rue89, jeudi 25 septembre à 18h 30

Je fais partie du « live blogging » sur le discours du Président de la République.

À mes côtés,

– François Krug de rue89

– Gilles Le Blanc, chercheur au centre d’économie industrielle de l’école des Mines et bientôt auteur d’un blog « dans le bazar des entreprises » sur Eco89

– Mr Greed, trader, auteur de plusieurs explicateurs très appréciés et dont seules les personnes présentes à Rue89 connaîtront l’identité

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Les « parachutes dorés »

Les « parachutes dorés » font partie d’un ensemble de moyens utilisés par les dirigeants d’entreprises pour contourner en leur faveur le partage traditionnel du surplus entre eux-mêmes, les investisseurs et les salariés. Les « stock options » en sont un autre, qui aligne les gains des patrons sur ceux des investisseurs et les attaque une seconde fois en diluant les actions déjà en circulation. Les « parachutes dorés », dans les pires des cas, permettent à leurs bénéficiaires de « vider la caisse » avant de prendre leur retraite, laissant en plan investisseurs et salariés.

Punir les coupables

La législation sur les crimes commis par les cadres, les « cols blancs », n’a-t-elle pas été délibérément édulcorée ? Envisage-t-on aussi de punir les « crimes passifs » ? Je pense en particulier aux régulateurs du secteur financier, assoupis au volant, sur instruction expresse de l’administration Bush, mais aussi à l’échelle mondiale : la responsabilité de la crise leur incombe à 80 %, or personne ne songe à les mettre en question – sinon John McCain quand il réclame le départ de Chris Cox, le patron de la *Securities & Exchange Commission* (SEC) qui supervise les marchés boursiers américains.

« La crise financière n’est pas la crise du capitalisme, c’est la crise d’un système qui s’est éloigné des valeurs les plus fondamentales du capitalisme, qui a trahi l’esprit du capitalisme »

La crise actuelle n’est peut–être pas la crise ultime du système économique fondé sur le marché, mais c’est très certainement une crise du *capitalisme* : le « capitaliste », c’est celui qui apporte le capital, c’est–à–dire l’investisseur. La spéculation est en train de tuer l’économie et également le système des marchés, mais elle est malheureusement au cœur-même du capitalisme : la spéculation, c’est la méthode-même du capitaliste.

Les paradis fiscaux

Les paradis fiscaux – ce sera effectivement – l’un des tests cruciaux du sérieux d’une remise à plat du système financier. Rien n’a jamais été fait de ce point de vue.

Refonder le système monétaire

Refonder le système monétaire, c’est bien davantage que réprimander les Chinois sur le yuan ou les Américains sur le dollar : c’est repenser entièrement le rôle des Banques Centrales au sein du système économique. C’est repenser le rapport entre les états et leurs banques centrales, c’est repenser le rapport entre le système bancaire et les citoyens. La Federal Reserve gérait jusqu’ici les États–Unis dans les coulisses, son pouvoir s’étend sans cesse et ce qui a changé, c’est qu’elle le fera désormais en plein jour. La mission et le fonctionnement de la Banque Centrale Européenne doivent être réévalués : le fait que ses décisions soient prises par des « experts » n’empêche pas celles-ci d’être éminemment politiques : la BCE a pris délibérément le parti des investisseurs, parfois contre les patrons mais toujours contre les salariés.

Le monde de la rareté

Le « monde de la rareté », cela implique que la finalité-même des entreprises – qui ne connaissent pas de freins – soit repensée. Ici, ce n’est pas le capitalisme qui est à réinventer, c’est le système de marché lui-même : le système de marché est un système prédateur par nature : il est fondé sur la domination et l’élimination des concurrents, l’accaparement des ressources et la recherche du pouvoir illimité.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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12 réflexions sur « rue89, jeudi 25 septembre à 18h 30 »

  1. Une crise peut en cacher une autre.

    Et si cette crise « financière » cachait en réalité la crise réelle : Celle de la Pénurie d’abondance.

    Il semble probable que l’occident tente comme derniere carte, la « globalisation ». C’est a dire l’échange de ses pauvres contre leurs riches. Apres c’est la guerre. Ayant la prédominance militaire, les US vont ils laisser basculer le centre de gravité de l’économie vers l’Asie ?

    Le problème semble dépasser les grilles politiques classiques. Sans énergie , on va parler de survie.

  2. En parité de pouvoir d’achat, le PIB mondial divisé par le nombre d’habitant donne environ 550 euros par mois.

    J’approuve totalement la réflexion de kercoz ci dessus : il n’y a pas assez pour tout le monde, et à partir de cette constatation, 4 « solutions » me semble t-il :

    1 – on partage (équivalence de pouvoir d’achat : 550 euros par mois et par personne… mais je vais avoir du mal à signer ce contrat, je le reconnais)

    2 – 100 à 300 millions de très riches, 1 milliard qui travaillent pour eux, et 5,6 ou 7 milliards qui « survivent » (et encore)

    3 – on prend en mains une réduction (drastique) de la population terrestre sur une génération (ne me faîtes pas dire que je prône des méthodes eugénistes ou belliqueuses ; je pense que de fortes incitations financières dans le genre allocations familliales inverses et garantie de retraite pour tous – au niveau mondial – devraient suffire à ce que les femmes limitent leur procréation à 1 enfant)

    4 – la guerre… qui aboutira à la ‘solution’ précédente

  3. Lisez « Nous mangeons du pétrole » du DA Pfeiffer. Mike Ruppert et son groupe de From the Wilderness ont vraiment réalisé un travail exceptionnel bien avant tout le monde.

    La réduction de la population passe toujours soit par : les guerres, les famines ou les épidémies … à votre avis, c’est quoi la solution la plus « juste » ?

    Ce qui meurt avec l’abondance énergétique, c’est bien pire encore : c’est l’idéologie du progrès.

  4. AJH,

    « 1 – on partage (équivalence de pouvoir d’achat: 550 euros par mois et par personne… mais je vais avoir du mal à signer ce contrat, je le reconnais) »

    Vous présupposez là que chaque terrien a les mêmes besoins, les mêmes habitudes de vie, les mêmes envies, etc. Je crains que ce genre de calcul mathématique basique ne soit qu’une simple vue de l’esprit. Quant à un calcul réel, même approximatif, il me paraît impossible…

    Ce qui nous laisse avec 3 solutions…

  5. Je rejoins Kercoz sur ce point: « il y a une pénurie d’abondance » c’est certain, en tous cas, au niveau des ressources issues de la Terre (matières premières, capacités de production agricoles en partie etc). Par contre, je crois rêver lorsque l’on parle de limiter les naissances à l’échelle mondiale !! Ce serait une immense erreur. Premièrement, le vieillissement d’une population est une plaie à tous niveaux : augmentation des couts, difficultés au niveau du progrès car ce sont les jeunesses qui ont toujours fomenté les grands changements du monde.

    Je reste persuadé – le chemin est long et périlleux – que le progrès scientifique, l’évolution des mentalités, la prise de conscience qu’un changement de mode de vie respectueux de l’environnement, est possible. C’est ambitieux soit mais l’Homme a toujours relevé les défis et je crois en Lui malgré tout. Il y a en effet des territoires où la natalité est trop forte, d’autres où elle est trop faible. Tout est question d’équilibre à l’instar de l’équilibre que l’on doit trouver dans les pratiques des marchés financiers. Ce n’est pas tant le nombre d’êtres humains qui pose problème mais plutôt la façon dont tout ce joli monde veux vivre. Sommes nous prêts à renoncer à la société consumériste ? Mais d’un autre coté, monsieur le Marché va peut être trancher pour nous en laminant notre capacité à surexploiter les ressources de la terre. Bien sûr, en ces temps troublés, les risques de conflits sont certains mais en aucun cas une solution.

    Au plaisir de vous lire, Paul et les autres intervenants !

    Julien Filippi

  6. Puisse l’analyse de Paul Jorion être largement diffusée et surtout partagée par le plus grand nombre de décideurs et de citoyens.

    Il n’y a rien à ajouter. Tout est dit s’agissant de cerner les tenants et aboutissants de la crise actuelle.

    D’aucuns pourront parler de réguler le système capitaliste, mais nous n’en sommes plus là.
    L’analyse du président est politicienne et non pas politique dans le sens noble du terme. Il mélange le vrai avec le faux pour que rien ne change fondamentalement
    .
    C’est le système constitué par le couple devenu infernal capital-marché tel que décrit par Paul Jorion, qui n’est plus viable, ou alors sous une forme agonistique qui ne profitera qu’à une minorité surprotégée et surexploitatrice avec des risques de guerres croissants. Le coeur du problème, c’est toujours la question de la finalité de l’économie. Economie toujours au service d’elle même (et donc d’une minorité) ou au service de l’épanouissement de toutes les potentialités créatives, sensibles, affectives, de chaque être humain ? A chacun de choisir son « camp »

  7. Julien Filippi écrit «  je reste persuadé – le chemin est long et périlleux – que le progrès scientifique, l’évolution des mentalités, la prise de conscience qu’un changement de mode de vie respectueux de l’environnement, est possible.  »

    Je l’espère… mais hélas, j’ai analysé avec attention les « rapports Meadows » de 1972 et 2002 ( sur : http://www.societal.org/docs/cdr1.htm et http://www.societal.org/docs/cdr2.htm … ne manquez pas non plus http://terresacree.org/ressources.htm et chacun des liens) et je m’aperçois qu’il faudrait un sacré pas en avant en plus d’un énorme coup de chance . Je dirais donc : on peut toujour rêver… nous ne sommes pas seulement dans une crise financière et je ne parle pas des autres problèmes comme le réchauffement climatique.

    @Candide; j’ai donné ce chiffre de 550 euros en parité de pouvoir d’achat et non en valeur absolue de PIB . Que faites vous aux US ou en France avec 550 euros par mois (qui est peut être l’équivalent de 20 ou 30 dollars par mois en Afrique) ?

  8. Dans les « moyens utilisés par les dirigeants d’entreprises pour contourner en leur faveur le partage traditionnel du surplus entre eux-mêmes, les investisseurs et les salariés », il me semble que vous avez oublié les retraites complémentaire et autre retraites dites chapeau, spécialement établies pour les dirigeants d’entreprise et leur permettant d’éviter la perte de revenu du vulgum pecus au moment de la retraite (quel qu’en soit l’âge).

    Et ces retraites spécifiques sont payées par les charges des entreprises.

    D’autre part, j’attends avec intérêt les propositions de Sarkozy pour lutter contre les paradis fiscaux.
    « J’attendrai, le jour et la nuit, j’attendrai toujours … »

    Arf !

    Zgur

  9. Je voulais soumettre à Paul Jorion depuis déjà quelques semaines
    cet article d’André Gorz qui a un peu plus d’un an.

    http://www.ecorev.org/spip.php?rubrique172

    Gorz (j’espère que le nom n’est pas inconnu de tous) y défend la thèse d’une crise de reproduction du capitalisme : la financiarisation débridée n’est pas un accident dans l’expansion du capitalisme, mais une nécessité etc. C’est un penseur de premier ordre sur nos questions, qui s’était éloigné du marxisme dans les années soixante dix. Je crois qu’il y livre quelques pistes intéressantes pour sortir au moins partiellement de l’empire de la logique purement marchande (en particulier dans l’analyse qu’il fait de l’usage social des technologie de l’internet -et dont la nature press’lib de ce blog est un exemple).

    Un amical salut à tous.

  10. Je pense que LE responsable des désastres actuels, économiques , écologiques, energetiques……n’est pas le politique, mais l’outil de gestion économique du groupe.

    Il y a encore un demi siecle les villes etaient des groupes de villages et ne s’éloignaient que peu du système de gestion archaique des groupes restreints qui nous ont formaté depuis l’animalité L’etat accompagnait le système sans le diriger.. Cette gestion archaique a une garantie décennale (en million d’année) pour ce qui concerne la stabilité et l’optimisation de l’individu (son bonheur?).

    Cette gestion archaique utilise des outils complexes : les interrelations entre individus gérés par les rites (Goffman les définit comme des rituels inconscients ; une sorte d’instinct non génétiquement inscrit, mais une mémoire collective apprise, Culturelle). Cette complexité ne fonctionne qu’en groupe restreint. On peut la rapprocher de la théorie du Chaos et lui accorder la stabilité des fameux « attracteurs ».

    Depuis un demi siecle on a voulu agrandir la taille des groupes. Et pour celà , nous avons utilisé des outils de gestion simplifiés (les equa diff on sait pas faire!). ON utilise donc des equa lineaires en supprimant ce qui gène en marge.

    Le problème est que ce type d’equation diverge ses solutions a la moindre perturbation et rend le système hyper fragile. Que ce soit en economie , en agriculture , en pollution , en santé , nous sommes en échec .

    L ‘exemple le plus marquant est la superiorité du « ROND POINT » sur le feu rouge. Utiliser les capacités du cerveau a gerer la complexité multiplie le flux de circulation par 5 ou 10 en regard de la technologie.

    Prigogine , plus crédible que moi, a écrit un truc là dessus.
    C’est l’outil qui est pervers.

  11. je pense au contraire que nous assistons a une crise du capitalisme ultraliberal
    j’espere meme que ce soit une crise qui engendre de nouveaux modeles de pensee ( je reve un peu …ca ne se fera pas en claquement de doigts )
    le social-communisme ne reviendra pas supplanter les restes de la pieuvre capital-market
    mais ne pourrions nous pas aller vers un capitalisme moins pyramidal et plus democratique
    ou chacun connaitrait sa juste retribution dans son action individuelle et au vue de sa participation
    est ce qu’un capitalisme participatif ca existe?

    quant a savoir si nous devons reduire notre capacite a procreer …ca me parait tellement idiot ( excusez ma franchise )
    c’est pt etre les memes qui disent que les guerres sont salvatrices pour l’equilibre economique
    c ‘est terrible
    ne saurions nous pas capable de nous auto-reguler ? auto-orienter?
    faut il toujours tout detruire pour mieux reconstruire ? helas vrai mais deprimant
    soutenir la planete c’est soutenir nos enfants

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