Faire tout ce que les hommes peuvent faire

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Trop peu, trop tard. J’aurais quand même préféré que le plan Paulson « version centre-gauche » passe. Ce ne fut pas le cas : avec 47,3 % de voix en sa faveur, il a raté de peu la majorité. Les parlementaires démocrates ont voté pour à 60 % et les républicains à 33 %. Le compte n’y était pas. L’indice Dow Jones a perdu dans la foulée, 6,98 %. Plus fort que Paris un peu plus tôt dans la journée, avec – 5,04 %.

Qu’est-ce qu’il faut faire ? A ce stade-ci, le mieux que l’on puisse espérer, c’est un gel de la situation. Ce serait déjà une très bonne chose. Je le disais il y a quelques jours, quand je résumais l’article qui a paru aujourd’hui dans Le Monde – Economie : « Je reviens sur l’idée d’un moratoire. Il ne s’agit pas de « résoudre » la crise mais de trouver le moyen d’introduire au moins un temps d’arrêt qui permette de déterminer un plancher » (Le Monde, lundi 29 septembre). Dans l’article du Monde, « Le piège des Credit–Default Swaps », je suis plus explicite. En voici le dernier paragraphe :

Mais il faut aller beaucoup plus loin : d’ici à ce qu’un marché organisé puisse être mis en place, un moratoire permettrait d’examiner les conditions à remplir pour que les CDS puissent être relancés sans générer un danger systémique. Et si ces conditions ne peuvent être réunies, il conviendrait de transformer ce moratoire en interdiction permanente. Tant que les autorités n’auront pas réglé la question des Credit–Default Swaps, leur affirmation qu’elles prennent toutes les mesures qui s’imposent pour résoudre la crise ne pourra pas être prise au sérieux.

Arrivé à ce stade-ci, il faut abandonner l’ambition de résoudre les problèmes : il faut d’abord stopper la finance dans sa chute en gelant la situation. Si on tarde trop, il ne restera plus que la méthode ultime, celle que j’évoquais dans un autre billet. J’y reproduisais le texte d’un ex-voto de marins bretons :

« Ayant fait tout ce que les hommes peuvent faire, nous nous mîmes en cercle, et nous tenant par la main, nous recommandâmes notre âme à Sainte Anne » (De la prière).

Ils avaient quant à eux au moins commencé par « faire tout ce que les hommes peuvent faire ».

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Le prisme de la crise des subprimes : la seconde mort de Milton Friedman par Yann Moulier Boutang

Sur le site d’ATTAC, un excellent compte-rendu des livres consacrés à la crise des subprimes par Yann Moulier Boutang : Le prisme de la crise des subprimes : la seconde mort de Milton Friedman publié dans La Revue Internationale des Livres et des Idées.

Allez, sans fausse modestie :

En règle générale, l’impression assez mitigée que dégage la quasi-totalité des livres consacrés à la crise financière actuelle, y compris dans les livres incontournables (le dernier ouvrage de Paul Jorion, les deux ouvrages d’Aglietta et alii), est celle d’une certaine panne de la théorie générale du capitalisme actuel et de sa mue, dont la première vraie crise financière de caractère général paraît la trace désormais irréfutable.

Paul Jorion, dont la contribution par ses deux livres (le premier annonçant clairement la crise du capitalisme américain (2007), le second procédant à une anatomie des mécanismes du crédit hypothécaire et de son enrayement) s’impose sur le sujet…

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Une version centre-gauche du plan Paulson

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Il y a donc un plan Paulson révisé – qui ressemble fort à une version entièrement démocrate du plan initial. Est-ce à dire qu’on s’est résigné à ce que les démocrates seuls le votent demain ? C’est bien possible : les démocrates avaient bien fait entendre qu’ils ne soutiendraient pas seuls le plan Paulson initial qui tirait d’affaire Wall Street et personne d’autre : « On ne s’occupera pas seuls des sales besognes, pour qu’on vienne nous accuser ensuite que ça n’a pas marché ! »

Mais embaucher les républicains semblait impossible : seuls 20 d’entre eux sur 155 au Congrès étaient prêts à soutenir la version initiale du plan. Pourquoi ? Parce qu’il y aura de toute manière un raz-de-marée démocrate en novembre lors du renouvellement partiel du Congrès et du Sénat et qu’aucun d’entre eux ne pourrait être réélu sur la base de « sauver la peau des capitalistes de Wall Street ». C’est que, comme tout bon parti conservateur, il fait en permanence le grand écart entre une droite qui s’identifie au monde des affaires et une droite religieuse mais populaire et fondamentalement anti-Wall Street.

Mais pour que les démocrates soient prêts à monter seuls au front, il fallait donner un ton beaucoup plus résolument social-démocrate au plan Paulson initial. Alors, à l’arrivée : montant initial réduit de moitié pour passer à 350 milliards de dollars, intéressement musclé de l’Etat dans des bénéfices éventuels des entreprises auxquelles on vient en aide et priorité absolue de celui-ci dans les remboursements, arsenal anti-patrons qui bénéficieront du plan : limitation des salaires, élimination des parachutes dorés, fin des bonus mirobolants sur des gains qui ne se concrétiseront jamais, enfin, mise en avant des emprunteurs en difficulté – encore qu’une révision du statut de la faillite personnelle qui permettrait au juge de modifier le montant du prêt hypothécaire encore dû, ne soit pas mentionnée dans le communiqué de presse.

Est-ce à dire que ce plan sera voté ? Je n’irai pas si loin !

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Le Monde, lundi 29 septembre

Une de mes chroniques paraîtra dans le supplément Monde – Economie en date du mardi 30. Je la consacre au Piège des Credit–Default Swaps. Je reviens sur l’idée d’un moratoire. Il ne s’agit pas de « résoudre » la crise mais de trouver le moyen d’introduire au moins un temps d’arrêt qui permette de déterminer un plancher.

Je viens également d’avoir une conversation avec Claire Gatinois à propos du « plan de sauvetage » Paulson. Elle aura peut–être envie d’évoquer certaines des choses dont nous avons parlé. Ça, ce serait dans le journal proprement dit.

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La chute libre

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Je regarde les rapports qui circulent, les analyses qui sont faites. Un rapport que je viens de transmettre à quelques amis, soumis au sénat américain jeudi – qui avait alors d’autres préoccupations – s’intitule : « Le plan de sauvetage de 700 milliards de dollars est beaucoup trop peu et vient beaucoup trop tard pour mettre fin à la crise ; beaucoup trop gros et beaucoup trop tôt pour le marché obligataire américain » (Weiss Research Inc.). Il n’existe plus de réserves qui pourraient absorber les pertes qui se dessinent ni plus de marché où l’on puisse se procurer les sommes qu’il faudrait trouver.

Jusqu’au weekend dernier on pouvait encore découvrir ici ou là des commentateurs dits « réalistes » qui affirmaient : « certains exagèrent ! ». Maintenant, c’est terminé, ils ont disparu. On n’entend plus dire qu’une seule chose : « C’est encore bien pire que ce qu’on pouvait imaginer ! ». Je l’écrivais il y a quinze jours dans Le dernier carré : « … aucun des innombrables coupe-feux en place au sein du système financier n’aura pu retarder d’une seule seconde l’avancée de l’incendie. Maintenant, ne subsiste plus que son cœur-même, alors que toutes les défenses sont tombées ».

Et le fait est que le système est désormais en chute libre, et si l’on s’agite vainement sans parvenir à trouver un filet, il est clair aussi qu’avec la vitesse qu’il a acquise, aucun filet ne pourrait même le retenir.

Le Président de la République française a dit il y a deux jours, après avoir brièvement résumé des analyses du type de celle que je propose dans mon article « L’après-capitalisme s’invente aujourd’hui » dans le dernier numéro du Débat : « Non ! Le capitalisme n’est pas mort ! ». Mais il ne suffit plus de le prétendre, il faut désormais en apporter la preuve.

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Pêle-mêle

Il y avait hier soir à mon domicile une équipe de Arte. Ils réalisent un film sur la crise, qui devrait être présenté le 23 octobre. Je vous tiendrai au courant.

Il y a sur rue89 un article de Judith Sibony : Théâtre : Attali prend des libertés avec l’histoire du nazisme.

J’ignore si la pièce est bonne ou non : je ne l’ai ni lue ni vue, mais j’ai réagi à l’argument de la critique, que son sous-titre résume bien : Dans la pièce « Du cristal à la fumée », son interprétation d’une réunion nazie en 1938 indigne les historiens spécialistes de la Shoah. Voici mon commentaire :

« Guerre et paix » ne constitue pas un témoignage fiable sur les guerres napoléoniennes.

« Les mains sales » n’est pas un compte-rendu exact de l’assassinat de Trotski …

Faut-il continuer ?

Le rôle de l’intellectuel est de faire réfléchir. Il est vrai que les quarante dernières années nous l’ont fait oublier.

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Paul Newman (1925 – 2008)

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Il y a beaucoup de très grands acteurs dans le monde anglo-saxon, surtout des Britanniques. Les Américains sont à mon sens beaucoup plus rares. Il y en a cependant : l’un d’entre eux vient de s’éteindre.

Dans Cool Hand Luke, au pénitencier pour être une tête-brûlée, il apprend la mort de sa mère. Il se retire à l’écart, prend son banjo et chante « Plastic Jesus » : le petit Christ en plastique phosphorescent sur le tableau de bord de sa voiture.

The Hustler (L’arnaqueur)

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A la une du Wall Street Journal / Douce nuit

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Une des grandes chansons politiques des années pré-soixante-huitardes est un montage de Paul Simon datant de 1966 : 7 O’clock News / Silent Night. « Douce nuit » est chantée au premier plan par Simon & Garfunkel tandis qu’en arrière-plan, la radio égrène les nouvelles, dont nulle n’est bonne.

Voici mon propre remake : lancez la musique et lisez les nouvelles en première page du Wall Street Journal.

La production de CO2 a bondi de 3 % en 2007, mettant le monde sur les rails du pire scénario de réchauffement climatique

Très peu de scénarios favorables en vue alors que la crise continue de s’étendre

Le Pakistan fait savoir que des salves d’avertissement ont accueilli deux hélicoptères américains qui traversaient la frontière avec l’Afghanistan

Les régulateurs fédéraux ont saisi Washington Mutual : il s’agit de la plus importante faillite bancaire dans l’histoire des Etats-Unis

Un procureur de Guantanamo ayant affirmé que ses supérieurs ont fait disparaître des preuves, a refusé de témoigner dans un cas de crime de guerre

Le marché monétaire à court terme est en plein désarroi, augmentant la probabilité que le tarissement du crédit affecte l’économie

La Chine a lancé un équipage de trois hommes dans l’espace

L’interdiction des ventes à découvert par la Securities & Exchange Commission signifie la fin du marché des obligations convertibles, une source essentielle de financement pour les compagnies en difficulté

Un des principaux critiques de l’établissement de colonies en Cisjordanie a été blessé dans un attentat à la bombe

Les ventes de logements neufs aux États–Unis ont baissé en août de 11,5 % par rapport à juillet

L’ouragan Kyle s’est formé au Sud des Bermudes

La chicanerie politique jette le trouble dans les négociations relatives au plan de sauvetage s’élevant à 700 milliards de dollars. Les économistes et les milieux financiers s’interrogent : le plan fonctionnerait-il comme prévu ?

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Le catalyseur volontaire

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J’ai écrit dans La machine infernale, publié le 5 de ce mois, que

D’ici à la fin du mois il semble donc bien que les conditions d’un krach soient réunies.

Mes chances d’avoir raison s’amenuisent bien sûr de jour en jour. Ce qui est intéressant cette fois-ci, c’est que – si cela devait arriver – on aurait un coupable tout désigné. La presse nous a en effet informé que les discussions hier à Washington étaient sur le point d’aboutir, et que c’est l’irruption de John McCain dans le débat qui a fait se retirer de l’accord un certain nombre de congressistes républicains.

Je répète donc à tout hasard : les conditions d’un krach étaient réunies depuis le 5 septembre.

Bien sûr si quelqu’un se porte volontaire comme catalyseur…

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rue89, jeudi 25 septembre à 18h 30

Je fais partie du « live blogging » sur le discours du Président de la République.

À mes côtés,

– François Krug de rue89

– Gilles Le Blanc, chercheur au centre d’économie industrielle de l’école des Mines et bientôt auteur d’un blog « dans le bazar des entreprises » sur Eco89

– Mr Greed, trader, auteur de plusieurs explicateurs très appréciés et dont seules les personnes présentes à Rue89 connaîtront l’identité

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Les « parachutes dorés »

Les « parachutes dorés » font partie d’un ensemble de moyens utilisés par les dirigeants d’entreprises pour contourner en leur faveur le partage traditionnel du surplus entre eux-mêmes, les investisseurs et les salariés. Les « stock options » en sont un autre, qui aligne les gains des patrons sur ceux des investisseurs et les attaque une seconde fois en diluant les actions déjà en circulation. Les « parachutes dorés », dans les pires des cas, permettent à leurs bénéficiaires de « vider la caisse » avant de prendre leur retraite, laissant en plan investisseurs et salariés.

Punir les coupables

La législation sur les crimes commis par les cadres, les « cols blancs », n’a-t-elle pas été délibérément édulcorée ? Envisage-t-on aussi de punir les « crimes passifs » ? Je pense en particulier aux régulateurs du secteur financier, assoupis au volant, sur instruction expresse de l’administration Bush, mais aussi à l’échelle mondiale : la responsabilité de la crise leur incombe à 80 %, or personne ne songe à les mettre en question – sinon John McCain quand il réclame le départ de Chris Cox, le patron de la *Securities & Exchange Commission* (SEC) qui supervise les marchés boursiers américains.

« La crise financière n’est pas la crise du capitalisme, c’est la crise d’un système qui s’est éloigné des valeurs les plus fondamentales du capitalisme, qui a trahi l’esprit du capitalisme »

La crise actuelle n’est peut–être pas la crise ultime du système économique fondé sur le marché, mais c’est très certainement une crise du *capitalisme* : le « capitaliste », c’est celui qui apporte le capital, c’est–à–dire l’investisseur. La spéculation est en train de tuer l’économie et également le système des marchés, mais elle est malheureusement au cœur-même du capitalisme : la spéculation, c’est la méthode-même du capitaliste.

Les paradis fiscaux

Les paradis fiscaux – ce sera effectivement – l’un des tests cruciaux du sérieux d’une remise à plat du système financier. Rien n’a jamais été fait de ce point de vue.

Refonder le système monétaire

Refonder le système monétaire, c’est bien davantage que réprimander les Chinois sur le yuan ou les Américains sur le dollar : c’est repenser entièrement le rôle des Banques Centrales au sein du système économique. C’est repenser le rapport entre les états et leurs banques centrales, c’est repenser le rapport entre le système bancaire et les citoyens. La Federal Reserve gérait jusqu’ici les États–Unis dans les coulisses, son pouvoir s’étend sans cesse et ce qui a changé, c’est qu’elle le fera désormais en plein jour. La mission et le fonctionnement de la Banque Centrale Européenne doivent être réévalués : le fait que ses décisions soient prises par des « experts » n’empêche pas celles-ci d’être éminemment politiques : la BCE a pris délibérément le parti des investisseurs, parfois contre les patrons mais toujours contre les salariés.

Le monde de la rareté

Le « monde de la rareté », cela implique que la finalité-même des entreprises – qui ne connaissent pas de freins – soit repensée. Ici, ce n’est pas le capitalisme qui est à réinventer, c’est le système de marché lui-même : le système de marché est un système prédateur par nature : il est fondé sur la domination et l’élimination des concurrents, l’accaparement des ressources et la recherche du pouvoir illimité.

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Profondeur et surface

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Tous les yeux sont braqués sur le Congrès américain où se déroule le débat du siècle : sauver par priorité les banquiers dans les derniers dessous ou bien les ménages pliant sous le fardeau d’un prêt hypothécaire ? Mrs. Paulson, le ministre des finances, et Mr. Bernanke, le président de la Federal Reserve, qui tentent de faire voter leur plan à 700 milliards de dollars, rament – il faut bien le dire – lamentablement. J’en profite, comme vous avez pu le constater, pour m’intéresser aux candidats aux présidentielles auxquels j’ai très peu prêté attention jusqu’ici. C’est que les effets en profondeur me semblent toujours plus instructifs que ceux en surface.

Ce matin, Obama a proposé à McCain qu’ils rédigent une déclaration commune. Ce que le candidat républicain a accepté plus tard dans la journée, mais qu’il a assorti d’une autre proposition : arrêtons provisoirement nos campagnes pour nous rendre ensemble à Washington – sous-entendu pour y ramener l’ordre.

Ce branle-bas de combat assez théâtral n’a pas été du goût de Mr. Harry Reid, le porte-parole de la majorité démocrate au Sénat, qui a répondu assez sèchement à Mr. McCain que « Bien que je sois reconnaissant aux deux candidats d’avoir signalé leur intention de se montrer utiles, le Congrès et le gouvernement ont un processus en place en vue de résoudre cette crise financière sans précédent ». Autrement dit : occupez-vous de vos campagnes électorales et laissez-nous travailler !

Le retour précipité du candidat républicain à Washington aurait pour conséquence son absence du premier débat présidentiel prévu pour vendredi soir dans le Mississipi. Les organisateurs n’en continuent pas moins imperturbablement à monter leurs estrades. Mr. Obama déclare lui qu’il ne voit pas de raison de ne pas être présent : « Un fois président, on doit pouvoir s’occuper de plusieurs choses à la fois », commentait-il.

Ne sont peut–être pas étrangers au désir pour Mr. McCain de se présenter en Cincinnatus que le tour tragique qu’ont pris les événements oblige de se rendre à Rome, les chiffres d’un sondage Bloomberg/Los Angeles Times publié ce matin, révélant que 45 % des électeurs potentiels considèrent que son concurrent démocrate est mieux à même de sortir les États–Unis de la crise que lui, contre 33 % qui pensent au contraire qu’il s’en tirerait mieux. Ces mêmes électeurs ne sont pas tendres pour Mrs. Paulson et Bernanke : 55 % d’entre eux contre 31 % considèrent que le gouvernement se fourvoie dans sa tentative actuelle de tirer d’affaire les établissements financiers. Ceci n’empêche pas que – comme je le faisais remarquer hier dans Constance ou changement dans les présidentielles américaines – le fait que le candidat à qui les électeurs américains font davantage confiance pour les sortir de la crise soit également celui qui a les préférences de la banque, est hautement significatif en soi : entre constance et changement, c’est dans la première voie que la nation semble s’engager.

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Le Président français à l’ONU

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Quand j’ai lu les propos du Président français à l’ONU, où il appelle à une réunion internationale pour résoudre la crise financière et parallèlement, à ce que l’on punisse les responsables, j’ai eu une vision irrévérencieuse : qu’au moment où tous les participants à cette réunion seraient dans la salle, Eliot Ness dirait à ses troupes « Allez les gars, on embarque tout ce beau monde ! »

Ce n’est certainement pas cela que Mr. Sarkozy envisage : il pense à des responsables de rang plus subalterne et plus particulièrement, je reprends ses propos, à « ceux qui mettent en danger l’argent des épargnants ». Ceci ne peut viser que les dirigeants de banques commerciales qui ont toléré que leur salle de marché se livre à des opérations spéculatives sur fonds propres. C’est-à-dire, à ma connaissance, à peu près tous. Mettre au pilori les spéculateurs et retrouver sur le banc des accusés les responsables de fonds de pension et les administrateurs d’ONG, ne résoudra rien non plus.

Et c’est là que le bât blesse, parce que si l’on châtie effectivement les responsables de la crise il ne restera pas grand-monde pour reconstruire ensuite.

Il y a eu des fraudes et ceux qui les ont commises doivent être punis mais ceci, absolument rien n’empêche de le faire maintenant, et ce devrait faire partie de la procédure courante. Mais changer les règles en cours de route et dire : « Tous ceux qui hier ont fait ceci – qui était légal à l’époque – seront punis aujourd’hui », est non seulement arbitraire mais aussi extrêmement dangereux.

Appeler à un nouveau Bretton Woods est une excellente initiative. Affirmer « Apprenons à gérer collectivement les crises les plus aiguës que nul ne peut résoudre tout seul » est également très louable et blâme à juste titre les autorités américaines pour leur orgueil. Ce qu’il convient de faire, c’est de réinventer les règles du jeu pour le rendre enfin humain. Ce ne sera pas facile et cela exigera beaucoup de remue-méninges et de dévouement. Désigner quelques « responsables » au hasard à la vindicte publique ne serait ni plus ni moins, et une fois encore, que du panem et circenses.

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Libé, mercredi 24 septembre

Nicolas Cori examine quelques propositions d’économistes sur les moyens de mettre fin à la crise actuelle et comment empêcher le retour de crises semblables. Il s’intéresse en particulier à ma suggestion d’interdire les marchés à terme aux non-commerciaux, c’est–à–dire à tous ceux qui seraient incapables soit de livrer la marchandise, soit d’en prendre livraison. Les non-commerciaux sont encore appelés spéculateurs.

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Constance ou changement dans les présidentielles américaines

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C’est donc l’impasse à Washington, et Mr. Bernanke, s’exprimant devant le Congrès, met dans la balance tout le poids de son autorité. Il faut dire que celle-ci pèse chaque jour davantage, la Federal Reserve réclamant désormais des droits quasi-dictatoriaux dans la direction de la finance américaine, autrement dit, et jusqu’à nouvel ordre, de la finance internationale.

Traditionnellement, la Securities & Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers américains partageait cette autorité avec la Fed. En 2005, quand Chris Cox avait été nommé président de la SEC, cette nomination avait été considérée comme hautement politisée : celle d’un républicain californien (ils sont peu nombreux) proche du Président mais incompétent en matière de finances. La déclaration de McCain, la semaine dernière, que s’il n’en tenait qu’à lui, Cox serait congédié, a contribué à miner le peu d’autorité qui restait à celui-ci, et du coup, à la SEC.

Si le processus bloque en ce moment dans le vote de la nouvelle législation, c’est que la dimension politique des décisions à prendre est enfin mise à plat : qui sera sauvé, des patrons, des investisseurs et des salariés ? de quelle manière ? et qu’en coûtera-t-il ? Les démocrates ont ajouté hier deux exigences à la liste : qu’on vienne directement au secours des emprunteurs en détresse, en facilitant la renégociation de leur prêt hypothécaire et en libéralisant le régime de la faillite personnelle, et qu’on limite les revenus des dirigeants des établissements financiers nationalisés ou semi-nationalisés. Les républicains qui soutiennent le projet de Paulson – ceux qui sont proches du monde des affaires – poussent des hauts cris : pas de distractions inutiles ! Quant aux autres républicains, adversaires du projet, ils se partagent entre l’extrême-droite libertarienne qui dénonce l’instauration du « socialisme », et la droite populiste, incarnée par McCain, qui scande : « Les financiers à la lanterne ! »

Interrogé sur qui il placerait à la tête de la SEC, le candidat républicain a prononcé le nom d’Andrew Cuomo, l’Avocat Général de l’état de New York, qui a emboîté le pas à son prédécesseur Eliot Spitzer, dans le rôle de grand pourfendeur de Wall Street. Au choix de McCain, un éditorialiste du Wall Street Journal s’est écrié « Au fou ! »

Et c’est là qu’apparaît ce qui sera peut–être un tournant historique dans l’histoire des élections présidentielles américaines : le soutien du milieu des affaires pour un candidat démocrate. Car, de son côté, Obama s’abstient bien de tonitruer contre Wall Street, et propose une approche « raisonnable » de l’ensemble des problèmes qui se posent en ce moment, appelant bien entendu à la protection du petit emprunteur et condamnant les privilèges excessifs des patrons et des investisseurs, mais tout cela sans hausser le ton.

Le monde des affaires dirige la nation américaine depuis ses origines, depuis en tout cas que les conceptions d’Hamilton, représentant la banque, prirent le dessus sur celles de Jefferson, représentant le peuple. Les moyens dont dispose le monde des affaires lui ont permis au fil des siècles de se maintenir confortablement au pouvoir par le simple biais d’élections démocratiques. Dans ce contexte, le message farouchement anti-Wall Street de McCain, fait de lui un outsider. Le paradoxe de ces élections présidentielles est donc que ce serait la victoire d’un candidat républicain qui apporterait la preuve que l’Amérique a bien changé.

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Ceux qui parlent de réformes…

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Un journaliste français m’appelle ce matin : « Que pensent de la crise les banquiers américains à qui vous parlez ? »

Je suis obligé de le décevoir : les seuls spécialistes de la finance américains à qui je parle sont mes anciens collègues et nous cherchons tous du travail – depuis près d’un an.

« Ah ! et les banquiers français ? »

– Je ne connais pas de banquier français.

– Mais, les hommes politiques qui vous consultent ?

– Ils ne me consultent pas.

Il est un peu désarçonné, mais il enchaîne : « Croyez-vous que ceux qui parlent de réformes soient sérieux ? »

Et je lui réponds ceci :

« Avec les mesures prises aux États–Unis les jours derniers, la pièce est tombée sur la tranche mais comme elle n’y restera pas, ce sera soit le côté pile et les mesures qui s’imposent seront prises, côté face, et ce ne sera que du vent.

Vous les journalistes, m’appelez en ce moment tous les jours et permettez que les vues que j’exprime soient connues du public, et le courant d’opinion auquel je participe semble bien refléter le sentiment de la majorité. Mais les financiers et les politiques ne prennent pas le relai, et ceci me fait penser que malheureusement non, ceux qui parlent en ce moment de réformes ne sont probablement pas sérieux ! »

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Les spéculateurs quittent le navire. Le prix des matières premières (VI)

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Allez, avouez-le, vous m’avez donné bien du fil à retordre fin juillet quand j’ai consacré une semaine à dénouer la question épineuse de la spéculation sur les matières premières : Le prix des matières premières, Le prix du pétrole. Le prix des matières premières (II), L’entourloupe. Le prix des matières premières (III), Spéculation et liquidité. Le prix des matières premières (IV) et Spéculation et prix. Le prix des matières premières (V). Je consacrais 100 % de ma matière grise à séparer le bon grain de l’ivraie mais vous ne vouliez rien entendre : le prix du pétrole, pour vous, c’était une affaire d’offre et de demande.


© Dow Jones

Et vous ajouterez maintenant que la chute du brut de 147 $ à 91 $, suivie d’un rebond à 104 $, c’est parce que la crise a fait baisser la consommation et donc la demande. Mais je sens percer désormais un peu d’hésitation dans votre voix.

Allez, je connais la vraie raison : vous pensez d’abord à la planète et vous martelez « pic pétrolier » : si le prix du pétrole augmente, c’est parce qu’il n’en reste plus. Et je vous réponds : « Croyez-moi : je n’oublie pas la planète mais il faut ranger ses priorités dans le bon ordre. Occupons-nous d’abord des spéculateurs et la planète s’en portera beaucoup mieux tout de suite ».

Ce que je vous présente maintenant, ce sont deux graphiques empruntés à Mike Masters, qui avait alerté le public quant à la spéculation sur les matières premières par les investisseurs institutionnels américains (fonds de pensions, fondations universitaires, musées, jardins zoologiques : que des « braves gens »). Les deux diagrammes ont été rendus publics, le 10 septembre, il y a dix jours déjà. Vous m’excuserez de ce retard, mais j’avais l’attention retenue ailleurs pendant ces dix derniers jours. Nous disposons d’un tout petit répit, d’ici qu’on comprenne exactement si le peuple américain prend sa revanche sur les spéculateurs ou si les spéculateurs l’emporteront une fois de plus. Profitons-en !

Le premier graphique représente la partie de gauche de la courbe ci-dessus. A été superposé au prix à terme du pétrole, le montant des investissements dans les indices à terme de matières premières, la période couverte va du 1er janvier 2008 au 27 mai.


© Masters Capital Management

Mike Masters fait sa déposition devant un comité du Sénat américain, le 20 mai 2008. Il convainc pas mal de monde et c’est le branle-bas de combat : les projets de loi visant à brider la spéculation sur les matières premières fleurissent comme muguet en mai.

Second graphique : la période du 15 juillet au 2 septembre. Les spéculateurs se précipitèrent vers les issues de secours. Même chose : le montant des investissements dans les indices à terme de matières premières a été superposé au prix à terme du pétrole. Pas besoin, ni dans un cas, ni dans l’autre, de calculer le coefficient de covariation !


© Masters Capital Management

Dernières remarques avant qu’on ne se quitte : l’explication n’est pas non plus dans le cours du dollar : le prix à terme du brut a grimpé de 50 % pendant que le dollar se dépréciait de 7 %. Il ne s’agit pas uniquement du pétrole : le prix de 22 des 25 matières premières couvertes par les indices à terme de matières premières ont battu en retraite simultanément.

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Michael Masters et Adam K. White, The Accidental Hunt Brothers – Act 2. Index Speculators Have Been a Major Cause of the Recent Drop in Oil Prices. Special Update September 10, 2008.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Pendant ce temps-là à Détroit…

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

En 2006, la General Motors avait obtenu d’un consortium de banques, une ligne de crédit de 4,5 milliards de dollars. Au début de l’année, elle a tiré 1 milliard sur cette ligne. Alors qu’on l’interrogeait en juin si elle avait l’intention d’utiliser le reste de ce prêt, elle répondit non : « Cela ferait mauvaise impression ! ». On apprend ce matin qu’elle s’est ravisée : elle a des besoins immédiats de trésorerie et s’adresser aux marchés de capitaux serait prohibitif, vu le taux qui serait exigé d’elle.

Il est assez ironique que ç’aura été l’activité spéculative des fonds de pension, fondations, universités américaines, musées et autres, au printemps, qui aura précipité la chute d’un secteur industriel qui fut à une époque le fleuron de la nation : son industrie automobile. Le fait est bien sûr symptomatique de la fragilité acquise par le système financier du fait de sa complexité et des ravages que peuvent exercer des facteurs dont on vante le caractère positif aussi longtemps que tout va bien.

C’est en effet la hausse du prix du pétrole qui aura achevé Détroit, la ville du Michigan où l’industrie automobile américaine est née dans les premières années du XXe siècle avec Ford et la General Motors. Deux cent cinquante mille Américains sont employés par les constructeurs et l’industrie tout entière, concessionnaires, mécaniciens, pompistes, etc. emploie aux États–Unis cinq millions de personnes.

Dans un pays à l’habitat très dispersé, les navetteurs parcouraient sans sourciller 100 kilomètres jusqu’à leur lieu de travail en raison du faible prix d’un carburant à peine taxé. L’automobile représentait donc un poste budgétaire que les ménages pouvaient aisément ignorer. L’augmentation du prix de l’essence fit l’effet d’une bombe et les consommateurs se détournèrent rapidement des modèles jusque-là vedettes : les « gas guzzlers », les véhicules « bâfreurs », comme les 4 x 4, ou les « pick-up trucks », les fourgonnettes débâchées au moteur très puissant.

Les consommateurs se précipitèrent en foule vers les véhicules hybrides et les voitures de petite taille, absents de la gamme US de la General Motors, de Ford et de Chrysler. Leurs ventes tombèrent en un an de plus de 20 %.

Le prix de revente des véhicules délaissés plongea lui aussi, faisant du jour au lendemain de la formule du « leasing », qui représentait jusque-là 20 % de leurs transactions et constituait pour les constructeurs une activité hautement lucrative, une formule désormais sans avenir, qu’ils délaissèrent aussitôt.

En 2007, les constructeurs avaient obtenu du Congrès américain, dans le cadre d’un programme global consacré à l’énergie, un accord de principe portant sur des prêts d’un montant total de 25 milliards de dollars, et ceci pour leur permettre de mettre au point – sur un certain nombre d’années – l’automobile « verte » de demain. L’aggravation de la crise les a encouragés à exiger du Congrès un doublement de la somme, prêt dont le coût immédiat pour le contribuable américain serait de 3,75 milliards de dollars. Ils assortissent cette demande d’augmentation, d’une requête que la définition des postes auxquels les sommes empruntées seront affectées, soit rendue plus vague. Cette dernière clause attire bien entendu l’attention sur le fait qu’il ne s’agit plus seulement avec cette demande de fonds de l’« automobile verte », mais plutôt de la survie-même de l’industrie.

Chrysler est au bord de la faillite (– 36 % de ventes sur l’année écoulée). Ford et General Motors ne sont pas en meilleure forme : l’action de cette dernière a perdu plus de 15 % de sa valeur au cours de la seule séance du 3 juillet pour retomber à son niveau de… septembre 1954, les analystes voient mal en effet comment elle pourrait émerger indemne de l’année 2009 : ses lignes de production continuent de cracher les « bâfreuses » victimes aujourd’hui d’un rejet généralisé.

La General Motors a déclaré dans un communiqué de presse que ses réserves et ses actifs étaient suffisants pour lui permettre d’atteindre la fin de l’année 2009. Ford, qui mit en gage la plupart de ses avoirs en 2006 pour se refinancer, a préféré garder le silence.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Quand un homme aime une femme

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Dans Who’s That Knocking at My Door ?, un projet d’étudiant de Martin Scorsese, qui finit par devenir, après moult additions et remontages, son premier long-métrage, le héros (incarné par Harvey Keitel) demande à l’héroïne (incarnée par Zina Bethune) si elle connaît Percy Sledge. Elle répond « Quoi ? », et il hausse les épaules : « Laisse béton ! »

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