Archives par mot-clé : social-démocratie

Social-démocratieLA LENTE FIN D’UNE HISTOIRE, par François Leclerc

Billet invité.

La piste avait été tracée en Italie, et le gouvernement français va en profiter. De recul en recul, il s’avère que l’objectif de réduction à 3% du budget du déficit public n’est pas atteignable, car il n’est pas envisageable de faire plonger ces deux pays comme cela a été imposé à l’Espagne, la Grèce, le Portugal et l’Irlande. Mais si Matteo Renzi, le président du Conseil italien, a ouvertement mis en cause ce seuil « anachronique » imprudemment gravé dans le marbre, les autorités françaises ont adopté comme ligne de conduite de discuter de son rythme, employant l’argument si souvent rencontré dans la bouche du gouvernement américain : « ce qui est bon pour la France est bon pour l’Europe ». L’autre différence étant que l’Italie reste – tout du moins pour le moment – en dessous du seuil décrié, sauvant ainsi les apparences, tandis que la France en est à 4,3%, ce qui dans les faits remet en cause le cadre imparti et la politique qui va avec, mais sans le dire.

Quel que soit le mode choisi, cette remise en question ne s’accompagne pas de l’affirmation d’une autre politique et ne peut prétendre qu’à la formulation indécise et sans le revendiquer d’un plan A’, c’est à dire à un simple assouplissement de la stratégie de désendettement qui bute sur un obstacle incontournable : la montée de la crise sociale et politique qu’elle induit. Les formations se réclamant de la social-démocratie se révèlent incapables, comme déjà constaté, de concevoir et défendre une politique alternative, ce qui explique qu’elles ont perdu l’initiative et se contentent de manœuvres dilatoires et de négociations à l’arraché à Bruxelles.

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Limites de la démocratie représentative, par Michel Leis

Billet invité. Paul Jorion : Je lis le billet de Michel Leis comme une contribution au débat qui a lieu ici sur le rôle que jouent et que pourraient jouer aujourd’hui les partis politiques ; il n’exprime pas ma position sur un parti en particulier. Pour ce qui est de mes rapports avec Nouvelle donne, on peut revoir ici les entretiens que j’ai eus avec Bruno Gaccio, membre fondateur de ce parti. Je participe par ailleurs mardi 18 mars à Paris à un débat organisé par le Collectif Roosevelt Sorbonne ; si je ne l’ai pas encore signalé ici, c’est que j’attends que l’on me communique le nom de l’élu ou élue qui sera mon interlocuteur ou interlocutrice.

Cela fait plusieurs mois qu’au travers de diverses discussions qui ont agité ce blog, je sens l’urgence de l’engagement politique. Le climat de déliquescence, la montée de l’extrême droite, tout me pousse dans cette voie. Dans le paysage politique français, le choix pour quelqu’un qui espère un monde un peu plus juste et un peu plus ouvert se résume entre un « Front de Gauche » dominé par la personnalité omniprésente (et parfois contestable) d’un Jean-Luc Mélenchon et la création de « Nouvelle donne » qui pourrait rejoindre par bien des aspects mon positionnement de social-démocrate de combat. C’est dans ce contexte que j’ai assisté mardi 4 mars à une réunion organisée à Bruxelles par le comité local de « Nouvelle donne ». Dans la réalité, j’ai assisté à deux réunions bien différentes.

La première avec Susan George, tout à fait passionnante, montre que des personnalités au sein de ce parti ont une conscience claire des enjeux et des risques. Centrée sur les implications du traité de libre-échange transatlantique, elle montrait très clairement comment des décisions impliquant l’ensemble des citoyens sont progressivement inscrites à l’agenda du pouvoir politique dans une absence de transparence totale. Un exercice minutieux de déconstruction des rapports de force plutôt effrayants quand on en évoque les détails.

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Je suis social-démocrate et je suis orphelin d’un parti, par Michel Leis

Billet invité.

Les hommes politiques usent et abusent de cette étiquette pour justifier des politiques à l’exact envers d’une telle affirmation. La plus grande confusion règne et comme je me considère comme un social-démocrate, il me semble indispensable de définir ce que recouvrent ces deux mots à mon sens.

Je suis social

Je ne peux admettre que moins de cent personnes sur la planète détiennent autant que les trois milliards les plus pauvres, que depuis le début de la crise actuelle, 95% du peu de croissance créée ait été accaparé par les 1% les plus riches aux États-Unis (qu’en est-il en Europe ?), que l’écart entre les salariés les moins payés et les salariés les mieux payés ne cesse de s’accroître, que depuis 1995, les 1% les mieux payés ont vu leur salaire progresser deux fois plus vite que les 10% les moins payés, on peut multiplier les exemples à l’infini, et cette abondance est plus choquante que tout. Dans l’absolu, qu’il y ait des différences de richesse et de revenu ne me gêne pas. Quand elles atteignent de telles proportions et que des personnes vivent dans la misère, alors elles me sont insupportables.

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Le masque, par Léoned

Billet invité.

J’approuve le billet de Michel Leis, mais je le trouve indulgent. Trop indulgent.

Ce n’est pas un abus de langage, c’est un contresens.

Ce n’est pas un contresens, c’est une arnaque.

C’est pire qu’une arnaque, c’est un masque.

En se proclamant « social-démocrate », comme s’il s’agissait là d’une maladie honteuse, François Hollande feint de se cacher de ce qu’il est vraiment : un parfait libéral.

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ABUS DE LANGAGE, par Michel Leis

Billet invité

Je l’avoue, je suis particulièrement énervé quand j’entends François Hollande se réclamer de la Social-Démocratie. J’hésite entre l’abus de langage et l’escroquerie avérée.

Premier élément, on ne peut invoquer le terme de démocratie quand on cède aux sirènes d’une politique ardemment souhaitée par une minorité d’individus, mais, que je sache, n’a fait l’objet ni d’un débat public, ni d’une consultation préalable (et éclairée) des citoyens. Il me semble me souvenir que ce genre de politique avait quand même largement contribué à la défaite du prédécesseur de Hollande. Que ce soit parce que le pouvoir politique est aujourd’hui trop proche d’une certaine élite économique ou parce qu’il cède aux rapports de force qu’il a lui-même contribué à établir, le résultat est le même : nous sommes dans un gouvernement aristocratique et non pas démocratique.

Deuxièmement, invoquer la dimension sociale quand on s’apprête à faire subir à l’État une cure d’amaigrissement relève d’une contre-vérité absolue, sauf à considérer que le social se limite à la création de quelques emplois. Et encore, à la condition expresse que la demande soit au rendez-vous, que la compétition internationale ne se renforce pas, ou que nos salaires ne restent pas en définitive trop élevés par rapport à ceux du Bangladesh. Au final, il faudra mettre aussi dans la balance le nombre d’emplois qui ne seront pas renouvelés dans la fonction publique pour cause de politique d’austérité. Pour le reste, il faut rappeler que la dimension sociale n’est pas à proprement parler l’affaire des entreprises. Dans un contrat de travail, elle se limite à recopier ce qu’il reste de législation sociale à laquelle, il faut ajouter les quelques avantages octroyés par les plus grandes entreprises. Quant à la politique sociale d’une entreprise, il s’agit surtout de promouvoir dans la hiérarchie ceux qui sont les plus à même de transmettre le message formaté sur le profit et l’investissement personnel qui s’impose à chacun pour atteindre cet objectif.

Ni social, ni démocrate donc.

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COMMENT JE SUIS DEVENU UN SOCIAL-DÉMOCRATE EXTRÉMISTE, par Michel Leis

Billet invité

Mon entrée dans l’adolescence a coïncidé avec la fin des Trente Glorieuses. De la période qui a précédé, il ne me reste que des souvenirs assez lointains et l’impression que la croyance dans de beaux lendemains était partagée par le plus grand nombre, à commencer par mes parents. Les livres de mon enfance s’extasiaient sur les progrès de la technique quand la télévision (encore en noir et blanc) retransmettait les premiers pas de l’homme sur la lune. La foi dans le progrès, la science et l’amélioration des conditions matérielles ne pouvaient conduire qu’à un avenir meilleur pour tous, du moins le pensais-je, le pensions-nous.

L’histoire individuelle et la nostalgie sont des prismes qui déforment une réalité autrement plus âpre. Quand l’on regarde l’histoire factuelle, les luttes sociales ont été nombreuses et parfois violentes, l’amélioration des conditions matérielles n’a vraiment commencé qu’au milieu des années 60, l’appel à la main d’œuvre immigrée s’est fait dans des conditions souvent indignes, la fin des empires coloniaux s’est passée pour l’essentiel dans la violence et la douleur. Pourtant, si la manière n’y était pas et le prix en a été élevé, les avancées de cette période sont indéniables : décolonisation, hausse continue du pouvoir d’achat, développement d’une classe moyenne, équipement des ménages, instauration de salaires minimaux et développements de l’État providence, la liste est trop longue pour pouvoir être exhaustive.

Pour expliquer ces avancées, on peut mettre en avant la volonté du monde politique de mettre en œuvre des réformes. En ce sens, on peut dire que cette période aura été l’apogée de la social-démocratie, au-delà de la couleur politique auquel on associe traditionnellement cette idée. Le monde politique de l’époque semblait porter une vision de long terme. Peut-être était-il simplement en phase avec cette croyance généralisée dans les bienfaits du progrès[i] et d’un futur meilleur. Plus sûrement, cette dimension de long terme prenait en compte les leçons de la crise de 29, de la deuxième guerre mondiale et les menaces potentielles résultant de la guerre froide. La multiplication des réformes et des projets exprimait aussi la simple volonté de s’affirmer dans le contexte d’une rivalité généralisée entre blocs et pays.

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SOCIAL-DEMOCRATIE : LE RAPPORT DU MEDECIN-LEGISTE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand le système financier international s’effondra à l’automne 2008, entraînant l’économie à sa suite, on s’attendit à un retour en force de la social-démocratie. Voilà tant d’années qu’elle attendait son tour et nombreux étaient ceux qui espéraient sa venue. Le communisme – dont les conservateurs de tout poil avaient toujours prétendu qu’il constituait son abominable vérité cachée – était mort, le capitalisme était désormais moribond : le moment était venu. Un grand vent d’enthousiasme social-démocrate se levait aux États-Unis : un candidat du parti démocrate au profil neuf était apparu, le pays appelait de ses vœux un second Franklin D. Roosevelt pour appliquer lui aussi un New Deal qui remettrait le pays sur ses rails, qui lui permettrait de renouer avec l’une de ses valeurs originelles : un pays sans aristocratie, une grande classe moyenne libérée des luttes de classes ancestrales.

Le désappointement fut à la mesure de l’espoir qui était né. Wall Street qui avait trahi l’idéal d’une société sans classes avait vacillé, une administration républicaine déboussolée glissait de jour en jour davantage – faute d’alternative – vers la social-démocratie. Enfin Obama vint, il rétablit Wall Street sur ses pieds et lui rendit les rênes du pouvoir qui avaient manqué lui échapper de très peu. Les électeurs d’Obama en sont encore sonnés. Il ne restait qu’un seul endroit pour une opposition déterminée à la restauration qui avait eu lieu : le populisme libertarien du Tea Party.

Le peuple de la social-démocratie est celui de la citoyenneté, de la triade Liberté-Egalité-Fraternité ; le peuple du populisme, c’est l’éternel vaincu, réduit à l’aigreur et au ressentiment, toujours trop bête pour comprendre les multiples manières dont il est sans cesse berné et du coup, toujours prêt à se précipiter sur les chiffons rouges agités devant lui pour l’égarer et s’amuser en haut-lieu de sa stupidité intrinsèque.

En Europe aussi, le silence de la social-démocratie fut assourdissant. Des partis socialistes dont on attendait un sursaut n’émergèrent que des querelles entre candidats interchangeables, faute d’un quelconque programme. La raison en était simple : on attendait du corps endormi de la social-démocratie qu’il se réveille enfin mais quand rien ne se passa, il fallut bien constater que s’il avait cessé de bouger, c’était parce qu’il était mort : l’âme de la social-démocratie avait déserté les partis dits « socialistes » depuis trente ans déjà, sans pour autant aller se fixer ailleurs.

Le projet de la social-démocratie est-il pour autant à jamais perdu ? Peut-être pas. Depuis trois ou quatre ans, nous avons pris l’habitude en Occident d’attendre, pareils à des enfants geignards, que nos parents résolvent tous les problèmes pour nous. « La Chine, dit-on d’un air entendu, rachètera bien toutes nos entreprises en difficulté ! ». Ce qui est vrai : c’est en train de se passer à côté de chez vous. Elle soutient le dollar à bout de bras, et pour faire bonne mesure, l’euro aussi. Elle a déjà sauvé la Grèce, elle aide activement aujourd’hui le Portugal et l’Espagne, et sauvera bien tout le monde, le moment venu. « C’est son intérêt bien compris ! », ajoute-t-on du même air entendu. Vous aimez la social-démocratie ? C’est très simple : un peu de patience, un jour ou l’autre, la Chine finira bien par l’inventer pour nous.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction sur un support numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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