Frédéric Lordon et l’Imperium. Chapitre 3, par Dominique Temple

Un essai invité en huit chapitres.

III – Ambivalence et Antagonisme

Résumons notre réserve : l’affect est Un, et s’il émergeait de la multitude par effet d’accumulation des affects individuels de peur, d’envie, de désir ou d’amour… pourquoi n’émergerait-il que de leur similitude et pourquoi pas de leur différenciation, plus précisément de la corrélation des différences (qui est une autre expression pour dire la divergence[1]) ou encore d’un juste milieu entre la divergence et la convergence, “Tiers” qui soit le produit de leur relativisation mutuelle au sein de la réciprocité ?

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De Trump à Sanders : Les processus de ruissellement et captation symbolique, par Timiota

Billet invité.

L’élection surprise de Trump fait voir le rôle de l’affect pour l’électeur désorienté, le laissé-pour-compte, le « péquenot » (hillbilly). Ses saillies trop manifestes (ses goûts de milliardaire arriviste, sa vantardise du « pussy grabbing ») n’ont pas interféré bien fort avec cet affect : les réinterprétations par l’individu désorienté ont pu par exemple adhérer à l’explication de la vantardise pour cette dernière saillie comme celle d’un « boy talk » d’adolescent attardé .

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La fin de la rue ? par Timiota

Billet invité.

Alors que la capitalisme nous invite à méditer sur des conglomérats certes très concrets mais peu accessible au quidam, ou encore sur des réalités assez abstraites du quotidien, comme la signification de la propriété privée, le « lieu commun » au sens propre qu’est la rue nous aide à former des regards différents : Les métamorphoses de la rue forment un continuum intéressant et un filon qui peut révéler les mutations en puissance si on en suit la trace.

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Les marchands de doute de Naomi Oreskes et Erik M. Conway

Dans leur ouvrage récent, Le négationnisme économique et comment s’en débarrasser (Flammarion 2016), Pierre Cahuc et André Zylberberg font grand usage (le terme « plagiat » est-il ici excessif ?) du livre Les marchands de doute des auteurs américains Naomi Oreskes et Erik M. Conway (Bloomsbury Press 2010 ; Le Pommier 2012 pour la traduction française).

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De l’anthropologie à la guerre civile numérique, entretien réalisé le 21 mars 2016 (texte complet)

Ouvert aux commentaires.

I- La « mentalité primitive »

Jacques Athanase GILBERT

Votre parcours est particulièrement atypique, marqué en particulier par cette étonnante transition du chercheur au blogueur. Au-delà, votre pensée s’enracine dans le champ de la transdisciplinarité, empruntant à la fois à la philosophie, à l’anthropologie, à la sociologie et à l’économie. Comment appréhendez-vous cet itinéraire ?

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De l’anthropologie à la guerre civile numérique (IX), La formation de l’ordre social suivant les prix, entretien réalisé le 21 mars 2016

Franck CORMERAIS

Depuis 2011, vous avez publié plusieurs ouvrages économiques dont Le capitalisme à l’agonie et Le prix. Les problématiques soulevées ne relèvent pas du seul secteur financier : elles engagent une anthropologie économique succédant à une anthropologie de la connaissance.

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De l’anthropologie à la guerre civile numérique (III), La transmission des savoirs, entretien réalisé le 21 mars 2016

Jacques Athanase GILBERT

L’approche anthropologique vous permet de développer un travail critique des catégories philosophiques et économiques. La taxinomie ne recoupe pas les formalisations abstraites aussi bien en termes de science du langage que de science économique.

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LE TEMPS QU’IL FAIT LE 8 JUILLET 2016 – Retranscription

Retranscription de Le temps qu’il fait le 8 juillet 2016. Merci à Marianne Oppitz !

Bonjour, nous sommes le vendredi 8 juillet 2016. Et le sujet pour aujourd’hui, eh bien il est évident : il est la suite du Brexit, du vote des citoyens du Royaume-Uni en faveur de quitter l’Union européenne. Continuer la lecture de LE TEMPS QU’IL FAIT LE 8 JUILLET 2016 – Retranscription

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Ah, the endless complexities of English identity!, by Duncan Sutherland

Billet invité. À propos de Le temps qu’il fait le 30 juin 2016.

Ah, the endless complexities of English identity as defined by place and social rank but especially social rank in its relationship to forms of language, which function not only as communication, of course, but as mechanisms for defining and identifying who belongs to which class and merits the privileges thereof and who does not.

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Ars Industrialis reçoit Paul JORION et Geert LOVINK, le 21 mai 2016

Ars Industrialis et Bernard Stiegler invitent Paul Jorion et Geert Lovink, sur le thème : PENSER ET AGIR LA PUISSANCE EN FRANCE, EN EUROPE ET DANS L’INTERNATION au XXIè siècle

Dans la matinée, Bernard Stiegler interrogeait Frédéric Lordon.

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Qui étions-nous ? Comment faire fonctionner une société ? (II) Canonisation de Confucius et révolution confucianiste, par Li Tong-tsun (2004)

Jean-François Billeter prend soin dans Contre François Jullien de rapporter de manière détaillée les vues d’une historienne chinoise contemporaine du nom de Li Tong-tsun (en pinyin : Li Dongjun), dont il écrit qu’elle « illustre à merveille la position critique » dans le monde intellectuel chinois contemporain (2006 : 25) et dont on comprend que le point de vue correspond de près à la manière dont il se représente lui-même l’histoire chinoise.

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« Originalités de la Chine -3- » RITUALISME, par DD & DH

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Les rites chinois ont toujours été, vus de chez nous, en Occident, l’objet d’une double perception. Ils sont à la fois la preuve d’une civilisation, de sa durée et de sa puissance, de sa civilité et en même temps l’objet de railleries, de contresens. Leur formalisme est tel qu’on y lit en même temps la contrainte hypocrite et l’urbanité la plus pointilleuse. Déjà la question partageait nos Philosophes. Les uns louaient ce respect des formes qui assurait la cohérence du vivre-ensemble, les autres critiquaient cet affichage de duplicité. Les uns portaient aux nues l’héritage d’une civilisation achevée, les autres vilipendaient une fourberie généralisée. Entre la politesse chinoise comme symbole de l’accomplissement civilisateur et la politesse chinoise comme manifestation de la perfide dissimulation inhérente à ce peuple, deux lectures possibles des rites s’affrontaient. Cette double lecture continue.

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« Originalités de la Chine -2- » RELATIONS, par DD & DH

Billet invité.

On l’a vu, les notions de « dépendance » de l’homme embarqué dans le flux du Tao et de nécessaire « adaptation » au jeu permanent des mutations expliquent en grande partie la pérennité des formes chinoises de civilisation et le « il ne pouvait en être autrement » de Jacques Gernet. Il nous reste à éclairer ce qui, en Chine, a permis, tout aussi durablement, de « faire société ». Une troisième notion, celle de « relation » va nous permettre d’en dévoiler les mécanismes. L’univers chinois est en effet un ensemble où tout est corrélé pour composer « l’étoffe à motifs du métier à tisser » chère à Claude Larre. Continuer la lecture de « Originalités de la Chine -2- » RELATIONS, par DD & DH

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Les intellectuels « dérivent »-ils, ou bien la dérive observée est-elle d’un autre ordre ?

L’article n’est pas tout à fait récent, il date de janvier, il est intitulé L’inquiétante dérive des intellectuels médiatiques, et il est de la plume de Gisèle Sapiro, sociologue, directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales.

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Combat de coqs, par Michel Leis

Billet invité.

À gauche, dans le combat de coqs qui oppose les intellectuels pour imposer leur point de vue, les uns et les autres abusent des arguments d’autorité. Là où ils se considèrent comme des experts, il n’y a plus de discussion possible, il n’y a d’autres choix que d’être pour ou contre. Celui qui n’est pas un expert, qui n’a pas les références culturelles ou qui ne bénéficie pas d’une assise médiatique solide se sent illégitime ou finit par abandonner un débat où il ne peut faire entendre sa voix.

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Genèse de la responsabilité, par Dominique Temple

Billet invité.

Depuis que la science a reconnu que l’univers se produisait à partir de deux dynamismes antagonistes, qu’elle appelle la matérialisation et la dématérialisation de l’énergie [1], donnant à la vie une importance égale à l’entropie, elle appuie sans réserve l’idée que l’individu se présente comme la forme ultime de la vie [2]. Selon cette cosmologie, la responsabilité devrait être postulée comme la forme la plus différenciée de la vie puisqu’elle est une propriété essentielle de l’individu qui apparaît au sommet de son évolution.

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L’individuation du Sujet, par Dominique Temple

Billet invité.

Dès les premiers mots de la Bible, il est dit que l’homme donne un nom à toutes choses, le ciel, la terre, les oiseaux, les poissons… mais lorsqu’il veut se nommer, toutes ces connaissances ne lui sont d’aucune aide. C’est dire qu’il est en face de lui-même devant une énigme. Il trouve l’aide, que ne peuvent lui donner ses représentations objectives, dans une opération nouvelle, l’entraide (la réciprocité) à partir d’un être pris de son côté, de lui-même : cette moitié provoque son étonnement sinon son anxiété car l’étrangeté de la femme n’est pas la différence d’un oiseau et d’un poisson, mais elle est relative à lui puisqu’elle est tirée de lui. Contradiction donc entre le sujet et l’objet, mais aussi entre l’identité et la différence, qui pourrait l’immobiliser dans l’impossibilité de savoir quoi faire, pour ou contre (dans un sens ou dans l’autre), mais qui trouve sa solution dans la parole. L’homme crie de joie parce qu’il se reconnaît non pas de ce qu’il peut nommer objectivement mais d’une parole dont le sens se soustrait à l’objectivité de ses représentations pour se révéler sur un autre plan que celui de la nature : celui d’Elohim. Partout dans leurs mythes, les Guarani comme les Hébreux, les Jivaros ou les Hottentots… les hommes se disent à l’image, ou fils des Dieux !

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Le coût social des inégalités ou Pour un bancor social, par Timiota

Billet invité.

Quel est le fluide mystérieux qui lie une société et qui induit un duo vertueux de respect et d’amélioration dans l’usage qui est fait des biens, publics ou privés ? Outre les mécanismes purement financiers qui font qu’on « ne prête qu’aux riches », l’inégalité s’auto-renforce dès que des différences de statut deviennent insurmontables à l’échelle des espoirs des uns ou du mépris des autres. En ce sens, ce fluide social partage certaines propriétés du prix, dont le niveau dépend du rapport des statuts dans la proposition aristotélicienne que Paul Jorion explique bien mieux que moi ici. Mais  on pourrait poursuivre : Au-delà d’un certain seuil, lorsqu’un cadre est créé où l’inégalité semble insoluble, on a un mécanisme analogue à celui du prix spéculatif, qui ne pense plus qu’une transaction analogue se reproduira : le fluide social est utilisé par son côté corrosif, et plus par son côté lubrifiant.

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Gaston Bouthoul : « L’homme est son propre prédateur », par Isabelle Joly

Billet invité.

Je me rappelle de mon soulagement, lorsque j’ai lu le « Traité de polémologie » de Gaston Bouthoul. Il avançait une théorie très simple en réponse à ma perpétuelle question : « Pourquoi les êtres humains s’entretuent-ils avec un entrain toujours renouvelé ? » : l’homme est son propre prédateur.

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La parole religieuse, par Dominique Temple

Billet invité.

  1. Les Deux Paroles

On doit à Claude Lévi-Strauss une réflexion décisive sur la naissance de la Parole. Cette réflexion est menée dans un contexte anthropologique. C’est en effet le face à face entre deux bandes nomades de Nambikwara (Indiens du Brésil occidental), qui lui sert d’exemple. Lorsque deux groupes humains qui s’ignoraient se rencontrent pour la première fois, ils s’immobilisent à une certaine distance ; si l’homme était un animal, il fuirait par crainte ou s’associerait comme les brebis dans un troupeau. Rien ne se passe de ce genre : le désir et la crainte se neutralisent et engendrent une affectivité de plus en plus angoissée jusqu’à ce qu’elle puisse se dissiper dans la Parole.

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