Archives par mot-clé : restructuration de la dette

L’actualité de la crise : L’AVEUGLE ET LE PARALYTIQUE, par François Leclerc

Billet invité.

Dans une ambiance qui ne s’y prêtait pas, les regards tournés vers un commissariat de Manhattan, puis un tribunal, les ministres des finances européens ont sans surprise donné leur feu vert au plan de sauvetage du Portugal, l’obstacle des Finlandais levé, leurs conditions acceptées. Les banques portugaises sont instamment priées de ne pas se délester en douce de la dette de leur pays ! Le FMI devrait suivre d’ici vendredi.

78 milliards d’euros seront prêtés dans le cadre d’un programme de trois ans, en contrepartie d’un ensemble de mesures budgétaires et de privatisations déjà négociées. Le communiqué commun ne mentionne toutefois pas le taux auquel le prêt est consenti, une question qui faisait débat et a une forte résonance en Irlande et en Grèce, les deux pays demandant une révision à la baisse du leur. Selon le ministre portugais des Finances, Fernando Teixeira dos Santos, un taux d’intérêt moyen d’environ 5,1% devrait être appliqué.

Pour la Grèce, il a été décidé de reporter la décision, après un échange montrant l’étendue des désaccords. Au final, le si déterminant signal envoyé aux marchés est d’une grande confusion. Tout est donc loin d’être bouclé, tant en raison de la demande allemande d’attendre le rapport de la Troïka, pour gagner du temps, que des fortes divergences persistantes qui ont tourné à la foire d’empoigne ces derniers jours. Chacun y allant de sa formule selon un large éventail allant d’une restructuration de la dette – les variantes ne manquant pas – à la réalisation prioritaire d’un programme massif de privatisations en Grèce. Le tout dans une cacophonie que le défaut subit du directeur général du FMI n’a pas contribué à résorber. La BCE reste intransigeante et les Allemands louvoient, tout le monde y va de sa recette ou préfère se taire. Aux dernières nouvelles Angela Merkel et son ministre des finances, Wolfgang Schaüble, ne seraient pas d’accord.

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L’actualité de la crise : MINIMUM DE RÉALISME, par François Leclerc

Billet invité.

La Grèce va devoir patienter, ayant entretemps réussi à emprunter 1,625 milliards d’euros à six mois, au taux pénalisant record de 4,88%, afin de tenir dans l’immédiat.

La Commission parle d’une décision prise « dans les prochaines semaines », et Angela Merkel veut pour se prononcer attendre les résultats de la mission de la Troïka, qui vient juste d’arriver à Athènes et doit y rester une bonne semaine. Le temps de se dégager un peu de la pression qu’exerce sur elle son allié du FDP, qui anime en Allemagne le front du refus.

Tous espèrent ainsi faire retomber la tension que la réunion de vendredi dernier avait contribué à faire grimper, et gagner du temps pour trouver une position commune. Christine Lagarde, pour rassurer, a de son côté déclaré sans savoir comment qu’« on allait continuer à les aider », tandis que George Papandréou appelait les Grecs au « sang froid ». Ce nouveau numéro du cirque ne fait que commencer, car les intérêts des uns et des autres sont clairement divergents.

Ce qui est certain, c’est que plus le temps passe, plus la dette grecque va être garantie par les Etats via le fonds de stabilité, car les banques non seulement n’en achètent plus sur le marché mais s’en délestent autant qu’elles peuvent. La charge est donc progressivement reportée en totalité sur les Etats, rien qui ne soit vraiment étonnant.

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L’actualité de la crise : SAUVETAGES À LA PONZI, par François Leclerc

Billet invité.

Les commentaires pleuvaient hier lundi sur le thème : « Que vont bien pouvoir encore trouver les Européens pour se sortir de ce nouveau mauvais pas ? ». Non pas pour évoquer le cas du Portugal – dont le plan de sauvetage doit encore être finalisé, la Troïka ayant déjà mis au point ses conditionnalités – mais celui de la Grèce, qui a déjà le sien, réaménagé mais ne suffisant pas.

Les crises nationales ont commencé à se télescoper et non plus se succéder.

Les autorités européennes seraient en passe d’adopter dans ses grandes lignes un plan consistant à ne rien décider de nouveau, faute de pouvoir se mettre d’accord. Il implique cependant, pour ne pas créer les conditions d’un défaut catastrophique du pays dès l’an prochain, de remettre au pot en lui concédant un nouveau prêt de plusieurs dizaines de milliards d’euros et en serrant davantage la vis. En exigeant en contrepartie la réalisation d’un plan de privatisation de 50 milliards d’euros.

Ces autorités poursuivent avec application un schéma qui a déjà failli… mais elles se disent qu’elles gagnent ainsi du temps, le plus précieux des alliés faute de mieux !

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L’actualité de la crise : C’EST RATÉ ! par François Leclerc

Billet invité.

C’est raté ! Une discrète réunion devait se tenir à Luxembourg à propos de la dette de la Grèce et des irresponsables de la presse ont tout foutu par terre en publiant l’information, « sapant l’effort de la Grèce » et alimentant la spéculation. C’est tout du moins ce qu’a fait savoir dans la nuit George Papaconstantinou, le ministre grec des finances.

Une belle brochette de hauts responsables avait pourtant tenté de s’y retrouver en catimini : Elena Salgado et Christine Lagarde, Wolfgan Schaüble et Giulio Tremonti, ainsi qu’Olli Rehn et les deux Jean-Claude pour fermer la marche (Juncker et Trichet). A l’arrivée, ils ne sont parvenus à se mettre d’accord que sur ce qu’ils ne voulaient pas : ni de sortie de la Grèce de la zone euro – une « option stupide », selon Jean-Claude Junker – ni de restructuration de sa dette, tout en reconnaissant que cette dernière option est « activement discutée sur les marchés financiers ». Piètre résultat.

Il ne reste alors que deux solutions sur le tapis, soit un inévitable défaut de la Grèce, dès 2012 quand elle devra revenir sur le marché pour financer sa dette – où elle est attendue de pied ferme – soit lui accorder une nouvelle grosse rallonge financière pour sortir de ce mauvais pas. La première issue est impensable, la seconde n’est politiquement pas praticable. Voilà au moins ce qui ressort de cette réunion loupée.

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L’actualité de la crise : UN PLAN A’, par François Leclerc

Billet invité.

Alors que les désaccords à propos de la restructuration de la dette grecque se précisent, les grandes données du plan de sauvetage du Portugal sont désormais connues. Rien qui ne contribue à clarifier une situation déjà très confuse et à élargir les marges de manœuvre des autorités européennes.

Ne disposant pas de plan B, celles-ci cherchent à mettre au point un plan A’, non sans de grandes difficultés pour se mettre d’accord sur ses modalités, comme on peut s’en douter.

Certes, il semble avoir été tiré quelques leçons des deux précédents plans de sauvetage, qui se sont vite révélés impraticables, le Portugal en bénéficiant. Une autre raison de ce relatif infléchissement est que sa situation n’est pas équivalente à celle de la Grèce, de l’Irlande… ou de l’Espagne, et que l’économie portugaise souffre d’autres maux – de toujours – que ces derniers. Un même remède de cheval n’est donc pas indispensable.

Les représentants de la Troïka chargés de négocier ce troisième plan en date pour le compte de l’Union européenne, la BCE et le FMI, ont parlé d’un programme « dur, mais nécessaire et juste »( chaque mot étant pesé). On pourra douter de son caractère juste, au vu des mesures qui ont fini par être annoncées, même si elles sont moins pire qu’escompté les précédents jours par la presse portugaise. De quoi permettre à José Socrates, – premier ministre socialiste démissionnaire, qui va affronter les électeurs le 5 juin prochain – de faire valoir ses talents de négociateur.

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L’actualité de la crise : UN HÉRITAGE À REFUSER, par François Leclerc

Billet invité

Par petites touches successives, ce qui était impensable devient admis du bout des lèvres. Devant une évidence fort tardivement reconnue – la réduction du déficit est tout simplement impossible sans croissance, et celle-ci ne peut pas redémarrer si l’austérité imposée y fait obstacle – une réduction de la peine des Grecs commence à être ouvertement envisagée sous forme d’une restructuration de leur dette (estimée à globalement 340 milliards d’euros). Ces premiers craquements au sein d’un univers bétonné de certitudes en annoncent d’autres.

Wolfgang Schaüble, le ministre des finances allemand, avait tiré le premier en suggérant la possibilité d’envisager « de nouvelles mesures », lançant un ballon d’essai. Klaus Regling, président du Fonds de stabilité financière européen, faisait ensuite un pas de plus en estimant qu’une restructuration pouvait être envisagée « en dernier recours ». Nout Welling, président de la Banque centrale des Pays-Bas et membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a depuis admis l’éventualité d’un rallongement de la maturité des obligations grecques, tout en excluant une décote.

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L’actualité de la crise: SAUVETAGES TRÈS DÉRAISONNABLES, par François Leclerc

Billet invité.

Bonjour l’ambiance, en cette veille de fêtes chrétiennes de Pâques !

Le ministre grec des finances a hier demandé l’intervention de la justice, assortie de la communication du mail d’un trader avertissant ses clients de l’imminence d’une restructuration de la dette grecque durant ce long week-end, car ce type d’information « influence les marchés » ! Comme si les marchés, cette entité désincarnée mais douée de vie, pouvaient être muets, aveugles et sourds… On nage dans l’absurde. Citigroup, d’après la presse grecque, serait dans le collimateur.

En dépit de cette alerte, il est pourtant plus probable que la situation va une fois de plus traîner en longueur, exercice favori des instances et autorités européennes quand elles ne savent pas quoi faire. Mais on ne sait jamais, car nécessité fait loi !

En réalité, plus ou moins ouvertement affichée, la priorité a été en sourdine donnée au sauvetage des « poches » de banques défaillantes, un objectif qui coïncide mal avec l’intense campagne de propagande menée en faveur de la réduction des déficits publics, présentée comme la solution à tous les périls. L’idée est qu’il a été laissé aux mégabanques le moyen de se tirer d’affaires toutes seules, mais que le fond du panier doit être secouru discrètement sur fonds publics.

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L’actualité de la crise : LA PART DU FEU, par François Leclerc

Billet invité

Une toute simple énumération des faits remplacera la plus accablante des analyses pour illustrer l’irrésistible déraillage qui est en train d’intervenir.

Au Bundestag, la révolte a éclaté au grand jour, un premier député de la CDU rejoignant les douze députés du FDP ayant déjà prévenu qu’ils voteraient contre le futur fonds de stabilité financière européen (MES). Deux à trois dizaines d’autres pourraient sauter le pas, selon les pointages, obligeant la chancelière à négocier avec son opposition pour faire adopter – mais après amendement – son propre plan. Le temps de la crispation est passé, celui du refus est arrivé.

En Finlande, la formation d’une coalition gouvernementale avec le parti des « Vrais Finlandais » (Perussuomalaiset) – en tout cas vrais vainqueurs des dernières élections – va reposer sur un difficile compromis, celui-ci ayant fait sa campagne sur le refus d’accroître la participation de la Finlande au fonds de stabilité financière, pouvant ainsi tout bloquer. Un grain de sable qui ne fait que rajouter une touche au grand repli sur l’égoïsme national alimenté par les populistes d’extrême droite, absurde refuge et dangereuse diversion.

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L’actualité des crises : LA TERRE BRÛLÉE COMME POLITIQUE, par François Leclerc

Billet invité.

En ce début de semaine, une avalanche de déclarations, toutes aussi péremptoires les unes que les autres, tente de convaincre on ne sait trop qui que la restructuration de la dette grecque n’est pas sur la table (ou bien pas à l’ordre du jour, selon une autre version). C’est à qui contribuera à nier avec la plus farouche énergie et la voix assurée ce dont les marchés sont pour leur part largement convaincus. Il leur est même – un comble – reproché de se tromper, par ceux-là qui en font d’ordinaire leur oracle.

Toutes nos vieilles connaissances sont au rendez-vous : Jean-Claude Trichet et Dominique Strauss-Kahn, Herman Van Rompuy et Jean-Claude Juncker, sans oublier Lorenzo Bini Smaghi, Klaus Regling et on en passe.

Deux indices ne trompent pourtant pas à cet égard : le taux des obligations grecques à 10 ans à dépassé le seuil de 14% et les valeurs des banques allemandes et françaises, connues pour être particulièrement exposées à celles-ci, chutent en bourse.

Les marchés ont toujours raison ! Une restructuration de la dette grecque sonnerait en effet le glas des tentatives européennes de stabiliser la crise de la dette et ouvrirait grand la porte à d’identiques remises en cause en faveur d’autres pays de la zone des tempêtes, précipitant le système bancaire européen à nouveau dans une chute libre. Ceci explique cela.

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ALLUMER LA LUMIERE DANS LA CHAMBRE NOIRE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Imputer les pertes abyssales du système financier sur ses créanciers, c’est allumer la lumière dans la chambre noire où la ploutocratie nous a enfermés. Au premier dollar ou premier euro de dette restructurée, c’est la réalité vraie qui est restaurée derrière son masque financier. En l’occurrence, la vraie valeur est politique, sociale et économique et n’a pas grand chose à voir avec les modèles de prix abstraits imposés par des marchés financiers captés par des intérêts particuliers sans nationalité et exonérés de toute responsabilité de bien commun.

Dans l’actuel système financier mondialisé non régulé capté par des intérêts particuliers, la loi est achetée par la finance pour créer des dettes sur des obligations sans valeur réelle. Les lois sont votées pour acheter une réélection mais ne sont pas financées par la fiscalité et l’économie réelle. La seule façon de donner un début d’application aux promesses électorales est depuis la crise des subprimes d’emprunter sur le marché mondialisé en dollar et euro et de mettre la chose publique sous le contrôle de la finance internationale hors de toute régulation par les lois nationales. Tout abandon d’intérêt ou de principal sur les dettes contractées revient à restaurer le principe du bien commun au-dessus de la finance et à refonder la loi comme compromis d’intérêt général et non comme paravent des intérêts particuliers des ploutocrates.

Les opinions publiques qui n’ont pas complètement perdu le sens des réalités comprennent de mieux en mieux que les responsables publics qui refusent la restructuration des dettes sont soit dépassés par leurs engagements d’État soit privilégiés de la ploutocratie. Une fois que ce diagnostic sera partagé par l’essentiel de l’opinion publique, il faudra mettre en œuvre un procédé international d’évaluation des pertes financières en fonction de la valeur réelle des démocraties nationales. Ce procédé est le marché commun international des CDS et primes de change cotées en bancor. Il organisera une dévaluation concertée de la valeur nominale des dettes par une restructuration internationale des changes fondée sur une cotation en bancor des matières premières et des économies réelles.

Le bancor est la seule solution pour restaurer l’État de droit en contrepartie de l’émission monétaire. Il suppose une révolution démocratique qui consiste à poser l’égalité des sociétés politiques devant l’obligation de remplir ses engagements monétaires régulés par la démocratie. Cette révolution est en marche par la vacuité non dissimulable des politiques monétaires et financières actuellement mises en œuvre pour différer la cessation de paiement des États et des banques. Pour que l’issue de cette révolution ne soit pas la disparition des régimes démocratiques, il faut que les peuples réclament l’égalité des nations devant la monnaie. Il faut abolir tout privilège d’émission monétaire et définir la démocratie internationale comme régime de couverture systématique de tout engagement financier par une prime d’option négociée sur un marché de droits transparents garantis par les réserves de change internationale.

La révolution engagée dont l’issue est en suspens pour peu de temps encore consiste à redéfinir la monnaie comme comptabilité du droit humain et non comme privilège d’opacité financière.

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L’actualité de la crise : HISTOIRE DE SOUPAPES, par François Leclerc

Billet invité.

Sous l’influence de la télévision, qui reste le média dominant, l’actualité fonctionne abusivement sous le régime des dominantes. La durée de vie d’une information est réduite, une nouvelle chassant la précédente pour lui prendre le pas et écraser toutes les autres. En général, cela ne contribue pas à la rendre intelligible.

Que plusieurs crises simultanées surviennent, et c’est la cacophonie, dans un système modelé pour n’en traiter qu’une seule. C’est la situation que nous connaissons actuellement, avec la catastrophe japonaise et l’internationalisation de la guerre libyenne, reléguant à l’arrière plan la crise européenne.

Cela pourrait laisser faussement croire que celle-ci est en train de se calmer. Or, il n’en est rien. Au contraire, des illusions sont en passe de tomber, rapprochant le moment où des remises en question devront être ouvertement opérées, comme d’habitude sous la contrainte.

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L’actualité de la crise : LA BCE, DONJON DU SYSTÈME, par François Leclerc

Billet invité.

Fort à propos, la chancelière Angela Merkel vient d’avouer être impliquée dans « une multitude de discussions pour pouvoir envoyer un signal fort le 11 mars ». Une manière de décrire la situation de grande confusion qui prévaut actuellement en Europe, qui n’est pas prête de se résorber, amenant la Banque centrale européenne (BCE) a passer à l’offensive.

Constatant que les gouvernements ne parviennent pas ou ne se résignent pas à assez serrer les boulons, et à faire prendre en charge le payement de l’addition par les contribuables comme elle l’estime primordial – ce n’est pas faute de l’avoir souligné – elle entend désormais peser de tout son poids pour les amener à résipiscence. Disons-le simplement, elle sort de son mandat officiel – la lutte contre l’inflation – pour défendre les intérêts du système financier envers et contre tout. Voici comment.

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L’actualité de la crise : L’OBÉSITÉ CAPITALISTE, par François Leclerc

Billet invité

Avant même d’être ficelé, le paquet se défait décidément par tous les côtés. Le 11 mars prochain, dans moins de dix jours, les dirigeants européens auront à leur agenda l’adoption d’un plan global pour faire face à la version européenne de la crise, alors que les mesures déjà mises en pratique doivent être revues et que des voix discordantes se multiplient à propos de ce qu’il faudrait ou non faire pour la suite.

Dans l’immédiat, Steffen Seibert, le porte-parole du gouvernement allemand, a jugé que la version adoucie du pacte de compétitivité proposée par Herman Van Rompuy, le président de l’Union européenne, « était une étape encourageante sur le chemin d’un accord », tout en précisant que beaucoup était encore à discuter. Nul doute que des formulations seront trouvées pour le communiqué final, mais que les Allemands devront pour cela mettre de l’eau dans leur vin. Que restera-t-il des contraintes du pacte initial ? Que permettra-t-il d’obtenir en contrepartie à propos des mécanismes de stabilisation financière ?

Au chapitre des délitements, les formations ayant gagné les élections irlandaises ont fait leur campagne en mettant l’accent sur la baisse du taux des emprunts de l’Union européenne et du FMI, tandis que les Grecs préfèrent négocier un allongement de leur calendrier de remboursement avec ces deux mêmes instances. Les Portugais, afin d’éviter de tomber dans le gouffre d’un sauvetage européen – dont ils peuvent constater l’inanité – tentent d’obtenir des Allemands que le fonds de stabilité européen puisse donner suite à leurs prochaines émissions obligataires. Ce n’est plus à une négociation de détails que l’on assiste, c’est à un véritable démantèlement pierre par pierre !

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L’actualité de la crise : DEUX POIDS, DEUX MESURES, par François Leclerc

Billet invité.

« Nous avons deux petits mois devant nous pour réussir » : voilà ce que doivent se dire les hauts fonctionnaires et sherpas qui négocient actuellement la préparation du Conseil européen des 23 et 24 mars prochains, par ailleurs veille d’une importante échéance électorale allemande dans le Bade Wurtemberg. Voilà le répit qu’ils souhaitent se voir accordé par les marchés, qui témoignent d’une relative expectative tant qu’ils croient possible une heureuse issue à cette échéance.

De quoi s’agit-il ? D’aboutir à un compromis conjuguant un renforcement du dispositif de sauvetage financier européen – qui suppose une implication allemande plus poussée – et une cohérence fiscale plus affirmée, nécessitant que le gouvernement français s’engage dans une rigueur que – fin politique – il a jusqu’à maintenant cherché à repousser à plus tard.

Ces deux mois vont être longs à tenir, le succès à l’arrivée n’étant pas garanti, les libéraux allemands du FDP tentant de se refaire une petite santé électorale en jouant la carte de l’intransigeance. Les marchés, à qui beaucoup a déjà été raconté, n’entendant pas cette fois s’en laisser conter. Aujourd’hui, ils viennent de donner deux signaux clairs, en se précipitant massivement pour souscrire à l’émission obligataire du fonds de stabilité et en retendant parallèlement les taux des pays de la zone des tempêtes. Favorables à des euro-obligations qui diminueraient leur risque, ils craignent que les Européens ne se mettent finalement pas d’accord. La signature de l’Europe est confortée, mais il reste à ce qu’elle soit apposée…

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LE SAUVETAGE DE L’EURO N’A PAS EU LIEU

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le sauvetage de l’euro n’a pas eu lieu : hier, par la voix de son ministre des finances, Wolfgang Schäuble, l’Allemagne a jeté l’éponge. M. Schäuble a dit qu’il n’y avait aucune urgence et qu’on pouvait réfléchir posément à la mise au point d’une nouvelle stratégie. Une autre manière de dire : « Advienne que pourra ! » L’oraison funèbre de la zone euro telle qu’on l’aura connue, à seize, a été prononcée par Olli Rehn, le commissaire aux affaires économiques et monétaires de la zone euro : « La crise est toujours là. Nous connaissons une trêve depuis deux ou trois jours mais nous ne pouvons pas nous permettre la moindre complaisance ». L’histoire retiendra qu’il rejetait lui la capitulation ; il est apparemment de la race des capitaines qui choisissent de couler avec leur navire.

Quand la zone euro a commencé de se défaire il y a un an, lorsque la situation de la Grèce a été connue, et que les projecteurs se sont immédiatement tournés vers le Portugal et l’Espagne, il est devenu évident que ce serait le pays le plus riche des seize qui – en dernière instance – devrait sauver tout le monde. Pourquoi ? Parce que dans un premier temps, les États sauvent les banques et comme elles sont insolvables, ils se noient en tentant de les sauver (voir le cas de l’Irlande dont on parlait moins il y a un an mais qu’il a fallu sauver en catastrophe à l’automne dernier), et que dans un deuxième temps, c’est aux États encore debout de tendre une main secourable à ceux qui tombent les uns à la suite des autres.

Quand la Grèce est tombée, l’Allemagne a fini par dire oui, du bout des lèvres. Quand ce fut le tour de l’Irlande, elle a dit qu’il s’agissait plutôt du genre de question dont le Fonds Monétaire International devrait s’occuper. Depuis, elle s’est attelée à mettre au point une solution qui entrera en vigueur en 2013, c’est-à-dire lorsqu’on pourra, après la bataille, faire le décompte des morts et des vivants. L’Allemagne s’est faite une raison, elle a faite sienne la philosophie du « en bien ou en mal, tout finit par s’arranger ! »

Mr. Schäuble aura donc connu son « moment Paulson », du nom de Henry « Hank » Paulson, le Secrétaire au Trésor de la deuxième administration Bush, qui jeta l’éponge le 14 septembre 2008 quand le représentant de la Barclays confirma que sa banque était prête à reprendre Lehman Brothers – à condition que ses actionnaires approuvent l’opération dans les jours qui suivraient. Le soleil se levait sur Tokyo et il était déjà trop tard.

L’hémorragie que provoqua la faillite de Lehman Brothers, et qu’il fallut étancher en déversant près de deux mille milliards de dollars et d’euros, fait que l’histoire pose déjà un regard sévère sur le « moment Paulson ». Mais que pouvait faire d’autre le ministre des finances américain ? On sait aujourd’hui – depuis que la Federal Reserve, poussée dans ses derniers retranchements, a dû révéler les chiffres – que dans le cas de Bear Stearns, qui avait elle été sauvée au printemps par son rachat par JP Morgan Chase, les titres rachetés à la firme par la Federal Reserve Bank de New York n’étaient qu’une infâme camelote. On a également appris le mois dernier que Bear Stearns était impliqué à l’époque dans une affaire de manipulation du prix de l’argent-métal sur le marché des Exchange-Traded Funds. Nous ne le savons que depuis quelques semaines mais il est difficile d’imaginer que Paulson ne l’ait pas su lui à l’époque. Il a déclaré alors sans la moindre ambiguïté : « Une opération de sauvetage comme celle qui vient d’avoir lieu pour Bear Stearns ne pourra pas être répétée ».

On sait maintenant que Lehman Brothers truquait ses comptes grâce à une entourloupe au doux nom de « Repo 105 », déguisant en ventes effectives à la fin de chaque trimestre des mises en pension de titres, et clamant à la face du monde qu’elle réduisait l’effet de levier dans son financement, alors qu’elle se contentait de doper sa combine. Cela aussi Paulson devait le savoir : on nous montre à nous les bilans officiels des sociétés mais un ministre des finances a accès aux vrais chiffres et quand tout s’écroule, apparaît en surface quelle est la part de ces chiffres qui découle d’un travail honnête et celle qui s’obtient par la fraude ordinaire. Quel que soit son degré personnel de cynisme, on est toujours surpris.

Que va-t-il se passer maintenant ? L’effet domino va suivre son cours et les pays en faillite restructureront leur dette. Les banques allemandes et françaises encaisseront la décote de la dette grecque ; les banques britanniques et néerlandaises, la décote de la dette irlandaise ; les banques espagnoles encaisseront la décote de la dette portugaise – la goutte qui fera déborder le vase en ce qui les concerne, et ainsi de suite, car chacun doit de l’argent à tous les autres. Il faudra avoir le cœur bien accroché dans le secteur bancaire. Les banques allemandes prendront un sacré coup mais on a dû faire les comptes à Berlin, et le calcul est facile à faire : sauver les banques allemandes coûtera toujours moins cher que de sauver toutes les banques de la zone euro plus la dette souveraine de tous les pays dont elles relèvent. Au bout du compte, la notation AAA de l’Allemagne devrait en sortir indemne, alors que si elle s’engageait dans les jours qui viennent à sauver l’Espagne (dont coût à vue de nez, 950 milliards d’euros, soit davantage que le montant actuel de la cagnotte européenne : les 750 milliards du Fonds Européen de Stabilité Financière), la notation de son risque de crédit serait menacée.

Hier, la zone euro a basculé officiellement dans le chacun pour soi. Mais quel était le choix qui s’offrait à M. Wolfgang Schäuble ? Guère meilleur que celui auquel était confronté M. Henry Paulson il y a deux ans : Charybde ou Scylla. Y a-t-il moyen de faire autrement ? Oui, si l’on remet en question des choses jugées fondamentales quant au statut de la propriété privée. À cela, la zone euro et ses majorités parlementaires libérales n’est pas encore prête. On en reparlera sur le champ couvert de morts, après qu’auront été quelque peu déblayés les décombres.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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