LA NOUVELLE EUROPE EN FILIGRANE, par François Leclerc

Billet invité.

Un débat est engagé au vu du sort réservé à la Grèce : faut-il ou non quitter l’euro, ce piège qui s’est refermé ? Puisant ses arguments dans de précédents épisodes, la discussion rejaillit en force, l’union monétaire symbolisant une Europe rejetée. L’un des prolongements de la discussion consiste à se demander si une occasion exemplaire n’a pas été manquée.

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Non à l’euro nihiliste ! Oui à l’euro du vivre ensemble, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Face à la politique du néant jouée par l’Eurogroupe sur la scène médiatique, Alexis Tsipras prend la seule décision qu’un responsable politique empêché d’agir puisse prendre : demander à ses mandants d’expliciter les conditions d’exercice de son mandat. En l’espèce, les Grecs doivent dire s’ils acceptent de s’euthanasier en tant que peuple, nation, État souverain, pour rembourser les dettes contractées en euro ou s’ils vont chercher par eux-mêmes en nation responsable, le moyen de demeurer vivant comme société civile sans renier leurs obligations vis-à-vis d’eux-mêmes et vis-à-vis de leurs concitoyens européens.

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LE FMI EST PENCHÉ SUR LA DETTE… ET NE S’EN RELÈVE PAS ! par François Leclerc

Billet invité.

L’endettement des 129 États notés par Standard & Poor’s progressera de 1,7% cette année et atteindra 44.300 milliards de dollars. Au fur et à mesure que la masse de la dette publique s’accroît et que la croissance économique s’installe dans ce qui est qualifié de stagnation séculaire – deux tendances fortes – le risque de défaut souverain augmente. Que faire ?

Celui-ci n’apparait plus à l’horizon de lointains pays émergents mais en Europe, même si le risque d’éclatement de la zone euro s’est éloigné depuis l’épisode de 2011. La stratégie de désendettement qui y est imposée alimente une crise sociale et politique qui autorise à douter de sa viabilité. L’énormité d’autres dettes dont la croissance est sans fin, comme celles du Japon et des États-Unis, est telle qu’il est feint de croire qu’elle pourront être éternellement financées, faute d’alternative. A la vue de ce spectacle, une constatation s’impose : la problématique du désendettement a de l’avenir.

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LES EUROPÉENS, CES VILAINS COPIEURS DES JAPONAIS, par François Leclerc

Billet invité.

La japonisation de l’Europe n’est plus vécue comme une menace en l’air et une prophétie de mauvais augure. La zone euro est sous le coup d’une pression déflationniste qui s’accentue au fil des mois et ce qui la sépare de la déflation est de plus en plus symbolique. Voilà un premier point de ressemblance d’acquis.

Mais cela ne s’arrête pas là : le Japon a déjà emprunté le chemin des réformes structurelles sur lequel les Européens sont à leur tour engagés et l’on en voit le résultat. Cela vaut aussi bien pour les réformes du marché du travail qui y ont été opérées et le développement de la précarité qui s’en est suivi, que pour l’accroissement des inégalités et la diminution des prestations sociales. En queue de peloton des pays de l’OCDE pour le taux de pauvreté, le Japon représente l’avenir de l’Europe.

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DÉFLATION, QUAND TU NOUS SERRES DANS TES BRAS… par François Leclerc

Billet invité.

L’économie mondiale subit une forte pression déflationniste, posant à cette échelle globale une question qui persiste à rester localement sans réponse au Japon : comment en sortir quand on y fait face ? Ce qui n’est pas sans notables incidences, car non seulement une telle pression fait obstacle à la croissance de l’économie, mais elle renchérit le coût du désendettement et en vient à s’y opposer.

Tant que ce phénomène n’était observé qu’au Japon – ou en Europe où il fait son chemin – il restait encore inachevé. Mais, atteignant désormais de plein fouet la Chine, la pression déflationniste se propage, s’accentue et s’auto-entretient. Aux États-Unis mêmes, l’inflation persiste à stagner en-dessous de son taux objectif de 2%, n’incitant pas la Fed à hausser ces taux comme elle le voudrait.

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LE JAPON MONTRE LA VOIE À NE PAS SUIVRE, L’EUROPE NE FAIT PAS MIEUX, par François Leclerc

Billet invité

Le Japon, troisième puissance économique mondiale, va-t-il commencer à réduire son endettement ? Cela ne se présente pas bien, et les dirigeants européens feraient bien de s’y intéresser avant de laisser l’Europe s’enfoncer dans une situation de japonisation larvée, qui est chaque jour qui passe confortée par des indices déprimés.

Sous l’impulsion du premier ministre Shinzo Abe, la Banque du Japon poursuit la plus grande opération de création monétaire jamais réalisée, tirant ainsi la carte de la dernière chance. Mais avec quels résultats ? Sorti de la récession en 2012 et connaissant des débuts de croissance encourageants en 2013, le pays est lourdement retombé dans la récession. Ni la faible contribution du commerce extérieur, ni l’augmentation des dépenses publiques n’ont pu l’empêcher. Quant à l’inflation, son timide sursaut est d’une grande fragilité et résulte largement des importations d’hydrocarbures. En conséquence, le premier ministre pourrait annoncer qu’il sursoit à une deuxième augmentation de la TVA, afin de ne pas aggraver la baisse de la consommation. C’était la seule mesure tangible de réduction du déficit budgétaire, au demeurant d’impact modeste.

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Négociations européennes : DES AMBITIONS QUI N’EN SONT PAS, par François Leclerc.

Billet invité.

De quoi la montagne va-t-elle à son habitude accoucher ? D’une souris ! Quel objectif était-il donc poursuivi en organisant le mini-sommet des neuf chefs d’Etat et apparentés sociaux-démocrates de samedi ? Créer un rapport de force vis à vis d’Angela Merkel pour négocier en force, ou bien calmer les ardeurs de Matteo Renzi ? Des rumeurs insistantes circulaient dès hier en faveur de cette seconde option. Tout dépend en réalité du résultat que l’on cherche à obtenir. Sans doute faut-il faire confiance à François Hollande, qui revendique d’utiliser « toutes les souplesses du pacte de stabilité », pour n’avoir que des ambitions mesurées. La fronde a déjà tourné court, le cadre n’est pas remis en question, ce n’est pas le genre de la maison. Mais le service rendu ne mérite-t-il pas une petite récompense ?

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Sur l’Europe, en réponse à Monsieur François Hollande, président de la République, par Pierre-Yves Dambrine

Billet invité, en réaction à la tribune de François Hollande parue aujourd’hui dans le quotidien Le Monde.

Une traduction anglaise de ce texte par Johan Leestemaker, se trouve ici.

Monsieur le Président,

J’ai lu attentivement votre intervention dans le journal Le Monde à propos de l’Europe, à l’horizon des élections européennes toutes proches. Je ne doute pas que vous soyez un européen convaincu. Comme nous sommes encore nombreux à l’être, car comme vous le rappelez, l’Union fut une grande et belle idée, et le demeure. Elle a indéniablement été un facteur de paix et contribué à l’essor économique qui a suivi la seconde guerre mondiale. Vous oubliez tout de même que cette paix fut pour beaucoup aussi le résultat de l’équilibre de la terreur, l’Europe de l’Ouest devant une partie de sa sécurité au bouclier nucléaire américain. Certes, la paix s’est maintenue sur certaines bases positives, mais aussi en quelque sorte par défaut. Vous évoquez ensuite le grand marché (qui fut la traduction concrète des principes énoncés dans le Traité de Rome) à l’origine de la construction européenne, les autres traités ne reniant jamais le cadre défini par le premier du nom. Cette fois, vous oubliez le fait que la prospérité n’aurait pas été ce qu’elle fut sans les lois sociales qui protégeaient les citoyens dans leurs pays respectifs, et assuraient donc une demande solvable sans laquelle industries et services auraient eu le plus grand mal à offrir, et donc à produire. Autant dire que sur cet aspect, la contribution européenne fut bien faible. Les seules politiques redistributives ont été sectorielles ou régionales, elles visaient donc à compenser certains déséquilibres, par exemple dans le cadre de la politique agricole commune. Les inégalités de revenus n’étaient pas résolues par l’introduction de nouveaux droits du citoyen inscrits dans une constitution. Autant dire qu’au niveau des droits sociaux, le citoyen ne pouvait que bénéficier de politiques correctrices au cas par cas, tributaires de décisions conjoncturelles, corrigeant simplement des déséquilibres induits par les rapports de force inscrits dans la logique même d’une construction européenne qui favorise la rémunération du capital et donc sa concentration. Dans le seul secteur agricole, l’agriculteur et l’éleveur pèsent de peu de poids face à leurs banquiers et à l’industrie agro-alimentaire, à l’exception des grosses exploitations agricoles qui s’inscrivent dans la logique commerciale (et productiviste) favorisée par Bruxelles, au risque d’oublier le métier de base qui est de nourrir la population, si possible avec de bons produits.

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L’Europe sociale est une chimère : elle ne peut mécaniquement pas exister, par Albert Mince

Billet invité

Depuis un bon demi siècle, l’Europe, vue de la France, c’est la paix, c’est l’union politique, c’est l’union des peuples, c’est la défense commune, ce sont des idéaux, c’est une vague envie fédéraliste. Elle est teintée d’un idéal, couronnée d’une auréole, l’Europe c’est le bien, c’est notre avenir, c’est le progrès.

En réalité, l’Union européenne, ce n’est qu’un marché commun, agrémenté de quelques embryons de coopération dans des domaines annexes. Son but, ce n’est pas la paix, la politique, l’amour : c’est la destruction des entraves à la libre concurrence entre entreprises. C’est l’application littérale, et presque sans exception, de la doctrine libérale. De fait, depuis l’Acte unique européen, adopté en 1986, aucun autre Etat ou association d’Etats n’aura appliqué aussi strictement les présupposés libéraux. Toute la capacité d’action de l’Union est tournée vers cet objectif, au détriment de tous les autres.

Je viens d’achever Le viol d’Europe (Robert Salais, PUF), qui décortique l’écart entre le « Grand Récit » et les mesures adoptées. C’est minutieux et implacable, et cette approche historique complète à propos l’analyse économique.

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Retrouver le vivre ensemble européen et à partir de l’Europe, le vivre ensemble mondial, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Je ne vois absolument pas pour qui je pourrai voter aux prochaines européennes. Je ne sais même plus si j’ai voté oui ou non au référendum sur la constitution. Le projet européen a été totalement falsifié par la cupidité et la spéculation. Le système est devenu carrément totalitaire : les instutions européennes procèdent à un anéantissement pur et simple des institutions de la démocratie en Europe du Sud. Les gouvernements de l’Europe du Nord piétinnent ouvertement la démocratie pour dissimuler leur faillite financière. L’euro est une machine infernale manipulée par le faux marché pour terroriser toute responsabilité politique vraie. Nous débarquons dans la nuit noire de la politique.

Mon secret espoir vient de la société numérique par laquelle nos institutions déchues tentent cranement de garder la main. L’espace numérique rétablit de fait l’économie politique par la continuité instaurée entre la représentation des individus dans des regroupement improbables et leurs échanges d’opinions, de discours, de prix et de règlements. Hors des frontières artificiellement établies, les opinions peuvent s’échanger, s’apprécier et se transformer en réalités tangibles par des engagements concrets négociables.

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« Le Grand Œuvre : une autre Europe, vite ! »

Je lance aujourd’hui sur le blog une nouvelle rubrique intitulée comme vous venez de le voir : « Le Grand Œuvre : une autre Europe, vite ! »

L’Europe qui est aujourd’hui la nôtre est un mauvais rêve : le cauchemar né de l’imagination d’une embarrassante coterie de marchands de soupe.

Au début de cette année j’ai été invité au château du Val Duchesse à Bruxelles. Assis dans un énorme fauteuil Louis XIII dans la salle où est née en 1957 la CEE (*), il m’était demandé dans le cadre d’une série télé intitulée « Le chagrin de l’Europe », ce qui avait mal tourné, vraiment très mal tourné.

Ce n’est pas aujourd’hui au sein des parlements que s’opère le Grand Tournant, et jusqu’ici en tout cas, encore moins au sein du Parlement européen. Des élections européennes auront lieu en mai 2014, et l’on parlera d’ici-là de l’Europe. Le blog participera au débat, pour l’infléchir dans le bon sens, pour œuvrer à la naissance d’une autre Europe, vite ! Celle que nous avons maintenant nous fait honte.

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(*) Sous, en particulier, l’œil sceptique de mon propre père à qui j’emprunte – et pas seulement par piété filiale – la caractérisation des pères de l’Europe comme « marchands de soupe ».

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L’actualité de demain : LA PANDÉMIE DE LA DETTE, par François Leclerc

Billet invité.

Tiendront, tiendront pas ? Une course de vitesse semble engagée entre Angela Merkel et les pays d’Europe du Sud. Comme s’il était attendu que soit dépassé le cap des élections allemandes, une fois encore et faute de mieux, pour que des remèdes soient apportés à la lente progression de leur maladie. Car les espoirs les plus insensés se résument à bien peu de choses dans le médiocre conformisme ambiant.

À son tour, la crise politique portugaise reflète l’échec de la politique poursuivie envers et contre tout ; elle annonce un second plan de sauvetage en guise de sortie du premier, en mai prochain. Le bon élève de la classe ne tient pas ses promesses, à moins que ce ne soit plutôt le maître ! Le Portugal suit l’exemple du cancre grec, à nouveau promis au défaut de paiement en août prochain, si une nouvelle tranche de l’aide financière européenne ne lui est pas accordée par une Troïka qui constate, une fois de plus, que son plan de route n’est pas respecté (notamment le programme de privatisations). Pour l’éviter dans l’immédiat, il ne va pas y avoir d’autres solution que d’en effectuer le paiement au compte-gouttes, en attendant l’inévitable : une nouvelle restructuration de dette qu’Angela Merkel refuse encore d’admettre, rejointe par Jörg Asmussen de la BCE (qui la détient !).

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L’actualité de demain : PRÉVISION D’EFFETS D’ANNONCE A LA PELLE AU G8, par François Leclerc

Billet invité.

Un nouveau G8 se tiendra lundi et mardi en Ulster. Mais à quoi donc servent tous ces sommets qui se succèdent sans relâche et dans diverses formations, peut-on se demander ? En premier lieu à faire des annonces ronflantes rarement suivies d’effet, pourrait-on observer en revenant sur les précédents ! Somme toute, tout nouveau sommet aurait pour principale tâche d’escamoter les engagements non tenus de ceux à qui il succède !

Même David Cameron, qui le préside actuellement, est conscient de l’effet de lassitude de ces sommets à répétition et y a fait allusion. Chacun s’y rend afin de pouvoir bénéficier de la reconnaissance de ses pairs et déclarer avoir obtenu gain de cause. Les sommets sont de ces occasions où il ne faut pas rater de remporter des victoires (sauf dans les rares cas dramatisés où ils sont reconnus infructueux). Ils magnifient l’idée d’une gouvernance mondiale, dans toutes ses géométries, que la photo de famille et le communiqué final symbolisent. Car ils ont leur rituel, ce qui permet parfois d’y déroger, afin de renforcer la communication à leur sujet. Et puis c’est tout, ou presque.

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LA DRONISATION DE LA CRISE EUROPÉENNE, par Franck Janura

Billet invité

Comme en proie à une sorte de persécution intellectuelle, la lecture d’ouvrages sur des sujets pourtant sans prise directe avec la situation européenne peut parfois amener à des rapprochements inattendus. C’est à ce type de rapprochements que conduit la lecture du dernier ouvrage de Grégoire Chamayou, un jeune philosophe et chercheur au CNRS.

L’ouvrage en question, Théorie du drone (édition La Fabrique), se propose de soumettre le drone (véritable emblème de la guerre ou plutôt de la chasse anti-terroriste mondiale) à un travail d’investigation philosophique. Cette théorie du drone amène à se poser la question suivante : peut-on parler de dronisation de la crise européenne ?

Projeter du pouvoir sans projeter de vulnérabilité

Dès son introduction, Grégoire Chamayou nous livre la maxime stratégique fondamentale du drone que l’on doit à David Deptula, général à la retraite de l’ US Air Force : “le véritable avantage des systèmes d’aéronefs sans pilote, c’est de projeter du pouvoir sans projeter de vulnérabilité”. Cette manière de décrire l’option stratégique qui découle de la dronisation du conflit armé peut tout à fait s’appliquer à la stratégie de politique économique retenue aujourd’hui dans le contexte de grande crise que traverse le continent européen.

Cette stratégie repose à la fois sur la projection d’un pouvoir monétaire indépendant, celui de la BCE, et d’un pouvoir politique qui se fonde sur la prééminence des traités européens et annihile tout choix discrétionnaire de politique économique à l’échelle européenne. Comme dans le cas du drone, cette projection de pouvoirs (d’ordre ordo-libérale) s’effectue sans projection simultanée d’une véritable vulnérabilité.

Quelle est en effet la vulnérabilité d’une Banque Centrale Européenne indépendante de tout pouvoir politique ou encore celle des traités européens qui s’affranchissent assez largement de tout ancrage démocratique européen ? Pour reprendre une image chère à la morale guerrière que Grégoire Chamayou convoque dans son ouvrage, il semble que l’on soit passé d’une certaine morale du sacrifice politique héroïque (issue de la vulnérabilité de la politique et du débat politique souverain) à l’invulnérabilité de la norme et de la règle technique de politique économique.

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L’actualité de demain : LES TROIS SŒURS SONT DÉSUNIES, par François Leclerc

Billet invité.

Connaitrions-nous trois crises financières distinctes ? C’est ce que l’on pourrait croire à observer les politiques divergentes de la Fed, de la Banque du Japon et de la BCE. Les deux premières déversent sans compter des liquidités dans leur système financier. Mais la première étudie la possibilité de stopper progressivement son programme, en prenant de multiples précautions, tandis que la seconde vient de s’engager au contraire sans retenue. La troisième se contente de ruser, en raison des contraintes de son mandat, et se trouve paralysée par ses dissensions internes.

Les principales banques centrales agissent donc en ordre dispersé, or la crise est unique dans notre monde globalisé, même si elle a des caractéristiques spécifiques à chaque pays ou région. Elle réclamerait une action conjointe, mais laquelle ? Elles prennent, chacune à sa manière, des risques qui apparaissent maintenant au grand jour, en raison des effets secondaires de ses mesures, ou de son inaction actuelle pour la troisième.

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L’actualité de demain : TROIS BLOCAGES QUI SE RENFORCENT LES UNS LES AUTRES, par François Leclerc

Billet invité.

Trois blocages dominent le panorama de l’économie mondiale. Le plus connu est celui que subit une Europe engagée sur une voie de désendettement promettant à la zone euro une récession de longue durée, voire à sa désagrégation au train où vont les derniers développements. Dans un contexte fort différent, les États-Unis bénéficient d’une intervention massive en continu de leur banque centrale qui maintient le pays le nez hors de l’eau. La Chine, enfin, enregistre la poursuite de la dégradation de sa croissance sans parvenir à réorienter son activité économique en faveur du développement de son marché intérieur. L’ensemble ne crée aucune dynamique de sortie de crise.

En Europe, la Bundesbank et le gouvernement allemand s’opposent de plus en plus ouvertement aux intervention de la BCE. Jens Weidmann réclame une hausse des taux d’intérêt et Wolfgang Schäuble critique en privé auprès de députés de la CDU – selon Der Spiegel – l’achat éventuel par celle-ci de produits de titrisation de prêts bancaires aux entreprises (des ABS). Incapables de formuler une politique alternative et de constituer un bloc, les autres gouvernements européens ne réclament qu’un assouplissement de la politique imposée par le gouvernement allemand, dont les effets seront simplement étalés dans le temps. L’union bancaire est désormais présentée en deux temps par le ministre allemand, renvoyant au second tout mécanisme européen de financement et laissant à chaque pays le poids financier du renflouement de ses banques. On est revenu à la case départ. Toutes les portes se sont les unes après les autres soigneusement fermées.

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L’actualité de demain : RETOUR AUX SOURCES, par François Leclerc

Billet invité.

La récession s’approfondit en Europe constate la Commission dans son dernier rapport, prétendant dans un même élan qu’elle « se remet lentement d’une longue récession ». « Le rééquilibrage est en cours », a affirmé Olli Rehn, sans plus d’éléments pour le justifier. Un tout autre éclairage était toutefois dernièrement donné, à l’occasion d’une table-ronde de financiers organisée par l’Agefi (une agence d’information spécialisée), dont le compte-rendu a été publié sous le titre « Les pressions sont clairement déflationnistes en zone euro ». Car la Commission a préféré ne pas faire référence à la dégringolade du taux de l’inflation, descendu à 1,2% en avril et désormais nettement en dessous de l’objectif de 2%.

La BCE affecte aussi de l’ignorer, ayant d’autres soucis plus immédiats. Elle est à la recherche d’un troisième pilier afin de soutenir une situation qui lui échappe. Encensée pour être parvenue à contenir la crise de liquidité des banques et à stabiliser le marché obligataire avec ses programmes LTRO et OMT, elle est démunie devant ce qu’elle appelle dans son jargon la rupture des mécanismes de transmission monétaire. Ce que d’autres décrivent plus prosaïquement en évoquant le sort de ces liquidités dont elle abreuve les banques mais qui ne descendent pas dans l’économie. Comment inciter les banques à relancer le crédit, voilà toute l’affaire.

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L’EUROPE ET LE CITOYEN, par Michel Leis

Billet invité

Même à quatre heures de vol de Bruxelles, la détestation de l’Europe est si grande qu’il aura suffi que la coalition au pouvoir en Islande évoque dans son programme une possible adhésion à l’UE pour perdre les élections[i] malgré des résultats honorables, surtout comparés aux errements observés dans le vieux continent. Ce résultat sonne comme un avertissement venu de loin avant les échéances européennes de 2014. Ces élections ont toutes les chances de se limiter à une confrontation entre des partis de pouvoir aux discours vaguement pro-européens, mais ne portant aucun projet sinon une continuation en l’état, et un grand rassemblement d’anti-européens couvrant un vaste spectre politique, de l’extrême-droite aux populismes de tous bords, auquel s’ajouteront les représentants d’une gauche plus radicale et des régionalistes dont la motivation est le plus souvent l’égoïsme des nantis.

Comme beaucoup, j’ai souvent eu du mal à définir ma position par rapport à l’Europe. Entre attraction et répulsion, elle m’a plus souvent déçu que provoqué un début d’enthousiasme… Je fais partie de cette majorité de Français qui ont voté « oui » en 1992 à Maastricht et « non » en 2005 sur le traité « établissant une constitution pour l’Europe ». Pour le lecteur attentif (que je n’étais pas à l’époque), le traité de Maastricht portait dans ses gènes toutes les dérives actuelles, mais cette construction plus qu’imparfaite semblait alors être un point de départ. En 2005, il devenait urgent de porter un coup d’arrêt à un système en folie. Entre les deux, nous avons été les témoins d’une capacité certaine à changer la nature des problèmes : transférer une question qui devrait être du ressort des entreprises en problème d’État (la compétitivité), transformer ce qui aurait dû rester du ressort des États (la gestion des biens communs) en profits pour les entreprises, rater les intégrations successives des nouveaux entrants.

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