BFM Radio, le lundi 30 novembre à 10h46

La « reprise sans emploi » et les nombreux Dubaï à venir

L’expression paradoxale « reprise sans emploi » est apparue au début de l’année pour convaincre le public qu’une reprise était parfaitement possible alors même que le taux de chômage n’arrête pas de progresser. Si reprise il y a, les chiffres de l’emploi ne sont en effet pas très bons : + 2 % en France en Octobre, ainsi qu’une perte d’emplois se montant « seulement » à 466 000 emplois perdus aux États-Unis, chiffre qui serait de 544 000 si n’était pas intervenu un très salutaire « ajustement en fonction des variations saisonnières ». Et cet « ajustement en fonction des variations saisonnières » attire notre attention sur le côté très « statistique » de la reprise actuelle – qui se lit dans les chiffres et les indices, bien davantage que dans le monde que nous observons autour de nous.

De quoi s’agit-il avant tout ? On le sait : des retombées des plans de relance, les « primes à la casse » en particulier, suivi de restockage, essentiellement. Pour le reste, la faible remontée du trafic maritime constatée ces dernières semaines, préluderait selon les prévisions à une retombée au plus bas au second semestre de l’année prochaine.

La notion de « reprise sans emploi » voudrait suggérer qu’il ne s’agirait que d’une question de patience : que les emplois sont en route, handicapés seulement par un délai qui s’explique aisément. Comment s’expliquerait ce retard ? Par le fait que quand l’emploi repart, il faut d’abord résorber les réserves de main d’œuvre qui se sont constituées quand – plutôt que de les licencier au plus fort de la crise, certains salariés furent mis en temps partiel, et que la première chose à faire sera d’abord de les réemployer à temps plein, avant de réembaucher toute main d’œuvre nouvelle.

Le défaut de la dette d’un fonds souverain de Dubaï la semaine dernière nous rappelle brutalement qu’une « reprise sans emploi » – pour autant qu’elle puisse en être une – ne constitue en tout cas qu’une reprise extrêmement fragile. Nos sociétés sont en effet des sociétés « de consommation », et pour qu’une économie reprenne, elle ne peut se passer de consommateurs.

Nous nous sommes habitués au cours des vingt dernières années à ce que les salaires puissent être complétés – si nécessaire – par du crédit. Les faits se sont chargés de nous rappeler – depuis l’assèchement du crédit de l’été 2007 – que les banques ne prêtent volontiers qu’aux « bons risques » et ni les chômeurs, ni les travailleurs menacés de licenciement ne tombent malheureusement dans cette catégorie.

La bonne santé des presqu’îles en fronde de palmier de Dubaï dépend essentiellement de ceux qui viennent y passer leur temps libre. Sans eux, elles ne sont rien d’autre que des monceaux de dettes. De même pour les hôtels qui couvrent la surface du monde : seuls peuvent les faire vivre les touristes ou les hommes d’affaires qui viennent y passer la nuit. L’immobilier commercial américain attend – on le sait – sa vague de refinancement en 2011 et 2012. Si d’ici-là les consommateurs ne sont pas réapparus dans les centres commerciaux, de nombreux nouveaux Dubaï viendront hanter les nuits de leurs bailleurs de fonds.

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50 réflexions sur « BFM Radio, le lundi 30 novembre à 10h46 »

    1. Dubai or sell ?
      c’est très bon aussi, et c’est, à bien y réfléchir, peut-être la trouvaille d’une dame …?
      vraiment pas sérieuse, cette dame : Dubaï hors note, doux bail …

  1. Et quelle légitimité, quelle crédibilité auraient ceux qui encourageraient le retour à la fréquentation
    de ces centres ; et au nom de quel type de civilisation sommeraient-ils les populations,
    d’encore s’y laisser prendre ?

  2. Et puis, franchement, Dubaï, sur le plan touristique…Vous imaginez un peu?

    Depuis la conception même, cette idée de provoquer un afflux de touristes dans des endroits aussi sinistres relevait de la bouffonnerie, non?
    Ils ont vraiment construit du vent sur du sable.

    Bel exemple des aberrations auxquelles on aboutit quand la finance décide, toute seule, de notre avenir, ce qui est,hélas, en train d’advenir au plan mondial….

    1. c’est pourquoi la refondation d’une économie humaine au service de l’humain doit rendre aux mains de l’autorité PUBLIQUE élue la destinée des crédits

      ils appelaient sans rire démocraties des situations où le devenir – c’est à dire- permettre ou non telle orientation de production (et ou de destruction) de la société est entre les mains exclusives de quelques banquiers privés.

      et ça, les Rockfeller et leurs instituts et autres organes ne vont pas s’y rendre sans continuer de livrer bataille et guerres..

  3. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément. (Descartes.)
    Avec l’humour en sus.

  4. La reprise sans emploi c’est comme dire aux Citoyens – On remplit le frigo à nouveau mais vous aurez toujours faim –

  5. Mr Jorion,

    Votre raisonnement et vos observations sont impeccables. J’en retire l’idée que les financiers ne peuvent pas voir les consommateurs et donc noter que si nous n’avons pas une part de leur gâteau, la reprise restera quasiment un artifice comptable. Je pense que ces gens (les finanicers) s’imaginent voir le monde dans sa totalité à travers leurs indices et leurs activités. Sinon, je devrais les considérer comme des parasites parfaitement conscients de leurs actes.

    Je serais trop proche, à mon goüt, du problème des boucs émissaires. Je n’aimerais pas cela. Pouvoir coller sur un groupe humain particulier la responsabilité d’une catastrophe n’a jamais rien produit de bon.

    1. justement en temps de crises certains n’hésitent pas à jouer du bouc emissaire souvent étranger

      ce qui se passe en france actuellement avec l’instrumentalisation de Mr27% est un exemple; le vote suisse en est un autre.

      et donc pourquoi dire  » le capitalisme mène à la guerre et à la barbarie ( 2 guerres mondiales n’ont pas suffit comme exemple )  » ce serait nommer des bouc émissaires ?

      si aucune opposition conséquente n’apparait à gauche et bien la politique ayant horreur du vide un boulevard s’ouvre pour l’extrème droite et cela finira en guerre et barbarie.

  6. dans cette région de palmiers artificiels, la bourse est en baisse de 8%, de quoi convaincre ceux qui pensaient que ce n’était pas trop grave;
    encore une bonne présentation de Paul, qui colle bien à l’actualité;

  7. Il y a une quinzaine d’année, la réduction du temps de travail figuraient encore à l’agenda des syndicats, des partis de gauche et écologistes. Aujourd’hui, la propagande néolibérale a fait ses ravages et rares sont ceux qui osent encore penser que le progrès véritable serait de réduire le temps de travail de tous: « Vous pensez-bien, mon bon Monsieur, dans un mode globalisé où nous sommes en concurrence avec l’Asie, impossible de réduire le temps de travail… Au contraire, il faudra travailler plus, par jour, par semaine, par an, par vie… ».

    Nouvelle version du slogan TINA, ce mantra du « travailler plus pour gagner plus » est pourtant stupide puisque la productivité augmentant toujours et la production diminuant, faire travailler plus les actifs veut dire augmenter considérablement la cohorte des sans emploi.

    Si l’on ne ré-ouvre pas ce débat, la dualité de nos sociétés va encore croître, avec des actifs débordés et stressés (jusqu’à se suicider) et des exclus, non plus seulement de la capacité d’avoir un salaire décent mais aussi et surtout de toute perspective d’une quelconque utilité sociale. Ces largués ne pouvant même pas faire grève pour exiger de meilleures conditions de vie, ils risquent bien de devenir cette nouvelle classe dangereuse que redoutent tant nos petits bourgeois. Des emplois de policiers et de milices privées en vue?

    1. Pierre Larrouturou insiste depuis plusieurs années sur la réduction du temps de travail:

      http://www.nouvellegauche.fr/faisabilite-des-32-heures/

      Nous ne pourrons pas sortir du chômage et redynamiser l’économie sans une réduction massive du temps de travail.
      La semaine de 4 jours, ça marche !

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Larrouturou

      Réduction du temps de travail

      C’est de retour d’un congé d’une année sabbatique qu’il passe chez ATD Quart Monde que lui est venue l’idée que le travail pouvait être partagé, en réduisant le temps hebdomadairement (moyenne sur un an), de 39 à 32 heures[2] (pour la majorité des salariés, des semaines de 32 heures ; pour les autres classes, comme les cadres, ce seront d’autres formules). Le calcul fait, il estime à l’époque que jusqu’à deux millions d’emplois peuvent être créés[3].

      Il prône alors, en 1993, la semaine de quatre jours à la carte[4],[5].

      À cette époque, des sociétés en Allemagne comme Volkswagen expérimentent la baisse de la durée hebdomadaire du travail. Ce thème est aussi repris par certains patrons français (comme Antoine Riboud, le fondateur de Danone). La droite, au pouvoir, propose une législation non contraignante basée sur le seul volontariat des entreprises : c’est la loi Robien.

      La mise en place par Martine Aubry, ministre de l’Emploi sous le gouvernement Jospin, de la loi dite des 35 heures ne le satisfait pas car jugée insuffisante.

      Selon lui, quatre cents entreprises ont déjà adopté, depuis 1993, la semaine de 4 jours à la carte (Télérama, Mamie Nova …). Parmi elles figurent même de très petites entreprises[6]. Ayant embauché 10 %, ou plus, de salariés supplémentaires, elles ont bénéficié d’une exonération totale et définitive de leurs cotisations chômage.

      Avec cette formule, plusieurs organisations du temps de travail sont en effet possibles, afin d’adapter la formule à tous les corps de métiers.

      Par exemple[7] :

      * Quatre jours de travail (32 heures) sur cinq (pour la plupart des salariés).
      * Un mois sur cinq (chercheurs, informatique).
      * Une semaine longue (5 jours)-une semaine courte (3 jours) (pour les chauffeurs routiers par exemple).
      * Quatre jours sur sept (hôpitaux, transports).
      * Une semaine libre sur cinq.
      * Un week-end de quatre jours toutes les deux semaines.
      * Une année sabbatique tous les cinq ans.
      * Etc.

      Ces idées sont loin de faire l’unanimité parmi les économistes.

    2. Ce : travailler+pourgagner+, ou TPPGP, est un slogan aussi vulgaire et mensonger que les : TINA (thereisnoalternative)
      et : TBTF (toobigtofail), par exemple.
      Ce slogan pourrait être traduit et entendu comme : travaillez plus pour me faire gagner plus, et cela dans les conditions les plus
      angoissantes, contradictoires, étourdissantes, sacrificielles qu’il en sera décidé.
      Attention ! effectivement. DANGER ! qui dans l’Histoire a déjà joué ce genre de partie avec la vie de ses semblables ?
      Libres et Egaux en Dignité et en Droit, et en toute Fraternité : s’en souvenir coûte que coûte, et le rappeler à qui oublierait.

    3. Le bon slogan est « Travaillez + pour augmenter mes dividendes et mon capital »
      En ce qui concerne les horaires de travail, une question simple : à quoi ont servi les énormes gains de productivité dégagés par les révolutions & évolutions de l’informatique, de la bureautique, de l’optimisation des process, de l’EDI, ….. ?
      A engraisser des improductifs qui se comportent comme un gaz peut être ou enrichir encore plus ceux qui n’en nul besoin (du moins vital, basique).
      Demandez donc à un travailleur rémunéré au SMIC ce qu’il pense de Dubaï ou des projets pharanoïques de l’EPAD.

    4. Merci de soulever à nouveau cette question, que j’ai essayé moi même d’introduire dans les débats sur des fils précédents. Un nouveau modèle économique ne pourra à mon sens pas faire l’impasse sur la RTT (un sigle qui veut dire quelque chose lui :oB )

  8. « La reprise sans emplois » c’est un peu comme ce que disait le PDG d’Alcatel à propos de « l’industriel sans usines » il y a quelques années.

  9. Je suis donc allé voir le film ;
    Le cinéma de Bourgoin-Jallieu avait programmé sa sortie pour le 25 novembre, je pensais y aller samedi soir ; mais le film n’est plus à l’affiche ; de peur qu’il ne soit rapidement retiré du circuit, mon fils m’a emmené le voir à Lyon ;
    Pour la première fois, Paul me déçoit ; tant de précautions oratoires, tant d’excuses par avance auprès de ceux qui tenteraient l’aventure ; ma déception vient surtout de ce qu’il a plié face à la propagande de la finance, représentée, pour l’occasion, par ce journaliste, pseudo spécialiste d’on ne sait quoi, et Paul s’est laissé convaincre ;
    On va à la projection d’un film militant, auquel on ne demande rien d’autre ; le journal la Tribune l’a bien compris, et cherche à démolir le contenu par tous les moyens ; c’est déjà bon signe ;
    C’est un documentaire sur l’état de ce pays qui se trouve aujourd’hui dans une situation que personne ne pouvait imaginer il y a 20 ans, il y a 40 ans ; c’est le rêve brisé, celui qui laissait croire que tout le monde pouvait y arriver ; et maintenant on découvre que ça n’a jamais été vrai ; ce sont les fondements mêmes qui s’évanouissent sous leurs pieds ;
    Et cette question, à la fin : pourquoi est-ce que ce sont toujours les pauvres qui doivent payer ?
    Ce film est un grand coup de poing dans la figure ; non seulement il n’a rien à se faire pardonner, mais on doit en plus remercier le réalisateur pour son courage ;

  10. Pensons aux archéologues qui n’auront même pas à gratter le sable pour mettre à jour une civilisation et quelle civilisation !
    🙂

  11. à la fin du film, Michael Moore lance un appel à la révolte; faisant le constat de sa lutte solitaire, il demande à ce que d’autres viennent le rejoindre;

    traduction par le journaliste du journal financier la Tribune :

    « Michael Moore reste néanmoins efficace dans ses dénonciations mais il s’en lasse manifestement lui-même. D’ailleurs, clin d’oeil final et preuve qu’il a le sens de l’autodérision, dans la dernière scène, il dit en avoir marre de faire la même chose depuis vingt ans et réclame un successeur. »

    on n’a sûrement pas vu le même film;
    est-ce que ce sont auprès de ce genre de « spécialistes » que nous devons prendre conseil ?
    nb : s’agit-il d’un jeu de mot sur le verbe lasser ?

    1. Michael Moore peut maintenant s’arreter mais pour d’autres raisons: chacune de ses interviews est tarifée, ce qui est relativement rare pour un cinéaste-documentariste. Ken Loach continue

    1. Ce journaliste de la Tribune a vu le film avec ses propres filtres et ses propres convictions…. ça en dit long sur le chemin à parcourir.

  12. Pour le traffic maritime, la remontée des indicateurs (notamment le BDI : Baltic Dry Index) pourrait correspondre à la livraison des commandes de Noël.

    1. Le BDI intègre aussi un restockage flottant,une hausse technique entre deux baisses.La consommation d’électricité en Chine, est un meilleur indicateur .

  13. Au risque de me faire renvoyer dans les cordes, je voudrais comprendre comment la seule interdiction des paris sur les fluctuations de prix permettrait une hausse des salaires, et donc de la consommation…
    Les actionnaires et les directions financières perdant la possibilité du profit par la spéculation ne seraient-ils pas tentés d’augmenter la pression sur les « coûts » de production ?

    1. Le poids de la finance serait réduit – à vue de nez – des trois quarts. Au lieu de représenter 40 % du PIB, il tomberait aux alentours de 10 %. La capacité parasitaire de la finance serait détruite : il ne lui resterait que son rôle traditionnel – et utile – d’intermédiation.

      Que voulez-vous dire exactement par « tentés d’augmenter la pression sur les « coûts » de production » ?

    2. Baisser les salaires pour compenser les pertes de profit sur les marchés financiers, pour continuer à servir des dividendes élevés…

  14. Une petite remarque technique : le son sur BFM n’était pas très bon et la voix m’a paru de ce fait haut perchée. Je ne pense qu’il s’agissait de ma radio, peut-être est-ce dû à une liaison téléphonique ?

  15. On conceptualise assez bien ce que c’est qu’un emploi ( encore qu’avec les CDI , les CDD , les emplois partiels , les emplois jeunes , les ex TUC ,les auto entrepreneurs météores ,…la comptabilisation est sans doute aléatoire ) , et donc le chômage et sa variation .

    Un taux de croissance , c’est sans doute plus opaque pour le commun des mortels . Qu’est ce qui se cache ,de façon perceptible pour vous et moi, derrière les éléments mesurés pour étalonner la richesse ( même si je ne doute pas que la définition experte est au moins sinon plus stricte que celle d’un chômeur ) ? Quelles sont les unités de compte et sont elles justes , fidèles , précises , sensibles ?

    La mise en relation d’emploi et croissance sera alors plus compréhensible . Et peut être montrera-t-elle que s’il y a maintien d’un léger taux de croissance , ça n’est pas malgré mais grâce à l’augmentation du chômage .

  16. La reprise sans emploi … En quoi c’est paradoxal? Y a bien une agriculture sans beaucoup d’agriculteurs;
    Pourquoi pas des usines sans ouvrier?

    1. C’est bien un des aspects pas trop évoqué ici : il y a besoin de moins en moins d’heures de travail pour créer certains types de richesses en quantité plus que suffisante . La réponse traditionnelle et déjà ancienne est que la création de nouveaux métiers dans de nouveaux secteurs vient redonner du travail ( sauf qu’on ne sait pas reconvertir un mineur ou un metallurgiste en laborantin de biotechnologie ) . C’est sans doute en partie parce que la grande bourgeoisie a tôt perçu qu’elle n’aurait plus assez de laine à tondre sur le travail qu’elle a créé d’autres jeux spéculatifs . Par la surconsommation artificielle d’abord . Par les jeux de casinos ensuite .

      On ne peut donc selon moi se contenter d’apporter une réponse à la crise en la qualifiant seulement de monètaire . De rang supérieur , c’est une crise sociale , qui ne peut trouver réponse qu’en traitant à la fois d’équité mondiale ,de sauvegarde écobiologique , de la place ,du sens et de la « valeur-capital » du travail , de la qualité de notre « temps passé » .

      Bref il faut donner du sens et un prix à la laine , à la tonte , au pré …et au mouton .

      La monnaie commune , en DTS ou pas , doit être fondée et garantie par cette valeur là .

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