Archives par mot-clé : Wolfgang Schäuble

Europe : FAUT-IL ESPÉRER UN NOUVEAU SÉISME ? par François Leclerc

Billet invité.

Est-il besoin d’aligner les données les plus officielles pour mettre en évidence que l’Europe est engagée dans une lente mais irrésistible descente vers la récession et la déflation ? Et que tous les pays en donnent désormais les signes, même l’Allemagne (pour ne plus parler de l’Italie et de la France) ? « Notre reprise est modeste, faible, inégale et fragile mais ce n’est pas une récession », a déclaré hier Mario Draghi en parlant de la zone euro, mais que dira-t-il demain, après avoir mis si longtemps à reconnaître la pression déflationniste en se réfugiant derrière les prévisions favorables mais sujettes à caution du taux du swap d’inflation à 5 ans, avant de finalement l’admettre ?

L’institut allemand IFO laisse prévoir pour le troisième trimestre une croissance zéro pour le pays, ramenant celle-ci à 1,5% pour l’année en cours. « La plus importante économie de la zone euro se trouve dans une situation dangereuse, entre un atterrissage en douceur et une longue période de quasi-stagnation » constate pour sa part l’économiste en chef du groupe financier ING. Il commence à être perçu que ce que l’Allemagne a accompli – et dont son gouvernement fait aujourd’hui un modèle pour tous – a bénéficié d’un contexte international favorable qui a disparu et de l’existence d’une puissance industrielle sans équivalent.

Continuer la lecture de Europe : FAUT-IL ESPÉRER UN NOUVEAU SÉISME ? par François Leclerc

Partager :
Recommandez par mail Recommandez par mail

Europe : OÙ EST LA PORTE DE SORTIE ? par François Leclerc

Billet invité.

La vérité est sans fard : plus le temps passe, moins la stratégie de relance choisie par les dirigeants européens fait ses preuves, et plus elle pose problème. Mais aussi plus le débat entre eux est serré, voire même impossible. Se voulant définitif, le ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble, a fermé hier la porte à toute inflexion de celle-ci : « on ne peut pas acheter des emplois et de la croissance avec de l’argent public », a-t-il magistralement asséné devant le Bundestag, avant d’expliquer que la BCE avait fait tout ce qui fallait, pour signifier qu’elle ne devait pas aller au-delà.

Condamné à le suivre comme son ombre, le ministre français Michel Sapin l’a accompagné dans la conception d’un plan de dynamisation du marché des ABS. Présenté comme allant impulser l’investissement privé, il n’est pas à la hauteur des ambitions prêtées à la BCE, que Manuel Valls, le Premier ministre français, avait auparavant salué à Turin comme « une victoire de la gauche »… Les obstacles s’accumulent : la règlementation Solvency II des assurances devrait être modifiée, et il faudrait passer outre les objections exprimées en Allemagne. La taille réduite actuelle du marché des ABS rend en tout état de cause illusoire d’atteindre le volume d’achat de 800 milliards d’euros…

Continuer la lecture de Europe : OÙ EST LA PORTE DE SORTIE ? par François Leclerc

Partager :
Recommandez par mail Recommandez par mail

MARIO DRAGHI NOIE LE POISSON, EN TOUTE INDÉPENDANCE…, par François Leclerc

Billet invité

Un pas en avant, un pas en arrière. Mario Draghi a repris aujourd’hui le terme employé avant-hier par Wolfgang Schäuble, selon qui ses propos tenus à Jackson Hole avaient été « sur-interprétés », prenant acte – en toute indépendance, cela va de soi – du refus du gouvernement allemand et de la Bundesbank de le suivre sur un terrain glissant. Il a procédé à sa propre explication de texte pour noyer le poisson, estimant que « chacun devait faire son travail » pour enrayer la baisse de l’inflation, aux gouvernements de mener des politiques budgétaires favorables à la croissance et l’emploi tout en réalisant des réformes structurelles (et de trouver les marges de manœuvre le permettant !). Il n’est pour le moment plus question de flexibilité de la politique fiscale, en attendant des jours meilleurs et des circonstances plus propices.

Pour sa part, la BCE a abaissé à 0,05 % son principal taux directeur – autant dire que le loyer de l’argent est gratuit pour les établissements financiers – et a encore baissé son taux de rémunération, devenu négatif, des dépôts bancaires dans son coffre-fort. Présentées comme allant relancer le crédit aux entreprises et assurer le retour de l’inflation, ces deux mesures, ainsi que l’annonce d’un « large » et non chiffré nouveau programme d’achat de dette privée titrisée (ABS), qui était depuis longtemps à l’étude, auront plus sûrement comme effet de soulager les bilans bancaires en ces temps de troisième version des stress-tests. La BCE n’y étant pas soumise, cela lui permet de continuer à jouer les bad banks pour le compte d’autrui.

Encore une petite pelletée de terre ?

Partager :
Recommandez par mail Recommandez par mail

Sommet européen : FRANÇOIS HOLLANDE AU BOUT DE SON ROULEAU ! par François Leclerc

Billet invité

Le sommet européen de demain a un ordre du jour déroutant, alors que la première estimation de l’inflation du mois d’août en zone euro vient de tomber : 0,3 % en valeur annualisée, soit 1 % de moins qu’il y a un an. La zone euro s’approche dangereusement d’une situation de déflation caractérisée – dont l’Italie prend le chemin en annonçant pour août une inflation négative de -0,1 % – mais les chefs d’État et de gouvernement devraient officiellement débattre d’un sujet beaucoup plus important : les nominations des commissaires de la future Commission de Bruxelles, du chef de la diplomatie et du président du Conseil européen.

Ceux qui parmi les dirigeants sont dans le besoin cherchent ainsi à élargir leurs marges de manœuvre en déployant une stratégie d’influence en plaçant leurs candidats. Pensant avoir donné des gages avec la nomination de son nouveau gouvernement, François Hollande a annoncé vouloir plaider « la pleine utilisation des flexibilités dans le rythme de réduction des déficits, dans le respect des règles européennes ». Il s’agirait selon lui d’éviter « une longue et peut-être interminable stagnation » en adoptant « une nouvelle initiative de croissance », portée par la BCE et soutenue par le ronflant plan d’investissement annoncé par Jean-Claude Juncker. Tout cela est au mieux du bricolage sans portée significative et au pire du vent, justifiant que François Hollande y ajoute un troisième volet, une mystérieuse « adaptation du cadre budgétaire européen ». Claude Bartolone, le président de l’Assemblée nationale, a été plus direct en déclarant qu’il « n’écartait pas une renégociation des traités ».

La prestation de Wolfgang Schäuble à l’université du Medef a illustré la vacuité de la politique présidentielle. « Il faut impérativement produire des réformes structurelles visant le marché du travail », a-t-il déclaré, mettant les points sur les « i » en ajoutant qu’il fallait des « réformes ambitieuses qui ne soient pas seulement des annonces, mais qui soient aussi mises en œuvre ». Bien que présent dans toutes les têtes à Bruxelles, l’essai de Mario Draghi n’y sera pas transformé. Même en donnant des gages côté réformes du marché du travail, il ne sera pas concédé un assouplissement des règles de réduction du déficit et une flexibilité accrue pour le calculer. La stratégie qui repose sur une évolution en souplesse de la politique européenne ne fonctionne pas : la baisse du coût du travail d’abord, pour le reste on verra ensuite ! François Hollande arrive au bout de son rouleau et ne peut espérer que dans la mansuétude de ses pairs pour éviter que la Commission prenne des sanctions contre la France. C’est la suite logique de sa décision de signer le traité fiscal au début de son mandat et la fin de ses tentatives de biaiser.

Partager :
Recommandez par mail Recommandez par mail

FAUX DÉBAT A PROPOS DE LA POLITIQUE DE LA BCE, par François Leclerc

Billet invité.

Le débat à propos de l’achat de titres obligataires par la BCE se poursuit, sans que celle-ci ne donne actuellement signe de s’y engager, en dépit de rumeurs persistantes l’annonçant pour plus tard. Il s’inscrit dans le contexte d’avis opposés délivrés par le FMI et la Banque des règlements internationaux (BRI) sur les dangers comparés de la déflation et de la création de bulles d’actifs, et sur la politique que les banques centrales doivent en conséquence mener. Le premier, comme vient de le rappeler Christine Lagarde à propos de l’Europe, met en garde car « une inflation obstinément basse peut gravement nuire à la croissance » et « alourdir le poids de la dette. » La seconde minore les conséquences de la déflation et développe un point de vue restrictif sur la poursuite des opérations d’assouplissement quantitatif (achats de titres obligataires) en cours de la Fed, sur laquelle celle-ci laisse prévoir son arrêt à l’automne, ainsi que sur sa politique de taux proche de zéro.

Toujours inspiré par la crainte d’une bulle immobilière en Allemagne, Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, a sur cette question une opinion arrêtée dont il ne démord pas : appelant la BCE a intervenir, il a déclaré « Nous ne pouvons pas abandonner aux seuls régulateurs des États la tâche d’éviter les bulles. Les banques centrales doivent avoir cela en tête dans leurs décisions sur la masse monétaire ». Pour répliquer à ceux qui demandent une intervention destinée à affaiblir l’euro par rapport au dollar, il rétorque : « Je ne fais aucun cas des discussions politiques sur le taux de change, il est fixé par le marché. Quand la politique s’en mêle, cela ne donne jamais de bons résultats. »

Continuer la lecture de FAUX DÉBAT A PROPOS DE LA POLITIQUE DE LA BCE, par François Leclerc

Partager :
Recommandez par mail Recommandez par mail

L’analyse des élections : UNE CONFUSION BIEN ARRANGEANTE, par François Leclerc

Billet invité.

Agitant l’épouvantail du populisme et des eurosceptiques, de nombreux commentateurs politiques enfoncent un même clou tordu. Ils réussissent l’exploit de présenter un rejet de la politique européenne comme un débat sur l’Europe, ce qu’il n’est que par défaut. Les chefs d’État et de gouvernement se réunissent aujourd’hui à Bruxelles mais ils ne semblent pas davantage prêts à dissiper une confusion leur convenant, reprenant à leur compte une grille d’analyse qui les exonère de toute responsabilité.

« Il s’agit de reconquérir les électeurs » perdus pour la cause, déclare Angela Merkel, sans donner le moindre signe qu’elle est prête à revoir la politique qu’elle personnifie. A son habitude, François Hollande brouille les pistes, décrivant une Europe « illisible, lointaine et incompréhensible » et devant « se retirer là où elle n’est pas nécessaire », tout en réaffirmant une feuille de route qui ne peut être modifiée au gré de ce qu’il qualifie de « circonstances ». Du côté de David Cameron, l’heure est au détricotage. Seul Matteo Renzi annonce « il est temps de changer de politique » et tente de se faufiler pour le mettre en pratique en Italie, fort de son succès électoral. L’Europe est devenue une auberge espagnole, chacun en ayant une conception différente, et le spectacle va continuer avec la nomination des présidents de la Commission et du Conseil des gouverneurs.

Continuer la lecture de L’analyse des élections : UNE CONFUSION BIEN ARRANGEANTE, par François Leclerc

Partager :
Recommandez par mail Recommandez par mail

LE FMI, MAUVAIS GÉNIE, par François Leclerc

Billet invité

Dans la dernière livraison de son rapport annuel qui, à le lire, semble plus consacré à l’instabilité qu’à la stabilité financière mondiale – son titre générique – le FMI multiplie les mises en garde. Dépassant aujourd’hui le montant de 800 milliards de dollars, le stock des créances douteuses des banques de la zone euro a selon lui doublé depuis 2009, plus particulièrement dans les pays périphériques en grande difficulté financière. C’est le résultat du ralentissement économique ainsi que du poids de la dette des entreprises. En conséquence, « les dirigeants de la zone euro font face au difficile défi d’accélérer l’assainissement des banques et des bilans des entreprises sans compromettre le retour de la confiance des marchés » constate le Fonds, qui n’est pas trop disert au chapitre des solutions, si ce n’est en préconisant que la BCE s’assure de « solutions de secours ». S’il est fait référence à l’Union bancaire, c’est mal parti, le Fonds ne dissimulant pas par ailleurs son scepticisme par rapport au mécanisme de résolution bancaire adopté et à ses capacités financières.

Continuer la lecture de LE FMI, MAUVAIS GÉNIE, par François Leclerc

Partager :
Recommandez par mail Recommandez par mail

Les banques : LA FARCE CONTINUE ! par François Leclerc

Billet invité.

La BCE a rendu hier public la méthodologie qu’elle va employer pour analyser les actifs bancaires, un manuel qui fait 285 pages. De quoi désamorcer les critiques après avoir dissuadé de lire un tel pensum ! Pour faire bonne mesure, un seuil minimum de 50% des actifs bancaires pondérés par le risque de chacune des 128 banques sur le grill devant être sélectionné par la banque centrale, il a été annoncé que 58% de ceux-ci le seront, d’une valeur de 3.720 milliards d’euros. Si avec cela toutes les garanties de sérieux ne sont pas réunies…

Peut-on encore le croire, à lire le Financial Times, qui a révélé que les portefeuilles de prêts hypothécaires immobiliers de Commerzbank et HSH Nordbank, deux des plus grandes banques allemandes, seront exclus de l’examen de détail de la BCE, à leur demande insistante et au prétexte que l’examen en serait fastidieux et coûteux !? On se rappelle que les caisses d’épargne allemandes (Sparkässen), gros détenteurs de prêts hypothécaires, étaient déjà – à une seule exception près – hors du champ d’investigation de la BCE à la demande des autorités allemandes, et que la Bundesbank a mis en garde à propos de la hausse des prix de l’immobilier, signe de bulle en formation. Les banques des pays périphériques seraient-elles seules promises aux foudres de la banque centrale ?

Si la BCE joue sa crédibilité sur cet exercice, les ministres des finances de l’Union européenne ne sont plus à cela près à propos de l’Union bancaire : les négociations entre eux et le Parlement européen à ce propos n’ont toujours pas débouché. Une réunion des ministres de la dernière chance aura lieu le 18 mars prochain, avant la fin de la mandature du Parlement et le prochain sommet des chefs d’État et de gouvernement des 20 et 21 mars. Le seul progrès qui a été jusqu’à maintenant constaté est que les points de désaccord ont été cernés ! Le Parlement estime en effet que les modalités de prise de décision – pouvant aboutir au démantèlement d’une banque – sont trop complexes et que le fonds permettant de les renflouer sera trop lentement alimenté par les banques. Les ministres sont de leur côté emmenés par Wolfgang Schäuble, qui a déclaré qu’« il est clair que nous ne pouvons pas accepter en tous points les volontés du Parlement ».

Partager :
Recommandez par mail Recommandez par mail

L’actualité de demain : CHUT LES ENFANTS, IL NE FAUT PAS RÉVEILLER LE MONSTRE ! par François Leclerc

Billet invité.

La sarabande est repartie en Europe, au risque de rompre une accalmie estimée trompeuse par les mauvais esprits. La coalition italienne ne tient toujours qu’à un fil, celui qui menace de se rompre dès le 9 septembre prochain, lorsque le Sénat devra confirmer ou non la déchéance de Silvio Berlusconi de son mandat de sénateur et son inéligibilité. Les roulements de tambour du côté de Gibraltar ne parviennent pas à faire oublier le scandale des revenus occultes de Mariano Rajoy, désormais suspecté d’avoir menti au parlement. Le gouvernement portugais se remet petitement de sa grosse crise estivale, sans rien avoir résolu, enregistrant la démission de son secrétaire d’État au Trésor, alors que l’on apprend que des documents compromettant sur des swaps qui font scandale ont été opportunément détruits.

Mais ce ne sont pas ces feux qui couvent ici et là qui ont conduit des dirigeants allemands en pleine campagne électorale à intervenir publiquement sur l’Europe. Afin qu’il ne puisse lui être reproché par la suite d’avoir tu la nécessité d’un troisième sauvetage de la Grèce, comme il l’a lui même expliqué, Wolfgang Schäuble a pris les devants pour reconnaitre sans attendre sa nécessité. Un modique montant de dix milliards d’euros a été avancé dans la foulée par le ministre grec des finances, qui correspond à peu près au trou immédiat de 11 milliards d’euros chiffré par le FMI, qui s’ajouteraient au 250 milliards déjà prêtés au total (compte non tenu d’un effacement de dettes de 107 milliards d’euros). Yannis Stournanas a tenu à préciser qu’aucune mesure d’austérité supplémentaire ne devrait selon lui intervenir à cette occasion…

Continuer la lecture de L’actualité de demain : CHUT LES ENFANTS, IL NE FAUT PAS RÉVEILLER LE MONSTRE ! par François Leclerc

Partager :
Recommandez par mail Recommandez par mail

POUR CEUX QUI DOUTENT, par Michel Leis

Billet invité

Lors de son déplacement à Athènes, le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, s’est déclaré « très impressionné par ce que la Grèce a déjà réalisé en matière de rééquilibrage budgétaire et de modernisation de l’économie ». Pour ceux qui en doutaient encore, une économie en voie de modernisation ressemble donc à l’économie grecque avec ses 27 % de taux de chômage et un appauvrissement généralisé de la population. Évidemment, on oublie toujours que la success story de l’économie allemande tient pour l’essentiel à l’application des mêmes recettes : appauvrissement des travailleurs intérieurs (les lois Hartz) et extérieurs (les travailleurs mal payés des ex-pays de l’Est). Sa résistance face au chômage s’explique surtout par un contexte démographique particulier et une économie qui ne s’intéresse qu’aux clients riches et solvables partout dans le monde, en s’appuyant sur la flatteuse marque de fabrique « made in Germany » très porteuse, mais difficilement transposable.

Le décalage entre les déclarations de Wolfgang Schäuble et la réalité vécue par la population grecque illustre un autre aspect du discours dominant. Cela fait déjà quelques années que je m’interroge sur les normalisations sociales implicites dont le rôle est essentiel dans la fabrication du consentement. C’était l’un des thèmes principaux de mon essai et le sujet de mon dernier billet. La disparition de la norme de progrès et l’épuisement très rapide de la norme de consommation créent un vide inquiétant, situation qui ne devrait pas avoir échappé à nos dirigeants.

Continuer la lecture de POUR CEUX QUI DOUTENT, par Michel Leis

Partager :
Recommandez par mail Recommandez par mail

L’actualité de demain : ILS VONT NOUS SUPPRIMER LE PARADIS ! par François Leclerc

Billet invité.

Les tractations se poursuivent jusqu’au tout dernier moment, comme au bon vieux temps de l’élargissement de l’Union européenne, sauf qu’elles ont aujourd’hui un tout autre objet : elles visent à adopter au forceps un plan de sauvetage de Chypre afin que le pays n’en sorte pas. D’un genre nouveau, celui-ci repose sur une restructuration du système bancaire et l’instauration d’une taxe sur les dépôts au-delà de 100.000 euros. De 20% dans le cas de la Bank of Cyprus et de 4% pour toutes les autres, semble-t-il, le statut de Laiki restant encore à trancher. L’austérité n’a pas été décrétée, mais elle viendra après.

Commentant une situation qui reste floue – alors qu’a été annoncée une réunion de la dernière qui se tiendrait à Bruxelles avec une délégation menée par Nicos Anastasiades, le président chypriote – Wolfgang Schäuble a déjà planté le décor pour la suite : « Chypre a dans tous les cas de figure un parcours difficile devant elle. Et ce n’est pas dû à la rigidité européenne, mais à un modèle économique qui ne fonctionne plus ». L’austérité n’a pas été décrétée, mais elle viendra après.

Continuer la lecture de L’actualité de demain : ILS VONT NOUS SUPPRIMER LE PARADIS ! par François Leclerc

Partager :
Recommandez par mail Recommandez par mail

LA TROÏKA TRAVERSÉE PAR DE DANGEREUSES FISSURES

Selon le Financial Times, c’est Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, qui a scellé le sort des Cypriotes. Il n’était pas seul aux dires de l’article, puisqu’il disposait du soutien des Finnois, des Slovaques, et « dans une moindre mesure », de celui des Néerlandais.

La commission européenne se montrait soucieuse qu’un précédent de parjure sur la protection des premiers 100.000 euros des déposants européens sur leur compte ne provoque une panique bancaire à l’échelle européenne. L’idée n’était pas biscornue : Wolfgang Münchau n’écrit-il pas aujourd’hui-même également dans le Financial Times : « J’ignore si les semaines qui viennent verront se développer une panique bancaire. Mais ce serait certainement rationnel ».

La Commission européenne se méfiait du Fonds Monétaire International, qui proposait depuis plusieurs semaines d’aller précisément puiser l’argent qui manque dans les comptes des déposants, et comptait sur une alliance avec la BCE, mais Wolfgang Schäuble rassembla une autre majorité : BCE, FMI et l’Allemagne bien entendu, d’un côté, contre une Commission européenne isolée et mise en minorité car jugée trop timorée : « Les Allemands dirent : ‘Mieux vaut une plate-forme commune avec le FMI qu’avec la Commission européenne’ ».

Le Financial Times écrit : « Arrivé à ce point, affirment plusieurs officiels, la Commission [européenne] avait perdu toute crédibilité à Berlin ».

Non vous ne rêvez pas : relisez tout à votre aise la phrase précédente si vous voulez vous convaincre du rapport de force actuel au sein de la zone euro !

Partager :
Recommandez par mail Recommandez par mail

L’actualité de demain : QUAND IL SERA TROP TARD ! par François Leclerc

Billet invité.

Au grand concours du meilleur communiqué final, celui du dernier G20 finances de Moscou a pris une sérieuse option pour la victoire. Sur le très chaud sujet du moment de la « guerre des monnaies » et des dévaluations compétitives, il parvient à dire tout et son contraire en noyant le poisson : la politique monétaire doit « continuer à soutenir la reprise économique », mais ne pas doper la compétitivité des États.

Reconnaissant qu’il y a anguille sous roche, les participants au G20 – qui ne se réunissaient pourtant pas au bord de la mer – réaffirment l’engagement « d’aller rapidement vers des systèmes de taux de change davantage déterminés par le marché », et de se défendre de fixer des « cibles de taux de change à des fins de compétitivité »… Se gardant bien de revenir sur les objectifs de réduction des déficits définis il y a trois ans à Toronto – loin d’être atteints – ils préfèrent sagement cette fois-ci ne plus en définir de chiffrés et parler de « stratégies crédibles à moyen terme », une inflexion en rapport avec la faiblesse reconnue de l’économie mondiale, qui est à souligner.

Continuer la lecture de L’actualité de demain : QUAND IL SERA TROP TARD ! par François Leclerc

Partager :
Recommandez par mail Recommandez par mail

LE DÉMENTI PAR LES FAITS

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

M. Geithner, le Secrétaire au Trésor, le ministre des finances américain, est récemment venu se joindre à une réunion de ses homologues européens pour leur expliquer qu’ils ne comprennent pas grand-chose à la finance. Le Fonds Européen de Stabilité Financière s’apprêtait à mettre en garantie les sommes que les Européens de la zone euro ont péniblement réunies pour venir en aide aux nations les plus exposées de leur club. Utilisez la formule de rehaussement du crédit propre aux produits financiers structurés, leur dit-il, et par un effet de baguette magique encore appelé « effet de levier » vos fonds de garantie seront multipliés par le facteur X. « Voilà ! », comme s’exclament les Américains quand ils veulent exprimer l’enthousiasme qui accompagne une évidence irréfutable.

M. Geithner aurait dû dire : « Utilisez la formule de rehaussement du crédit propre aux produits financiers structurés qui nous a si bien servis jusqu’ici ». Il ne l’a pas dit, retenu sans doute par une pudeur quelque peu excessive.

Quoi qu’il en soit, certains Européens furent immédiatement convertis. Mais pas le ministre des finances allemand, Wolfgang Schaüble, qui a parlé lui d’« une idée stupide » qui « n’a aucun sens ».

M. Schaüble n’a pas partagé mon expérience « de terrain » dans le monde des produits structurés mais cela ne l’empêche pas apparemment d’être parvenu aux mêmes conclusions : que la logique assurantielle qui sous-tend ces formules de rehaussement du crédit est inappropriée et fautive. Fautive sur le plan logique : les « événements de crédit » de la dette souveraine, le risque de défaut des États, ne sont pas rares et dispersés comme les sinistres que couvre le secteur traditionnel de l’assurance mais, soit absents durant les périodes de vaches grasses, soit fréquents et regroupés aux temps de vaches maigres (*). Fautive aussi sur le plan « expérimental » puisque démentie par les faits durant la période 2007 – 2008.

Le démenti par les faits est donc une valeur en baisse : la « science » économique l’a exclu de sa méthodologie dès sa mise en place dans le dernier quart du XIXe siècle et les autorités financières l’ignorent elles aussi depuis la même époque. Tous nos vœux les accompagnent dans ce téméraire défi à la dure réalité !

======================

(*) Pour une démonstration complète voir mon L’implosion (Fayard 2008), pages 89-96.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :
Recommandez par mail Recommandez par mail

BFM RADIO, LUNDI 15 NOVEMBRE 2010 A 11h39 – EFFONDREMENT FINANCIER – PHASE II

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La réaction à la crise dans sa première phase – que l’histoire situera de l’été 2007 au printemps 2010 – a été l’agitation désordonnée : l’armurerie était bien garnie et l’on tira abondamment et dans toutes les directions. Aucune victoire décisive n’en ayant résulté, et les munitions étant épuisées, on est passé au plan B : la paralysie ou la fuite.

La paralysie fut à l’ordre du jour du G-20, plus encore – pour autant que la chose soit possible – que dans les réunions précédentes. L’agenda était chargé : stopper la guerre des monnaies et proposer aux nations de retrouver un équilibre commercial entre importations et exportations. On a entendu une cacophonie d’opinions discordantes équivalant à un grand silence. Seule contribution positive : le monde a constitué un front uni contre les États-Unis qui, pour conjurer un danger réel de déflation, font tourner la planche à billets, quitte à exporter leurs problèmes dans l’ensemble du reste du monde. Pour les États-Unis donc, le salut est dans la fuite en avant. M. Schäuble, le ministre des finances allemand, dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas quand il observe que « Les dirigeants américains n’ont plus la moindre idée de ce qu’il faudrait faire ».

À la décharge des Européens présents à Séoul, le fait qu’ils ont dû passer une bonne partie de leur temps à s’occuper du dossier irlandais. En Irlande, la paralysie est à l’œuvre, le gouvernement ayant choisi le déni de sa situation ingérable – un déficit qui se montera à 32 % du PIB pour 2010 – en répétant inlassablement que ses finances sont en ordre puisque l’État ne doit pas se tourner vers le marché des capitaux avant juillet 2011. Le gouvernement bénéficie du fait que l’opposition, pour reprendre le flambeau (ou ce qu’il en reste), se hâte lentement.

Fuite en avant aux États-Unis, paralysie en Irlande, alors que dans la zone euro, parmi les riches, c’est le sauve qui peut qui prévaut. L’Allemagne et la France ont en effet décidé de faire cavalier seul et d’abandonner le bel idéal de la solidarité européenne qui risquerait à la longue de coûter beaucoup trop cher avec l’Irlande, la Grèce, le Portugal et l’Espagne se bousculant au portillon. La restructuration et le rééchelonnement de la dette ont cessé d’être tabous, du moins dans un avenir indéterminé, le cas de l’Irlande ayant été réglé entretemps.

Comment en vouloir à Mme Merkel quand elle dit : « Je demande aux marchés de penser parfois aussi un peu aux politiciens. Il n’est pas possible d’expliquer constamment à nos électeurs que le contribuable doit régler l’ardoise de certains risques plutôt que ceux qui gagnent des fortunes pour avoir pris ces risques ». Paroles qui seraient d’une grande sagesse certainement, mais dans un autre monde que le nôtre. Car, comme le rappellent aussitôt en chœur Mrs. Trichet, à la tête de la Banque centrale européenne et Juncker, premier ministre luxembourgeois, dire aux marchés des capitaux : « Prêtez-nous mais, les temps sont durs, cette fois nous ne pouvons pas vous garantir de vous retourner l’argent », c’est – à très brève échéance – accepter de se priver entièrement de leurs services. C’est donc pour les champions de la zone euro utiliser eux aussi leur dernière cartouche, au même titre que les États-Unis avec leur QE2 : leur « quantitative easing », deuxième édition.

Qu’y a-t-il après la dernière cartouche ? Il vaut mieux sans doute réserver la question pour la prochaine réunion du G-20. Dans un an.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :
Recommandez par mail Recommandez par mail