La culture du CAC 40, par Chantal Montellier et Paul Jorion

Bonne question, qui demande la bonne réponse : « Le CAC 40 a-t-il une nature ? Une nature qui ferait que sa culture serait de produire des dividendes plutôt que des emplois ? »

Le CAC 40 est un indice boursier, reflétant la bonne santé boursière de 40 entreprises françaises parmi les plus prospères. La bonne santé boursière, c’est le prix des actions, lequel reflète la perspective de gras dividendes (c’est là la manière dont les analystes financiers évaluent le « fondamental » = le prix objectif d’une action = la somme escomptée (« actualisée ») des dividendes à venir).

En 2014, le MEDEF avait dit au gouvernement : « 100 milliards de dégrèvements fiscaux et nous créons 1 million d’emplois ». J’avais répondu aussitôt par une chronique dans Le Monde : « Il n’y a pas de mécanisme connu qui transforme un dégrèvement fiscal pour une entreprise en création d’emplois par elle ».

Pourquoi ? Parce que la richesse est de plus en plus générée par du capital et de moins en moins par du travail. C’est quoi ce capital engendrant de la richesse ? Ce sont des robots, ce sont des logiciels, c’est du numérique, ce sont des algorithmes. Consentez un dégrèvement fiscal à une entreprise, elle l’investit en numérique et produit de la richesse. Et cette richesse, elle la redistribue en dividendes. Sans salaires à devoir payer, car la main d’œuvre est de plus en plus fantomatique.

Ce que Gattaz aurait dû dire, s’il avait été honnête, c’est : « 100 milliards de dégrèvements fiscaux et nous multiplions les dividendes par deux ! », parce que là, oui, le mécanisme est connu : c’est celui que je viens de décrire. Ma chronique dans Le Monde avait paru le 10 février. De manière révélatrice, quatre semaines plus tard, le 6 mars, Gattaz accordait un entretien à Challenges, que la rédaction intitulait candidement « Les allègements de charges pourront servir à verser des dividendes ».

La solution ? Ma « taxe Sismondi » (9 ans d’âge), encore appelée « taxe-robot » : imposer les robots, logiciels, algorithmes, qui travaillent à la place des travailleurs d’autrefois, et leur faire contribuer ce qui doit être leur quote-part de la richesse nationale au financement de l’État-Providence, plutôt que de générer des dividendes de plus en plus gras à l’intention de ceux qui, de l’argent, ne savent déjà pas quoi en faire.

Partager :

39 réflexions sur « La culture du CAC 40, par Chantal Montellier et Paul Jorion »

  1. Très beau dessin Chantal. Vraiment. Tu pètes la forme.

    La science fiction dans toute son horreur et sa violence (Predator) débarque dans le monde « normal » construit à dessein.

    Et après les guerriers de la morts du CAC40, il y aura l’invasion des Armées des ténèbres noires et brunes, les Orques RN …

  2. Il y a une série qui s’appelle « boys », qui est une satire du mode actuel avec sa fabrication (sur fond de transhumanisme) de personnalités en vue, et autres people , ou super héros (du sport ou des grands magnats d’entreprises dont challenge fait le culte de la personnalité) et avec son capitalisme de plateforme drainant les retombées du système.
    Une série qui rejoint dans le palmarès des films satiriques (« Idiocracy » _ « H2G2 Le Guide du voyageur galactique »..etc.)
    Et votre dessin fait furieusement penser à cette série dont la portée est très actuelle…Et dont les acteurs sont vraiment bons.
    Le premier épisode est un peu lent au démarrage (il pose le décor) , mais démarre sur les chapeaux de roues à la fin et la série à partir de ce moment ne ralentit pas…

  3. Attristant !
    La représentation est implacable.
    Froideur du personnage en chevalier dans sa toute puissance dominant ces figurines liliputiennes vues de dos, la tête basse, le regard probablement plongé sur leurs smartphones, sans défense, insouciants du sort qui les attend.
    Terrible froideur ou tout est calibré, propre.
    Attristant.

  4. @Paul,

    Entre nous, vous en connaissez beaucoup des gens qui ont sérieusement cru aux propos de Gattaz ?!…

    Sinon en plus d’une taxe robot, pourquoi ne pas s’attaquer enrichissement passif dont les dividendes d’actions sont une des sources d’alimentation ? Pourquoi ne concevoir le financement du modèle social (Etat providence) que par la taxation du travail (qu’il soit humain ou numérique) ?

    Il y a une foule de rentes de situation (qui ne nécessite pas de vendre une quelconque force de travail) qui sont insuffisament taxer actuellement : héritages, loyers immobiliers, intérêts des placements financiers, …

    Ce serait aussi un moyen d’aller taper dans les poches du MEDEF et du CAC40 : d’un côté, on restreint leurs gains et, de l’autre, on fait en sorte que sur leurs gains restants (loin d’être non négligeables), il y ait une part qui participe au financement du pot commun.

    Enfin, je sais que vous voyez dans le télétravail une émancipation pour un certain nombre de salariés. Attention toutefois au retour de « boomerang » du MEDEF : il ne faudrait pas que le télétravail tue le collectif (en entreprise) en aboutissant à une individualisation du travail et un report intégral des charges sur le (télé-)travailleur.

    On voit déjà dans le monde de la prestation des salariés « freelance » qui ne sont plus embauchés, ni en CDD ni en CDI. Ce sont des indépendants qui proposent leurs services aux entreprises pour une mission unique, avec un contrat individuel limité à cette mission, pour laquelle ils percoivent un forfait TTC.

    Avec l’émergence du télétravail et la montée en puissance des robots (chatbot, phonebot, …), des algorithmes, … je crains que le MEDEF en profite pour instaurer dans le secteur tertiaire une « loi de la jungle » qui amènerait des individus à se battre comme des loups pour avoir du travail (avec une rémunération au rabais).

    5
    1. Cher Benjamin, rien ne me réjouit tant que de vous avoir observé passer en un seul week-end (un peu spécial sans doute : de la Pentecôte) d’un macronisme décomplexé, à l’extrême-gauche. Je n’ai qu’une chose à vous dire : restez-y !

      3
      1. Surtout le lundi de pentecôte, jour de solidarité ou l’on ( on =salarié) peut travailler, ou pas, mais sans être payé
        Mais des dividendes peuvent être détachés ou versés ce jour là, BNPP par exemple malgré la crise sanitaire et les recommandations, déjà modifiés, de la BCE

      2. @Paul,

        Mais pourquoi voulez-vous (comme tant d’autres ici) me coller une étiquette « macroniste » dans le dos ?!

        Je sais que parfois mon discours peut paraitre ambigu… Mais si vous me connaissiez dans la « vraie » vie, vous seriez très surpris de mon militantisme et de mon engagement local (que ce soit politique ou associatif). 😉

        Et pour revenir sur la question de la fiscalité, est-ce que votre idée de taxe Sismondi engloberait aussi un volet fiscal concernant le nouvel « or noir » du numérique : la donnée ! Parce que c’est un patrimoine (informationnel) qui rapporte beaucoup aux entreprises (du CAC40 en tête) mais qui se trouve être insuffisament taxé… Et qui, de surcroit, a aussi un coût environnemental non négligeable quand on atteint certaines volumétries : entre le stockage, les flux d’échange, les serveurs, … que d’énergie dépensée (au sens propre comme au sens figuré).

        Dans mon boulot (parce que ma profession s’y prête), j’essaie de plus en plus de sensibiliser ma direction et les data scientists à la question environnementale que posent les Big Data et l’IA. J’ai la chance d’avoir un DSI qui est lui même convaincu que stocker de la donnée pour la stocker (dans l’espoir/attente d’en tirer parti un jour ou l’autre), c’est contreproductif et pas top d’un point de vu environnemental – ce qui est paradoxal pour une entreprise qui se veut être à la pointe du RSE.

        J’ai dans la conviction que taxer (au Go ? au To ?…) la donnée obligerait les entreprises à revoir leur approche sur ce sujet. Et donc à avoir recours aux outils du numérique qu’à bonne escient… Et non dans une logique de meilleure rentabilité (amélioration de la performance opérationnelle… bien souvent au détriment de l’humain).

        2
    2. « Entre nous, vous en connaissez beaucoup des gens qui ont sérieusement cru aux propos de Gattaz ?!… »
      Tiens donc, Hollande qui avait déclaré la Finance comme son ennemi, n’y aurait pas cru malgré l’engagement moral de Gattaz fils ?
      Décevant

    1. Interressant , 15 000 fonds qui détiennent 26 % du Cac 40 devant l’actionnariat des familles et des fondateurs.

      Il faut sans doute chercher par là la tendance suicidaire des assemblées à voter des dividendes qui représentent plus que le résultat net.

      Les familles et les fondateurs aiment bien les dividendes mais pas au point de saper les fondations de la maison mère !

  5. Je cite :

     » Le credo auquel on adhère actuellement au niveau international est celui des forces du marché. « Les forces du marché impliquent la soumission. Le Soi est contraint de s’abandonner aux forces inconnues de la vie, dans un objectif d’optimisation des profits. […] L’avidité et le séparatisme sont l’essence même des forces du marché. Plus on est attaché à ces forces, plus elles créent de prisons, ce qui conduit à la faillite spirituelle et au déséquilibre mental. » […] Maitreya ne permettra pas aux forces débridées du marché de continuer à prévaloir au sein des nations. Le marché continuera d’exister, mais sera contrebalancé par une démocratie sociale « 

  6. Coucou,

    Je suis votre raisonnement juqu’à la phrase fantomatique.
    La, ou vous vivez hors sol, ou alors je ne sais pas.
    Que cela soit dans la mécanique ou l’informatique ou que sais je encore, il y a toujours besoin des « petites mains »pour les rustines. Il y a toujours un boulon qui manque, un ecran bleu, un truc à bidouiller pour que le géant s’anime, la machine tourne.

    Demandez aux ouvriers chinois dans leurs ville usines qui produisent si leur travail est fantomatique !

    Plus prés de nous, demandez au gens qui travaillent dans les services, si leur travail est fantomatique !

    Non , la sur cette phrase, je ne vous suis pas.

    Bonne journée

    Stéphane

    1
    1. Là où il y a un problème c’est dans le ratio personnel d’entretien des robots_ nombre de robots. Dans la société où je travaillais je l’ai bien vu : un service qui accomplissait une tâche employait 53 personnes . On nous a demandé en tant qu’administrateur réseau de mettre en place un ensemble d’ordinateurs au nombre de 3 . Une seule personne était apte à les gérer . Le service a été démantelé en totalité et pour la maintenance de ces 3 ordinateurs ils sont passés dans le pool informatique qui gérait approximativement 3500 machines grâce à 15 personnes . Je vous laisse le plaisir de calculer le ratio .

      cordialement

      2
      1. Coucou,

        Automatiser des taches automatiques, çà a pris 20 ans, mais effectivement, c’étati prévisible et çà marche.
        Non, je parle des taches répétitives de base, qui existent aussi dans le domaine du net et qui ne sont pas automatisables, ou mal automatisées, dans l’hotellerie restauration, dans la santé, dans la meccanique, enfin bref tous ces métiers ou l’on peut croire que l’homme va être remplacé par des machines, mais pour le moment, il faut y aller !
        Quand vous avez 3 cuisiniers qui sortent 700 repas dans une cuisine centrale avec le traitement de tous les cas particuliers, ben .
        Quand vous avez le meccano qui change une pièce toute rouillée, qui tourne autour, qui s’échine, qui trouve la solution, ben faut y aller.
        Bref, pleins d’exemples de métiers qui ont fait tourner la machinerie pendant le premier confinement pour que tous les pseudo automatiseurs puissent ne pas mourir de faim.
        Ce n’etaient pas des fantomes ! même si on a déja oublié .

        Bonne soirée

        Stéphane

        2
  7. « INÉGALITÉS : L’ENQUÊTE QUI FAIT PEUR À MACRON »
    https://www.youtube.com/watch?v=VDyHq4Stplk
    une très intéressante intervention de Thomas Porcher selon un triptyque:
    –> Les Français dans les sondages valident les paradigmes de gauche (de justice sociale_de lutte contre les inégalités_d’investissement dans les services publics…etc.) alors que dans les intentions de vote, la France se droitise…
    –>Problème de la dette de l’Afrique et des finalités réelles de la politique des « petits gestes », avec une exposition des politiques libérales du FMI qui ont montré leurs échecs alors qu’elles ressemblent étrangement à ce que l’on veut faire en Europe et à ce qui était prôné jusqu’à il y a peu pour la France…
    –> Le carcan libéral européen et la nécessité de trouver les personnalités politiques capables de plus d’agressivité dans les négociations, pour se donner les moyens d’un vrai changement de paradigme économique et démocratique européen .

    1. @DVL 25/5 à 16h46 écrit , très justement :

      … » –> Le carcan libéral européen et la nécessité de trouver les personnalités politiques capables de plus d’agressivité dans les négociations , pour se donner les moyens d’un vrai changement de paradigme économique et démocratique européen .  »

      Comment ne pas être d’accord…! +++

      Mais alors… à la fois : Agressivité/imprévisibilité/méchanceté/susceptibilité/paranoïaquicité/froideur/sécheresse/détermination/obtusisme/volcanisme/ .. j’en oublie..!???? Une seconde…je cherche dans le catalogue..

      EUREKA… j’en connais UN ..qui a toutes ces qualités….
      Et en plus.. compétent.
      Un seul défaut… y cause pas english..!
      Suffira de lui trouver un traducteur type-mâle alpha , haltérophile à grosse moustache et à la voix rocailleuse… (^!^)
      Devinez.

  8. Capitalisme Chinois vs PCC et la reprise en main progressive

    Après la mise sous tutelle d’Ant Group , filiale financière d’Alibaba,( AliPay)
    https://en.wikipedia.org/wiki/Ant_Group#Sharing_consumer_data_with_Chinese_government
    À la veille de l’introduction en bourse ( 35 Mds$) , la Chine avait empêché le processus d’aller de l’avant.

    « Le fondateur d’Alibaba, Jack Ma, quitte la présidence de son école de commerce
    L’établissement fondé en 2015 par l’ex-patron du géant chinois de l’e-commerce, sous pression des autorités de Pékin, réunit l’élite de l’entrepreneuriat national. »

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2021/05/25/le-fondateur-d-alibaba-jack-ma-quitte-la-presidence-de-son-ecole-de-commerce_6081375_3234.html

    1
    1. Anp Group ( Alipay) Tencent ( WeChat Pay)

      https://siecledigital.fr/2021/01/25/banque-centrale-chinoise-monopole-fintech/

      https://siecledigital.fr/2021/01/05/restructuration-ant-group-ambitions-chinoises/

      Ces restructurations et les nouvelles régulations actuelles sont en corrélation avec la sortie prochaine du yuan numérique par la Banque Centrale chinoise

       » Tout cela souligne la volonté du pays de mettre en place de nouvelles réglementations pour ses géants technologiques, entre intérêts économiques et intérêts politiques et idéologiques. »

      1
      1. Ça c’est pour l’intérieur . A l’export , ce qu’on me rapporte , c’est que la Chine organise depuis plusieurs semaines la pénurie de pas mal de filières de produits ( ça se ressent d’ailleurs pour les entreprises et commerçants européens ) , pour faire monter les prix de vente ( Les chinois ont sans doute appris de l’épisode  » masques » ) . Inflation en vue ?

    1. Voilà, enfin un commentaire raccord avec mon dessin dont tout le monde ce four sur ce blog de Mâles alpha du néo cortex jorionesque.

  9. Coucou,

    Dnas la série l’homme est capable de tout, faut il avoir confiance dans le CAC 40, l’avion, les nouveaux vaccins OGM ?

    « Italie : trois hommes interpellés dans le cadre de l’enquête sur l’accident de téléphérique

    Selon les autorités locales, des hauts responsables de la société gérant le téléphérique savaient que la cabine circulait sans frein d’urgence. Quatorze personnes ont été tuées dans cet accident. »

    Toutes les victimes étaient vaccinées contre le Covid ! C’est con!

    Bonne journée

    Stéphane

    1
    1. C’est l’intersectionnalité. Dès qu’on sait compter jusqu’à 3, elle surgit indomptable.

Les commentaires sont fermés.