La formation professionnelle, faudrait voir de quoi on parle…, par rienderien

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Bonjour Paul,

Mon petit-fils veut rentrer en lycée professionnel pour apprendre un métier. Bien qu’il ait une bonne moyenne, il s’ennuie profondément au collège et se prend d’écœurement à imaginer son entrée en seconde. Ses parents y sont fermement opposés.

Continuer la lecture de La formation professionnelle, faudrait voir de quoi on parle…, par rienderien

Partager

UN MANIFESTE POUR UNE ÉCONOMIE PLURALISTE, par François Leclerc

Billet invité.

« À quoi servent les économistes s’ils disent tous la même chose ? » s’interrogent à haute voix ceux qui s’alarment de la domination à prétention exclusive des représentants de l’orthodoxie au sein de l’université française ? Le constat n’est pas propre à la France, pas plus que les réactions s’y opposant, mais le courant mainstream ne cesse de progresser. Selon le pointage des auteurs du livre, dont c’est le titre (1), les professeurs d’université pouvant être qualifiés d’hétérodoxes ne représenteraient plus que 5 % de l’ensemble du corps professoral, et leur nombre continuerait de diminuer. Or ceux-ci pilotent le renouvellement du corps, dirigent les masters, encadrent les thèses, président les comités scientifiques des revues et des colloques et sélectionnent leurs pairs.

Un « Manifeste pour une économie pluraliste » (2) est proposé à la signature, qui aurait déjà recueilli plus de 5.000 signatures, en France et à l’étranger, auprès non seulement d’économistes, mais aussi de sociologues, de philosophes, de juristes et de « simples citoyens », dans la volonté affirmée de non seulement sauvegarder le pluralisme mais aussi de décloisonner la discipline. Une association qui regroupe 600 docteurs en sciences sociales (3), dont 90 % d’économistes, a été créée sous le nom de l’Association française d’économie politique (AFEP), qui renoue avec l’ancienne appellation de la discipline, refusant de sacrifier au mythe entretenu d’une prétendue science dure des tenants du courant néoclassique, qui cherchent « à élaborer une théorie mathématique du marché pour faire de l’économie une science exacte ». Alors qu’ils n’ont rien venu venir de la crise en cours.

Continuer la lecture de UN MANIFESTE POUR UNE ÉCONOMIE PLURALISTE, par François Leclerc

Partager

Du latin et du grec à Jamel Debbouze, par Marianne Oppitz

Billet invité.

En 1880, Jules Ferry annonçait : La République a fait l’Ecole, l’Ecole fera la République. Déjà le contexte religieux battait son plein. Il faut se rappeler, bien que certains pensent tout haut que le passé ne fait pas partie de la modernité et qu’il vaut mieux ne pas se référer à des choses du passé qui sonnent immanquablement pour eux avec « dépassé ». Il faut donc se rappeler quand même que c’est l’Eglise qui a créé les premières écoles et que la loi de 1905 sur la laïcité n’a fait que mettre un frein à un pouvoir religieux trop dominant. N’oublions pas non plus qu’à travers l’histoire, Pascal, Descartes, Voltaire, Rimbaud et bien d’autres ont été les modernes de leurs prédécesseurs.

Pour en revenir à notre sujet, la réflexion de Pascal Bruckner basée sur celle de Régis Debray mérite qu’on s’y attarde.

Continuer la lecture de Du latin et du grec à Jamel Debbouze, par Marianne Oppitz

Partager

Le paludier : L’inconscient ingénieur du sel, par Arnaud Castex

Billet invité. À propos de « La transmission des savoirs », à Bécherel, le 19 avril 2014

Lors de son exposé à Bécherel, Paul Jorion nous fait découvrir la complexité du métier de paludier et plus particulièrement, son apprentissage.

J’avoue que la proposition du pèse-sel m’a interpellé car elle sous-estime tout de même grossièrement la complexité du problème. Elle ne concerne que la réaction de cristallisation elle-même et le gradient moteur de celle-ci (à savoir la concentration d’une saumure). Cette « solution » fait l’impasse sur la dynamique de l’installation concernée et les moyens à disposition des exploitants.

En fait le paludier réalise un véritable travail d’ingénierie, caché par l’apparente simplicité des choses et bien entendu l’absence de conceptualisation. Simplicité du produit tout d’abord, aujourd’hui qui peut s’étonner d’avoir du sel sur sa table alors qu’il fut une monnaie du fait de sa rareté. Simplicité de la matière première (de l’eau de mer, dont la composition n’est pas si « simple »), simplicité du principe d’obtention (la concentration et la cristallisation par évaporation de l’eau à l’air libre), simplicité des installations (des étendues d’eau inertes).

Continuer la lecture de Le paludier : L’inconscient ingénieur du sel, par Arnaud Castex

Partager

« La transmission des savoirs », à Bécherel, le 19 avril 2014

Si vous ne m’avez jamais entendu parler d’éducation, de la difficulté qu’il y a à transmettre un savoir empirique sur les bancs d’une école et même de la difficulté qu’il y a à transmettre le savoir scientifique, de la raison pour laquelle le pèse-sel n’est pas d’une aussi grande utilité sur un marais salant que pourrait l’imaginer un scientifique, ou de ce qui distingue un pêcheur de homards grottiers d’un pêcheur de homards coureurs, eh bien, une occasion vous est offerte de le faire.

Car si on me demande souvent de parler d’économie – ce qui n’est pas mon métier – on ne me demande pratiquement jamais de parler d’anthropologie – ce qui l’est pourtant. Mais c’était le cas à La fête du livre à Bécherel le 19 avril, où j’ai parlé de La transmission des savoirs, le livre que j’ai co-rédigé avec Geneviève Delbos, publié aux éditions de la Maison des Sciences de l’Homme en 1984, et toujours disponible.

Ceci dit, je parlerai cette fois de Comment la vérité et la réalité furent inventées (Gallimard 2009), aux Rencontres du Louvre le 13 octobre. Je vous en dirai plus à ce sujet en temps utile.

Le son est un peu faible au début mais ça s’arrange par la suite.

Partager

Quelques réflexions sur le Grand Défi, par Cédric Mas

Billet invité.

Tandis qu’une nouvelle étape portugaise de la crise s’enclenche sous nos yeux, admirablement décrite au quotidien par François Leclerc, nous constatons que les foyers épars qui s’embrasent sont de plus en plus nombreux, de plus en plus chauds et de plus en plus près.

Je découvre la dernière vidéo du vendredi de Paul Jorion. Le grand défi est dynamique et surtout remarquablement analysé. Une nouvelle fois, Paul Jorion met dans le mille, même si c’est toujours avec un tel temps d’avance qu’il ne lui en sera rendu aucune récompense.

Comment conjurer la mise en œuvre de la loi de physique classique qui veut qu’à un certain niveau de déperdition d’énergie, il faille passer à la combustion ?

Que les scientifiques me pardonnent cette description avec des mots simples, sûrement erronés d’un point de vue scientifique, de ce que j’ai compris du problème.

Le poids des lois de la physique appliquées à un tel niveau macro (ou méta-) semble de prime abord irrésistible.

Continuer la lecture de Quelques réflexions sur le Grand Défi, par Cédric Mas

Partager

PAUVRES PRIVILÉGIÉS OU RICHES ASSISTÉS ?, par Jacques Seignan

Billet invité

Quelle étonnante époque ! Ce lundi 9 décembre, les professeurs de Classes Préparatoires aux Grandes Écoles (CPGE) faisaient grève ! Je n’aurais jamais imaginé défendre ces professeurs désignés comme « privilégiés » et à qui leur ministre demande un petit effort pour aider les enseignants mal payés de zones déshéritées (ZEP). Oui, les enseignants de zones déshéritées doivent être bien mieux payés ! C’est mérité et fondamental. Défendrais-je alors des « riches » (environ 4100 euros par mois avec 10 à 20 ans d’ancienneté) alors que le gouvernement socialiste aurait, lui, une politique quasi-communiste, de partageux, « prendre aux riches pour donner aux pauvres » ?

Mais quel est ce raisonnement inacceptable qui consiste à gérer des pénuries budgétaires par ce type de transferts dans une politique d’austérité ? Déshabiller Pierre pour habiller Paul ? Curieux : il faudrait essayer de comprendre. Je suis passé par les classes préparatoires et j’ai vu la qualité de ces professeurs, leur passion, leur dévouement. Si l’ascenseur social redémarrait, ils en seraient les mécaniciens avec tous les enseignants, de la maternelle au lycée, ZEP ou non ZEP. On ne peut leur imputer sans injustice la reproduction des élites qui a d’autres origines. Les profs de maths par exemple sont tous de brillants matheux (de Normale Sup) qui pour « faire du fric » auraient pu aller dans l’industrie ou même devenir traders dans une banque – ce métier si utile à la société ! Ils pourraient ainsi gagner des dizaines de fois plus, mais l’argent n’est pas le seul moteur des gens… D’ailleurs, juger leurs salaires élevés est vraiment curieux si on les compare aux dérives salariales inouïes dans l’« industrie » financière, à niveau comparable de diplôme. Si on applique les lois du néolibéralisme, ils sont tout bonnement stupides de rester enseignants de CPGE.

Continuer la lecture de PAUVRES PRIVILÉGIÉS OU RICHES ASSISTÉS ?, par Jacques Seignan

Partager

DE LA CONCHYLICULTURE À LA CRISE DES SUBPRIMES : UN ALLER-RETOUR, par Jean-François Le Bitoux

Billet invité

Mortalités ostréicoles et finances toxiques : mêmes défis ?

L’approche de l’anthropologue a bien des outils en commun avec celle du vétérinaire généraliste de campagne que je suis par formation et par culture. L’un et l’autre se posent avant toute autre considération une question : comment l’écosystème observé fonctionne-t-il quand tout va « bien » ? Ils disposent de différentes grilles de lecture et ils arrivent à croiser des informations dispersées, qualitatives et quantitatives, pour mieux interpréter le passé, le présent et faire quelques hypothèses sur une évolution possible. En cas de pathologie, le vétérinaire utilise ses hypothèses de manière préventive et curative. Le médecin explore le corps du patient à travers les différentes fonctions connues : la respiration, la digestion, les régulations nerveuses et endocrines, etc. Et il se construit souvent une cohérence sans faire appel aux acquis d’une biochimie trop scientifique. L’avantage du généraliste est d’avoir accès à de nombreux détours expérimentaux pour construire une cohérence, chose dont ne dispose pas toujours le « spécialiste » limité par des connaissances trop pointues, trop exclusives qu’il lui est difficile de raccorder à des observations de terrain. Bref, la transmission de savoirs très pointus masque la transmission d’un vaste domaine d’ignorance. Et c’est dans ce vide entre ignorance et savoirs trop exclusifs que des catastrophes sont quasiment inéluctables.

Continuer la lecture de DE LA CONCHYLICULTURE À LA CRISE DES SUBPRIMES : UN ALLER-RETOUR, par Jean-François Le Bitoux

Partager

L’actualité de demain : RÉFORMES DE STRUCTURE : ÉLARGIR LE DÉBAT, par François Leclerc

Billet invité.

Réfléchir à ce que devrait être la France à échéance de dix ans, afin de s’affranchir du court terme et du calendrier politique ; établir un constat permettant d’accomplir cet objectif et de dégager des préconisations : telle est l’ambitieuse mission qui a été confié au nouveau Commissariat général à la stratégie et prospective que préside Jean Pisany-Ferry. En ouverture d’un débat avec des think tanks, celui-ci a jeudi matin présenté lors d’un point de presse où le blog de Paul Jorion était invité cinq notes analytiques , faisant suite à une contribution au séminaire gouvernemental d’août dernier. Elles portent sur les modèles productif, social et républicain, sur la soutenabilité et le modèle de croissance, ainsi que sur le projet européen. A cette étape des constats, mais aussi des pistes formulées en termes généraux, les préconisations finales concernant la politique à suivre sont prévues pour la fin de l’année, un délai bien court vu l’ampleur des questions abordées. Entre-temps, l’intention est de cultiver une « culture de discussion » en associant des think tanks aux réflexions qui vont se poursuivre.

Continuer la lecture de L’actualité de demain : RÉFORMES DE STRUCTURE : ÉLARGIR LE DÉBAT, par François Leclerc

Partager

L’actualité de demain : TRÈS CHÈRES ÉTUDES AMÉRICAINES, par François Leclerc

Billet invité

Deuxième poste d’endettement des Américains après l’immobilier, les prêts étudiants représentent aux États-Unis un encours supérieur à 1.000 milliards de dollars, soit plus que celui des cartes de crédit.

Le taux de ces prêts octroyés par l’État fédéral est menacé de doubler au 1er juillet prochain si aucun accord n’est trouvé, à l’expiration d’une loi qui le bloquait à 3,4 % pour les étudiants indépendants, sous conditions de ressources (les autres ainsi que les parents sont déjà assujettis au taux double de 6,8 %).

7 millions de jeunes Américains seront cette année concernés à l’occasion de la rentrée universitaire de septembre prochain. D’une université à une autre, le coût des études – qui durent en général quatre ans avant le master – peut varier de 2.000 à 40.000 dollars par an, et de nombreuses années doivent être ensuite consacrées à en rembourser le coût. 37 millions d’étudiants sont actuellement dans ce cas.

Les démocrates préconisent l’adoption d’un taux fixe, qui serait déterminé aux conditions du marché (actuellement bas en raison de la politique de la Fed), les républicains en sont d’accord mais souhaitent qu’il soit recalculé tous les ans. La formule de calcul qu’ils préconisent aboutirait aujourd’hui à un taux plus élevé.

L’une des inquiétudes qui émerge du débat est que les futurs cadres de la société, dans l’obligation de rembourser des prêts aux annuités plus élevées, ne pourraient que plus tardivement en contracter d’autres pour l’achat de leur voiture et de leur maison ! Sans tenir compte des contraintes du marché de l’emploi et du chômage.

Voilà qui donne une image de l’emprise du crédit sur la vie de la frange aisée des Américains et sur le fonctionnement de leur économie dans un système où les grandes université sont de véritables entreprises aux ressources financières considérables. Mais comment s’adapter à la baisse de régime de la machine à fabriquer de la dette et à ses conséquences ? Augmenter les taux restreint simplement l’accès au crédit et pèse sur une économie dont c’est le moteur. Il faudra bien engager cette réflexion.

Partager

De l’intérêt des centres de recherche interdisciplinaire (CRI)

, par Bernard Hennion

Billet invité.

Un groupe de chercheurs curieux constatant la sclérose de créativité des chapelles ultra-pointues monochromes de recherche, et voulant en sortir, avait organisé, aux Arcs, puis à Berder, des rencontres informelles (par cooptation-intérêt mutuel en fait) entre des chercheurs en médecine, en biologie, en mathématique, en physique, en éthologie, en épistémologie, en sociologie, en philosophie… Aucune discipline n’était rejetée en réalité…

Il y avait des exposés informels le matin. On mangeait ensemble, attablés par auto-curiosités mutuelles, et si possible en mélangeant les disciplines… Et on faisait des balades scientifiques dans le beau Golfe du Morbihan l’après-midi.

À Berder, il était explicitement demandé à chaque expert de tenter d’exposer, dans la langue de tout le monde, un travail d’autant plus difficile que leur sujet était plus ardu… Un fil directeur global très large pour la semaine, une sorte de thématique englobante horizontale était donnée deux mois avant
 (voici quelques exemples de telles thématiques englobantes très fécondes: le temps, le hasard, le bruit, la morphogénèse, les catastrophes, l’information, l’auto-organisation, la diffusion, les fractales, le vieillissement, les « flocks of… » (bancs de poissons, « vols » de certains oiseaux), l’émergence… etc.)

Continuer la lecture de De l’intérêt des centres de recherche interdisciplinaire (CRI)

, par Bernard Hennion

Partager

TOTALITARISME MATHÉMATIQUE, par Bertrand Rouziès-Leonardi

Billet invité.

Me fut livrée avant-hier avec mon Télérama une plaquette promotionnelle du Monde intitulée : « Et si les mathématiques étaient la clé pour comprendre le monde ? » Au-dessous de cette suscription, le portrait de la célébrissime Joconde léonardienne sans la moustache dadaïste mais le visage pris dans un quadrillage complexe non signifiant et qui plus est non justifié. Au-dessous, la réclame proprement dite : dans un cartouche, « Le monde est mathématique », titre de la collection lancée par Le Monde et présentée par « Cédric Villani, médaille Fields 2010, directeur de l’Institut Poincaré », dont le buste de trois-quarts figure en bas à gauche, dans des tonalités chaudes raphaéliennes qui rappellent le portrait de Baldassare Castiglione.

Je n’ose rire de tout cela, car on se croirait revenu au temps où Pythagore, pressentant l’avènement de la Matrix, voyait des chiffres partout, déjeunait de chiffres, pissait des chiffres, se savonnait de chiffres, se torchait avec des chiffres.

Continuer la lecture de TOTALITARISME MATHÉMATIQUE, par Bertrand Rouziès-Leonardi

Partager

SCIENCES PO : RÉPONSE À PAUL JORION, par Dominique Boullier

Billet invité. J’ai modifié la première phrase du billet à la demande de D.B. lui-même.

Lecteur assidu du blog de Paul Jorion, de ses livres, de ses conférences et prof (des universités, c’est-à-dire permanent et non vacataire) à Sciences Po, je me dois donc de réagir aux approximations de certains des commentaires à son Sciences Po et autres symboles d’ancien régime. Oui, Sciences Po fonctionne comme un symbole, et c’est pour ça que tous se jettent sur cet os à ronger du rapport de la cour des comptes. Car je vous invite à aller voir les rapports qu’elle a faits sur les autres grandes écoles, et aussi à observer ce qui se passe réellement dans les universités et vous verrez que les « scandales » de ce type sont légion (ex : décharge horaire de profs) mais personne n’en parle, étonnant, non ? Sauf sur un point qui reste unique, la rémunération de feu son directeur et les bonus. Ce qui a précisément mis le feu aux poudres, il y a un an sur médiapart. Là effectivement, nous avons un symbole de l’intoxication générale des élites de ce pays à cette démesure des rémunérations, à la comparaison à tout prix avec les meilleurs (les plus payés) du monde entier, qui justifie tous ces excès. Pour avoir cotoyé R. Descoings, que j’admirais sincèrement comme un grand visionnaire, j’ai été choqué par cette hubris, et je le lui ai dit, en public d’ailleurs, mais courtoisement, avec amitié, quand d’autres évitaient et évitent encore d’affronter cela en face. Mon diagnostic a été rapidement fait quand j’ai vu la composition de la commission des rémunérations où Pébereau, Schweitzer côtoyaient Ladreit de la Charrière de l’agence Fitch. Tous ces gens vivent dans un autre monde, ont perdu tout sens des réalités en dehors de leur trésor et y ont entrainé Richard Descoings en le persuadant qu’il n’y avait aucun problème à être payé à ce tarif dans un établissement d’enseignement supérieur en grande partie public, puisque l’étalon était désormais les grandes institutions mondiales, voire même les CEO des grandes entreprises, eux-mêmes totalement intoxiqués à la course aux rémunérations délirantes par seul souci de s’étalonner. La folie financière a frappé en effet aussi à la tête de cette école. Et il aurait fallu reconnaitre ces torts immédiatement, supprimer cette commission dont tout le monde ignorait l’existence et renvoyer Pébereau et les autres à leur monde. Si cette dérive fut possible, c’est qu’en effet les procédures ne furent jamais suffisamment claires à Sciences Po et dès mon arrivée j’avais fait des recommandations écrites dans ce sens. Mais allez observer les autres universités ou écoles (et j’ai fait des rapports du même type ailleurs, qui ne servent à rien, c’est vrai) : lorsque les procédures existent, tout le monde prend un malin plaisir à les contourner par des arrangements, qui désagrègent le sens de l’institution. Dans certains cas, on peut le comprendre, car on confond procédure qui possède un sens institutionnel avec la bureaucratie tatillonne, et tous mes collègues universitaires aimeraient avoir la souplesse de fonctionnement que nous permet cette double entité, publique et privée. Mais oui, il faut aussi des contrôles, des gardes-fous et de l’explicitation à tous les étages.

Continuer la lecture de SCIENCES PO : RÉPONSE À PAUL JORION, par Dominique Boullier

Partager

SCIENCES PO ET AUTRES SYMBOLES D’ANCIEN RÉGIME

Dans les jours qui précédèrent le 14 juillet 1789, de sa lucarne du 6e étage à la Bastille, Donatien Alphonse François de Sade donnait de la voix, exhortant la foule du faubourg Saint-Antoine qui s’assemblait désormais quotidiennement autour de la forteresse, symbole du régime qui s’apprêtait à devenir « ci-devant ». « Délivrez-nous, hurlait-il sans doute, nous victimes d’un pouvoir corrompu, dont le seul principe est celui de l’arbitraire et dont les jours sont heureusement comptés ! On nous égorge désormais : abattez ces grilles : ouvrez grandes ces portes ! »

Cela faisait sûrement mauvais genre dans ce qui était encore « ancien régime », et on s’empressa du coup de déplacer à Charenton le prisonnier encombrant. Sade crut avoir perdu pour toujours le manuscrit précieux (à ses yeux) des Cent-vingt journées de Sodome. Ses exhortations ne resteraient cependant pas vaines car les esprits, partout dans la nation, étaient prêts au véritable changement : au bouleversement de l’ordre politique établi.

Les symboles d’ancien régime restent longtemps imprévisibles, tant les candidats à cette médiocre distinction sont en réalité nombreux, jusqu’à ce qu’en raison d’un événement contingent, une instance particulière d’entre eux s’impose soudain aux imaginations.

Le rapport de la Cour des Comptes du 22 novembre a érigé au douteux honneur de ce statut, Sciences Po.

Pour devenir symbole d’ancien régime, il a fallu d’abord participer pleinement à l’enthousiasme qui portait celui-ci à l’époque de ses succès apparents, et culminer à l’occasion de son triomphe, lequel ne devait précéder que de très peu le moment du krach en plein champ, victime de tous les débordements observés : « Il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne », rappelait déjà l’antique sagesse.

Sciences Po et ses excès, ayant exemplifié à la perfection la logique de marché envahissant tout, jusqu’à l’intimité du foyer devenu lieu de maximisation tous azimuths du « capital humain » : productivité de l’épouse, rentabilité des enfants, puis prenant pleine possession du domaine de la connaissance et évaluant chacun de ses articles à son prix marked-to-market, autrement dit son « prix à la casse », et selon la volatilité capricieuse que lui imposent les spéculateurs de la mode médiatique, Sciences Po, dis-je, était marqué du sceau de l’infamie qui en ferait la première victime destinée à tomber.

Des rivaux se réjouiront de la chute de Sciences Po, moins bien classés eux-mêmes sur la même échelle du « branding », mais membres en réalité de cliques concurrentes fonctionnant selon la même logique. La connaissance se bâtit au contraire là où règne la « qualité » plutôt que la « quantité ». Ce sont les marchands qui mesurent leurs exploits à la quantité d’argent que produit leur négoce, prévenait déjà Aristote. Les marchands et eux seuls, les citoyens mesurent eux leur succès à une aune d’un tout autre ordre : le bien de tous au sein de la Cité.

 

Partager

CITOYENS ET CITOYENNES, À L’ÉCOLE !, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité

Au grand désespoir des jusqu’au-boutistes qui flairent le reniement dans un changement de cap et entendent le chant du coq dans un encouragement venu d’en haut, Paul Jorion a accepté d’exposer ses thèses, c’est-à-dire de les déployer et de les mettre en danger, dans un cadre institutionnel et devant un public mêlé. La pandémie de crétinisme savant qui affecte la pensée économique contemporaine lui a soufflé d’attaquer la question de sa diffusion aux deux extrémités de l’échelle sociale. Si la suffisance des accapareurs de l’espace médiatique est incurable, car elle s’est indurée avec le temps et automatisée, l’embarras de certains décideurs mérite d’être tisonné. Il peut en sortir autre chose que le feu follet d’un vague remords. Paul Jorion en a fait le pari. À l’autre extrémité, le travail de recervelage du simple citoyen, commencé sur le blog, sera poursuivi dans le respect de la disputatio chère aux scolastiques.

Continuer la lecture de CITOYENS ET CITOYENNES, À L’ÉCOLE !, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Partager