Tous les articles par Paul Jorion

Deutschlandfunk, dimanche 9 mai de 9h30 à 10h00

Pour ceux qui comprennent l’allemand. Mon entretien avec le Dr. Stefan Fuchs passe de 9h30 à 10h00 sur Deutschlandfunk. Vous pouvez écouter le podcast ici

Zerstörerisches Geld

Lehren aus der Hyperkrise, Teil 2: Gespräch mit dem Wirtschaftskolumnisten Paul Jorion

Von Stefan Fuchs

Die seit Herbst 2008 andauernde Finanzkrise hat sich auch zu einer Krise des globalisierten Kapitalismus zugespitzt. Denn eine ungehemmte Liberalisierung der Märkte und die Ausdehnung der internationalen Arbeitsteilung haben die gigantischen Wachstums- und Wohlstandsversprechen nicht einlösen können.

Im zweiten Teil der Gesprächsserie « Lehren aus der Hyperkrise » unterhält sich Stefan Fuchs mit Paul Jorion über die zerstörerische Wirkung des Geldes. Jorion ist Wirtschaftskolumnist der französischen Tageszeitung « Le Monde ». Als strukturalistischer Ökonom kritisiert er die Gleichsetzung von Geld und Kredit als blanke Ideologie. Der hiesige Kapitalismus befinde sich in einem Todeskampf.

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Pour détendre un peu l’atmosphère

Une fois enregistrée ma petite vidéo, je la visionne pour être sûr que je n’ai pas dit trop d’âneries. Quand ce n’est pas trop grave, je rédige un petit correctif, comme hier : « banques fédérales » veut dire « banques centrales ». Le ton, je ne peux pas y faire grand-chose. Au moment où je parle je me vois dire : « Oui, je sais que je suis furieux ». Je n’en suis pas moins un peu contrarié de constater à quel point ça se voit. On est un jour plus tard et je ne suis pas sûr d’avoir entièrement décoléré. Alors, pour détendre un peu l’atmosphère, deux grands calmants de l’année 1967.

Même si vous n’avez pas dansé cheek to cheek sur leur tempo languissant à l’époque où ces morceaux sont sortis, je ne m’inquiète pas : j’ai eu l’occasion d’observer que les jeunes de 7 à 77 ans d’aujourd’hui n’ignorent rien ni de leur existence, ni de leur grande capacité relaxante. Enjoy !

The Moody Blues – Nights in White Satin (le Louvre sans la pyramide)

Procol Harum – A Whiter Shade of Pale

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Désaliéner l’État : une stratégie offensive et défensive, par Xénophon

Billet invité.

Le système du Crédit Public, c’est-à-dire des dettes publiques, dont Venise et Gênes avaient, au moyen âge, posé les premiers jalons, envahit l’Europe définitivement pendant l’époque manufacturière. Le régime colonial, avec son commerce maritime et ses guerres commerciales, lui servant de serre chaude, il s’installa d’abord en Hollande. La dette publique, en d’autres termes l’aliénation de l’État, qu’il soit despotique, constitutionnel ou républicain, marque de son empreinte l’ère capitaliste. La seule partie de la soi-disant richesse nationale qui entre réellement dans la possession collective des peuples modernes, c’est leur dette publique. Il n’y a donc pas à s’étonner de la doctrine moderne que plus un peuple s’endette, plus il s’enrichit. Le crédit public, voilà le credo du capital. Aussi le manque de foi en la dette publique vient-il, dès l’incubation de celle-ci, prendre la place du péché contre le Saint-Esprit, jadis le seul impardonnables.
La dette publique opère comme un des agents les plus énergiques de l’accumulation primitive. Par un coup de baguette, elle doue l’argent improductif de la vertu reproductive et le convertit ainsi en capital, sans qu’il ait pour cela à subir les risques, les troubles inséparables de son emploi industriel et même de l’usure privée. Les créditeurs publics, à vrai dire, ne donnent rien, car leur principal, métamorphosé en effets publics d’un transfert facile, continue à fonctionner entre leurs mains comme autant de numéraire. Mais, à part la classe de rentiers oisifs ainsi créée, à part la fortune improvisée des financiers intermédiaires entre le gouvernement et la nation – de même que celle des traitants, marchands, manufacturiers particuliers, auxquels une bonne partie de tout emprunt rend le service d’un capital tombé du ciel – la dette publique a donné le branle aux sociétés par actions, au commerce de toute sorte de papiers négociables, aux opérations aléatoires, à l’agiotage, en somme, aux jeux de bourse et à la bancocratie moderne.

Karl Marx, Le capital, Livre 1, Huitième section

Comme nous avons eu peur de supprimer ce qui existait, nous avons augmenté le déficit et, aujourd’hui, la ville [de Francfort] a 8 milliards de dettes. On ne peut pas faire une telle politique. Pour combler un déficit, on emprunte à tous ceux qui ont de l’argent, mais tout le monde doit rembourser la dette avec ses impôts. L’endettement public, ce n’est rien d’autre qu’un processus pour enrichir les banques avec l’argent des citoyens.

Daniel Cohn-Bendit, Une envie de politique, Entretiens avec Lucas Delattre et Guy Herzlich, Paris, La Découverte, 1999.

Je ne sais pas si Daniel Cohn-Bendit, dénonçant ainsi l’endettement public dans un livre publié à l’occasion des élections européennes de 1999, se souvenait du passage précédemment cité du Capital. Les deux hommes s’accordaient en tous cas pour reconnaître qu’une politique d’endettement public, qui enrichit les banques en leur aliénant l’État, ne saurait être une politique de gauche. Notre gauche « gestionnaire » ne semble guère s’en soucier plus que cela. La droite, quant à elle, veut montrer qu’elle est décidée à prendre le taureau par les cornes. C’est ainsi que l’on peut interpréter les déclarations du Premier Ministre François Fillon sur la nécessaire austérité. Mais son empressement à donner par avance tous les gages nécessaires aux marchés financiers comme aux agences de notation suscite une certaine méfiance. La droite, oublieuse des idées du général de Gaulle qui associait la démocratie à la souveraineté nationale (conférence de presse à Londres, le 25 mai 1942), ne s’accommoderait-elle pas un peu trop facilement du pouvoir politique considérable que ces derniers détiennent de facto ? Car tel est l’enseignement politique de ces dernières semaines : il saute aux yeux désormais qu’il existe au-dessus des États une instance politique suprême constituée de ces fameux « marchés financiers » accolés aux agences de notations. Voilà quelque chose que Montesquieu n’avait pas prévu, ni dans le gouvernement républicain, ni dans le monarchique, ni dans le despotique. Et d’où cette instance tient-elle sa souveraine puissance ? Ni du peuple en corps comme dans les républiques démocratiques, ni même d’une partie du peuple comme dans les républiques aristocratiques. Non, elle tient sa puissance d’une aliénation consentie, ainsi que l’avait bien vu Marx, dans le cadre d’une accoutumance à la dette publique. On dira que c’est bien le peuple, malgré tout, qui a consenti à cette aliénation, puisque les budgets sont votés par les représentants qu’il s’est choisis et que les emprunts sont contractés par un Gouvernement qui s’autorise de la légitimité démocratique. Mais c’est oublier que le peuple ne peut pas se tenir informé de tout. Il sait bien que la dette, les impôts, l’état de l’économie, tout cela le concerne. Il sait bien qu’il est pris dans le cours des événements. Il s’informe comme il le peut, autant que possible. Pourtant, lui demander de choisir ses représentants en parfaite connaissance de cause, puis contrôler leurs décisions, et cela dans tous les domaines de la vie publique, c’est faire « peser sur ses épaules le poids d’une tâche impossible », comme l’écrivait le journaliste américain Walter Lippman en 1924. Ce qui est certain, par contre, c’est qu’aucun républicain, au sens de Montesquieu, ne saurait se satisfaire d’une telle situation, dans laquelle le sort des États repose pour une large part entre des mains qui échappent à tout contrôle démocratique. Sans aller nécessairement jusqu’à parler d’« Union sacrée », le refus d’une telle perte de souveraineté devrait faire l’objet d’un assez large consensus, par-delà les clivages partisans habituels. Mais que faire ? Comment sortir de l’aliénation ? On ne peut pas se contenter de dénoncer les marchés financiers comme tels, ni l’un ou l’autre de leurs acteurs. La stratégie, comme dans toute guerre, doit être à la fois défensive et offensive. On voit bien dans le cas européen comment les spéculateurs ont utilisés la faille dans la défense de la zone euro que représentait la dette grecque. La stratégie défensive repose donc sur une politique visant à réduire la dette. L’affirmation, je l’admets, n’est guère originale. Elle n’est guère enthousiasmante non plus. Mais c’est la condition pour désaliéner l’État. La gauche, en tous cas, encore plus que la droite, devrait se souvenir en permanence sur ce point de l’avertissement de Marx. Or on la voit trop souvent s’accrocher à une vulgate keynésienne, qui ne va guère au-delà de quelques lieux communs sur la relance par la dépense publique. Il y a sans doute mieux à faire, pourtant, des recettes fiscales au titre de l’impôt sur le revenu que d’utiliser la plus grande part pour payer la charge de la dette (la notice accompagnant le formulaire de déclaration des revenus de cette année, que nous venons de recevoir dans nos boîtes à lettres, indique que les recettes de l’impôt sur le revenu en 2010 sont estimées à 48,9 milliards d’euros sur la base du projet de loi de finances rectificatives présentée par le Gouvernement le 20 janvier, alors que la charge de la dette est estimée à 43 milliards d’euros). C’est dans le cadre de cette indispensable stratégie défensive, qui a elle seule enlève une bonne partie de leur pouvoir aux marchés financiers et fait recouvrer leur souveraineté aux États, qu’il me semble que peuvent prendre place les mesures offensives également nécessaires défendues sur ce blog à commencer par l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix.

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La fin d’un monde (version romancée)

Quand Flore Vasseur et moi avons été co-intervenants au Téléphone sonne d’Alain Bedouet, elle a eu la gentillesse de m’offrir un exemplaire de Comment j’ai liquidé le siècle (Édition des Équateurs 2010), son livre le plus récent.

Je ne lui ai pas fait mystère que je ne me souvenais plus de la dernière fois que j’avais lu un roman. Seulement, j’ai été malade cette semaine, et la lecture de ce que j’ai l’habitude de lire ajoutait à ma nausée, j’ai alors repris de bonnes et anciennes habitudes et j’ai lu un roman. Et celui de Flore m’a beaucoup plu. Bon, cela ne me sortait pas vraiment de l’univers du blog : c’est l’histoire d’un trader qui liquide le siècle. Ça va très vite et on voyage aux quatre coins de la planète : des penthouses de Manhattan aux asiles de nuit de la banlieue parisienne, et on apprend plein de choses sur l’apprentissage des bébés et les muscles inattendus qu’il faut savoir maîtriser sur un plateau de télévision. Je ne vous en dis pas plus : c’est le roman qu’un archéologue du XXIXe devra lire s’il veut comprendre le 7 mai 2010.

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Le temps qu’il fait, le 7 mai 2010

Le « mystère » de la bourse de New York
L’ère du semblant
Un vent de panique
Les avantages sociaux et les retraites en France
Les politiques et la crise

Un article publié samedi (8 mai) dans le Wall Street Journal confirme l’analyse du plongeon de la Bourse de New York jeudi, que j’offre dans la vidéo : Computer Trading is Eyed. Il n’y a pas eu erreur humaine mais krach.

NB : Je dis à un moment : « Les banques fédérales… », au lieu de « Les banques centrales… »

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Les gouvernements d’union nationale

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je terminais ma chronique pour Le Monde Économie du mois d’avril intitulée Le fil rouge de la manière suivante :

Qu’on ne s’y trompe pas : les chamailleries au sein de la zone euro au cours des semaines passées ne relèvent pas de la comédie mais de la tragédie. Suivons du regard le fil rouge : ce que nous voyons, c’est le repli des nations sur elles-mêmes dans un « Sauve qui peut ! Chacun pour soi ! » généralisé. La Chine et l’Allemagne ont indiqué la marche à suivre. Les gouvernements d’unité nationale sont pour bientôt, quand il sera devenu évident aux yeux de tous qu’aucun parti ne connaît à lui tout seul la solution des problèmes insolubles qui se posent, suivis alors de Comités de Salut Public, quand il sera clair que même tous ensemble ils n’y comprennent rien et – si Dieu nous prend alors en pitié – suivi enfin d’un nouveau Conseil National de la Résistance, au moment où il faudra, par-delà les divergences conçues aujourd’hui comme irréductiblement inconciliables, lancer une ultime tentative de sauver ce qui peut encore l’être.

Je crois de manière générale à ce que j’écris, je n’en ai pas moins été surpris de retrouver cette notion de gouvernement d’unité ou d’union nationale dans les réflexions d’un fonctionnaire des institutions européennes à Bruxelles avec qui je viens d’échanger quelques mails. Quand je lui demande ce qu’il suggère qu’on fasse, il me répond ceci :

1) inflation contrôlée (la ligne de Blanchard renforcée) [1]

– la déflation est intenable (voir la Grèce hier)

– un nouveau contrat social en faveur des emprunteurs/travailleurs (contre les rentiers/retraités) : la seule façon d’éviter une guerre civile jeunes/vieux à l’horizon 2050. D’un point de vue « jeune contribuable », les inconvénients d’une trop forte inflation sur des retraites moins réactives que les salaires ne sont après tout que le remboursement forcé de ce que les baby boomers nous ont pris (don’t take it personally).

2) gouvernements d’union nationale partout en Europe : c’est la guerre, le clivage gauche/droite apparaîtra vite dérisoire face à ce qui nous attend.

Si l’on n’évoque plus seulement les gouvernements d’union nationale dans mes billets, mais à Bruxelles également, les événements se précipitent singulièrement.

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[1] La « ligne de Blanchard », c’est une allusion aux propositions faites par Olivier Blanchard, Giovanni Dell’Ariccia, and Paolo Mauro dans un rapport du FMI daté du 12 février et intitulé : Rethinking Macroeconomic Policy d’autoriser une certaine inflation pour éviter la « trappe à liquidités », l’incapacité des banques centrales à jouer sur le révision des taux d’intérêt courts en raison du fait qu’ils ont déjà été ramenés à un très bas niveau.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Le pire est possible

Grèce 2 ans : hier 13,817 % – aujourd’hui 14,906 %

Portugal 2 ans : hier 4,552 % – aujourd’hui 5,509 %

Espagne 2 ans : hier 2,191 % – aujourd’hui 2,61 %

Taux grec 2 ans

© Bloomberg

Taux portugais 2 ans

© Bloomberg

Taux espagnol 2 ans

© Bloomberg

Une situation inédite s’était donc créée : celle du capitalisme en péril incapable de se sauver, ni par les moyens « conventionnels » à sa disposition, ni même à l’aide des moyens « non-conventionnels » appartenant aussi à sa palette. Désormais, et parce qu’il n’avait pas été possible de faire autrement, la finance internationale était entrée dans l’ère du semblant : celle où l’on mobilise la brume artificielle et les miroirs dont abusent les magiciens sans talent. Ceci aurait des conséquences inattendues : faire apparaître aux yeux du public cette impuissance comme la mise en œuvre d’un plan délibéré, non seulement de sauver les banquiers par priorité par rapport aux ménages – à l’instar du traitement préférentiel en termes de vie ou de mort qui avait été réservé aux passagers de première classe du Titanic –, mais encore de profiter de la confusion générale pour offrir à ces mêmes banquiers une nouvelle occasion d’accroître leur pouvoir. Mus par l’arrogance qu’encourage la possession d’argent, confondue par eux avec la preuve d’un talent, les milieux financiers commirent par maladresse tous les impairs qui renforceraient encore ce sentiment au sein de l’opinion publique.

Le déroulement des événements suivait en effet un cours inexorable, exacerbant le ressentiment au sein de la population envers les dirigeants du secteur bancaire et soulignant aux yeux du public l’inaction des politiques, incapables de comprendre les événements dramatiques qui se déroulaient sous leurs yeux, la décision en matière économique et financière ayant été déléguée par eux à des techniciens dont la vulgate économique qui s’était répandue à partir de 1975 prétendait que l’expertise se situait en-dehors de la sphère politique elle-même. Auraient-ils voulu intervenir et prendre de quelconques mesures visant à renverser la tendance, que la déréglementation et la privatisation intervenues au cours des trente-cinq dernières années les en aurait empêchés, les rouages de la finance étant désormais en-dehors de leur juridiction. Les politiques seraient-ils sortis de leur paralysie qu’ils auraient constaté alors toute l’étendue de leur impuissance. Les seuls d’entre eux actifs en ces matières, étaient ceux qui, comme nous l’avons vu avec l’affaire de la « cote-au-marché » aux États-Unis, appliquaient servilement les consignes que leur transmettaient leurs bailleurs de fonds.

Je n’ai pas écrit cela ce matin, ni hier, j’ai écrit cela en juillet dernier pour un article à paraître dans la revue Le débat. L’article aurait dû être publié en septembre. Quand Pierre Nora m’a signalé que le dossier sur la crise paraîtrait plutôt dans le numéro de décembre, j’ai été très contrarié. J’ai essayé de l’infléchir en lui rappelant que mes articles sont très liés à l’actualité. Il a eu la gentillesse de m’appeler quelques heures plus tard. Il m’a dit : « Ne vous inquiétez pas : votre texte sera toujours d’actualité ! » Il avait malheureusement raison.

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Vers de vraies solutions !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Il est clair désormais (voir graphiques) que l’approche des pays membres de la zone euro n’était pas la bonne : la solution est à trouver ailleurs. Heureusement que la proposition bancor avance : il semblerait que mon entretien avec Patrick Bonazza dans Le Point ait lancé une dynamique, comme en témoigne l’article de Franck Nouchi dans Le Monde : Le temps du bancor et chez nous (nous en sommes très fiers !) : Le bancor : une solution thermodynamique à la crise, par Zébu.

Ce qu’il faut maintenant, c’est une réflexion synthétique sur le bancor (ça tombe bien, c’était mon prochain projet, mais comme je suis un peu patraque, « Don’t hold your breath ! », comme on dit en anglais). Avec le bancor, on retombe sur des unités économiques plus petites, il y a un côté « décroissance », retour à la communauté, qui plaira et il faudra sans doute aussi interdire les paris sur les fluctuations de prix mais ça, il fallait le faire de toute manière !

Taux grec 2 ans

© Bloomberg

Taux portugais 2 ans

© Bloomberg

Taux espagnol 2 ans

© Bloomberg

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Le bancor : une solution thermodynamique à la crise, par Zébu

Billet invité.

C’est étrange …

On se croirait dans le monde de la physique et des lois de la thermodynamique.

Soient des systèmes financiers ‘en équilibre’, certes instables mais ‘en équilibre’. Principe 0.

Dans le système financier américain, l’énergie financière se trouve de plus en plus transformée en crédit immobilier dont la masse se trouve à être reportée dans le temps et concentrée de telle manière qu’elle engendre un effondrement par son propre poids : Subprimes. Loi I. Transformation de l’énergie.

De l’effondrement des subprimes nait l’investissement public du déficit ainsi créé, qui se transforme ainsi en désordre, de manière irréversible. Loi II. Entropie. Car le système financier américain n’étant pas isolé, l’énergie ainsi transformée s’échange avec les autres systèmes. C’est d’ailleurs la seule solution viable pour un système en entropie car s’il était isolé, l’énergie ainsi produite par la transformation serait croissante jusqu’à qu’elle ce soit diffusée à l’ensemble du système, pour demeurer ensuite constante, le risque étant l’auto-combustion.

Les systèmes qui ‘absorbent’ l’énergie transmise par l’entropie doivent pouvoir faire de même. Or le formatage de la construction européenne, notamment de la BCE (à l’inverse de la Fed), n’a pas permis à l’UE et particulièrement à la zone euro de transformer l’énergie reçu par entropie ou de la transmettre à d’autres systèmes. La transformation étant irréversible mais s’appliquant cette fois dans un système financier clos, l’entropie ne peut qu’augmenter, le risque d’auto-combustion s’enclenchant. Dès lors, la seule solution pour cette zone (qui n’a pas l’avantage du dollar et ne peut pas réaliser de Quantitative Easing comme la Fed = absorption de la chaleur) est de transférer cette énergie vers les systèmes sociaux, afin que l’entropie puisse reprendre son cours et que l’énergie financière se dissipe, plutôt qu’elle ne se transmette au système bancaire ou au système monétaire.

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Demi-mesure !, par Jean-Pierre Pagé

Billet invité.

La Grèce serait sauvée. Et avec elle l’Europe ! Il ne faudrait pas se réjouir trop tôt de dispositions qui ne sont que des palliatifs et non de véritables remèdes. Nous étions habitués à voir l’Europe sortie d’affaires, au cours des périodes difficiles qu’elle a eues à traverser, par des figures historiques qui ont su prendre la mesure des problèmes et intervenir au bon moment pour leur trouver une solution, sans hésiter à bousculer les opinions de leurs peuples et les accords en vigueur.

Les difficultés que soulève le sauvetage de la Grèce montrent que cela ne va pas de soi aujourd’hui. Face à la crise, on aurait pu penser que les gouvernants de l’Europe sauraient imaginer les solutions permettant de la surmonter. Or, ils se sont révélés jusqu’ici incapables de bousculer les traités et de prendre les dispositions appropriées en temps voulu, préférant se contenter de demi-mesures. Sauront-ils trouver dans l’avenir parmi eux des leaders d’exception sachant imposer les pas en avant nécessaires ? En particulier, force est de constater que les Willy Brandt, Helmut Schmidt, Helmut Kohl (sans remonter jusqu’à Konrad Adenauer) n’ont pas encore trouvé de successeur à leur mesure. Angela Merkel semble avoir bien du mal à relever le défi et à faire preuve de la stature internationale qu’il exige.

L’impression première laissée par les atermoiements des décideurs européens demeure donc celle d’un gâchis ! Alors que la crise aurait pu et du obliger les pays d’Europe à resserrer leurs liens et franchir une étape décisive dans le sens de la construction d’une véritable entité politique et solidaire pour y faire face, ce sont les égoïsmes nationaux, la pusillanimité des intérêts locaux, qui semblent toujours triompher. Pour quoi faire ? Croît-on que les Etats de l’Union Européenne, même les plus puissants, pourront, seuls ou même en constituant un noyau dur à leur botte, faire face à la concurrence, au désir de suprématie, des grands ensembles, en Asie, en Amérique Latine…, qui restructurent le monde ? Si ces Etats ne savent pas s’entendre pour faire accomplir à la construction européenne les transformations nécessaires, c’est une chance historique qui aura été gâchée et le retour en arrière qui se profile. Car, il ne faut pas se le dissimuler, la création de la monnaie unique et la constitution de la zone euro, même si les fondements de cette dernière n’étaient que très partiellement assurés, auront été un premier ciment, essentiel, pour l’Europe. Leur démantèlement progressif sonnerait la fin de l’espoir de la construction d’un espace politique à la dimension du monde capable de rivaliser avec les autres grands espaces et défendre ses valeurs. Que pourraient faire les nations européennes seules dans la mutation du monde qui va s’opérer ? Leur sort risquerait d’être celui des anciens empires déchus. Et l’Allemagne, même assortie de pays d’Europe centrale – une Cour des Habsbourg reconstituée ! –, ne pourrait espérer, au mieux, que devenir une « grande Suisse de rentiers » ….

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Sacrés marchés !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

On a donc dit que ce n’était plus comme en mars, plus comme en avril, cette fois c’était la mère de tous les sauvetages de la Grèce. Plus sauvée que ça, tu meurs !

Alors, voyons ce que répondent les marchés, puisque ce sont eux qui savent vraiment si la Grèce est sauvée. Enfin, je veux dire : qui feront en sorte que la Grèce soit sauvée ou non en estimant la prime de risque dont elle devra s’acquitter quand elle émettra de la dette, quand elle empruntera de nouveau dans des conditions normales. Qui décident aussi de ce que vaut vraiment la dette grecque déjà émise, déjà en circulation.

Taux grec 2 ans

© Bloomberg

C’est mieux, mais ce n’est pas encore tout à fait ça. 10 % sur deux ans, c’est encore loin au-dessus des moyens de la Grèce. Enfin, puisqu’en principe, elle n’en aura pas besoin, qu’on lui prêtera tout ce qu’il lui faudra…

Et les deux autres pour lesquels on s’inquiète ?

Taux portugais 2 ans

© Bloomberg

Pas terrible. Et là, il n’y a pas de plan de sauvetage prévu, puisqu’on a raclé les derniers fonds de tiroir pour la Grèce.

Taux espagnol 2 ans

© Bloomberg

Même topo malheureusement.

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Le Monde – Économie, lundi 3 – mardi 4 mai : Goldman Sachs et nous

Goldman Sachs et nous

On ne pourra pas juger immédiatement si deux événements intervenus récemment aux États-Unis constituent ou non un tournant dans une refondation de la finance. La possibilité en existe cependant. Le premier de ces événements est la plainte déposée le 16 avril contre Goldman Sachs par la SEC (Securities & Exchange Commission), le régulateur des marchés américain ; le second est l’audition, le 27 avril, de sept membres de la firme, dont son P-DG, Lloyd Blankfein, devant la sous-commission d’investigations du Sénat américain.

Les représentants de Goldman Sachs ont affirmé mardi, souvent avec morgue, ne pas comprendre ce qu’on leur veut : ils exercent le métier de market maker, et quiconque les accuse de malversation signale simplement son incompréhension de ce métier. Le market maker est le point de contact entre ceux qui veulent acheter et ceux qui se proposent de vendre. La qualité du produit est pour lui sans importance du moment que son prix l’évalue correctement. Aux yeux de Goldman Sachs, les sénateurs aussi bien que le public, s’attachent à une conception surannée du marché où le client s’attend à ce que le produit qu’on lui vend soit de bonne qualité. Les acheteurs, déclare la firme, sont désormais des adultes avertis – « sophisticated » en américain – ils achètent du risque, et c’est bien ce qu’ils reçoivent en échange ; si leurs yeux devaient se révéler plus gros que leur ventre, tant pis pour eux : le marché fait en sorte – du moins en principe – que le coupon, le taux d’intérêt alloué, reflète le risque effectivement couru. « Du moins en principe », parce que si le marché n’est pas transparent, il y aura mismatch entre coupon et risque. Et c’est pourquoi les représentants de la firme peuvent s’indigner à la suggestion d’une régulation plus stricte : les marchés se passent de réglementation puisque la transparence est censée faire tout le travail.

Cette alternative : réglementation ou transparence, pourrait symboliser le fossé existant désormais entre le monde ordinaire et celui de la finance, mais il en est une autre qui est apparue en pleine lumière mardi : la distinction entre un instrument financier présentant une fonction assurantielle et un pari pur et simple. Aux yeux des sénateurs américains, comme à ceux du public, la différence entre les deux est flagrante, alors qu’aux yeux des financiers, elle n’existe tout simplement pas : transaction légitime et pari tombent pour eux dans la même catégorie du transfert du risque. L’élément neuf ici, c’est que la distinction soit faite désormais clairement par le public. Ce qui lui a ouvert les yeux – en tant que contribuable – ce sont les pertes colossales qu’il a essuyées au cours des années récentes et qui lui ont fait comprendre que si les produits financiers ayant une fonction assurantielle contribuent à réduire le risque global, les paris l’augmentent et fragilisent la finance en y introduisant un risque systémique.

Une prise de conscience fait ainsi petit à petit son chemin et la refondation de la finance que nous proposons depuis quelques années sous la forme d’une interdiction des paris sur les fluctuations de prix, finira semble-t-il par s’imposer. Les sénateurs appartenant à la sous-commission d’investigations du Sénat américain étaient en tout cas, mardi dernier, à deux doigts de proposer une telle interdiction.

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Goldman Sachs et la démultiplication du chagrin

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

On fera la grimace ce matin chez Goldman Sachs en ouvrant le Wall Street Journal et en y découvrant un article signé Carrick Mollenkamp et Serena Ng, intitulé Senate’s Goldman Probe Shows Toxic Magnification : « L’investigation du Sénat portant sur Goldman Sachs révèle une démultiplication de la toxicité ». Le sous-titre de l’article est encore plus explicite : « Les banques de Wall Street reconditionnaient les mêmes obligations en de multiples titres, disséminant la calamité dans de nombreux CDO (Collateralized–Debt Obligations) »

Le Wall Street Journal montre ainsi, sur un exemple particulier, comment une « tranche » d’ABS (Asset–Backed Security), composée de crédits subprime, intitulée Soundview Home Loan Trust 2006-OPT5 M8, se retrouva dans trente CDO distincts ainsi que dans la base de calcul du fameux indice ABX, créé conjointement par Goldman Sachs et Deutsche Bank et dont j’ai narré dans le détail les aventures dans L’implosion (Fayard 2008 : 108 à 128). Un certificat représentant 38 millions de crédits hypothécaires, parvint ainsi à faire perdre 280 millions de dollars à des clients de Goldman Sachs et de la banque japonaise Mizuho International, lorsqu’il s’effondra.

Comment une telle démultiplication du chagrin est-elle possible ? parce que si un CDO est véritablement constitué d’un portefeuille de titres, un CDO synthétique est lui un simple pari sur ce portefeuille par le biais d’un CDS (Credit–Default Swap). De même pour les paris à l’aide d’un CDS sur les quatre indices ABX correspondant à différentes notations : AAA, AA, etc.), dont chacun mesurait la performance d’un panier de vingt ABS. Ce sont ces multiples paris sur les fluctuations du prix de Soundview Home Loan Trust 2006-OPT5 M8 qui expliquent pourquoi les pertes dépassèrent de beaucoup le montant réellement exposé (de la même manière que le montant des paris sur l’évolution de l’indice CAC40 peut rapidement dépasser la somme du prix des 40 actions au sein du panier constituant l’indice, si les parieurs sont nombreux).

Quand Carl Levin, président de la sous-commission d’investigations du Sénat américain, accusait mardi dernier Goldman Sachs d’avoir délibérément cherché à se refaire aux dépens de ses clients en pariant sur la perte des titres adossés à des prêts subprime, sa main droite était posée sur les 980 pages du dossier où le Wall Street Journal est allé repêcher les tribulations de la tranche d’ABS au doux nom de Soundview Home Loan Trust 2006-OPT5 M8, qu’un collaborateur de la banque avait classé sous la rubrique « émissions sales ‘06’ ».

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BFM Radio, le 3 mai 2010 à 10h46 – Une inquiétante clinique

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le colloque inaugural de l’Institut pour la Nouvelle Pensée Économique, patronné par George Soros, a eu lieu à King’s College, à Cambridge en Angleterre, du 8 au 11 avril. On commence à trouver sur le site toile de l’Institut les vidéos de certaines interventions : trois jusqu’ici. Les orateurs parlent tous d’une voix éteinte, trahissant chez eux une estime de soi très ébranlée, et il est clair à qui les observe que leur problème le plus pressant est de traiter la dépression nerveuse qui les affecte en ce moment. « Dieu est mort », disent-ils à l’unisson, mais tout dans leur comportement révèle que la découverte est récente pour eux et qu’en ce qui les concerne, le travail du deuil – comme s’expriment les psychanalystes – est encore très loin d’être achevé.

À voir ces vidéos et à lire le texte des exposés, on comprend mieux à quoi peut bien servir une réunion des vedettes de la Vieille Pensée Économique célébrant la Nouvelle : la réunion s’apparentait à celle de toxicomanes repentis ou aux anciens membres d’une secte exorcisant leurs démons. On connaît la technique – que les Alcooliques Anonymes ont rendu familière : chacun s’exprime longuement devant d’autres victimes, expliquant ce qu’il croyait trouver dans la drogue ou dans le culte délaissé, et pourquoi il s’était laissé berner.

À quoi croyaient les adeptes de la Vieille Pensée Économique ? Leur dieu s’appelait « marché efficient » et le meilleur hommage qu’on puisse lui rendre était de lui offrir toujours davantage de « transparence » et de « liquidité », ce qui permet aux marchandises qui s’achètent et se vendent sur ce marché de découvrir leur prix « vrai ». Comme c’est souvent le cas, le dogme imposait des croyances paradoxales, comme celle que les spéculateurs sont un bienfait pour la finance et donc pour l’économie, puisqu’après tout, pareils aux zélateurs du culte, ils apportent aux marchés la manne de la « liquidité » – sinon de la « transparence ». Les disciples se considéraient personnellement « rationnels » et leur devoir était de rendre tout le monde aussi « rationnel » qu’eux-mêmes. Or, le mot « rationnel » dans leur bouche n’avait pas le sens habituel, mais voulait dire « capable de gagner le maximum d’argent en le minimum de temps ». On en vient à se demander, leurs traits étant semblables, si le « marché efficient » et le fameux veau d’or de l’Ancien Testament appelé Mammon n’étaient pas une seule et même personne.

Sort-on guéri de la clinique de l’I.N.P.E. ? Le cas de Lord Adair Turner, Président de la FSA, le régulateur des marchés britanniques, le laisse penser : son allocution au colloque, intitulée Economics, conventional wisdom and public policy suggère qu’il a renoncé à Satan et ses pompes. Un élément est cependant inquiétant : l’Institut pour la Nouvelle Pensée Économique est, comme je l’ai dit, patronné par George Soros. Or c’est ce même Soros qui, en 1992, a assassiné la livre sterling lors d’une campagne spéculative sans précédent, qui lui valut le surnom de « L’homme qui cassa la banque d’Angleterre ». Quand on pense au fait que le colloque inaugural de l’Institut s’est tenu dans les murs d’une des institutions anglaises les plus prestigieuses et que Lord Turner appelle Soros de son petit nom dans son allocution, on ne peut s’empêcher de penser qu’il souffre en fait du fameux « syndrome de Stockholm » où, de manière pathétique, la victime affiche une affection inextinguible pour celui qui pourtant la terrorisa autrefois.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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