Archives par mot-clé : restructuration de la dette

L’actualité de la crise : LA VÉRITÉ PAS SOLUBLE DANS L’EAU, par François Leclerc

Billet invité.

Les analyses de Willem Buiter, économiste en chef de la mégabanque américaine Citigroup après avoir été blogueur du Financial Times (*) et professeur à la London School of Economics and Political Science, sont attentivement suivies par tous ceux qui s’efforcent de démêler les éléments de la crise financière. Il a notamment été l’inventeur de la stratégie de la création des good banks, dont il a proposé la création par les pouvoirs publics, une fois récupérés les dépôts des banques zombies (une autre de ses expressions favorites), relégués ensuite au rang de bad banks. A ce jour, cette orientation a été très soigneusement écartée par ceux qui auraient pu la décider.

En dépit de sa nouvelle situation, certaines de ses analyses restent accessibles. Une toute récente étude de 84 pages, en anglais et avec beaucoup de données chiffrées, est disponible ici. Sous la forme d’une interview, une version résumée de ses conclusions a paru dans le quotidien Français les Echos de ce lundi, que l’on trouve ici.

L’intérêt de l’analyse de Willem Buiter est en premier lieu de resituer la crise de la dette publique européenne dans son contexte mondial, et notamment américain. Et d’annoncer qu’elle va se généraliser. En second, de mettre en évidence qu’il n’y a pas de solution à cette crise s’il n’est pas pris en compte celle de la dette bancaire, dont il propose également une restructuration.

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L’actualité de la crise: LE CLUB DES MAITRES CHANTEURS, par François Leclerc

Billet invité.

Se campant crânement sur un terrain qui leur est familier, les gouvernements européens s’engagent stoïquement sur une voie étroite avec un seul impératif : tenir ! Sous la férule des Allemands – les Français n’ayant pas d’autre choix que de les suivre, faute d’avoir une politique – c’est le parti du non qui l’a emporté : non aux euro-obligations ! non à l’accroissement immédiat des moyens du fonds de stabilité (EFSF) ! A l’occasion d’une nouvelle rencontre, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy viennent de boucler le dossier, après que la position française se soit faite attendre.

Les Grecs, les Irlandais, les Espagnols et les Portugais ne vont avoir comme seule ressource que de serrer davantage les dents, les Italiens les rejoignant petit à petit dans cet exercice, en attendant que d’autres s’y mettent à leur tour franchement. Avec comme perspective lointaine, à l’horizon de début 2013, la mise au point d’un nouveau dispositif de sauvetage qui reste à inventer. Par la grâce d’une procédure allégée de révision des Traités européens évitant toute consultation référendaire ou vote parlementaire.

Réunis les 16 et 17 décembre prochains, les chefs d’Etat et de gouvernement pourront alors annoncer qu’ils ont accompli un grand pas en avant en se mettant d’accord pour gagner six mois par rapport au calendrier original, ce qui leur permettra de masquer l’étendue de leurs désaccords à propos du fonctionnement de ce nouveau mécanisme de crise. En espérant que tout tiendra jusque là.

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LA SEULE SOLUTION

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Les revenus ont été remplacés par des crédits. Le château de cartes du crédit s’est effondré. On a parlé de « crise de liquidité » au lieu d’insolvabilité pour permettre aux États de renflouer les banques en catimini en leur prêtant à taux zéro ou à peu près. Au lieu de prêter cet argent-là à des entreprises ou à des particuliers, tous incapables de les rembourser dans le contexte de récession qui s’était créé, les banques ont remis cet argent-là en pension auprès des banques centrales ou ont acheté des emprunts d’État. Comme les États s’étaient endettés pour renflouer les banques, et s’étaient portés garants de leur solvabilité, et que leurs rentrées baissaient du fait de la récession, le taux exigé sur leur dette grimpait et la valeur de leurs emprunts baissait. Du coup, le portefeuille des banques se dévalorisait. Ce qui les obligeait à se recapitaliser. Les banques s’affaiblissaient parce que leur portefeuille était bourré d’emprunts d’État qui perdaient de leur valeur parce que les États s’étaient affaiblis en venant à la rescousse des banques : une spirale infernale était née.

Dans la zone euro, l’État le plus affaibli, la Grèce, a crié au secours. On a créé tant bien que mal un fonds de garantie européen. On était en mai, les choses se sont tassées. On est cinq mois plus tard, et l’Irlande se trouve aujourd’hui dans un état pire que la Grèce ne l’était en mai. (Oui, je sais : l’Irlande ne doit pas émettre d’emprunt avant juillet 2011. Mais soyons sérieux : avec 32 % de son PIB de 2010 consacré à soutenir son secteur bancaire et l’éventualité que les pertes du secteur bancaire irlandais atteignent les 150 milliards d’euros, qui osera prétendre que tout ira bien en Irlande en juillet 2011 ? En août de cette année, le taux 10 ans de la dette irlandaise était de 4,89 %, il était hier de 8,76 % ; rien qu’entre le 18 octobre et hier, il a bondi de 2,76 %). Le Portugal et l’Espagne vont à peine mieux – même si la réponse varie légèrement de pays à pays quant à savoir qui de l’État ou de ses banques se porte le plus mal.

Jusqu’ici, les États de la zone euro étaient dans le même bateau. Pour la Grèce déjà, on a mis le remorqueur du Fonds monétaire international (FMI) à contribution. Ignorons la rumeur selon laquelle on construit en ce moment-même un gros radeau pour les pays les plus riches. Dans les conversations entre l’Allemagne et la France, le mot « restructuration » a cessé d’être tabou quand on parle de la dette de l’Irlande, de la Grèce et du Portugal. Ou du moins le mot « rééchelonnement » – ce qui du point de vue des créanciers veut dire la même chose : qu’une partie de la somme escomptée manquera à l’arrivée.

« Restructuration » ou « rééchelonnement », ce sont les détenteurs d’emprunts d’État – au premier rang desquels les banques – qui paieront cette fois. Du moins si elles peuvent encaisser la perte. Si elles ne le peuvent pas et si elles sont au palmarès des vingt banques « Too Big to Fail », trop grosses pour faire défaut – entendez « sans tout faire tomber par terre » – établi par le Conseil de Stabilité Financière du G20, il faudra que les États les sauvent. Avec quel argent ? Bonne question ! En faisant régler l’ardoise des vingt plus grosses banques du monde par le FMI ? De qui se moque-t-on : le FMI ne vit que de cotisations versées par les États !

J’ignore de quoi on parle dans les instances financières de la zone euro en ce moment mais si l’on ne parle pas de nationaliser dans son entièreté le secteur bancaire européen, on est en train de perdre un temps très précieux.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : UNE PAGE DIFFICILE A TOURNER, par François Leclerc

Billet invité

Quoi qu’il sorte du sommet européen des chefs d’Etat et de gouvernement, une page sera tournée demain jeudi. La crise politique qui couvait est désormais ouverte et a éclaté au grand jour, le gouvernement allemand continuant d’être à la manœuvre et s’efforçant de faire avaliser par les 27 les termes du compromis de Deauville franco-allemand dont il a été à l’initiative. Suscitant de fortes réactions négatives.

L’acte I du scénario allemand avait été d’engager l’Europe dans la réduction prioritaire des déficits publics, afin de revenir dans les clous de Maastricht et de préserver l’euro, l’acte II qui vient de commencer consiste à trouver une solution pour les Etats qui n’y parviendront pas.

Ce qui est nouveau, c’est la reconnaissance implicite que la tempête qui s’est levée et a atteint la Grèce et l’Irlande ne va pas se calmer, et que d’autres pays risquent d’être touchés. Que la Grèce, pour commencer, va faire défaut sur sa dette et qu’il vaut mieux s’y préparer afin que cela intervienne dans les meilleures conditions. Que le fonds de stabilité qui a été créé dans l’urgence ne va pas être en mesure de répondre aux besoins financiers causés par de nouveaux sauvetages. Qu’il faut donc mettre en place un nouveau mécanisme et que celui-ci, pour être solide, doit reposer sur un cadre juridiquement inattaquable, une modification avant 2013 du traité de Lisbonne révisant son article 125 qui interdit le renflouement d’un Etat.

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L’actualité de la crise: le temps des expédients va venir, par François Leclerc

Billet invité.

LE TEMPS DES EXPÉDIENTS VA VENIR

Le monde financier n’est plus ce qu’il était. Il fait preuve désormais d’un alarmisme permanent, après s’être si longtemps réfugié derrière une impassibilité de façade. Voire une morgue sans égal dont la justification fait plus que jamais défaut. Un comble pour des financiers.

Un jour, c’est l’échéance du remboursement à la BCE de 442 milliards d’euros par les banques de la zone euro qui est fébrilement attendue, son dénouement n’apportant aucun soulagement sur le marché interbancaire qui continue depuis à se tendre.

Immédiatement après, ce sont les nouvelles du marché obligataire, où se présente l’Espagne dont la notation risque d’être dégradée par Moody’s, qui sont redoutées. Ainsi que l’annonce, sans attendre, du retour de la Grèce sur ce même marché plus tard dans le mois.

En toile de fond, les mauvais indices qui se multiplient aux Etats-Unis lui font surtout beaucoup douter de la reprise américaine, et craindre une prochaine récession qui, additionnée à celle qui est attendue en Europe, ne pardonnerait pas. Même en Chine, des indices font état d’une baisse de la production manufacturière.

Cela n’en finit plus.

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