L’actualité de la crise: la facilité pour les uns, les efforts pour les autres, par François Leclerc

Billet invité.

LA FACILITE POUR LES UNS, LES EFFORTS POUR LES AUTRES

La BCE devrait annoncer en fanfare, jeudi prochain à l’occasion de la réunion de ses gouverneurs, que sa prochaine adjudication à un an sera la dernière. Des spéculations font par ailleurs état dans la presse spécialisée d’une modification des conditions dans lesquelles certaines de ses autres adjudications, à plus courtes échéances, pourraient à nouveau être soumises à appel d’offres (et non plus, comme c’est actuellement le cas, être illimitées en volume selon un taux annoncé à l’avance). Ces ajustements signifient que la banque centrale s’efforce, en entamant un processus de modification des mesures de soutien financier aux banques, de sortir celles-ci de l’addiction dans laquelle elles semblent être tombées, dont Jean-Claude Trichet (le président de la BCE) s’était inquiété, et les engager à revenir sur le droit chemin. Tout en cherchant à contenir la croissance de la bulle financière qui continue de prospérer, ce qui pourrait être sa véritable intention.

La suite dira si ces objectifs ont des chances d’être atteints, au moins partiellement, alors que les autres grandes banques centrales ne s’engagent pas sur le même chemin, ni aux Etats-Unis, ni au Japon, ni au Royaume-Uni. Le problème de la synchronisation des politiques financières reste entier. Dans ces conditions, on peut se demander (façon de parler) s’il n’est pas illusoire de chercher ainsi à relancer le crédit, le système bancaire européen, à commencer par les banques allemandes, restant pour sa part très fragilisé. Pour considérer que les banques européennes risquent de s’adapter à cette nouvelle politique de la BCE, un peu plus restrictive, en réactivant des marchés qui étaient délaissés, pour avoir trop contribué à la crise, et qu’elles vont ainsi accroître leurs prises de risques afin de continuer à renforcer leurs marges pour de se renflouer…

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« Séismes et bulles financières : quelle prévision ? », débat avec Didier Sornette

Je vous ai signalé dans « Paroles de chercheurs », le 25 novembre 2009, le débat auquel j’ai participé mercredi dernier à Paris sur le thème « Séismes et bulles financières : quelle prévision ? ». Débat organisé par l’Institut des Hautes Études pour la Science et la Technologie, et qui m’opposait à Didier Sornette, Professeur à l’Institut Polytechnique de Zurich, chaire des Risques entrepreneuriaux, professeur de physique et de géophysique, auteur de « Why Stock Markets Crash » (2003).

Le débat est désormais en ligne ici. J’y ai l’occasion de parler de

* « Raisons » et « causes » : que pense un individu dont une « loi physique » rend compte du comportement ?

* Nous sommes des particules d’un type très spécial puisque nous pouvons formuler et faire appliquer des règles qui modifieront notre comportement.

* « Interdire les paris sur les fluctuations des prix ».

* Etc.

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BFM Radio, le lundi 30 novembre à 10h46

La « reprise sans emploi » et les nombreux Dubaï à venir

L’expression paradoxale « reprise sans emploi » est apparue au début de l’année pour convaincre le public qu’une reprise était parfaitement possible alors même que le taux de chômage n’arrête pas de progresser. Si reprise il y a, les chiffres de l’emploi ne sont en effet pas très bons : + 2 % en France en Octobre, ainsi qu’une perte d’emplois se montant « seulement » à 466 000 emplois perdus aux États-Unis, chiffre qui serait de 544 000 si n’était pas intervenu un très salutaire « ajustement en fonction des variations saisonnières ». Et cet « ajustement en fonction des variations saisonnières » attire notre attention sur le côté très « statistique » de la reprise actuelle – qui se lit dans les chiffres et les indices, bien davantage que dans le monde que nous observons autour de nous.

De quoi s’agit-il avant tout ? On le sait : des retombées des plans de relance, les « primes à la casse » en particulier, suivi de restockage, essentiellement. Pour le reste, la faible remontée du trafic maritime constatée ces dernières semaines, préluderait selon les prévisions à une retombée au plus bas au second semestre de l’année prochaine.

La notion de « reprise sans emploi » voudrait suggérer qu’il ne s’agirait que d’une question de patience : que les emplois sont en route, handicapés seulement par un délai qui s’explique aisément. Comment s’expliquerait ce retard ? Par le fait que quand l’emploi repart, il faut d’abord résorber les réserves de main d’œuvre qui se sont constituées quand – plutôt que de les licencier au plus fort de la crise, certains salariés furent mis en temps partiel, et que la première chose à faire sera d’abord de les réemployer à temps plein, avant de réembaucher toute main d’œuvre nouvelle.

Le défaut de la dette d’un fonds souverain de Dubaï la semaine dernière nous rappelle brutalement qu’une « reprise sans emploi » – pour autant qu’elle puisse en être une – ne constitue en tout cas qu’une reprise extrêmement fragile. Nos sociétés sont en effet des sociétés « de consommation », et pour qu’une économie reprenne, elle ne peut se passer de consommateurs.

Nous nous sommes habitués au cours des vingt dernières années à ce que les salaires puissent être complétés – si nécessaire – par du crédit. Les faits se sont chargés de nous rappeler – depuis l’assèchement du crédit de l’été 2007 – que les banques ne prêtent volontiers qu’aux « bons risques » et ni les chômeurs, ni les travailleurs menacés de licenciement ne tombent malheureusement dans cette catégorie.

La bonne santé des presqu’îles en fronde de palmier de Dubaï dépend essentiellement de ceux qui viennent y passer leur temps libre. Sans eux, elles ne sont rien d’autre que des monceaux de dettes. De même pour les hôtels qui couvrent la surface du monde : seuls peuvent les faire vivre les touristes ou les hommes d’affaires qui viennent y passer la nuit. L’immobilier commercial américain attend – on le sait – sa vague de refinancement en 2011 et 2012. Si d’ici-là les consommateurs ne sont pas réapparus dans les centres commerciaux, de nombreux nouveaux Dubaï viendront hanter les nuits de leurs bailleurs de fonds.

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Le grand jeu, par Nikademus

Billet invité.

A l’époque de Kipling, on appelait « Grand Jeu » l’ensemble des luttes diplomatiques et militaires que l’Empire Russe et Britannique se livraient aux confins de leur frontières : en Afghanistan. C’est cette expression que le « géo-stratège » américain Zbigniew Brzezinski a sans aucun doute en tête quand il écrit en 1997 Le grand échiquier (The Grand Chessboard) alors qu’il cherche à attirer l’attention sur l’Eurasie comme étant la région sur laquelle les Etats-Unis devaient dès ce moment porter leurs efforts : la Chine y est considérée comme la puissance montante, respectable mais à guider et en quelque sorte à tenir par la main, l’Europe et la Russie ne sont plus considérées que comme déclinantes ou pour longtemps périphériques, le Moyen-Orient ne compte déjà plus pour grand’chose. Emmanuel Todd qui avait analysé de près l’ouvrage dans Après l’Empire (2002) – que l’on serait inspiré de relire aujourd’hui – , notait par exemple que pas une seule mention n’était faite à Israël. Evidemment, on était encore dans l’ère Clinton, les années Bush sont passées par là depuis, et les aspirations de Mr. Brzezinski ne peuvent plus trouver à s’épancher de la même manière. Tout simplement parce que les Etats-Unis n’ont plus les moyens de décider à quel jeu on joue. C’est sur un Grand Damier que se joue maintenant la partie.

Notes éparses sur le jeu de Gô

Extraites de Scott A. Boorman, The Protracted Game (1969, Oxford University Press), référence à De la Guerre Prolongée, de Mao (1938), (trad. sous le titre loufoque Gô et Mao, Seuil, 1972).

• Gô : nom japonais sous lequel on connaît en Occident un jeu en réalité à l’origine chinois : wei-ch’i (prononcer : oueï-chi), pratiqué depuis au moins la dynastie Han (200 av. JC).

• « Le commencement d’une partie est pratiquement incompréhensible pour celui qui ne l’a pas étudié à fond. Les deux joueurs ont l’air de placer leurs hommes au hasard, tantôt dans un coin du damier, tantôt dans un autre ; on dirait qu’ils cherchent à former de jolis dessins plutôt qu’à se tourner mutuellement. Ce n’est qu’après la mise en place de bon nombre de pions que l’objet de la partie commence à apparaître : alors on s’aperçoit petit à petit que les pions qui semblaient avoir été joués sans but offensif ni défensif étaient tous utiles, et qu’ils avaient été placés dès le départ pour servir d’avant-postes de territoires que l’on prévoyait de constituer autour d’eux, ou de postes d’observation pour harceler l’ennemi. » (p. 30)

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Deux ou trois choses que je n’ai plus de mal à faire comprendre

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le fait de parler en public me permet de tester quelques idées que j’ai lancées dans mes billets et dans mes livres et de constater ce à quoi mes auditeurs accrochent sans difficulté ces jours-ci, ce qui les convainc, ce à propos de quoi ils ont envie d’en entendre davantage, en un mot, ce qu’ils comprennent très bien sans qu’il faille leur faire un grand dessin.

* Une reconnaissance de dette n’est pas de l’argent : sa valeur se situe quelque part entre le montant qui est dû et, dans le pire des cas : zéro. D’après ce que j’observe des résumés que je lis dans la presse de mon livre « L’argent, mode d’emploi » (Fayard 2009), cette différence essentielle semble être le principal enseignement que les lecteurs retiennent. On en tire aussi facilement la conclusion que compenser la baisse des salaires en rendant le crédit plus aisé, ce n’est pas vraiment « permettre aux gens d’avoir plus d’argent ».

* Dans le même ordre d’idée : le fait qu’il est beaucoup plus facile de comprendre ce que c’est que le capital quand on se place du point de vue de celui qui a de l’argent en « pas assez » – qui sait fort bien qu’il faudra non seulement le rembourser un jour mais aussi que son utilisation se fait payer très cher en intérêts qu’il faudra verser –, que quand on se place du point de vue de celui qui a de l’argent en « beaucoup trop » et pour qui le capital c’est quelque chose qui grossit miraculeusement quand on le « place » (les économistes se sont spontanément identifiés avec ce camp-là à partir du milieu du XIXe siècle – un ralliement qui explique probablement beaucoup de choses).

* Les gens à qui je m’adresse comprennent toujours très bien de quoi je parle quand j’évoque la spéculation (aucune voix ne s’est encore élevée d’une salle pour me dire qu’« Après tout, tout le monde spécule, puisque « spéculer », ça veut simplement dire « rêvasser à l’avenir » »). Et quand je parle d’interdire les paris sur les fluctuations de prix, en ajoutant que c’est essentiel, je ne souffre plus du handicap de devoir ajouter aussitôt : « C’est assez compliqué à expliquer… », puisque je peux maintenant dire : « Les Chinois ont très bien compris de quoi il s’agit puisqu’ils appliquent désormais cette mesure et, vu le rapport de force actuel dans le monde, ils sont en passe d’imposer cette interdiction à tous ceux qui voudraient traiter avec eux ».

* Ceux de mes auditeurs qui ont eu l’occasion de voir mon passage à Parlons net sur France Info le 5 juin, se souviennent que j’avais provoqué la perplexité générale quand j’avait dit : « Ne riez pas de la Chine ! C’est elle qui nous sauvera tous dans dix ans ! » Cette perplexité ne se verrait plus aujourd’hui. Ceux qui ont vu cette émission se souviendront aussi de mon geste de la main dessinant dans l’air un « W », avec la seconde branche tombant très bas : j’évoquais ce que serait le profil de l’économie à partir de 2007. Il suffit depuis quelques jours de prononcer le mot « Dubaï » pour que la silhouette de ce « W » vienne hanter les mémoires.

* Enfin, mes auditeurs comprennent très bien que la « crise des subprimes » ce n’est ni le « peak oil », ni la décroissance, ni un tas d’autre choses, mais ils comprennent également que ce n’est pas une crise « de type classique » précisément parce que ces autres éléments constituent un nouveau contexte qui n’est pas près de disparaître de lui-même. Ils comprennent du coup que cette crise-ci est gravissime parce que c’est l’avenir de notre espèce qui se joue cette fois à une échéance de cent ans. Après ces débats publics, nous prenons en général un repas ou un pot ensemble et la question que j’entends alors, c’est celle-ci : « Est-ce que ce serait une telle perte si l’homme disparaissait ? » Que la réponse soit « oui » ou « non » à cette question, le fait qu’on se la pose maintenant en dit long.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise: Dubai, piqûre de rappel, par François Leclerc

Billet invité.

DUBAI, PIQÛRE DE RAPPEL

Dans l’attente de l’ouverture demain lundi de Wall Street, l’incertitude demeure en raison du défaut de Dubai, tant que le sinistre n’est pas clairement circonscrit et que la liste de ses victimes et de leurs pertes n’est pas clairement établie. Mais il est d’ores et déjà frappant de constater l’ampleur de l’inquiétude qu’il a suscité, et d’anticiper sur ses conséquences plus globales.

En premier lieu pour les pays très endettés, montrés du doigt comme autant de foyers potentiels de nouvelles crises de la dette souveraine. Leur accès aux marchés financiers risquant fort de devenir plus difficile et onéreux dans la période à venir, ne faisant qu’accentuer en retour le risque qu’ils représentent pour la communauté financière. Non seulement l’instabilité demeure, mais elle pourrait ainsi s’accroitre.

En second, à propos du phénomène de désendettement des établissements financiers, car celui-ci pourrait se ralentir si le repli déjà enregistré vers le dollar et les obligations d’Etat – valeurs refuge – se confirmait, les bourses venant de témoigner de leur très forte sensibilité aux chocs et accidents de parcours, alors que de nouveaux défauts sont redoutés dans le secteur de la dette souveraine. Dans ces conditions, les mirifiques affaires de la crise devenant plus problématiques, le désendettement serait encore plus long à s’opérer qu’espéré, et la crise économique à se résorber. Le danger étant que les autres formes de spéculation, plus hasardeuses et imprévisibles, reprennent de plus belle, à la recherche d’un effet de levier perdu. Cela n’irait pas non plus dans le sens de la sortie de la crise.

En troisième, à propos du renforcement des fonds propres des banques. Il apparaît en effet qu’au fur et à mesure que l’on avance, la nécessité de nouvelles dépréciations s’impose aux banques, impliquant un coussin protecteur de plus en plus volumineux, rendant sa constitution de plus en plus lourde. Sauf à recourir au génie financier, dont on connaît désormais la fiabilité, ce qui est en cours.

Accessoirement, trois remarques s’imposent également, qui peuvent à nouveau faire réfléchir certains à propos des mesures de régulation financière futures. L’une, est qu’il semble être tout juste découvert que le système financier de la région n’est pas ce que l’on peut véritablement appeler transparent (comme si cela lui était propre, d’ailleurs!), une préoccupation totalement absente lorsque tout allait bien, bien entendu. La suivante, que les banques sont à nouveau à la recherche, dans l’urgence, de la réalité de leur exposition, qu’elles ne maîtrisent toujours pas. La dernière, que la fragilité de l’édifice financier de Dubai n’avait d’égal que la hauteur des tours qui y étaient construites, et que les banques semblent le découvrir le nez sur l’évènement. A moins, pour expliquer leur attitude, que l’exception soit en réalité la règle, auquel cas on comprendrait mieux leur attitude.

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La religion de Pagnol

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Les familles laïques se constituent leur propre religion avec des morceaux trouvés ici et là et la trilogie « Marius-Fanny-César » occupait une place d’honneur dans la religion que mon père et ma mère avaient bâtie de bric et de broc à l’intention de leurs enfants. Nous possédions les disques qui restituaient le dialogue des trois films tournés dans les années trente avec Raimu, Pierre Fresnay et Charpin, et mes parents écoutaient tout cela en échangeant pour les galéjades des sourires entendus ou en hochant la tête d’un air grave lorsqu’il s’agissait plutôt de leçons portant sur la philosophie de la vie.

Cela m’a fait très plaisir bien entendu de me trouver hier pour la première fois sur le vieux port de Marseille, et de pouvoir reconstituer ainsi de visu la géographie du décor d’une partie essentielle de mon système du monde, seulement mythique jusque-là.

Le cadre de la référence éthique, c’est bien sûr l’histoire de la petite Zoé qui l’instaure, perdant son honneur avec des garçons, alors que « L’honneur, c’est comme les allumettes, ça ne sert qu’une fois ». La primauté du qualitatif sur le quantitatif, on la découvre enfant avec la recette du Picon-citron-curaçao, comptant quatre tiers, pour une raison que Marius aurait dû pourtant deviner : que tout dépend de la grosseur des tiers. Le principe de l’éducation des enfants quand ils grandissent et que leur témérité nous cause alors bien du souci, se résume lui tout entier dans l’avis offert par César à Marius embarqué sur un dragueur de mines : quand il s’agit de se pencher, « Laisse un peu se pencher les autres ». Autre avertissement salutaire que nous adresse la trilogie, à propos cette fois des Parisiens et du grain de sel avec lequel il faut prendre leurs propos : Monsieur Brun prétendant qu’à Paris, il existe cinquante Canebières. Enfin, et cette fois, message le plus important de tous : le prix qu’il faut attacher à la tendresse, dont parle si bien Panisse quand il évoque « les chatouilles et les papouilles », que sa pauvre Félicité et lui se faisaient.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Appel de novembre

Pour mai : 2.374 €
Pour juin : 3.099 €
Pour juillet : 2.022 €
Pour août : 2.480 €
Pour septembre : 1.892 €
Pour octobre : 2.140 €

Merci pour vos donations en octobre : objectif atteint !

Somme (brute) reçue à ce jour (le 30) pour novembre : 2 274 €.

Un mois d’octobre marqué par la sortie de « L’argent, mode d’emploi » (chez Fayard, le 28 octobre) et à quelques jours seulement de la sortie de « Comment la vérité et la réalité furent inventées » (chez Gallimard, le 5 novembre).

Et déjà plusieurs occasions d’en parler :

dans un portrait élogieux de Patrice Bollon dans Philosophie Magazine,

sur France Culture et

à Public-Sénat,

également dans quelques jours aux Entretiens d’Auxerre et vers la fin du mois à « Paroles de chercheurs » (dont je vous reparlerai).

Enfin, pour empêcher que ne se reproduise la catastrophe des deux mois de blogs et de commentaires perdus : un serveur dédié désormais entièrement à la sauvegarde.

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L’actualité de la crise: A force d’aller par trop loin, par François Leclerc

Billet invité.

A FORCE D’ALLER PAR TROP LOIN

Sans beaucoup d’imagination ni de renouveau, les nouvelles de la crise s’accumulent et se ressemblent. Le chômage grimpe, sans autre perspective. Le « W » le dispute au symbole de la racine carré (et de sa barre horizontale) pour illustrer la très faible relance économique qui nous est proposée. Les nouvelles bulles financières prospèrent et font craindre, chacune dans leur genre, de très sérieux nouveaux dégâts, la précédente n’ayant pas fini d’éclater. La future régulation patine plus que jamais, alimentant la certitude qu’une nouvelle crise encore plus dévastatrice est inévitable. Les gouvernements et les banques centrales savent encore moins qu’avant que faire. Les banques font plus ou moins bonne figure et dissimulent comme elles peuvent leurs grosses bêtises (qu’il faudra bien montrer) tout en défendant envers et contre tout leur terrain de jeu. Pour clore la semaine, enfin, un gros et symbolique incident de parcours à Dubai vient à peine troubler cette désespérante routine, enflammant un instant les esprits de peur que n’éclate un nouveau Lehman Brothers, mais il ne s’agit finalement que d’une petite affaire de quelques dizaines de milliards de dollars…

Cependant, nous secouant de cette dangereuse torpeur qui vient à nous gagner, une simple interrogation, tout en restant sans réponse, résonne de plus en plus dans notre tête : si l’inconcevable arrivait ? Si cette crise, qui semblait n’avoir que de mauvaises issues, n’en avait finalement pas, même de boiteuse ? Si sa solution se révélait hors de portée de tous ceux qui s’affairent, financiers, gouvernements et banques centrales confondus ? Si les choses, enfin, étaient allées par trop loin ? Qu’arriverait-il donc alors  ?

L’idée commence en effet à s’imposer que le sauvetage du système financier n’était décidément pas dans les moyens des pouvoirs publics, qui y ont pourtant mis toute leur détermination et leur fortune. Mais que les déficits des Etats ont déjà atteint de périlleux sommets alors que le travail est loin d’être terminé. Que les banques centrales semblent paralysées, leurs outils inopérants. Et que, pour les uns comme pour les autres, les choix sont d’autant plus difficiles à faire qu’aucune des alternatives disponibles n’est envisageable. Ni stopper les mesures de soutien économique, ni les poursuivre pour les premiers. Ni arrêter de soutenir les banques, ni continuer de le faire pour les secondes.

Les traitements qui ont été administrés ne peuvent être interrompus, mais ils sont inadaptés et ont de redoutables potentiels effets secondaires. Ils s’appellent accroissement des déficits publics (d’un niveau jamais atteint en temps de paix), retour d’un carry-trade dévastateur, perturbations violentes des marchés monétaires, inflation des actifs boursiers…Tous perturbent grandement l’économie.

On peut discuter pour savoir si la crise des crédits hypothécaires commerciaux va ou non éclater à la figure des banques dans les deux ans qui viennent (encore que cela semble assez bien établi). Il est possible de s’interroger sur l’amplitude que va pouvoir prendre sans éclater la nouvelle bulle financière privée qui continuent d’enfler. Ou bien de le faire pour jauger la capacité des marchés à financer dans l’avenir et à des taux acceptables à la fois la dette publique, les émissions obligataires des entreprises et les besoins de renforcement des fonds propres des banques. De se demander combien de missions de sauvetage le FMI sera financièrement capable d’assumer dans les zones sinistrées sans devoir s’engager à son tour dans une politique inédite de création monétaire. Tout ceci est certainement discutable, mais il est une chose d’ores et déjà établie : les Etats n’ont plus les munitions nécessaires pour faire face à la prochaine grande crise que le système financier prépare, convaincu non sans raisons d’avoir déjà remporté la bataille de la régulation financière. Ce qui permet, sans chercher plus loin, de se reposer la même question: que va-t-il bien pouvoir arriver  ?

Sans trop oser l’imaginer.

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L’actualité de la crise : Sinistre craquement, par François Leclerc

Billet Invité.

SINISTRE CRAQUEMENT

Fébrilement, la journée d’hier a été consacrée à la recherche des expositions à la dette de Dubai, et cela va continuer ainsi jusqu’à la fin du mois, car c’est la fête de l’Aïd au Moyen Orient. Ainsi qu’au risque d’un effet domino, le sinistre de l’un pouvant vite entrainer celui de l’autre, dans le monde bancaire. Puis va progressivement monter une sourde inquiétude: quel est le prochain ? Des listes sont déjà dressées: Hongrie, Pays Baltes, Grèce, Ukraine… Recommencera ensuite, si un nouveau défaut devait survenir, la même ronde : recherche d’exposition – danger d’effet domino, etc…

L’économie de Dubai, fondée sur l’endettement et l’immobilier, était particulièrement fragile. Celle des pays de l’Est l’est tout autant, les capitaux privés ouest-européens en ayant été brutalement rapatriés, laissant les pays et les particuliers faire face à leur dette libellée en devises étrangères.

Les deux bulles, privée et publique, vont-elles être tenables longtemps ? (Pour ne pas parler de la bulle chinoise).

La BCE devrait annoncer mardi prochain des mesures de retrait partiel de ses facilités (prêts à un an et peut-être reprise des enchères pour les prêts à 6 et 3 mois), en dépit de la constatation que le crédit aux entreprises continue de se resserrer en zone euro. Elle reconnait ainsi que les injections de liquidités dont elle abreuve les banques ne jouent pas le rôle qui leur est assigné, et qu’elles contribuent à l’accroissement d’une bulle menaçante. Mais le mal n’est-il pas fait ? Une décision à l’échelle de la seule zone euro règle-t-elle quoi que ce soit ? C’est en tout cas entériner que la BCE n’est pas en mesure de contribuer à la relance du crédit.

Le FMI a annoncé cette semaine avoir réuni 13 nouveaux pays contributeurs à Washington afin de leur emprunter 100 milliards de dollars supplémentaires (des NAE, Nouveaux accords d’emprunts), qui viennent s’ajouter aux 500 milliards déjà réunis et aux ventes d’or. Dans son rôle de pompier, le FMI amasse les fonds afin de continuer à répondre dans l’urgence aux besoins des Etats. Seront-ils suffisants ? Sera-t-il nécessaire d’en venir à la création de droits de tirage spéciaux (DTS), cette monnaie destinée aux Etats que le FMI peut créer ? C’est par ce biais que pourrait s’amorcer une réforme non avouée du système monétaire international.

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Le temps qu’il fait, le 27 novembre 2009

Toujours des problèmes sur Seesmic, mais ne vous inquiétez pas : la vidéo de la semaine est ici.

Je parle de Dubaï et de la « reprise sans emplois ».
Également de ma tournée de représentant du « monde nouveau » à Bruxelles – Namur – Paris – Marseille – Dijon.

Dubai

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Quelques réflexions sur l’état d’urgence, par Jean-Luce Morlie

Billet invité.

QUELQUES REFLEXIONS SUR L’ETAT D’URGENCE

Le barnum politico-financier de ces derniers mois fait affleurer l’idée que nos sociétés s’organisent comme un spectacle sur lequel nul n’a prise. Quelle est la raison de cette paralysie générale. S’agit-il de montrer que la crise financière fonctionne comme un théâtre et détourne l’attention tandis qu’à l’arrière-scène, des actifs tangibles changent de main grâce à l’argent public ? De cela, nous n’en n’avons jusqu’ici, guère parlé sur le blog, est-ce urgent ? De la même façon que l’établissement du prix ne fonctionne pas selon notre représentation de l’offre et la demande, mais sur le rapport de force entre personnes ou groupes sociaux, nous pouvons comprendre que le capitalisme est structuré à la façon d’un spectacle, avec précisément le même objectif, évacuer la perception des rapports de forces. La médiatisation par l’échange de « marchandises images », instaure un mode d’interaction dans lequel personne ne songe à monter sur la scène, mais se contente de siffler ou d’applaudir.

Comme au Grand Guignol

Les quelques derniers billets publiés sur le blog attitrent l’attention sur la dimension « spectaculaire » de la crise. De même que la présence d’une arrière-scène est une condition nécessaire au spectacle, la transparence et l’opacité des banques se renvoient l’une à l’autre, l’invisibilité des coulisses est nécessaire à la création de la visibilité de la scène. Sur le même mode, le réseau mondialisé des sociétés-écrans s’est-il tissé depuis quarante ans pour dessiner le paysage de la mondialisation. Le circuit caché de l’argent est devenu si serré que l’opacité de la Fed en parait « cristalline ». Autre point, la société du spectacle organise l’effacement de la mémoire, car si nous en avions la mémoire nous pourrions retourner son histoire contre elle-même, c’est ce que tente Jorion lorsque, de façon à contrer l’oubli, Jorion sort un taquet et signale l’état d’urgence.

État d’urgence ? Comme précisé ailleurs sur le blog, la crise met en évidence le fonctionnement normal du cours des choses. Le « panel » diamétralement opposé du sénat américain relativement au « contrôle » ou l’autonomie de la Fed ouvre ainsi largement le champ du curseur, mais du même coup entérine le fonctionnement de la Fed comme metteur en scène économique. Appliquer l’image du spectacle à la société serait-il trompeur ? Poussons plus loin. Comme au Grand Guignol, nous ne savons plus ce qui fait notre plaisir, frissonnons-nous de peur feinte ou d’admiration pour les grosses ficelles qui nous font trembler. Et ne me dites pas que la crise ne fonctionne pas comme un spectacle ! Quand les peuples montent-ils sur la scène pour empêcher « le vilain de faire du mal à l’innocente » ? Avons-nous une autre explication à la paralysie qui nous saisit tous et toutes.

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L’inventaire de demain, par François Leclerc

Billet invité.

Suffit-il de constater qu’un système a fait son temps pour que sa relève s’impose et qu’un autre système prenne sa place ? Pas si simple ! Par quel processus passe-t-on alors de l’un à l’autre ? L’histoire nous apporte à ce sujet des éléments de réflexion – car le capitalisme n’a pas toujours existé – mais pas les réponses que nous cherchons. Impliquant que nous réfléchissions un peu à l’aveuglette, nous projetant dans l’inconnu afin d’innover et concevoir l’inédit. A comprendre à la fois quel pas en avant il faudrait accomplir et vers quelle société celui-ci nous mènerait, car les deux démarches sont étroitement liés. Parvenant enfin à décrire le nouveau système qui devrait être substitué à l’actuel. Alors qu’une tentative, dénommée socialisme et dans laquelle beaucoup d’espoirs ont été en leur temps mis, a tourné court. Nous faisant trébucher.

Vu où nous en sommes, les tentatives d’aménagement du système n’ont pas fait la preuve de leur efficience, ce qui semblerait démontrer qu’il faut penser plus radicalement. Toute nouvelle évaluation doit cependant être « globale », intégrant des données économiques, sociales, culturelles et ce qui est nouveau environnementales. Enfin, le principe de l’élargissement le plus achevé de la démocratie (le pouvoir du peuple, selon les Grecs) parait devoir nous guider. Est-ce là le socle d’où il est nécessaire de partir ?

Sans toutefois nous cantonner au seul monde des idées – même si elles ont leur intérêt – alors que dans notre société apparaissent et se développent, de manières plus ou moins marginales et explicites, des pratiques sociales qui préfigurent les contours de celle qui pourrait lui succéder. Car, si nous savons une seule chose du passage d’un système à un autre, c’est qu’il est toujours marqué par des transitions, sans exclure les ruptures. Comme si le nouveau système s’annonçait, cherchait à se frayer un passage, à faire école pour s’imposer (car le précédent n’entend pas céder comme cela la place).

L’objectif proposé est de mettre une fois encore à profit ce blog, afin de susciter une nouvelle collaboration. De toutes celles et tous ceux qui s’y retrouvent, apportant déjà ou non leurs commentaires, afin de débuter une collection d’un genre particulier. Un simple inventaire des idées ou des pratiques qui pourraient contribuer, une fois regroupées, à dessiner l’esquisse d’une société alternative, cette utopie d’hier qui désormais pourrait être qualifiée d’utopie réaliste. D’entamer collectivement, sans hiérarchie et sans mise en forme prématurée, une « tentative d’épuisement », comme a écrit Georges Perec, de ce qui est à notre disposition, autour de nous, et témoigne de la transition dans laquelle nous sommes en réalité engagés. Sans en avoir toujours bien conscience, car lorsque l’on est dans le vent, on ne le sent pas. Sans garantie non plus qu’elle aille à son terme.

Des points d’étape seront certainement nécessaires, nous verrons bien.

MARCHE A SUIVRE :

Chaque signalement destiné à élargir la collection pourrait comporter une adresse renvoyant à une page Internet, accompagnée d’une brève description de son objet, ainsi que d’un éventuel commentaire.

Afin de le permettre, une nouvelle rubrique du blog a été crée, L’inventaire de demain, dont l’accès permanent se trouve dans le bandeau supérieur de cette page.

Pour débuter, vous y trouverez de premiers signalements.
 

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Le Monde – Économie, lundi 23 – mardi 24 novembre

Le lien est ici.

L’ETAT D’URGENCE

Les États–Unis se trouvent aujourd’hui dans une situation paradoxale puisque deux projets de loi, l’un au Sénat, émanant de Chris Dodd, l’autre au Congrès, proposé lui par Barney Frank, visent respectivement à restreindre les pouvoirs de la Federal Reserve, la banque centrale américaine, et à les étendre. L’explication de cette divergence de vue entre parlementaires démocrates, s’explique par leur attitude vis-à-vis de ce que j’appellerai – avant de m’en expliquer – « l’état d’urgence » : Dodd pense qu’il convient de le lever au plus tôt, tandis que Frank considère qu’il faut le renforcer.

Pourquoi parler d’« état d’urgence » ? Rappelons en quelques mots la relation existant entre banques centrales et États. La puissance publique relève du politique dont la transparence est garantie pour permettre aux élus de rendre compte de leurs actes. Les banques centrales ont été créées autonomes et indépendantes pour mettre leur gestion monétaire et le maintien par elles de la stabilité financière, à l’abri des préoccupations à court terme de ces élus.

Le refus des banques centrales de divulguer au politique certaines informations sur leur fonctionnement propre serait un corollaire de leur indépendance. C’est du moins ainsi que la Fed justifie par exemple son refus de révéler le nom des bénéficiaires de ses mesures de soutien, affirmant que la divulgation des noms fausserait la logique concurrentielle. Conséquence immédiate d’une telle rétention d’information : plus les responsabilités des banques centrales sont importantes, moins le public est informé de l’impact des mesures qu’elles prennent.

Confrontées en septembre dernier à la tâche de sauver la finance en perdition, les autorités eurent d’abord recours aux moyens « conventionnels » à leur disposition, avant de les compléter par d’autres, qualifiés eux de « non-conventionnels ». Des règles économiques et comptables, jugées jusque-là intangibles, furent alors enfreintes, tandis qu’un « état d’urgence » s’instaurait de facto.

La théorie économique dominante met l’accent sur la transparence comme condition de la vérité des prix. L’état d’urgence nécessitait lui au contraire le blackout, la dissimulation, non seulement des mesures effectivement prises mais aussi de l’identité de leurs bénéficiaires. La transparence fut sacrifiée. Son maintien aurait révélé lui que les autorités avaient cessé de croire à certains principes qu’elles continuaient cependant à clamer haut et fort.

La relative opacité des opérations des banques centrales, censée garantir leur indépendance, tombait donc à point nommé. L’extension de leur pouvoir aux dépens des organismes étatiques, augmentait leur aptitude à juger au coup par coup des gestes à poser « pour la bonne cause ». La capacité du politique à prendre des mesures s’en trouvait bien sûr restreinte d’autant. Le transfert aux banques centrales de certaines prérogatives permettait de cacher non seulement des infractions sérieuses aux grands principes mais surtout l’affreuse fragilisation du système qu’entraînait l’insolvabilité généralisée des établissements financiers. Mieux encore, l’opacité permettait la mise en place de « villages Potemkine » mettant en scène le spectacle d’une reprise, qui servirait d’aiguillon à une reprise effective.

L’hémorragie du système financier se trouve aujourd’hui apparemment stoppée mais c’est dans un contexte d’état d’urgence où les principes de régulation du monde financier ont été de facto suspendus. Les responsables de cette situation sont sans doute convaincus que cet état d’urgence sera levé dès que possible et l’état de droit rétabli. Mais n’ayant pas dit clairement qu’un état d’urgence avait été instauré, ils ont en réalité rendu possible sa prolongation sine die.

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L’actualité de la crise: la crise dans la crise, par François Leclerc

Bilet invité.

LA CRISE DANS LA CRISE

Nous en étions resté à l’idée que la machine à faire des dettes était en panne, mais que la machine de secours avait été lancée. Faisant par conséquent redémarrer la machine à faire des bulles. Avec cette nouvelle singularité que celle-ci en fabriquait cette fois-ci deux simultanément ! Une bulle résultant de la spéculation boursière, utilisant la masse de liquidités disponible, une autre ayant pour origine l’accroissement de la dette publique et l’émission obligataire en découlant. Remarquant que si ces deux bulles font désormais l’objet de mises en garde à voix de plus en plus haute, cela ne les empêche pas de prospérer. Leurs effets secondaires incontrôlables et indésirables résultant du traitement prescrit pour guérir la crise, qu’il faut suivre jusqu’au bout, car il n’y en aurait pas d’autre possible.

Un chercheur de la Banque des règlements internationaux a même eu tout dernièrement cette splendide image, pour parler de la conduite actuelle de l’économie : il a déploré qu’il ne soit regardé que dans le rétroviseur (afin de fuir le plus vite possible la chute libre de la phase précédente et aiguë de la crise), sans prendre la peine de regarder devant (le nouveau mur qui est en train d’être consciencieusement bâti). L’histoire ne se répétant pas, il est effet peu probable que la crise dans la crise qui monte et se précise aura à nouveau pour origine les subprimes et les CDS. Le mal est fait et perdure. Encore que le taux de défauts des crédits hypothécaires et la baisse du prix de l’immobilier n’aient pas dit leur dernier mot (notamment dans le secteur commercial). D’où va-t-elle bien sinon pouvoir venir  ?

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BFM Radio, le lundi 23 novembre à 10h46

Les krachs sont-ils évitables ?

Si vous passez mercredi à 18h30 devant le Conseil Supérieur du Notariat au 60 du boulevard de La Tour-Maubourg à Paris, n’hésitez pas à pousser la porte : vous m’y verrez et vous m’entendrez débattre de « Séismes et bulles financières : quelle prévision ? », et mon interlocuteur sera Didier Sornette, Professeur de risque entrepreneurial à l’Institut Fédéral Suisse de Technologie à Zürich.

Ce sera un débat – même si Didier et moi, nous nous connaissons depuis pas mal d’années : du temps de Los Angeles, et même si j’ai déjà dit beaucoup de bien de ses travaux dans « Vers la crise du capitalisme américain ? », mon livre publié en janvier 2007 : celui où j’annonçais la crise.

Je ne vais pas préjuger de ce que Didier dira mercredi, mais sur cette question : « Les krachs sont-ils évitables ? », j’ai le sentiment qu’il aurait plutôt tendance à dire « Non », alors que je dirais moi plutôt « Oui ». Il écrivait en effet dans son livre « Why stock markets crash », publié en 2003 : « Si les traders apprenaient comment déchiffrer et utiliser [l’information contenue dans les prix de marché], ils en tireraient parti, et tireraient également parti du fait que les autres sachent aussi comment en tirer parti ; ce qui n’empêche que les krachs auraient probablement tout de même lieu » (*)

C’est que, en tant qu’anthropologue et sociologue, j’attache une énorme importance à ce qu’on appelle la « prise de conscience », le fait qu’ayant compris un processus, nous avons, en tant qu’êtres humains, la capacité de réagir : de modifier notre comportement en fonction de ce que nous avons compris. Nous pouvons poser des actes – en tant qu’individus – en tenant compte de ce que nous comprenons, mais nous pouvons faire encore beaucoup mieux : nous pouvons élever notre prise de conscience à un niveau collectif en édictant – attention à ce que je vais dire – en édictant des « règles » : des règlements ou des lois – qui interdisent certains comportements. Et certaines de ces règles peuvent être mises en place dans le but précis – pourquoi pas ? – d’éviter les krachs.

En fait, il se pourrait bien après tout que Sornette ait raison et que j’aie tort : il se peut que les krachs soient effectivement in-évitables. Si c’était le cas, le meilleur argument possible aurait été trouvé en faveur d’une proposition que je défends depuis quelques années : qu’il faudrait cantonner les produits dérivés dans leur fonction assurantielle mais qu’il faudrait les interdire dans les cas où ils créent de toutes pièces un risque qui n’existait pas auparavant, autrement dit : quand ils constituent de purs paris sur les fluctuations des prix.

Tout bien réfléchi, le débat de mercredi constitue pour moi une situation idéale de « win-win », comme on dit : ou bien les krachs sont évitables et j’ai raison contre Sornette, ou bien ils sont inévitables et dans ce cas-là la conclusion est claire : il faut absolument interdire les paris sur les fluctuations de prix… autrement dit appliquer une mesure que je préconise par ailleurs !

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(*) Didier Sornette, Why Stock Markets Crash. Critical Events in Complex Financial Systems, Princeton : Princeton University Press, p. 279.

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Le Congrès se rebiffe !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

On aurait tort de bouder son plaisir : les élus démocrates semblent s’être souvenus à point nommé que pour être réélus il faudrait qu’ils aient autre chose à présenter à leurs électeurs que leur sourire coincé et la bonne volonté maladroite dont ils font preuve depuis janvier. Les voilà donc émergeant soudain du tombeau.

Depuis que le Président nouvellement intronisé les avait laissés en plan, otage pitoyable d’un gouvernement et d’une équipe de conseillers recrutés dans la chambre aux horreurs qui s’étaient empressés de le bâillonner, ils étaient là, vacillant sur leurs jambes flageolantes et complètement sonnés.

Les voilà donc qui reviennent à la vie sous l’impulsion d’une équipe de super-héros bizarroïde composée du libertarien Ron Paul et du démocrate de choc Alan-Où sont passés les ronds ?-Grayson, lesquels sont donc parvenus à obtenir le principe d’un audit de la Federal Reserve, et ceci par un vote de 43 voix contre 26 à la Commission des Services Financiers du Congrès.

Le challenger en KO technique s’est donc remis sur ses pieds et en a profité pour décocher un crochet du droit fulgurant à la mâchoire de Mr. Bernanke, lequel n’en revient pas : son visage décomposé reflète sa prise de conscience soudaine de deux dures vérités : primo, qu’il faudra peut-être expliquer un jour quelle proportion exacte des 182 milliards de dollars dégagés sans piper mot lors du sauvetage d’AIG sont allés droit dans l’escarcelle de Goldman Sachs et secundo, que sa nomination pour un second mandat à la présidence de la Fed n’aura sans doute pas lieu dans un fauteuil. La foule exulte !

D’accord, il reste encore onze rounds à assurer ! Comme le disait Laetitia Bonaparte : « Pourvou que ça doure ! »

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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« L’argent, mode d’emploi » : un commentaire, par Johannes Finckh

Billet invité.

J’ai fini la lecture de votre livre !

Je confirme pour dire qu’il est très bien. J’espère qu’il réveillera les économistes attachés et adeptes de la confusion entre « argent » et « reconnaissance de dette ».

Votre dernier passage sur la « dimensionnalité » de la monnaie apporte le fait que l’ordre monétaire, qui génère toujours l’intérêt, même faible et même proposé selon des règles plus « convenables », à savoir dans la production en obtenant un partage entre capitaliste et entrepreneur tout en produisant une « croissance », car l’argent est correctement investi – et sans les trop fréquents abus dans la consommation et la spéculation – va tout de même dans le mur ! Car l’insolvabilité qu’engendre ce système est mathématiquement inéluctable ! Cela est encore vrai pour des intérêts très faibles et même nuls ! Vous signalez le côté physique de cet événement ! Par ailleurs, vous rendez hommage, en fin de votre ouvrage, à certaines de vos sources, notamment Emile Zola.

Pour ma part, j’ai regretté que vous ayez, tout en ayant souligné dans la discussion des solutions proposées, souligné la grande « subtilité » de la solution de Gesell, pas davantage médité et retenu sa solution !

Il me semble y avoir deux raisons essentielles.

1) La première, vous semblez craindre que la monnaie dite « fondante » incite à une sorte de « pousse » à la consommation, car cette monnaie qui perd de la substance en fonction du seul temps qui passe, c’est en effet son principe, pourrait inciter à des achats inutiles et à une fuite en avant de la consommation ! Je vous ai déjà démontré que cette analyse est radicalement fausse, car, bien au contraire, celui qui se trouverait dans une telle situation d’avoir de la « richesse à gaspiller, à perdre », autrement dit le capitaliste, n’a certainement pas cette mentalité-là. Au contraire, il chercherait plutôt à acquérir des actifs durables, des terres, des valeurs industrielles, des placements financiers rentables ou, à défaut, qui maintiennent la valeur et donc l’épargne en question ! Car, dans le nouveau contexte où la rétention liquide ne peut plus fonctionner comme moyen de retirer de la monnaie circulante, il est sensible que la seule possibilité de transférer sa richesse d’aujourd’hui dans le futur sans subir la fonte ou, mieux, en réalisant des gains de valeur liés aux actifs qui ont des chances de s’apprécier (ou pas), restera le vrai moteur de l’épargne de précaution que tout un chacun envisage dès que ses revenus lui permettent.

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Deux poèmes, par Laurent Robert Wang

Billet invité.

Fin de cycles

L’heure approche, elle s’effiloche…
Dans les forêts saccagées et violées,
les champs pétroliers trop âgés,
les eaux souillées et polluées,
la rareté s’étend, la rareté aura ses guerres,
les guerres auront nos vies.

Fin de cycles

La liste est longue, la liste s’allonge.
Les Grecs avaient raison,
la démesure engrange moissons,
des moissons de poisons, des moissons à foison.

Fin de cycles

C’est la fin des réponses classiques,
des tics idéologiques,
la réalité les a répudiés,
l’alternative aura ses insensés.

Fin de cycles

Et si les mensonges servent ton confort.
Ecoute-les plus fort
car bientôt retentiront
les pas de l’avenir,
les pas des migrants éreintés,
le bruit du vent des marées de Noé,
Le bruit des pénuries,
les cris des pandémies.

Fin de cycles

L’heure approche, elle s’effiloche,
Hésiode veut conclure son ode.
Voici l’âge du fer, voici l’âge du loup
et n’oublie pas, on ne t’attendra,
nos piètres leaders se préparent déjà,
Eux savent et s’empiffrent,
eux savent et s’enfuient.

Fin de cycles

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