Pour la survie de nos démocraties notre conception de la représentation politique doit impérativement s’adapter aux formidables capacités des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, par Jean-Paul Vignal

Billet invité.

Je ne suis pas un expert technique de la chose électronique ou d’internet, mais je travaille depuis 1990 sur les implications économiques et sociales de la mise en relation de tout le monde avec tout le monde qu’il permet. Il m’a semblé évident depuis le début que des jeunes qui n’ont connu qu’Internet ne peuvent pas comprendre que les institutions politiques qui règlent notre vie fonctionnent encore en France au même rythme et sur le même modèle qu’à l’époque des diligences, de la marine à voile et des pigeons voyageurs, alors que presque tout le reste de leur vie est fondé sur le principe de la participation et de l’action directe et instantanée.

Il me semble que ce qu’il faut remettre en cause, c’est le principe même de la représentation : elle est nécessaire pour agir, ça ne fait aucun doute. Mais elle doit se faire « strictement sous mandat », avec droit de veto en cas de non respect, et non plus « au mieux des intérêts de ceux qui payent le plus cher pour être servis en premier ». Il faut revenir aux principes fondateurs des cahiers de doléances et des États généraux de 1789, revus et corrigés Internet. Les partis tels qu’ils sont ne servent à rien, ce ne sont que des machines de prise de pouvoir au service d’ambitions personnelles et d’intérêts particuliers.

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La caverne numérique, par Pascal

Billet invité.

– Représente-toi de la façon que voici l’état de notre nature relativement à l’instruction et à l’ignorance. Figure-toi des hommes dans une demeure aveugle, sans fenêtre, en forme de tour toujours plus haute, ayant pour toute relation avec le monde un réseau câblé de fibres optiques. Ces hommes sont là depuis leur enfance, les jambes et le cou enchaînés, de sorte qu’ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux un écran lumineux, la chaîne du profit les empêchant de tourner la tête. Les données leur viennent des profondeurs climatisées d’un data center, au loin en dessous d’eux. Entre le data center et les prisonniers passe un réseau complexe de câbles et de calculateurs. Imagine que dans ce data center on ait construit des ordinateurs avec des algorithmes fonctionnant à des vitesses surhumaines, pareil aux praxinoscopes dépassant la vitesse de la persistance rétinienne qui autrefois faisaient voir leurs merveilles.

– Je vois cela.

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REVENU UNIVERSEL ET BIENS COMMUNS, par François Leclerc

Billet invité.

Après avoir été omniprésente, l’utilisation de moins en moins fréquente du mot crise dans l’actualité semble signifier que cet état est désormais banalisé et solidement installé. De prime abord, deux manifestations complémentaires le caractérisent : sous forme d’un endettement massif, une anticipation ingérable de la richesse produite a atteint des proportions considérables, et l’on assiste à une confiscation de cette même richesse sous la forme d’un transfert ayant deux facettes. Des biens publics aux biens privés, et de la richesse collective à celle d’une infime minorité.

Les deux phénomènes conjoints appellent des mesures radicales, totalement inconcevables aux yeux de ceux qui pourraient les prendre, avec pour effet la poursuite de l’endettement et de l’accroissement des inégalités, ainsi qu’une crise sociale et politique qui se laisse de moins en moins ignorer. S’il était auparavant possible de s’interroger sur la capacité du système à se réformer, la fuite en avant qu’il poursuit a apporté la réponse.

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Edward Snowden : UNE ŒUVRE DE SALUT PUBLIC, par François Leclerc

Billet invité.

Au jeu du moment de l’homme de l’année, un nom s’impose comme une évidence : Edward Snowden. En prenant la décision de rendre publiques les activités d’espionnage de la National Security Authority (NSA), il aura divulgué leur étendue insoupçonnée et révélé une traçabilité planétaire dont on n’avait pas idée. Celles-ci représentent une réduction considérable du domaine de la vie privée et un puissant instrument de contrôle social potentiel. Quoique devenue triviale, la référence s’impose : la description du monde d’Orwell n’est plus de l’ordre de la fiction. Que la masse phénoménale des données recueillies puissent ou non être traitées est somme toute secondaire : le simple fait de pouvoir en disposer pour si besoin est les utiliser n’est-il pas l’essentiel, aucun contrôle ne pouvant être exercé sur les objectifs poursuivis ? La banalisation de cette surveillance n’est pas le moindre mal qui s’annonce.

Le sort d’Edward Snowden n’est pas indifférent, celui de la masse de données dérobées, en cours d’analyse et pas encore publiées l’est encore moins. L’hypothèse de son amnistie est envisagée au sein même de la NSA – qui est bien placée pour savoir ce que la poursuite des révélations en cours pourrait avoir de dommageable pour ses activités – en contrepartie d’un engagement de fermer le robinet, en espérant que Snowden puisse se satisfaire de ce qu’il a déjà obtenu, qui a été au-delà de ses attentes comme il l’a reconnu. A défaut d’être réaliste, le simple énoncé d’une telle issue permet de penser que nous ne savons pas encore tout !

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UN EFFET DE LA COMPLEXITÉ NON MAîTRISÉE, par Jacques Seignan

Billet invité

Voici une illustration de la composante « complexité » du soliton qui grossit inexorablement et risque de tout balayer!

Obama reconnait que sa réforme Patient Protection and Affordable Care Act dite Obamacare est en très grande difficulté ; en fait, elle tourne au fiasco puisque le site internet n’a enregistré que 27.000 adhésions alors que 7 millions sont escomptées au 31 mars 2014. Nul – à part les fascistes libertariens – ne doit s’en réjouir car cela représente aussi des millions de gens laissés dans la détresse de ne pouvoir se soigner.

Exactement comme pour la loi Dodd-Frank supposée réguler Wall-Street, qui comprend des milliers de pages, cette réforme est plombée par la complexité de sa mise en œuvre et ce dès le début.

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NOUVELLES PLUIES DILUVIENNES ATTENDUES SUR FUKUSHIMA, par François Leclerc

Billet invité.

Mise à jour, 21h18 : Alerte levée.

20h22 : Le personnel de la centrale de Fukushima a reçu l’ordre d’évacuer le site, à la suite d’un séisme de magnitude 7,3.

Nouvelle alerte au typhon et aux pluies diluviennes sur Fukushima. Francisco, le 27ème de la saison, devrait entraîner demain samedi (heure du Japon) de nouvelles inondations du site de la centrale. Tepco, l’opérateur de la centrale, annonce être sur le pied de guerre, mais que peut-il faire, assis sur une éponge d’eau contaminée ? Des pompes ont été installées afin de rejeter l’eau de pluie à la mer, après en avoir mesuré la contamination est-il assuré. Qui vérifiera ?

La nouvelle vient éclipser l’annonce des conclusions du rapport d’étape de la mission de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AEIA), qui s’est rendue la semaine dernière dans la zone évacuée autour de la centrale. Elle invite le gouvernement japonais à repeupler la région sans attendre le retour au niveau normal d’exposition à la radioactivité préconisé par la Commission internationale de protection radiologique (CIPR), soit 1 millisievert/an hors radioactivité naturelle. « Dans les situations d’assainissement en cours – est-il expliqué – n’importe quel niveau de dose de rayonnement individuel de l’ordre de 1 à 20 mSv/an est acceptable », ce dernier niveau étant celui accordé aux travailleurs du nucléaire.

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LE GRAND DÉRAPAGE ANTI-DÉMOCRATIQUE DE NOS DIRIGEANTS

Ça dérape, ça dérape ! Ah ! c’est vraiment le grand dérapage anti-démocratique ces jours-ci chez nos dirigeants !

Ils ne se retiennent plus : confirmation que toutes nos conversations sont écoutées et fichées (téléphone, mail, réseaux sociaux, Skype, que sais-je encore), fermeture de la télévision publique en Grèce ! Ils ne savent plus quoi inventer !

On a le dos tourné cinq minutes, et regardez ça : ils s’en donnent à cœur joie ! Petits galopins, va !

P. S. : Un phénomène inexplicable aux États-Unis, les ventes de 1984 de George Orwell en hausse de 9.500%.

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OPINION PUBLIQUE + ÉNERGIE DU DÉSESPOIR = ?

Qu’est-ce que cela donne ?

Difficile à dire, mais cela vaut la peine de voir.

Cela ne peut pas être pire de toute manière que ce que nous offrent nos dirigeants !

C’EST TERMINÉ !

Cela a commencé sur le mode « À quoi bon ? », pour terminer sur les chapeaux de roue et sur le mode « Allons-y, y a rien à perdre ! ».

Formidable !

Mardi 4 juin, de 15h à 17h, sur la page Les débats du blog de Paul Jorion.

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PiNG, « Hacktivisme : une autre manière de faire de la politique », à Nantes, le mardi 19 février à 18h30


Hacktivisme : une autre manière de faire de la politique

Mardi 19 février à 18h30, au Lieu unique, quai Ferdinand Favre, l’ancienne biscuiterie LU.

Rencontre en présence d’acteurs liés à différents mouvements hacktivistes :

– Foo, hacktiviste Telecomix

– Paul Jorion, qui est, entre autres nombreuses activités, titulaire de la chaire « Stewardship of Finance » à la Vrije Universiteit Brussel. Il est également chroniqueur au Monde-Économie. Il est diplômé en sociologie et en anthropologie sociale (Docteur en Sciences Sociales de l’Université Libre de Bruxelles). Il est l’auteur de « La guerre civile numérique ».

Derrière leurs écrans, une foule d’anonymes veille au maintien d’une connaissance libre du monde. Lanceurs d’alertes, défenseurs de la liberté d’expression, acteurs souterrains de révolutions, les hackers deviennent activistes. Retour sur l’hacktivisme ou quand les hackers mettent leurs savoir faire techniques au service de causes politiques.

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PiNG, Hacktivisme : une autre manière de faire de la politique, à Nantes, le mardi 19 février à 18h30

Ça se passe au Lieu unique, quai Ferdinand Favre, l’ancienne biscuiterie LU, mardi 19 à 18h30.

De quoi parlerai-je ? Mon billet La guerre numérique, également paru dans le N°4 de la revue Les Zindigné(e)s, en constitue un bon aperçu.

Pour un exposé plus détaillé : Paul Jorion, entretiens avec Régis Meyran : La guerre civile numérique (Textuel 2011).

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VENTSCONTRAIRES.net : « Un tournant comme notre espèce n’en a encore connu que deux ou trois jusqu’ici »

Sur le site Ventscontraires.net : « Paul Jorion : Un tournant comme notre espèce n’en a encore connu que deux ou trois jusqu’ici ».

Deux extraits :

A une époque où les politiques ont l’air de faire de la figuration, y a-t-il des expériences en ligne de type collaboratif qui à vos yeux ouvrent des pistes ou offrent des outils pour avoir prise sur les événements ?

Oui, il y a sur l’internet une multitude de réseaux sociaux, de systèmes de messages instantanés, de blogs, de forums, de groupes de discussion, qui fonctionnent comme autrefois seuls le faisaient les think-tanks, les universités populaires, les groupes de recherche. L’avantage sur l’internet, c’est qu’on peut être n’importe où à la surface du globe. Au sein du groupe de discussion « Les amis du Blog de Paul Jorion », il y a des participants que je n’ai jamais rencontrés, j’ignore même pour certains dans quel pays ils vivent. Ces groupes ont joué un rôle considérable dans les printemps arabes, dans le mouvement des indignés ou « Occupy », ils vont décider de ce que la Chine deviendra, ou l’Inde – comme on l’a vu récemment dans une actualité tragique. C’est ce qui explique pourquoi les services de renseignement, y compris des gouvernements dits démocratiques, consacrent aujourd’hui tant d’énergie à infiltrer l’internet, à tenter de le manipuler.

Sur votre site, vous venez de vous passer de la possibilité de laisser des commentaires. Quelle leçon en tirez-vous ?

La formule du blog avec commentaires s’enraie, comme nous avons pu le constater, quand leur nombre dépasse 500 par jour (d’autant plus que sur mon blog les commentaires faisaient souvent plusieurs pages) : on n’a plus le temps de tout lire, les intervenants ne retrouvent plus les textes qu’ils ont mis en ligne, la frustration monte. Pour que le « think tank » spontané ne soit pas alors noyé dans une masse d’informations impossibles à traiter, il faut le recréer en plus petit ailleurs : pour maîtriser la complexité. C’est ce que j’ai fait.

 

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COMPARAISON DONNE PARFOIS RAISON, par François Leclerc

Billet invité.

Peut-on parler de la catastrophe de Fukushima et de la crise financière comme de deux sujets n’ayant rien à voir, ou faut-il déceler dans leur nature commune l’expression du système dans lequel nous vivons ? De profondes similitudes ont déjà été relevées entre les deux industries de l’électronucléaire et de la finance : une opacité partagée, assortie de conduites endémiques de secret, et le caractère oligarchique de leurs systèmes de pouvoir. La comparaison ne s’arrête pas là, en raison de l’ampleur des catastrophes et des désastres humains qui peuvent être dans les deux cas déclenchées. C’est déjà beaucoup, mais cela ne s’arrête toujours pas là.

Car, pour prendre la question par l’autre bout, qu’y a-t-il de commun entre la réglementation financière de Bâle III et les nouvelles normes de la NRA (Nuclear Regulatory Authority) japonaise, qui vient de succéder aux deux anciens organismes trop compromis, la NISA et le NSC ? Tout simplement l’idée bien ancrée que les catastrophes ne peuvent pas être empêchées et qu’il est au mieux possible de créer des cordons sanitaires. Dans un cas en renforçant les fonds propres et les normes de liquidité des établissements bancaires, afin de circonscrire les crises, et dans l’autre de protéger les populations, en élargissant les périmètres et moyens d’évacuation en cas de gros pépins. Si on voulait employer les grands mots, on dirait que c’est l’expression de la même philosophie, en plus terre à terre de la même famille.

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LA GUERRE NUMÉRIQUE

Paul Ariès m’avait demandé au mois de juillet, un article pour le N° du Sarkophage qui sortirait en septembre. En fait la revue à fait peau neuve, changé de titre, etc. et mon article est beaucoup trop long pour la nouvelle formule. Ici, on peut faire aussi long qu’on veut, Alors, le voilà.

Trois aspects des temps que nous vivons aujourd’hui sont très remarquables. Le premier est l’enthousiasme que nous mettons à rendre la planète inhabitable à notre propre espèce. Le second est l’effondrement économique et financier de nos sociétés dû à une disparition du travail par l’automation et à une tentative ridicule de remplacer le revenu de ceux qui continuent à travailler par un accès facilité au crédit, alors que les implications de la propriété privée drainent une portion toujours plus élevée du patrimoine vers une fraction toujours plus étroite de la population. Le troisième est notre perte de maîtrise sur la complexité, conséquence du fait que nous avons délégué les décisions de notre quotidien aux ordinateurs et que leur fonctionnement nous est devenu opaque parce qu’ils opèrent trop rapidement pour que nous puissions encore nous représenter de manière véridique ce qu’ils font exactement.

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 17 AOÛT 2012

Julian Assange et le siège de l’ambassade de l’Équateur à Londres
Ringolevio d’Emmett Grogan
La banque Standard Chartered et les régulateurs

La vidéo sur YouTube.

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L’actualité de la crise : C’EST BEAU, LE PROGRÈS ! par François Leclerc

Billet invité.

The English version of this post can be found here.

C’est quand l’avenir est bouché et le futur indécis que les visions prometteuses de l’avenir se multiplient. La Bundesbank et tous ceux qui lui emboîtent le pas ne manquent pas une occasion de nous rappeler celle à laquelle ils tiennent mordicus : leur promesse ultérieure de croissance une fois le coût du travail diminué et la compétitivité retrouvée sur le marché international.

Jens Weidmann, son président éclairé, propose même d’élargir sans délai l’aide européenne aux banques espagnoles à toute l’économie du pays, afin d’engager une nouvelle marche en avant triomphante sur cette voie, en édictant des nouvelles mesures d’austérité supplémentaires. Sans même attendre, le gouvernement de Mariano Rajoy vient d’annoncer que son dernier train de mesure ne rapportera pas 65 milliards d’euros, comme annoncé il y a quelques jours, mais seulement 56,4 milliards (une erreur de calcul ?). De nouvelles mesures doivent être naturellement trouvées pour compenser.

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INJONCTION

Je reçois à l’instant par lettre recommandée, une injonction de retirer du blog la vidéo relative à l’émission
Cash Investigation intitulée « Finance folle : l’attaque des robots traders ». Je me suis exécuté : le lien vers la vidéo sur YouTube a été retiré.

Comme il y a de nombreux juristes parmi vous qui auront un avis éclairé sur la question, je reproduis la lettre reçue ci-dessous.

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COMPLEXITÉ ET EFFET « SKYNET »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui s’est rapproché de celui que l’on voyait représenté dans les films de science-fiction des années 1950, dont certains étaient d’ailleurs excellents en raison des questions de fond qu’ils posaient quant à la prise de pouvoir par les machines ou plus simplement à notre perte de maîtrise sur le monde dû à leur envahissement, envahissement que nous avons activement encouragé depuis plusieurs siècles. Le film 2001, l’Odyssée de l’espace (1968), s’achève par un combat entre la machine à qui la mission a en réalité été confiée et qui sait comment la mener à bien, et le membre d’équipage humain dont le sacrifice a été lui programmé ; c’est l’arrogance de ce dernier, incapable d’imaginer même qu’on ait pu le priver de la responsabilité de la mission, qui fait qu’il se rebiffe et qu’il parviendra à se sauver – même si la nature de son salut se révèle alors très problématique.

Le High Frequency Trading fait que les marchés boursiers sont aujourd’hui la proie des automates qui s’affrontent dans des duels se déroulant dans leur espace. Derrière les algos, il y a bien sûr des programmeurs, qui sont les auteurs de ces logiciels, et qui peuvent en examiner les effets en fin de journée, et corriger le tir si nécessaire, voire introduire des améliorations et apporter des innovations. Il n’empêche que certaines techniques d’apprentissage pour ces algos, comme les réseaux neuronaux ou les algorithmes génétiques (au comportement intime impénétrable à des yeux humains), rendent leurs comportements très largement autonomes tant qu’ils sont à l’œuvre. S’exerce désormais du coup, ce que l’on a pris l’habitude d’appeler l’« effet Skynet », du nom du réseau informatique tout-puissant dans le cycle cinématographique Terminator, où les êtres humains n’interviennent plus que dans un contexte global où les décisions majeures sont en réalité prises par une confédération d’ordinateurs.

La question qu’il faut se poser aujourd’hui le plus sérieusement du monde, c’est : disposons nous encore du pouvoir sur les ordinateurs et sur les automates (à part celui bien entendu de couper le courant), et si nous l’avons perdu, comment faire pour le reprendre ?

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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LE BLOG INAUGURE LA FORMULE À POINTS

Le Monde nous apprend ce matin que

Afin d’éviter l’« expansion des rumeurs » sur la Toile chinoise, Sina Weibo a modifié, lundi 28 mai, les conditions d’utilisation de son service de micromessagerie. L’entreprise, qui revendique 300 millions de comptes ouverts, va introduire un système à base de points, censé correspondre à la bonne conduite de l’internaute.

L’usager disposera au départ de 80 points, pouvant en perdre s’il contribue à « répandre des rumeurs », « à porter atteinte à l’ordre public » ou s’il « révèle des secrets de la nation ». D’après le site spécialisé The Next Web, l’internaute recevra une alerte si son crédit passe en dessous des 60 points. Le compte pourrait être supprimé s’il tombe à 0. L’utilisateur du site de micromessagerie peut également regagner des points s’il participe à des « activités promotionnelles », non précisées par Sina Weibo.

Légère variante avec la formule chinoise : les commentateurs du blog perdront des points s’ils participent à des « activités promotionnelles » (entreprises, partis politiques, sectes, etc.) et en gagneront s’ils « répandent des rumeurs vraies ».

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UN MONDE TRÈS « COSY » (POUR CERTAINS), BEAUCOUP MOINS POUR D’AUTRES

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand j’ai écrit hier dans mon deuxième billet de la journée consacré à la perte de 2 milliards de dollars chez JPMorgan,

Ah ! Nous ne sommes pas à court d’hommes et de femmes à montrer en exemple à la jeunesse ! (Demain, dans la même série : les responsables du groupe de presse Murdoch et les ministres britanniques qui couchent dans leur lit),

mon allusion à News Corp. le groupe de presse de Rupert Murdoch n’était qu’une boutade : je n’avais aucune intention d’y consacrer un billet aujourd’hui. L’actualité en a décidé autrement avec l’inculpation ce matin pour détournement du cours de la justice, destruction de preuves essentiellement, de six personnes dont Rebekah Brooks, qui fut à différentes époques la rédactrice en chef du Sun et de News of the World, deux fleurons du groupe Murdoch et de ce que les Britanniques appellent la « gutter press », le « gutter » étant la rigole le long du trottoir, encore appelée « ruisseau ».

Je ne reviens pas sur toute l’histoire, dont les péripéties sont infinies, mais qui débute par la découverte du piratage par des reporters de News of the World du téléphone mobile d’une adolescente assassinée, et qui met en lumière qu’une multitude de personnalités ont leurs communications interceptées par des reporters appartenant à News Corp.

En juillet de l’année dernière j’avais déjà consacré deux billets à l’affaire. J’écrivais dans le premier : Grosses entreprises et gouvernements : Le cas de la Grande-Bretagne :

L’affaire contribuera certainement à mettre en lumière l’intrication présente de la gestion des grosses entreprises et des gouvernements dans un climat devenu généralisé d’irrespect du cadre juridique des États, en Grande-Bretagne – et probablement ailleurs aussi.

(Mon second billet s’intitulait : Nouvelles de la démocratie).

J’écrivais donc cela il y a neuf mois, à partir de ce qu’il faudrait appeler « des présomptions assez vagues ». Ce qu’on a appris depuis n’a rien fait pour démentir ces présomptions car ce n’est pas piqué des vers, voyez vous-même :

–       lorsque Mme Brooks commence à être importunée par la justice, M. Cameron, premier ministre britannique, communique abondamment avec elle par textos, l’assurant de son soutien et, selon les termes du Wall Street Journal « discutant avec elle de sujets considérés sensibles pour News Corp. et pour le gouvernement britannique » ;

–       un très proche collaborateur de Jeremy Hunt, ministre de la culture, des médias et des sports, qui doit décider si oui ou non News Corp. est autorisée à prendre le contrôle de la compagnie de télévision par satellite BSkyB, contacte le principal lobbyiste du groupe Murdoch pour lui demander comment arranger l’affaire et présenter de manière appropriée les remous autour du piratage de conversations téléphoniques par News Corp.

Pas besoin certainement de faire un dessin de l’image qui émerge de tout cela : un monde très « cosy » comme on dit là-bas, très à l’aise, d’hommes et femmes d’affaires, de presse et de gouvernement, dirigeant la Grande-Bretagne dans un grand mélange des genres, en ne communiquant aux sujets de sa gracieuse majesté que ce qu’ils jugent nécessaire et sous la forme qui leur convient, et qui, quand ils veulent savoir ce que pensent exactement ces sujets de sa majesté, n’y vont pas par quatre chemins et vont simplement fouiller dans leurs mails et leurs communications téléphoniques – même, comme il appert, quand ces sujets font partie de sa propre famille.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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INCROYABLE MAIS VRAI !

Alors que tous les yeux sont aujourd’hui tournés vers l’Espagne, qui manifeste un sursaut d’indépendance vis-à-vis des exigences d’une médiocre Troïka (dont les membres se font étriller à Bruxelles pour le plaisir de tous), c’est en Chine que cela craque soudain de partout, les commentaires étant en effet interdits « jusqu’au 3 avril », sur les micro-blogs chinois (l’équivalent là-bas des Facebook et autres Twitters).

Le but, c’est d’étouffer les rumeurs de coup d’État liées au limogeage du populaire et néanmoins néo-maoïste Bo Xilai, ex-secrétaire du parti communiste de la ville de Chongqing, tandis que volent les accusations de meurtre sur la personne de Neil Heywood, homme d’affaire britannique, à l’encontre de Mme Gu Kailai, épouse du même M. Bo Xilai.

Quand on vous disait que rien n’est simple dans la vie !

La bonne nouvelle, c’est que si les populations du monde en 2012 sont prêtes à supporter toutes les avanies en termes d’austérité, de retrait des droits démocratiques, de portes tournantes à la vitesse du son entre monde politique et monde des affaires, il y a cependant une chose qui les poussera infailliblement à l’insurrection : la disparition de la micro-reconnaissance mutuelle que dispensent les micro-blogs.

Dirigeants politiques : attention aux coupures accidentelles de courant qui pourraient conduire à de très regrettables malentendus !

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