LA PORTE RESTE ENTREBÂILLÉE… par François Leclerc

Billet invité.

S’exprimant depuis Washington aux côtés de Barack Obama, la chancelière Angela Merkel n’a pas voulu fermer la porte aux négociations : « j’ai toujours dit que j’attendais de la Grèce qu’elle fasse des propositions viables afin que nous puissions en parler ». De son côté, Wolfgang Schäuble déclarait hier que « si [la Grèce] veut notre aide, il faut un programme », ajoutant : « je n’ai toujours pas compris comment le gouvernement grec veut s’y prendre ».

Celui-ci ne fait pourtant pas mystère de ses intentions, qui peu à peu se précisent et peuvent se résumer ainsi :

1/ L’adoption d’un programme d’aide humanitaire d’urgence.
2/ Un accord financier permettant de passer le cap des remboursements de la dette jusqu’à fin août, le temps de mettre au point un plan de quatre ans qui prendra effet au 1er septembre.
3/ Un engagement limité à 1,5 % d’excédent budgétaire primaire brut pour la suite.
4/ Le démarrage des discussions sur la restructuration de la dette sur la base des propositions déjà faites : remboursement des prêts bilatéraux et du Fonds européen de stabilité financière en fonction de la croissance, et émission de titres perpétuels en échange de ceux détenus par la BCE.

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LES GROSSES FICELLES DU G20, par François Leclerc

Billet invité

Attendu comme l’annonce de Philea se posant sur sa comète, ou presque, le communiqué du G20 de Brisbane est enfin tombé. Vladimir Poutine a loué son « atmosphère constructive » après avoir failli en claquer la porte et s’être contenté de le quitter un peu avant la fin, car il avait besoin de dormir a-t-il déclaré. Mais le pompon revient aux 2,1 % de croissance que le monde va assurément connaître d’ici 2018, d’après le communiqué final, et à la manne de 2.000 milliards de dollars américains qui va nous inonder ainsi qu’aux millions d’emplois qui vont être créés : 2 %, c’était du doigt mouillé, 2,1 % ne peut que résulter d’un savant calcul crédibilisant la promesse.

Angel Gurria, le secrétaire général de l’OCDE, ne s’est pas contenté de reconnaître que l’économie mondiale était « collée dans l’atelier de réparation » et que les marges de manœuvre fiscales et monétaires étaient « très limitées », il a aussi affirmé que les « réformes structurelles » étaient en conséquences « la seule manière d’avancer », le communiqué proscrivant le protectionnisme et les dévaluations compétitives… Vite, une autre bouteille à la mer !

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UNE JOURNÉE TOUT COMME LES AUTRES, par François Leclerc

Billet invité.

En raison de manipulations avérées sur le gigantesque marché des changes, une sélection choisie de mégabanques a été condamnée à des amendes de plusieurs milliards de dollars par les autorités compétentes américaines et britanniques, en attendant la suite car d’autres enquêtes ne sont pas finies. Quand ce ne sont pas les entreprises transnationales qui échappent à la taxation de leurs bénéfices, au gré de gouvernements complaisants, ce sont les traders des banques qui en douce font leurs petites affaires. Quel monde ! Il ne manquerait plus d’apprendre qu’un organisme surveille à très grande échelle et dans le monde entier les communications de tout à chacun.

Pris avec les LuxLeaks la main dans le pot à confiture à peine entré en fonction, le nouveau président de la Commission et ex-premier ministre du Luxembourg reconnaît que son pays n’a peut-être pas un comportement moral et éthique et que cela va à l’encontre de la « justice fiscale », mais fait valoir qu’il n’est pas « politiquement responsable ». Il noie le poisson en arguant que d’autres pays ne sont pas plus exemplaires et excipe du risque de conflit d’intérêt pour ne rien faire en envoyant la balle à sa commissaire en charge. Courage, fuyons ! Il propose l’adoption de taux d’imposition communs à l’Union européenne en sachant qu’il y sera fait obstacle, l’unanimité étant de règle en matière fiscale. Le gouvernement irlandais, fidèle à son rôle, n’a d’ailleurs pas tardé à lui donner raison. De son côté, le gouvernement allemand tonne et l’autorité de Jean-Claude Juncker n’en sort pas grandie, laissant les chefs de gouvernement plus à l’aise pour poursuivre leurs petits jeux.

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Shadow banking : UN TRAIN PEUT EN CACHER UN AUTRE, par François Leclerc

Billet invité

De manière toujours pas convaincante, la BCE et l’Autorité bancaire européenne ont fini de tâter le pouls de leurs grandes banques, et la Fed a publié les scénarios de crise pour les prochains tests des siennes, qui sont désormais annuels. C’est au Conseil de stabilité financière (FSB en anglais), émanation du G20, qu’il revient de prendre en charge la surveillance du shadow banking (le secteur financier non régulé), mais par quel bout le prendre ?

Le FSB s’est d’abord attelé à la mesure du secteur, ce qui n’est déjà pas une mince affaire étant donné sa nature. La taille de ses actifs financiers est dorénavant estimée à 75.000 milliards de dollars – en progression de 5.000 milliards depuis 2007 – date prise en compte pour le démarrage de la crise financière. Malgré cet imposant volume, elle est toutefois sous-estimée, car le périmètre étudié ne prend pas en compte les brokers et les entités qui ne sont pas impliquées dans des opérations de crédit, comme les fonds d’investissement en actions, dont les actifs sont comptabilisés avec ceux des banques. Quoi qu’il en soit, la conséquence d’une telle croissance coule de source : le système financier dans son ensemble en ressort fragilisé, en dépit des mesures de régulation bancaire, avant même de porter un jugement sur celles-ci.

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POUR ALIMENTER S’IL EN EST BESOIN SA COLÈRE… ET SI POSSIBLE SA RÉFLEXION, par François Leclerc

Billet invité.

Goldman Sachs, JP Morgan, Citibank, HSBC, BNP Paribas, Barclays, Commerzbank, Deutsche Bank, UBS… : aucun ou presque des membres du très sélect club des mégabanques occidentales n’échappe à la vindicte. Ils soufrent en silence et font le gros dos en attendant que cela passe, car l’annonce de règlements à l’amiable longuement négociés continue de pleuvoir dru, assorti de celles des amendes en conséquence. Mais liste de ce qui reste à venir est longue comme un jour sans pain, sous réserve d’ajouts qui ne vont pas manquer, ce qui n’est sans doute pas pas sans rapport avec la révélation de l’existence d’informateurs rémunérés par les autorités américaines…. Les lanceurs d’alerte, c’est bien ! mais il n’est pas interdit de donner un petit coup de pouce à la chance…

Une escalade est enregistrée, faisant croire qu’après la fin de l’omerta, celle de l’impunité pourrait advenir. Non pas pour de malheureux traders lampistes – façon de parler, vu de leurs bonus – voués à jouer les boucs émissaires, mais pour leur hiérarchie qui n’a rien vu et encore moins décidé. Passe encore que la banque soit dans l’obligation de plaider coupable, comme la BNP Paribas a du s’y résigner pour sauver sa licence américaine ou comme la Deutsche Bank y est fermement conviée, mais un premier banquier s’est décidé à faire de même au Royaume-Uni. Va-t-on prochainement voir derrière les barreaux des banquiers indélicats qui se croyaient tout permis puisqu’ils n’étaient pas pris ? Eric Holder, le ministre de la justice américain en avait évoqué la perspective avant de démissionner. Continuer la lecture de POUR ALIMENTER S’IL EN EST BESOIN SA COLÈRE… ET SI POSSIBLE SA RÉFLEXION, par François Leclerc

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LE G20 de Cairns des grands argentiers : UN SEUIL D’INCOMPÉTENCE DÉPASSÉ, par François Leclerc

Billet invité.

Quand va-t-on se décider à supprimer le G20, en son temps présenté comme l’espoir d’une nouvelle gouvernance mondiale et désormais devenu le lieu de prédilection de l’indécision ? Une nouvelle réunion des ministres des finances se tient ce week-end à Cairns, en Australie, qui donne lieu comme cela en est devenu l’habitude à un nouveau communiqué ronflant, fait d’engagements non tenus, de mises en gardes sans effet et de chiffrages mirobolants voués à ne pas être atteints. La machine tourne à vide, il faut d’urgence l’arrêter, son seul effet est de démontrer son inefficacité !

Ses participants sombrent dans le pathétique tout en souriant à la caméra, « déterminés à rendre le monde meilleur, à développer la croissance mondiale, créer plus d’emplois et des emplois mieux payés…. » comme a entre autres promesses mirifiques annoncé dans son discours d’ouverture Joe Hockey, le Trésorier australien. « Je n’ai aucun doute qu’après le résultat des délibérations de la réunion de ce week-end, suivie du sommet des chefs d’États et de gouvernement à Brisbane, nous aurons l’occasion de changer le destin de l’économie mondiale » : il est bien le seul dans ce cas !
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CELA MÉRITE 200 MOTS, PAS PLUS, par François Leclerc

Billet invité

Ils se sont payés de mots à Moscou, en proclamant que « la priorité de court terme est de doper l’emploi et la croissance », et qu’il faut « calibrer le rythme et la composition » des efforts budgétaires selon les conditions économiques de chaque pays. Sur le papier, cela fonctionne certainement, mais dans la réalité ? Les moyens de cette politique restent à trouver et leur énoncé fait défaut dans le communiqué final. La seule mesure concrète évoquée – l’inflexion de la politique de la Fed – l’est pour dire que tous les changements futurs des politiques monétaires doivent être « calibrés avec précaution et clairement communiqués », leur contribution permettant au mieux d’éviter d’entrer dans la déflation (sauf au Japon) mais ne générant pas de croissance. Restent au menu les 15 mesures de l’OCDE pour en finir avec l’optimisation fiscale des compagnies transnationales. Sur le papier, elles pourraient être convaincantes, bien que n’allant pas droit au but, mais quid de leur application ? Aucun calendrier n’a été décidé par le G20, alors que l’OCDE a proposé d’agir dans les deux ans qui viennent, sachant qu’en matière de réforme financière, plus cela tarde, plus c’est compromis.

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L’actualité de demain : À MOSCOU, SANS PASSER PAR CHEREMETIEVO, par François Leclerc

Billet invité

À moins de deux mois du sommet des chefs d’État et de gouvernement de Saint-Pétersbourg, un G20 finances se réunit vendredi à Moscou ; le cas Edward Snowden planera sur la réunion. Le Congrès américain s’en est lui emparé, des élus se réveillant et découvrant qu’ils ont été selon eux trompés, et que la NSA, avec la bienveillante complicité du département de la Justice, va avec ses programmes de surveillance bien au-delà de ce que lui permet la section 215 du Patriot Act. Elle arrive à échéance en 2015, et il est menacé de ne pas la renouveler. En attendant, la discussion porte sur le distinguo entre collecte et exploitation des données, derrière lequel la NSA cherche en toute innocence à se réfugier.

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L’actualité de demain : QUAND IL SERA TROP TARD ! par François Leclerc

Billet invité.

Au grand concours du meilleur communiqué final, celui du dernier G20 finances de Moscou a pris une sérieuse option pour la victoire. Sur le très chaud sujet du moment de la « guerre des monnaies » et des dévaluations compétitives, il parvient à dire tout et son contraire en noyant le poisson : la politique monétaire doit « continuer à soutenir la reprise économique », mais ne pas doper la compétitivité des États.

Reconnaissant qu’il y a anguille sous roche, les participants au G20 – qui ne se réunissaient pourtant pas au bord de la mer – réaffirment l’engagement « d’aller rapidement vers des systèmes de taux de change davantage déterminés par le marché », et de se défendre de fixer des « cibles de taux de change à des fins de compétitivité »… Se gardant bien de revenir sur les objectifs de réduction des déficits définis il y a trois ans à Toronto – loin d’être atteints – ils préfèrent sagement cette fois-ci ne plus en définir de chiffrés et parler de « stratégies crédibles à moyen terme », une inflexion en rapport avec la faiblesse reconnue de l’économie mondiale, qui est à souligner.

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L’actualité de la crise : DANSES AUTOUR DE LA DETTE, par François Leclerc

Billet invité

De curieuses danses sont actuellement observées autour des dettes souveraines grecque et argentine. Dans le premier cas, une opération de rachat de la dette vient d’être lancée sous les auspices de l’Union européenne et du FMI, dans le cadre d’un nouveau plan de sauvetage qui ne dit pas son nom. Dans l’autre un fonds vautour poursuit via les tribunaux le gouvernement argentin de ses assiduités pour être remboursé à leur valeur faciale (à 100 %) des obligations qu’il détient.

Ce qui est dans les deux cas en cause, c’est la possibilité pour un État de négocier sur le marché un remboursement partiel de sa dette (de faire partiellement défaut). Et les conditions dans lesquelles il peut affronter les hedge funds qui se sont placés en embuscade après avoir acheté à bas prix de la dette sur le second marché, dans l’espoir de réaliser de copieux bénéfices. Les deux histoires méritent d’être regardées de plus près.

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L’actualité de la crise : ET VOILÀ POURQUOI LE G20 EST MUET ! par François Leclerc

Billet invité.

Les élections américaines et le prochain renouvellement de la direction chinoise ont bon dos : un G20 finance s’ouvre à Mexico en l’absence de nombreux ministres des finances et dans la plus grande indifférence. Des périls vont être identifiés, des recommandations formulées, puis chacun prendra dans deux jours son vol de retour. Ils ne pouvaient rien décider dans ces conditions, expliquera-t-on. Peut-être ne savaient-ils pas non plus quoi faire…

La cause n’est certes pas totalement perdue : les Américains pourront toujours repousser l’échéance de la muraille budgétaire, ou bien en modifier les termes à la faveur d’un accord bipartisan, une éventuelle victoire de Mitt Romney pouvant toutefois créer une grosse secousse ; les Européens sauront sans doute bricoler de quoi tenir la Grèce à flot une année ou deux de plus, en attendant la suite, si le Parlement grec avalise d’une courte majorité les nouvelles mesures de rigueur la semaine à venir. Une chose néanmoins se précise : les banques devraient finir par obtenir les délais et assouplissements dans la mise en œuvre de Bâle III qu’elles réclament, au nom d’une relance de l’économie qu’elles ne susciteront pas. À en croire un tel scénario, la crise serait presque devenue une routine.

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L’actualité de la crise : GRANDEUR ET DÉCADENCE, par François Leclerc


Billet invité.

Le leadership des deux premières puissances économiques mondiales est en suspens, et que peut-on en attendre ? Du côté chinois, la transparence n’est pas de mise mais les sinologues avertis du South China Morning Post annoncent que le camp des conservateurs aurait réussi à freiner l’offensive menée par les libéraux, et que la nouvelle direction chinoise désignée à l’occasion du XVIII éme congrès du PC chinois allait le refléter. Un pronostic à prendre avec des pincettes en attendant qu’il soit confirmé, tant l’on sait combien les jeux de pouvoir sont complexes et les évolutions souvent imprévisibles : l’histoire et la chute de l’URSS sont là pour le rappeler.

L’enjeu n’est pas mince et l’on comprend que le changement suscite comme toujours de très fortes résistances. La chute de la phénoménale croissance chinoise s’accompagne d’une montée inquiétante de la crise sociale, mais les tenants d’un modèle économique en bout de course s’opposent à des remises en question qui menaceraient leurs positions en privilégiant le développement du marché intérieur. Car ils craignent que la libéralisation économique et politique ne les emporte, un peu à la manière dont l’URSS a été emportée par la Perestroïka.

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L’actualité de la crise : UN « BIG BANG » SINON RIEN, par François Leclerc

Billet invité

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Avec la tenue du G20 au Mexique en début de semaine, notre perspective va se trouver modifiée, habitués que nous sommes à ne voir la crise de la dette que faussement sous son seul angle européen. Les 18 et 19 juin, les grands de ce monde vont se réunir à Los Cabos, une station touristique de la Basse-Californie du Sud, sous le double auspice de la dette et de la relance mondiales.

Afin de ne pas rester les bras croisés devant le désastre qu’il a suscité, le gouvernement britannique vient d’annoncer un plan de relance économique via le crédit bancaire, alimenté par un programme de liquidités de la Banque d’Angleterre. Des injections de l’ordre de 5 milliards de livres mensuelles (6,1 milliards d’euros) sont prévues dans le cadre d’un programme de 80 milliards. Mais la question est de savoir s’il aura les mêmes effets aussi peu probants que les injections massives de la BCE, ou bien la poursuite des prêts à taux nul (de 0 à 0,1%) que la Banque du Japon continue inlassablement de prodiguer sans plus de résultat, dont le programme de 700 milliards d’euros d’acquisition de titres privés et d’entreprises est toujours en vigueur.

Le gouvernement britannique veut assortir les prêts bancaires à des engagements précis de celles-ci, mais la cause n’est-elle pas entendue ? les instruments de politique monétaire des banques centrales permettent de gagner du temps, mais pas de régler les questions en suspens.

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L’actualité de la crise : LA GROSSE AFFAIRE A VENIR, par François Leclerc

Billet invité

Réunis ce week-end à Mexico, les ministres des finances du G20 ont, à défaut de décider d’un soutien financier au FMI, envoyé un signal clair à leurs collègues européens : « Finissez-en avec cette crise qui nous menace et traîne en longueur, en employant les grands moyens ! ». Renvoyant toute décision relative au renforcement des fonds du FMI afin de soutenir l’Europe à la prochaine réunion ministérielle d’avril prochain – l’assemblée semestrielle du FMI et de la Banque mondiale s’ouvrira le 20 avril – et à la constitution préalable d’un pare-feu européen très renforcé qui fait débat.

Isolés, les Allemands ont exprimé par la voix de Wolfgang Schäuble leur conviction que « cela n’a aucun sens économique de suivre les appels (…) à injecter de l’argent indéfiniment dans les fonds de sauvetage ni de mettre en route la planche à billets de la BCE ». Parallèlement, on a appris le report de la décision de mettre en commun les moyens du FESF (fonds européen de stabilité financière) et du MES (mécanisme européen de stabilité), initialement présentée comme pouvant être prise à l’occasion du prochain sommet européen des 1er 2 mars prochains. Les autres participants à la réunion se sont pour la plupart reconnus dans la position opposée exprimée par Angel Gurría, le secrétaire général de l’OCDE : « Pour être forts, nous devons avoir un pare-feu épais, un pare-feu élevé, un pare-feu large, un très grand pare-feu qui soit crédible ».

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UN AUTRE G20 POUR RIEN ? OU BIEN… OU BIEN…

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Bien sûr, trois quarts au moins du temps qui aurait pu être consacré aux objectifs prédéfinis du G20, l’ont été plutôt à éponger les sueurs froides suscitées par la fronde initiale de Georges Papandréou (dont on saura cette nuit à minuit s’il est toujours carrosse ou est redevenu citrouille) et à tenter de maîtriser le dérapage de l’Italie (dont le prix d’un sauvetage éventuel dépasse et de loin les fonds disponibles dans la caisse du Fonds Européen de Stabilité Financière), et l’aboutissement de ce sommet en termes de résultats tangibles est certainement l’un des plus décevants des récents G8 et G20 (même si ceux qui l’ont précédé ont fait que la barre est désormais placée très très bas). Et pourtant, l’on constate comme un frémissement qui oblige à se poser la question : en viendrait-on finalement à prendre le taureau par les cornes – du moins sur le papier ?

C’est que même si les réponses apportées sont inadéquates, les questions posées semblent enfin baliser le problème dans son ensemble. En particulier pour ce qui touche à la reconstitution d’un ordre monétaire international – le plus récent étant né à Bretton Woods en 1944 et étant mort de sa belle mort en 1971 par une décision unilatérale du président Richard Nixon.

Les cotisations au Fonds Monétaire International – et donc le poids décisionnel des nations contributrices – représenteront désormais, et toujours davantage, le véritable poids économique des nations. Ceci signifie que l’on émerge enfin d’une hiérarchie de la puissance fondée sur l’ordre politique hérité de la guerre froide, pour entrer dans une nouvelle logique : celle de la réalité économique présente.

Ceci ne ferait qu’entériner bien entendu le déplacement d’un certain arbitraire vers un autre, si ne se dessinait pas en filigrane, comme l’ordre monétaire à venir, celui proposé sans succès par John Maynard Keynes en 1944, qui vise lui à une pacification des relations économiques entre nations. Va également dans ce sens d’une pacification, le fait que les aides financières ponctuelles accordées par le FMI à des pays en difficulté, ne seront plus nécessairement associées à l’obligation pour les bénéficiaires de se couler dans le moule ultralibéral qui était devenu l’image de marque du FMI : réductions budgétaires imposées dans des domaines aussi futiles du point de vue des marchés que l’éducation ou la santé par exemple. Encore que, comme l’ont montré des événements récents, la diète imposée au peuple grec relève toujours de la même philosophie hayékienne, de la confirmation dans ses droits du nouvel ordre féodal fondé sur une aristocratie de l’argent.

Va-t-on suffisamment vite dans la bonne direction ? Évidemment non, et l’écroulement final aura lieu bien avant que l’on n’atteigne les échéances fantaisistes par leur optimisme que le G20 mentionne dans son communiqué final : 2013… 2015… 2016…, mais ce qui s’esquisse cependant, c’est une prise de conscience « conceptuelle » : que c’est le cadre-même qu’il s’agit de changer, et que les rafistolages au sein d’un ordre caduc pris comme argent comptant ne déboucheront plus jamais sur rien.

Mine de rien, c’est le constat de la fin de l’hégémonie américaine qui se lit dans ce communiqué final d’un G20 caractérisé par ailleurs par son encéphalogramme plat. Ce n’est pas grand-chose peut-être, mais à l’échelle de l’histoire, ce n’est certainement pas rien.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : BLA, BLA, BLA…, par François Leclerc

Billet invité

Pour fêter la clôture du G20, comme à l’accoutumée, des hochets sont agités. Il n’en manque pas cette fois-ci, signe que rien d’important n’a pu être décidé.

Les paradis fiscaux seront mis « au ban de la communauté », a affirmé Nicolas Sarkozy – qui avait déjà assuré en 2009 qu’ils étaient « finis » – sur la base d’une liste plus que complaisante établie selon les critères flous de l’OCDE. Une taxe sur les transactions financières pourrait voir le jour en Europe, qui ne concernerait pas les deux principaux centres de la finance mondiale, Wall Street et La City. Le Conseil de stabilité financière (FSB – Financial Stability Board) verrait ses pouvoirs renforcés, sans qu’ils aient été définis, et une liste de méga-banques est publiée [ERRATA: sera publiée prochainement], qui ne surprend que par son nombre : 29 au lieu de 28 banques annoncées.

Ne soyons pas injustes, deux décisions auront été prises par le G20. L’une est d’abandonner si nécessaire la Grèce à son triste sort, l’autre de mettre sous surveillance rapprochée l’Italie, pour ne pas risquer de se retrouver avec elle prochainement dans la même situation.

Les comptes présentés par le tombeur de Georges Papandréou, le ministre grec des finances Venizélos, font état tout confondu d’un besoin de financement de 80 milliards d’euros d’ici février prochain, le prix à payer pour l’abandon du référendum…

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COMBATTRE LA SPÉCULATION SUR LES MATIÈRES PREMIÈRES

Extrait d’un éditorial du Financial Times, daté du 15 avril :

« Il n’y a pas grand-chose que les nations puissent faire individuellement pour combattre ces problèmes – il n’y a pas grand-chose non plus qui puisse les inciter à le faire. […] les coûts entraînés par l’existence de marchés monopolistiques sont supportés par les consommateurs du monde entier, ce qui permet aux gouvernements d’ignorer plus aisément les conséquences négatives de regroupements [de marchands] à l’intérieur de leurs frontières, et tout particulièrement lorsque les compagnies en question leur prodiguent les encouragements adéquats. […] Ceci signifie qu’une action concertée supranationale est requise. […] Il n’existe pas de régulateur global capable de constituer un contrepoids au pouvoir marchand que les compagnies privées ont su accumuler. […] Le G20 constitue le forum approprié ».

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L’actualité de la crise : EN TOTAL DÉPHASAGE, par François Leclerc

Billet invité

Il fallait à tout prix un accord, toute l’énergie des participants au G20 finances y a donc été consacré : quel piètre résultat ! Un compromis a été passé, écartant les réserves de change de la liste des indicateurs ayant vocation à diagnostiquer les facteurs de déséquilibres mondiaux, pour ne retenir que la dette et le déficit public ainsi que l’épargne privée, caractérisant les déséquilibres internes d’un pays, et la balance courante pour les déséquilibres externes. Une formule savante évitant de retenir au premier rang le taux de change et la politique monétaire. Voilà ce à quoi ont pu aboutir, en tout et pour tout, les représentants des vingt plus grandes puissances mondiales totalisant 85% du PIB mondial : un accord infinitésimal !

Tous les autres sujets à l’ordre du jour n’auront pas été traités, cet accord finalement obtenu à l’arraché augurant mal de la bataille suivante qui aura lieu en avril prochain, lorsque des seuils devront être fixés pour chacun des indicateurs retenus, permettant ensuite que des « recommandations » soient adressées par le FMI à ceux qui les dépasseraient. La régulation du prix des matières premières a été renvoyée à plus tard, l’adoption d’un code de conduite permettant de tenter de réguler la circulation des capitaux en folie également, les représentants du BRICS n’en voulant pas davantage.

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L’actualité de la crise : A QUOI BON ? par François Leclerc

Billet invité

« A quoi bon ? » Telle est la réflexion que se fait un chroniqueur perplexe contemplant son clavier, sa revue de presse achevée, après avoir constaté combien sa moisson sombre dans la routine, ne lui donnant d’autre ressource que de se répéter.

Au terme de deux jours de réunion lundi et mardi dernier, pour vainement camoufler leurs désaccords, les ministres des finances européens déclaraient faute de mieux s’être mis d’accord sur le montant des aides que le futur fonds pourra mobiliser en 2013 – si tant est qu’ils parviennent à en définir les missions ! La mise au point des têtes de chapitre de leur pacte de compétitivité, condition préalable à des mesures financières plus immédiates, nécessite en effet une tournée européenne des popotes par Herman Van Rompuy, le président de l’Union européenne pour arriver à un compromis. Rendez-vous est donc pris pour le 11 mars prochain, date à laquelle il rapportera devant les chefs d’Etats et de gouvernement de la zone euro. En attendant, comme l’a déclaré Jean-Claude Juncker, chef de file de l’Eurogroup, « il n’y a accord sur rien tant qu’il n’y a pas d’accord sur tout ».

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FAUDRA-T-IL ENCORE SAUVER LES BANQUES ?, par Charles Sannat

Billet invité

Vous vous pensiez sortis de l’auberge ? Et si une nouvelle crise bancaire nous menaçait et qu’il fallait encore sauver les banques ? Quels sont les risques ? Peut-on en arriver là ?

La France en chiffres

Les chiffres sont souvent rébarbatifs, néanmoins ils permettent d’illustrer une réalité. Il faut d’abord un étalonnage, c’est-à-dire des chiffres de référence permettant de mettre les choses en perspective. Nous allons donc comparer les « chiffres » des banques à la richesse produite par l’ensemble des Français (banques comprises) en une année, ou autrement dit à notre PIB.

Le PIB de la France est d’environ 2000 milliards d’euros par an. Ensuite le chiffre du budget de l’Etat. En un an, tous les impôts et taxes confondus vont rapporter environ 300 milliards d’euros. Comme l’Etat est très dispendieux, nous dépensons chaque année plus que ce que nous gagnons. Cela forme ce que l’on appelle le déficit budgétaire, environ 180 milliards d’euros cette année (oui quand même cela fait des sous…). Enfin, chaque année, ce beau déficit (nos 180 milliards) vient s’ajouter à la dette totale de la France, environ 1.600 milliards d’euros.

Voilà les chiffres qui concernent notre pays dans ses grandes, très grandes masses.

La crise financière

Maintenant retournons en 2008-2009. Au pire de la crise, les autorités américaines décident de ne pas sauver la banque Lehman Brothers. Conséquence directe et immédiate : plus aucune banque ne prête à aucune autre, et la planète finance est en arrêt cardiaque. Elle sera ranimée à grand coup d’injections de liquidités massives ; les banques centrales jouant ainsi ce que l’on appelle le rôle de « préteur en dernier ressort ». En clair, quand il n’y a plus personne pour prêter à personne, c’est la BCE (pour l’Europe) ou la FED (pour les USA) qui « impriment » autant d’argent que nécessaire pour que les opérations bancaires puissent se poursuivre. Sinon, c’est la crise systémique : le système s’effondre en quelques jours seulement.

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