Tous les articles par Paul Jorion

Souchon – Jorion

Parachute doré

Qui dit que le message ne passe pas ? Dans mon commentaire au discours du Président sur sa politique économique, rue89, jeudi 25 septembre à 18h 30, j’écrivais à propos des parachutes dorés :

… dans les pires des cas, [ils] permettent à leurs bénéficiaires de « vider la caisse » avant de prendre leur retraite, laissant en plan investisseurs et salariés.

Souchon – Jorion : même combat !

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Qui avait vu juste ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

On m’appelle ce matin – tôt – pour me demander quelles sont les implications pour la science économique : « Le moment de la revanche est-il venu pour les Keynésiens ? »

Et je me dis : allons bon, le temps de l’épuration est venu : c’est comme ça qu’on interprète la crise au sein des facultés d’économie : en termes de règlements de compte entre chapelles ! Comme si l’une ou l’autre tendance de la « science » économique allait sortir triomphante de la crise ! Il faut peut–être le dire clairement : elles se sont toutes fait étriller, et la question n’est pas « Qui a eu raison ? » mais qui a eu moins tort. Et alors, allez, oui, les disciples de Keynes (1883-1946) ont eu moins tort que les autres mais ils n’en sortent pas grandis pour autant.

Si on veut mon sentiment, le voici : l’âge d’or de la science économique se termine avec David Ricardo (1772-1823). Après lui, je ne vois plus que Piero Sraffa (1898-1983) qui ait compris les problèmes économiques au sein du contexte qui est le leur : le fonctionnement d’une société dans son ensemble, une société écartelée par le conflit entre d’une part investisseurs (« capitalistes ») et dirigeants d’entreprise (« patrons »), et d’autre part entre ceux-ci et les salariés. Cela, Marx (1818-1883) l’avait très bien compris, lui qui fut un polémiste sans égal, mais dont la pensée économique constitue à mon avis un pas en arrière par rapport à celle des grands économistes du XVIIIe siècle : les Cantillon (1680-1734), Quesnay (1694-1758) et autres Adam Smith (1723-1790).

Personnellement, j’ai été formé à l’analyse du type de questions que pose la crise en tant que représentant, d’une part, de l’anthropologie économique et mes maîtres dans ce domaine ont été : Edmund Leach (1910-1989), Marshall Sahlins (1930- ), Alexandre Tchayanov (1888-1937) et Aristote de Stagire (384 Av. J.-C. – 322 Av. J.-C.) et, d’autre part, de la sociologie économique où mon maître fut Pierre Bourdieu (1930-2002). J’ajouterai encore que je lis avec énormément d’intérêt ce qu’écrivent en ce moment les écono-physiciens.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Le Monde, samedi 11 octobre

Ma tribune intitulée « La survie de l’espèce l’exige » paraît demain, dans l’édition datée de dimanche-lundi. C’est tout un dossier et il y a du beau monde.

Vous verrez, j’y parle des investisseurs et des dirigeants d’entreprises qui ont eu la folie de substituer le crédit à la consommation aux salaires de plus en plus maigres, je dis que les banques centrales ont appliqué servilement ce programme, je demande que la monnaie reflète la richesse et que celle-ci soit évaluée comme réel surplus et non comme la somme totale des paris faits partout dans le monde, et ceci à l’aune de la santé de la planète, où son épuisement doit être enregistré au passif.

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« Profil de krach »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

L’un d’entre vous me dit qu’il s’étonne que je n’ai pas parlé de l’Islande. C’est tout à fait vrai. Je n’ai pas parlé non plus de la semi-nationalisation de ses banques commerciales par la Grande-Bretagne, ni de l’interruption de la séance hier à la bourse de Paris, ni…

Il y a un an, je pouvais encore couvrir tous les aspects de la crise, aujourd’hui je pourrais écrire des billets en continu, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, que je n’y parviendrais pas. Alors je fais dans l’impressionnisme : une petite touche ici, une petite touche là.

L’Islande, qui a voulu devenir une puissance financière à l’intention des Anglais et des Hollandais, et qui n’y parviendra pas mais sera probablement renflouée par la Russie… « La métastase », prochain épisode : « les nations ».

Pendant ce temps-là, les vedettes du jour à la bourse de New York : General Motors – 31,11 %, %, Morgan Stanley – 25,89 % et Ford – 21,8 %. Le DJIA a perdu lui 7,33 %.


© Dow Jones

Ah oui, le profil de la séance ! Eh bien, on y voit beaucoup plus clair qu’hier. J’écrivais précisément hier dans un commentaire : « les marchés boursiers ne doivent leur stabilité qu’au fait que les intervenants n’ont en général pas la moindre idée de ce qui va se passer. Quand ils comprennent ce qui va se passer le marché grimpe de façon inexorable (avant de kracher lorsque la réserve de nouvelles recrues est épuisée) ou bien il krache comme aujourd’hui parce que les entreprises cotées sont insolvables – et que chacun le sait ».

On est dans la deuxième branche de l’alternative : « profil de krach ».

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Se hâter lentement…

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

L’article de Frédéric Lordon publié dans Les Echos : Sauver d’abord les emprunteurs pour sauver vraiment les banques présente une analyse sans faille : c’est l’immobilier américain qui continue d’entraîner la finance dans sa chute. La solvabilité des ménages rendra effectivement toute sa valeur aux RMBS (Residential Mortgage–Backed Securities), les obligations constituées de prêts hypothécaires individuels, beaucoup plus sûrement que leur mise en pension dans les coffres-forts de l’Etat selon le plan au budget de 700 milliards de dollars de Mr. Paulson.

Ceci dit, le prix de l’immobilier résidentiel américain n’a pas encore atteint dans sa chute, ses niveaux historiques moyens : il a baissé d’environ 16 % et il lui reste la moitié du chemin à parcourir. Et l’Etat américain n’a aucun intérêt à geler la situation à un niveau de prix qui demeure encore un prix spéculatif, un prix de bulle de l’immobilier, c’est pourquoi un système de refinancement de l’ensemble des prêts hypothécaires par un organisme d’Etat – très similaire à la Home Owners Loan Corporation, instaurée en 1933 comme un élément-clé du New Deal rooseveltien – est probablement prêt en coulisses : on attend pour l’activer que l’immobilier soit retombé à un niveau de prix tel que l’accès à la propriété de son logement redevienne un objectif réalisable pour les ménages.

Par ailleurs, la mise en place d’un tel dispositif doit être instantanée et bénéficier d’un effet de surprise, sans quoi de petits malins pourraient tenter d’en tirer parti en cessant de payer leurs traites dès aujourd’hui. Pour que le prix de l’immobilier continue de baisser en fonction de l’offre et de la demande, il faut que le marché du logement fonctionne selon les anciennes règles le plus longtemps possible. C’est pourquoi du côté du gouvernement américain, on se hâte lentement. Et puis, un nouveau New Deal présentera beaucoup mieux signé Obama, voire même McCain, que George W. Bush !

Est-ce cynique vis–à–vis des familles jetées aujourd’hui à la rue ? Que voulez-vous que je vous dise : on met sans doute dans le même sac en haut lieu tous ceux qui ont voulu p… plus haut que leur c…, les petits comme les gros !

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Désarroi boursier

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Donc les banques centrales ont baissé leur taux directeur de manière coordonnée, et voici ce que cela a donné à la bourse de New York : – 2,06 %. La tendance a d’abord été positive, puis négative, puis…


© Dow Jones

En fait, la configuration d’aujourd’hui m’était familière et je suis allé la reproduire par la grâce d’Excel. Regardez ce deuxième graphique : je l’ai appelé non sans raison « Pile ou face », c’est un petit programme (*) en Visual Basic qui joue à pile ou face, qui gagne un franc quand c’est pile et perd un franc quand c’est face. Je l’ai fait jouer une fois toutes les six secondes entre 9 heures et 16 heures pour qu’il ait une « rugosité » comparable au graphique que je recopierais de Dow Jones.

Le bel ensemble des banques centrales n’a donc pas conduit les boursicoteurs à une conclusion très nette : ils ont joué la séance à pile ou face !

––––––––––––-
(*) La macro crée un fichier appelé « resultats.csv » qu’Excel vous permet d’ouvrir.

Sub PileOuFace()

Dim b As Integer
Dim n As Integer
Dim val As Single
Dim seed As Integer

seed = 0
Open « resultats.csv » For Output As #1

For n = 1 To 4200
— val = Rnd()
— If val > 0.5 Then
—— b = 1
— Else
—— b = -1
— End If

— seed = seed + b
— Print #1, n; « , »; seed

Next n

Close #1

End Sub

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La métastase (X) – Tous les établissements financiers

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Vous vous souvenez de Bear Stearns ? de Fannie Mae et de Freddie Mac ? et de Lehman Brothers ? Vous vous rappelez sûrement comment ça s’est terminé : par des pertes de 20 % du cours de l’action plusieurs jours de suite.

Le rebond d’hier à la bourse de New York, à 14:45 h, ne s’est pas répété aujourd’hui. La Fed a déclaré qu’elle interviendrait pour relancer le marché des billets de trésorerie qui se tarit rapidement, une nouveauté pour elle puisqu’il n’y a pas de collatéral à ces instruments de dette à court terme : rien à revendre si les choses tournent mal, donc une perte éventuelle de 100 %. Ça a poussé à la hausse en ouverture, et puis après plus rien : les 5,11 % de baisse ont résulté ensuite d’un effritement continu. Si le Plunge Protection Team l’« Equipe Anti-Plongée » était présente, elle n’a manifestement pas pu faire grand-chose.


© Dow Jones

La première mauvaise nouvelle de la journée, ce furent les chiffres plus mauvais que prévu pour Bank of America qui cherche maintenant 10 milliards de dollars pour se recapitaliser, et réduit de moitié ses dividendes : – 26,23 % ; la seconde mauvaise nouvelle, ce fut la rumeur démentie que la banque japonaise Mitsubishi revenait sur sa décision de prise de participation dans Morgan Stanley : – 24,89 %. Est-ce que ça va pour autant beaucoup mieux pour les autres ? Pas vraiment : Citigroup : – 12,98 % et J.P. Morgan Chase : -10,64 %.

On se souviendra bientôt avec nostalgie de l’époque où les établissements financiers plongeaient un à la fois.

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Comment éviter le ravaudage qu’on nous prépare ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Comment éviter le ravaudage qu’on nous prépare ? En ramenant en effet le débat à la monnaie et au rôle des banques centrales.

Il y a plusieurs moyens : le premier, c’est celui que vous utilisez tous en menant le débat ici. Je peux vous assurer que vous êtes très lus. Allez à la page ci-dessus, Fréquentation : vous voyez la colonne pour septembre ? Elle dépasse de beaucoup le reste du peloton, or nous sommes en passe de doubler pour octobre, oui, doubler.

Je fais ce que je peux de mon côté : Le Monde me demande une tribune sur Bretton Woods, et vous verrez que je ramène le débat au rôle des banques centrales et à la monnaie, parce que cela me semble essentiel. Vous verrez cela dans quelques jours.

Le Monde aime bien que mes tribunes ne soient pas des resucées de mes billets et je les comprends. Mais le monde réel, la planète, n’est pas suspendu à des délais de parution. Je sais aussi que votre manière de concevoir cette question de la monnaie n’est pas nécessairement la mienne. J’ai également constaté que Jean Bayard a répondu ce jours-ci à plusieurs questions qui restaient pour moi sans réponse, donc on avance. Jean Jégu fait lui une excellente remarque : comment sauver le monde et comment sauver ses sous, sont deux questions distinctes.

Voilà, le débat est amorcé : comment éviter le ravaudage qu’on nous prépare ? Ramener le débat à la monnaie.

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Une journée à la bourse

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Paris à perdu 9,04 %, Francfort, 7,07 % et Londres 7,85 %. New York a perdu en séance jusqu’à 7,75 %, et puis, à 14:45 h, il s’est passé quelque chose, le Dow Jones a repris rapidement du poil de la bête pour ne finir en baisse que de 3,58 %.

Oui, ça fait encore une très mauvaise journée à la bourse, mais beaucoup moins mauvaise que ce qui semblait encore promis à 14:45 h. Voyez comment s’est opérée cette remontée sur un graphique emprunté à l’agence Dow Jones.


© Dow Jones

Que s’est-il passé ? La seule explication que j’aie pu trouver est que Bill Gross déclara que la Fed devrait abaisser son taux au jour le jour à 1 %. L’optimisme occasionné par cette remarque signifie je suppose que les marchés s’attendent à ce qu’il soit entendu en haut lieu.

Je vous parle souvent de Bill Gross. La première fois ce fut dans Pour un nouveau New Deal, où j’expliquais :

Bill Gross (William H. Gross) est un personnage haut en couleurs. Il est Directeur des Investissements à PIMCO, le plus important fonds mutuel d’obligations aux États–Unis (filiale du groupe Allianz). Son intérêt pour la combinatorique détermina son premier métier de joueur professionnel. Il utilisa ensuite les méthodes économétriques et l’optimisation pour constituer sa collection philatélique : il est l’un des deux collectionneurs possédant la série complète des timbres américains du XIXè siècle. Il est également très riche : la 233ème fortune des États–Unis.

Je dois ajouter qu’il recourt volontiers à ce qui sont des gros mots dans le contexte américain, comme « nationalisation » ou « intervention nécessaire de l’Etat » ou même New Deal, le programme social-démocrate instauré par le Président F. D. Roosevelt en 1933. Ceci dit, le marché remontant de 4,16 % parce qu’il dit « taux directeur à 1 % » ? Je m’adresse à mes espions, je veux dire mes lecteurs : quelqu’un aurait-il une meilleure explication ?

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La métastase (IX) – Les banques européennes

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand les nouvelles relatives au sauvetage de la banque de prêts hypothécaires allemande Hypo par son gouvernement ont commencé à tomber ainsi que celles relatives au sauvetage de 75% de la partie belge de Fortis par la BNP Paribas conjointement à la prise de participation des gouvernements belge et luxembourgeois dans la banque française, à hauteur, respectivement, de 11,7 % et 1,1 %, je me suis dit que j’allais situer mon billet dans une série entamée en mai dernier et intitulée « La métastase » et je suis allé voir quel numéro je devrais lui attribuer. Il y en avait déjà huit.

En intitulant cette série : « métastase », j’entendais dire que le cancer avait progressé depuis que l’on avait détecté la tumeur initiale : les prêts hypothécaires américains subprime. Les épisodes de la série « métastase » ont été consacrés dans l’ordre 1. aux autres prêts hypothécaires américains conçus à l’intention des spéculateurs et des ménages en « cavalerie » (mai 2007), 2. aux banques suisses (juin), 3. à Bear Stearns (juin), 4. aux hedge funds (août), 5. au marché à terme des matières premières (août), 6. aux patrons de la finance – tombant comme des mouches (novembre), 7. à Fannie Mae et Freddie Mac (novembre), et 8. aux cartes de crédit (novembre).

Quand l’équipe d’Arte est venue m’interroger la semaine dernière, il m’a été dit : « Voilà, la même chose a été demandée à chacun des intervenants : expliquez votre surprise à la chute de Bear Stearns ». J’ai répondu que cela me serait difficile : je n’avais pas été surpris. Voyez en effet la date de « La métastase III » : juin 2007 ; Bear Stearns est tombé en mars 2008. La réponse aurait bien entendu été la même pour Fannie Mae et Freddie Mac : « La métastase VII », novembre 2007, la chute, septembre 2008, etc.

Cela m’a fait très plaisir de me retrouver mentionné hier dans Marianne, au sein de l’article d’Alexis Lacroix intitulé « Les prophètes ». Le titre de « prophète » pourrait me donner la grosse tête et je vous dispenserais désormais mes analyses d’un ton prophétique. Aucun risque cependant, et la raison en est offerte dans l’article : Lacroix dit en effet à propos de la demi-douzaine de prophètes :

Tous ont dû attendre que la crise des subprimes s’aggrave de façon « inexorable », selon le mot de Jorion, pour que leurs prédictions soient considérées avec moins d’hostilité.

Et c’est précisément en raison de cette inexorabilité qu’il n’y a dans aucun des cas « prophétie », mais tout au plus « lecture ».

Que les banques européennes soient aujourd’hui dans l’œil du cyclone s’explique par le fait que la solvabilité du secteur bancaire international est semblable au niveau de la nappe phréatique : bien naïf serait celui qui penserait « le puits du voisin est à sec mais le mien n’a rien à craindre ! » La nappe baisse d’un bloc et donc pour tout le monde. Le seul test réel sera celui de la Chine. Celle-ci se trouve dans une situation un peu particulière pour deux raisons : la première est que l’Etat chinois n’a pas à y aller par quatre chemins quand il s’agit de nationaliser une banque : sa présence demeure massive au sein de leur capital ; la seconde, c’est son temps de réponse ultra-court : pas besoin de réduire ici la taxe sur les flèches des enfants qui s’initient au tir à l’arc pour obtenir le vote d’une nouvelle législation. Oui, mais c’est au prix de la démocratie ! Vous avez raison, mais voulez-vous vraiment connaître la liste complète des « mesures complémentaires » qui ont permis que le Plan Paulson soit voté par le Congrès américain ? Je commence : extension de la taxe sur le rhum à Porto Rico et aux îles Vierges, possibilité pour les circuits de courses automobiles d’étaler leurs pertes sur sept ans, transfert de certaines taxes à l’importation de produits lainiers au Fonds Lainier. Vous voulez vraiment que je continue ?

Les déboires des banques européennes vont retenir notre attention dans les semaines qui viennent. Cela n’empêchera pas nécessairement les « prophéties » qui ne se sont pas encore réalisées de le faire : La métastase IV et VIII, fonds d’investissement spéculatifs et cartes de crédit.

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Les « dispensateurs de vie »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Au cours d’une période de quelques millénaires seulement, une espèce animale de la planète Terre est parvenue par sa propre industrie à un progrès auquel on peut assigner comme mesure indiscutable, l’allongement considérable de la durée de vie de ses membres. Les moyens qui ont permis ce progrès sont essentiellement la réduction de la violence des membres de cette espèce entre eux, qu’il s’agisse de conflits entre groupes ou en leur sein propre, ainsi qu’un développement technologique cumulatif dans les méthodes de lutte contre la maladie et dans la traumatologie, développement soutenu conjointement et motivé par un discours théorique sur ces techniques. Soient, et dans l’ordre : la démocratie, la science appliquée et la science.

Cette évaluation d’un progrès par l’allongement de la vie individuelle mettra la puce à l’oreille des ethnologues à qui elle rappellera un thème propre à l’anthropologie britannique des années 1910 à 1930 : celui de la quête des life–givers, des « dispensateurs de vie », thème central aux recherches de Grafton Elliot Smith, de William J. Perry, du dernier W.H.R. Rivers, de John Layard et de Maurice Hocart, les représentants de l’« hyper–diffusionnisme » anglais. Y a–t–il un lien autre qu’accidentel entre la quête qualitative de l’immortalité – que ces auteurs envisageaient comme moteur de la « civilisation », et l’allongement quantitatif de la durée de cette vie, objectivement constaté au cours des siècles ? Dans un court texte intitulé « L’Empereur Julien et son art d’écrire », Kojève rappelait l’explication apportée par le souverain à la question « qu’est–ce qui peut conduire un homme raisonnable (tel Alexandre) à cautionner les discours (auto–) contradictoires que sont les mythes (théologiques) ? » : « … les hommes croient à la vérité des mythes théologiques parce que ceux–ci leur permettent d’escompter une gloire éternelle, voire une survie dans et par la ‘reconnaissance’ de la part d’êtres immortels ou divins. En bref, les hommes croient aux dieux parce qu’ils veulent être eux–mêmes immortels ».

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Presslib’

Je vous ai promis de faire un bilan après six mois, ce que je ferai, mais comme plusieurs d’entre vous me demandent par courriel (peut–être pleins d’espoir) si la formule marche, je viens de faire quelques rapides calculs grâce à Analytics de Google qui enregistre les visites au jour le jour et génère des statistiques. En moyenne, un visiteur distinct sur mille fait une contribution. Cette moyenne monte à un pourcent pour les visiteurs réguliers : ceux qui consultent le site plusieurs fois par semaine. La rentrée journalière moyenne pour le mois écoulé est de 9,23 €. Il y a eu 48 485 accès au site sur la même période.

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Bretton Woods II

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand j’annonçai, le lendemain, à mon directeur de thèse, Sir Edmund Leach, que mon fils Armel était né, il me dit : « Le 7 novembre est une excellente date : je suis moi-même né un 7 novembre, et mon père également ».

Edward Hopper, le peintre américain, est né un 22 juillet, les accords de Bretton Woods aussi, ainsi que votre serviteur.

On reparle beaucoup de Bretton Woods, pour en réclamer une seconde mouture. Et c’est ce qui a reconduit mes pas vers le 22 juillet 1944 pour me demander ce qui s’était réellement passé ce jour-là.

Les nations sont sorties exsangues de la Deuxième Guerre Mondiale, à l’exception d’une seule : les États–Unis d’Amérique, qui n’avaient pas souffert de la guerre sur leur propre sol et dont l’économie émergeait de l’épreuve pétante de santé.

Il y a quelques années, je m’étais arrêté dans un café au bord de la route à Big Sur, en Californie Centrale, et à la table derrière mois, il y avait deux vieux Américains, vous savez, en chemise à carreaux et qu’on imagine volontiers fumant une pipe en se balançant lentement sur un rocking-chair à la tombée de la nuit, et l’un disait à l’autre : « J’étais à Avranches ! », et bien que n’étant pas dans un état d’esprit « Les Ricains », je pensai néanmoins tout de suite à Willy, l’un des meilleurs amis de mes parents, un Américain, qui avait été blessé à Avranches, lors du débarquement, et cela m’encouragea à me mêler à la conversation et à un moment donné, je leur dis : « Vous savez, ça a été très important pour nous, que vous soyez là à Avranches ! », et le gars me répond : « Ah, mais non : c’était l’année dernière, on était en vacances, ma femme et moi ».

Alors, à Bretton Woods, New Hampshire, on a rebâti le monde monétaire avec les États–Unis comme sa locomotive. Les Russes étaient communistes, ce qui faisait mauvais genre, et ils étaient eux, comme le reste, exsangues. Un de mes oncles qui avait été jeune médecin dans un camp de prisonniers m’a un jour dit, comme quelque chose qu’il aimerait que le monde sache : « Dans les camps, il y avait encore des médicaments pour les Juifs (son propre père – mon grand-père maternel – était juif) mais il n’y en avait pas pour les Russes ! ». Alors voilà, c’est dit.

Ce qu’on a mis au point, c’était une formule qui ne pouvait pas fonctionner sur le long terme. C’est un Belge (ils sont partout !), Robert Triffin, qui a expliqué pourquoi : les devises mondiales étaient ancrées dans le dollar (seule devise capable alors de rester elle-même ancrée au prix de l’or) de telle manière que les États–Unis devraient s’endetter toujours davantage, ce qui finirait par miner la crédibilité du dollar, ce qui à son tour finirait par remettre en question le fait qu’il serve d’étalon aux autres devises. On en est là.

La crise actuelle n’est pas faite pour requinquer la réputation du dollar (encore que les autres devises n’aillent pas beaucoup mieux, bien sûr), alors il est temps de refaire un petit séjour à Bretton Woods, où l’hôtel monumental où eurent lieu les débats existe toujours. Comme plus personne n’est communiste – ou presque – on va pouvoir essayer cette fois-ci de mettre tout le monde d’accord. Mais comme la solution n’est pas évidente, une bonne occasion nous est offerte de remettre la question monétaire bien à plat : le moment est venu d’offrir à Bretton Woods II un agenda digne de ce nom : qui soit davantage que de la soupe refroidie !

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