beaucoup de monde qui venait maintenant mais, rassurez-vous, il y a encore quelques petites places : c’est un grand amphithéâtre.

Et, pourquoi est-ce que je fais un truc aujourd’hui ? Parce que, eh bien, ça va s’appeler : « Paul Jorion pense tout haut ». Et curieusement, curieusement parce que ça m’a pris quelquefois de réfléchir comme ça sur des sujets, ici c’est quelqu’un qui m’a dit : « Il faut absolument que vous interveniez sur un sujet particulier ». Et alors, c’est très intéressant, la lettre qui m’est envoyée, c’est un commentateur du blog, de longue date, toujours des réflexions intéressantes, et il me dit : « Ecoutez, pourquoi est-ce que vous ne penseriez pas tout haut sur la question de la sexualité des riches et des puissants ? » Il m’explique pourquoi il faut en parler. Il donne d’excellentes raisons, mais il termine en disant : « Oh là là, si vous le faites, vous êtes exposé, vous êtes exposé, parce que les riches et les puissants n’ont pas seulement une sexualité, ils ont aussi énormément d’alliés, que ce soit des volontaires ou que ce soit des gens qui [sont] payés pour, et les volontaires, dit-il, viennent parfois d’endroits inattendus, par exemple des gens qui, voilà, des gens qui seraient proches, proches des victimes ou qui pourraient facilement s’identifier avec les victimes et qui, quand même, interviennent ».

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Emprunts toxiques : l’État, l’intérêt général, les banques et nous. Quatrième et dernière partie : Où il est question de la patience infinie que nous manifestons vis-à-vis du monde financier, par Zébu

Billet invité.

Emprunts toxiques : l’État, l’intérêt général, les banques et nous

Première partie : L’art difficile de minimiser les pertes

Deuxième partie : « Motif impérieux d’intérêt général », quésaco ?

Troisième partie : Quand les banques demandaient aux collectivités locales de les assurer tous risques, et bien davantage encore …

Billet invité.

Les divers éléments mis en évidence dans les trois exposés précédents montrent bien combien l’État s’est laissé prendre par les banques dans ces marais fangeux, en acceptant, sans condition, de se voir refiler la patate chaude des opérations spéculatives des banques, avec la complicité consentante des collectivités locales, et d’en supporter la charge, sans limites. Et surtout, sans charges autres que les quelques malheureux 50 millions d’euros annuels pendant quinze années dont les dites banques devront s’acquitter pour s’absoudre de leurs péchés capitaux. Incohérences, reniements des règles élémentaires du droit et des règles comptables, amalgames permettant les mensonges éhontés, incapacité à prévoir (et donc à gouverner ?), tout a été et sera effectivement fait pour permettre aux banques d’être amnistiées et donc de ne pas payer, et à l’État de continuer à payer, c’est-à-dire, en dernière instance, les contribuables, pour ces banques fautives et reconnues coupables.

Car, de fait, et c’est aussi ce rapport du Sénat qui le précise très clairement (p. 28) : « Afin de faire participer les banques à la résolution d’un problème qu’elles ont en partie engendré, puisque ce sont elles qui ont créé et commercialisé les « emprunts toxiques », ce fonds est financé pour plus de moitié, par le secteur bancaire. »

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« Responsable, mais pas coupable » et « Le lampiste est le vrai coupable », par Michel Leis

Billet invité.

Au-delà de l’aspect juridique de l’affaire, de la glose des attendus du jugement, il me semble que l’affaire Kerviel illustre surtout un mode de fonctionnement de plus en plus généralisé dans notre société. Il offre aux élites dirigeantes la possibilité d’invoquer en toutes circonstances cette double argutie qui prend toutes les allures d’un rituel : « Responsable, mais pas coupable »[i] et « Le lampiste est le vrai coupable »[ii].

Au-delà du plafond de verre qui caractérise la plupart des grandes organisations se trouvent des dirigeants qui partagent quelques travers dans leur mode de décision. En particulier, le refus de rentrer dans la complexité et le « benchmarking »[iii] érigé comme principal critère de décision sont des modes de fonctionnement extrêmement répandus. Il faut faire aussi bien que ‘X’, réaliser 2% de mieux que ‘Y’, avoir une rentabilité sur capitaux propre au moins supérieure à celle observée chez ‘Z’ (ici, vous pouvez placer le nom des principales références utilisées dans votre secteur d’activité). L’enseignement des grandes écoles, les colloques et conférences, les experts et autres cabinets d’audit ne sont plus que des espaces où se répètent ad nauseam des stratégies considérées comme des exemples parfaits de réussite. C’est dans ces espaces que se construisent les normes de production et de profit, c’est-à-dire l’élévation de quelques réussites spécifiques au rang de dogme.  

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RETOMBÉES DE L’AFFAIRE KERVIEL : LES BANQUES « SYSTÉMIQUES » ET LES PRODUITS DÉRIVÉS REMIS EN QUESTION

Le 4 avril 2008, je publiais ici un billet intitulé : « Kerviel et la faute a pas d’chance », dont les dernières lignes disaient ceci :

« Alors, si c’est la faute à pas de chance, est-ce qu’il ne serait pas temps de ficher la paix à Jérôme Kerviel ? »

Un livre qui vient de paraître m’encourage à aller beaucoup plus loin encore dans la même direction.

Dans Antifragile. Les bienfaits du désordre (Les Belles Lettres 2013 [1]), dans le cadre d’une discussion relative à la relation entre taille et fragilité, Nassim Nicolas Taleb, consacre un bref paragraphe à l’affaire Kerviel. Il écrit ceci à propos du débouclage de la position de Kerviel le 21 janvier 2012 :

« Une liquidation de 70 milliards de dollars aboutit à une perte de 6 milliards de dollars. Mais une liquidation d’un dixième de cette taille, 7 milliards de dollars, n’entraînerait probablement aucune perte, car les marchés absorberaient ces quantités sans paniquer, peut-être même sans le remarquer. Cela nous dit donc que si, au lieu d’avoir une très grande banque, avec M. Kerviel en franc-tireur du trading, nous en avions dix de taille plus modeste, chacune possédant respectivement son M. Micro-Kerviel qui mènerait son activité de trader en franc-tireur et dans son coin à des moments imprévus, le total des pertes des dix banques serait quasiment nul » (pages 341-342).

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TOUS COMPLICES (suite et fin), par Zébu

Billet invité

C’est l’histoire d’une maison. Une maison dont les habitants étaient tous propriétaires. Cette copropriété n’allait pas forcément de soi et de temps en temps on voyait sortir tel pavé, tel drapeau rouge au rez-de-chaussée ou au contraire entendait-on les cris des propriétaires de l’étage du dessus qu’on « égorgeait la propriété privée ». On y avait nationalisé le chauffage et l’électricité mais aussi le chemin qui y menait et en sortait, les moyens de déplacements et même le crédit qui permettait à tout un chacun de pouvoir investir pour l’avenir, sachant néanmoins que les risques liés aux vicissitudes de la vie étaient pris en charge par l’effort de solidarité entre copropriétaires. Puis un marchand d’allumettes passa.

De fait, les habitants de cette maison n’en avaient guère besoin, puisque le chauffage et l’éclairage collectif couvraient largement les besoins de la maisonnée, mais le vendeur était pugnace et faisait bruler ses allumettes, montrant combien les jolies petites flammes faisaient aussi de jolies lumières. Ces allumettes étaient dite de sécurité, c’est-à-dire qu’elles ne pouvaient pas s’enflammer toutes seules. Pour plus de sécurité encore, elles étaient enfermées dans une boîte.

Les copropriétaires délibérèrent et acceptèrent que les allumettes du marchand leur soient vendues. Le marchand revenait régulièrement car la demande augmentait et proposa bientôt des cheminées à chacun, qui permettaient de chauffer individuellement, en plus du chauffage collectif. Les allumettes permettaient ainsi d’allumer de beaux feux dans ces cheminées, d’autant plus beaux et grands que le chauffage central, dont les copropriétaires s’étaient progressivement désintéressés, tombait de plus en plus en panne car il était de moins en moins entretenu, chacun rechignant à verser les cotisations nécessaires pour les charges communes.

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Comment introduire l’intérêt général dans la gouvernance d’entreprises ?, par Olivier Ardoin

Billet invité. Je publie pratiquement toujours les « billets invités » sans commentaire préalable. Le lecteur du blog devine que je le trouve intéressant sans savoir pour autant dans quelle mesure exacte je souscris à son contenu. Ceci me conduit souvent à devoir répondre à ceux des lecteurs qui supposent que j’approuve à 100 % le contenu de chaque « billet invité ». Dans le cas présent du texte d’Olivier Ardoin, je tiens à préciser que ses propositions bien que positives et susceptibles de susciter un débat intéressant ne me semblent pas aller assez loin dans la voie qu’il ouvre.

Constat :

L’économie de marché, en faisant disparaître les entreprises les moins performantes, conduit naturellement à la formation d’oligopoles qui dominent les principaux marchés mondiaux. En dehors du fait que la concurrence entre eux est largement faussée en raison de leur faible nombre, les décisions prises par les dirigeants de ces groupes de taille mondiale ont un impact de plus en plus considérable. Elles concernent souvent des millions de personnes et peuvent avoir des conséquences majeures sur l’environnement. Dans certains cas même, c’est l’ensemble de la planète et de ses habitants qui pourraient subir les conséquences de leurs choix, s’ils impliquent un risque de catastrophe écologique majeure par exemple.

Dans le système économique actuels, les seuls décideurs finaux légitimes sont les représentants des actionnaires, au nom du droit de propriété de ces derniers. Ils ont certes la contrainte de se soumettre aux lois des pays concernés par leurs projets, mais les lois, même quand elles sont bien faites et respectées, ce qui est loin d’être le cas dans tous les pays, ne peuvent pas tout anticiper quand il s’agit de projets complexes conduits à l’échelle mondiale.

Les décisions prises au sein de ces groupes sont donc prises par des intérêts privés en fonction d’un critère principal, celui de la rentabilité (à court terme de préférence) des capitaux investis.

La question primordiale à régler pour aboutir à un fonctionnement sain de l’économie mondiale est donc la suivante : comment introduire des représentants de l’intérêt général dans la gouvernance des entreprises ?

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