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L’actualité de la crise : Problèmes de riches, par François Leclerc

Billet invité.

PROBLEMES DE RICHES

Il est parfaitement connu qu’à l’origine de toutes les bulles financières qui sont apparues depuis plusieurs décennies, il y a un même phénomène : l’excès de liquidité. En l’occurrence, l’existence d’une gigantesque manne de capitaux qui cherchent les meilleures opportunités d’investissement et se déplacent au gré de l’apparition de celles-ci. Parfois brutalement, créant ainsi des catastrophes. On dit que ces mouvements sont erratiques, voulant signifier qu’ils errent et sont instables, laissant parfois aussi entendre qu’ils n’ont pas de cohérence, ce qui est faux à un double titre. Du point de vue de la langue française, comme de la réalité du phénomène.

Leur cohérence est en effet simple à trouver, c’est celle de la conjugaison optimale entre meilleur rendement et moindre risque. Mais cette belle formule réclame un éclaircissement immédiat: les rendements, il suffit de les étudier, les risques, il faut à tout prix les minorer. Ce qui justifie l’emploi de toutes sortes d’artifices, avouables ou non, dont la maîtrise est le véritable savoir-faire de la finance. La finance, c’est bien connu, a horreur du risque. Et lorsque l’on entend parler du retour de « l’aversion au risque », on est sur de se retrouver une fois de plus dans le grand bain idéologique dans lequel de nombreux experts en économie adorent nous faire barboter, car en fait de retour, on ne se sépare jamais de cette profonde aversion lorsque l’on est un financier avisé.

Parmi les nombreux problèmes que le système financier traverse aujourd’hui, il en est un peu détecté, bien qu’il annonce des périls encore plus importants que ceux auxquels on cherche à s’échapper. Non, il ne s’agit pas de la concentration bancaire, qui a été engagée à chaud au cours de la crise actuelle, et qui va se poursuivre tout au long de la période à venir, au fur et à mesure que les banques vont tenter de colmater leurs brèches. Bien que ce soit un problème majeur, devant lequel la « régulation systémique » qui nous est promise apparaît déjà, avant même d’avoir été mise en place, comme n’ayant comme vocation que d’être inévitablement dépassée par les événements. Expliquant d’ailleurs que, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, lieu d’accueil actuel des principales places financières, on souhaite en confier la responsabilité aux banques centrales, car en réalité elles l’exercent déjà (ou tentent de le faire). Non, le problème encore plus important et néanmoins oublié est celui de la croissance des liquidités en cours.

Quel est le principal effet des plans de lutte contre la crise financière et économique ? Accroître encore davantage la masse de ces excès de liquidité qui ont été à l’origine des bulles précédentes. Quelle conclusion peut-on en tirer ? Que la taille de la prochaine bulle sera encore plus imposante. Quelles en seront les implications ? Nul ne le sait, mais elles seront encore plus dévastatrices !

La logique du système financier n’est pas seulement de se reproduire, envers et contre tous, elle est aussi de grossir et devenir obèse, cette pandémie du siècle. Les liquidités sont un terme trompeur, comme souvent le sont les termes financiers. Ils évoquent la souplesse des fluides, l’huile qui permet aux rouages de bien fonctionner en mécanique. Les financiers revendiquent comme une victoire de la développer et s’opposent à tout ce qui pourrait la restreindre. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il leur est nécessaire de pouvoir à tout moment sauter sur les occasions, partir à la recherche d’un meilleur rendement. C’est à dire le placement qui offre le meilleur taux et qui est le plus…liquide. Et tout le vocabulaire est à l’avenant : on ouvre les vannes du crédit, mais c’est pour endiguer la crise. On injecte des liquidités, alors que la crise résulte de l’insolvabilité… Allez comprendre !

De fait, les liquidités sont un véritable poison dont on ne sait plus se débarrasser. Adopter le point de vue d’un investisseur, c’est se mettre sur le dos un sacré problème de riche : où placer, pour ensuite les déplacer, ses liquidités ? Ce n’est pas un problème de pauvre, car ceux-ci sont sommés de se désendetter. Les économistes préfèrent dire qu’ils doivent désormais épargner, ce qui est tout de même un comble. Cela ne va pas poser un problème aux riches, car ils vont désormais prêter aux Etats, et puis faire leurs affaires entre eux, mais cela va contribuer à encore augmenter les liquidités…

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La famille

Ma sœur est passée tout à l’heure, me souhaiter – avec un peu de retard – un joyeux anniversaire. Un panier de bienvenue en Bretagne : bolées, cidre bouché, farine de blé noir et livre de recettes de crêpes et de galettes ; deux hortensias pour la partie de la bordure un peu pelée devant la maison et une aquarelle peinte par mon père : le golfe à Cadouarn.

Nous avons parlé des parents. Elle m’a dit qu’il faudrait ajouter au blog une chanson pour ma mère. Je lui ai rappelé le billet consacré à Jim Reeves. Elle m’a dit : « Je sais, mais elle ne serait pas contente s’il n’y avait pas Elvis ».

A onze heures, j’ai dû interrompre la conversation : on allait m’appeler pour un entretien téléphonique. J’avais reçu un courriel hier soir : Radio Vatican aimerait vous interroger sur la crise. Ma première réaction : je n’ai rien à leur dire. Ma deuxième réaction, avec un petit temps de retard : « Mais Papa aurait aimé leur parler ! »

Alors, j’ai dit oui, et quand j’ai été interrogé, j’ai dit tout ce que mon père aurait aimé dire à Radio Vatican. C’est bizarre, la famille !

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L’actualité de la crise : Des mystères sans grand mystère, par François Leclerc

DES MYSTERES SANS GRAND MYSTERE

Quand, de manière incorrigible, il ne nous est pas encore une fois annoncé les lueurs de l’aube de la reprise, comme si cette incantation pouvait tenir lieu de politique (même si elle devait être finalement exaucée), il nous est promis pour la suite des événements une longue période de faible croissance (sans nous expliquer pourquoi, rajoutant du mystère au mystère.)

Il n’est pourtant pas possible d’échapper au débat, qui va rebondir, non seulement sur la réalité de cette reprise tant attendue comme une sorte de miracle, mais également sur la forme qu’elle va emprunter. Nous y revenons donc : « L » ou « W » ? Une croissance pour longtemps atone ou une mini-reprise suivie d’une nouvelle récession ? Ce distinguo pourrait apparaître bien académique, à moins que les hypothèses et les raisonnements à la source de l’une ou l’autre de ces deux options ne soient dévoilés, permettant d’en comprendre les tenants et les aboutissants.

Plusieurs autres énigmes, dans les discours répétitifs que nous entendons, mériteraient d’être résolues. Le danger de l’inflation, ce chiffon rouge si fort agité alors que nous sommes encore en pleine récession. Ou le retour du « protectionnisme », alors que la contraction du commerce international résulte mécaniquement, pour l’essentiel, de la crise économique mondiale.

Il est possible de partir de trois très simples constatations pour tenter de contribuer à lever tout ce brouillard. Dans un premier temps, afin de comprendre pourquoi la croissance va être faible.

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L’actualité de la crise : Une « régulation systémique » qui se présente bien mal, par François Leclerc

Billet invité.

UNE « REGULATION SYSTEMIQUE » QUI SE PRESENTE BIEN MAL

Après avoir rappelé les centaines de milliards de dollars consacrés par l’Etat à sauvetage des banques, Barack Obama a, mercredi dernier lors d’une conférence de presse, voulu faire acte de franchise en déplorant que « ce que nous n’avons pas vu, à mon avis, c’est un changement de comportement et de pratiques à Wall Street ». Pour en tirer ainsi les conséquences : « Le fait est que si nous ne réformons pas les autorités de la régulation financière, les banques vont faire comme avant. Dans un sens, cela pourrait même être pire, parce que maintenant elles savent que le gouvernement peut considérer qu’elles sont trop grosses pour qu’on les laisse faire faillite. Si on ne leur impose pas de limites, elles prendront encore plus de risques ». Justifiant ainsi sa proposition de création d’un fonds de garantie des investissements les plus hasardeux, financée par les investisseurs eux-mêmes, afin que l’Etat n’ait plus à intervenir. Une manière de paradoxalement reconnaître, faisant preuve d’une certaine lucidité, que les banques allaient inévitablement reprendre des risques inconsidérés et qu’il n’était pas possible de les en empêcher.

Ayant déjà utilisé la métaphore de la maison brûlée pour parler de l’économie, et évoqué les traites pour lesquelles l’Etat était en retard de payement, Barack Obama s’efforce de rester au contact des Américains qui l’ont élu en tenant leur propre langage et exprimant leurs préoccupations. Leur demandant également d’être « patients » à propos de la poursuite de la montée du chômage, n’ayant rien d’autre à offrir, si ce n’est la réforme de la santé à venir. Or, les commentateurs mettent l’accent sur les très sérieuses difficultés qui l’attendent à propos de son adoption par un Congrès qui, tout en étant à majorité démocrate n’en est pas moins difficilement gouvernable. En réalité, Barack Obama est déjà arrivé à un tournant de son mandat présidentiel, dont il n’est pas certain qu’il va pouvoir bien le négocier. Car il a également beaucoup de mal à tenir son monde financier et à lui imposer une régulation, même à minima, et de garder dans l’immédiat un peu de tenue, alors que les signes se multiplient d’une poursuite de la crise.

Ce ne sont plus seulement les secteurs immobiliers commercial et résidentiel du crédit qui continuent d’être très préoccupants, alors que les tentatives de « lisser » le problème ne semblent pas donner de grands résultats. Le secteur des cartes de crédit est également une menace complémentaire grandissante pour de nombreuses banques et émetteurs.

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La Bourse !

Ah ! la Bourse ! Quand la Bourse va, tout va.

Aujourd’hui, le CAC 40 en hausse de 2,08 % et au moment-même où je vous parle, l’indice Dow Jones a repassé la barre des 9.000 points : en hausse de près de 2% ! La première fois depuis janvier.

La Bourse : thermomètre, baromètre, pouls de l’économie, pouls de la nation. Mais pour qui roule-t-elle ? Pour Proudhon – dont je continue de lire le Manuel du spéculateur à la Bourse (1857 4e éd.) – sans elle, le destin de la France aurait été bien différent :

Tout le monde sait que notre première république tomba sous le poids d’une condamnation portée par la Bourse : le 8 novembre 1799, veille du coup d’État appelé 18 brumaire, le tiers consolidé était à 11 francs 30 centimes ; le 21, il était à 22 fr. – Mais ce qu’on a beaucoup moins remarqué, c’est que la Spéculation ne fut jamais entièrement ralliée à Napoléon : le taux le plus élevé de la Bourse, pendant la période impériale, fut celui du 10 mars 1810, 88 fr. 90 cent., soit 11 fr. 10 cent, au-dessous du pair.

Le 29 mars 1814, l’empereur se débattait dans les plaines de la Champagne et tenait encore en échec la coalition victorieuse : il est achevé par la Bourse. Le 5 % à 45 fr. marque sa réprobation et amène sa chute ; le 31, la proclamation des alliés est accueillie par une hausse de 2 fr. Paris a capitulé, et le conquérant abattu va signer son abdication à Fontainebleau. En moins d’un an, malgré la présence des armées étrangères, les fonds publics auront regagné tout ce qu’ils avaient perdu depuis le 10 mars 1810 : le 5 mars 1815, ils seront cotés à 88 fr.

Quinze jours plus tard, le 20 mars, Bonaparte, échappé de l’île d’Elbe, rentre aux Tuileries : le baromètre bursal marque 20 fr. de baisse. Quelle puissance tiendrait devant une pareille manifestation de la pensée économique ? Certes, ce n’est pas la Bourse de Paris qui a fait perdre la bataille de Waterloo ; mais on peut dire qu’elle a donné cœur à l’ennemi. C’est elle qui lui a révélé que si le soldat, l’ouvrier, le fonctionnaire étaient pour l’empereur, le capital, l’industrie, le commerce, la propriété, la spéculation, la bourgeoisie étaient contre lui. Sait-on ce qu’a pesé dans la balance du destin cette bourse du 20 mars ? Le 18 juin, elle était à 53 fr. ; le 20, à la première nouvelle du désastre, elle monte à 55 ; le 22, le bruit se répandant que l’empereur abdique pour la deuxième fois, elle est à 60. La cote suit le grand capitaine dans ses marches et contre-marches, pour le condamner s’il triomphe, pour l’accabler s’il est défait.

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L’actualité de la crise : Le bal des vampires, par François Leclerc

Billet invité.

LE BAL DES VAMPIRES

On en découvre de belles, quand on s’intéresse aux banques centrales. Car si, en temps normal, elles demeurent plutôt confites dans un imperturbable silence, à peine rompu par de petites phrases sibyllines, elles nous abreuvent depuis la crise de leurs dévotions répétitives, faisant de même avec les banques, mais pour elles c’est à coups de liquidités. A chacun ses pauvres.

Notre miel à nous, c’est de pouvoir à cette occasion pénétrer un petit peu dans le saint des saints. Au terme de petites incursions, nous connaissons désormais un peu mieux les deux faces cachées de l’exercice favori du moment de ces puissantes divinités : la distribution de liquidités. D’une main, elles dispensent généreusement à leurs disciples, les institutions financières, une manne qui semble sans fond, dans le but proclamé de relancer le crédit qui reste en panne (et avec lui l’économie, qui en souffre de plus en plus) ; elles disent se préparer de l’autre à assécher le moment venu le marché de ces liquidités, afin de ne pas réveiller le monstre de l’inflation qui sommeille. Et, puisque leur credo est par tous les temps, bon ou mauvais, de nous bercer (et parfois de nous tancer, pour nous demander des coupes budgétaires), elles nous assurent qu’elles ont reçu la panoplie complète des outils permettant de récupérer leurs sous et les remettre dans la tirelire. Quel magnifique conte de fée à raconter aux enfants pour les endormir !

En levant les coins du tapis, on remarque vite que les choses ne se passent pas tout à fait comme cela nous est raconté par nos banquiers centraux, paternes et sévères à la fois. D’abord, parce que les banques utilisent l’argent qui leur est prêté à des taux très avantageux, presque nuls, non pas pour relancer le crédit, mais en priorité pour réaliser leurs affaires, petites certes, mais à grande échelle. Soit en replaçant les fonds aussi sec qu’empruntés auprès de la banque centrale, car ils y sont plus en sécurité, soit en faisant leur marché : achats d’obligations d’Etat ou surtout d’entreprises (les taux du moment sont plus avantageux et les risques très faibles), ou bien même actions des institutions financières, celles-ci restant sous la protection des Etats et ne risquant pas de faire défaut. Les banquiers centraux ne sont pas dupes et font la grosse voix, mais ils continuent néanmoins de déverser leurs liquidités sans plus de conditions, pour en réalité contribuer, sciemment et lentement, à la recapitalisation des banques qui en ont bien besoin, sans que leurs actionnaires ne soient mis à contribution. Car il ne manquerait plus que cela ! L’argent, lui, ne parvient que fort partiellement à l’économie ; ceci est la véritable raison de la reprise économique anémique qui nous est proposée par beaucoup d’experts, qui considèrent inconvenant de le révéler et préfèrent s’entourer de mystère afin de valoriser à peu de frais leur science. Entre eux, dans leur langage codé, ils évoquent la cause de manière énigmatique : « le mécanisme de transmission est cassé », constatent-ils alors. Nous ne saurons grâce à eux ni pourquoi ni comment. Une exception notable, cet article paru dans le Financial Times.

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Cartes de crédit : Mauvaise nouvelle pour les banques américaines

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Si vous avez jeté un coup d’œil sur les résultats des banques américaines au deuxième trimestre, en les comparant à ceux du premier, vous aurez remarqué que les bonnes nouvelles (dues souvent à des ventes d’actifs) étaient tempérées par les réserves faites en vue de défauts sur des prêts, en augmentation constante.

Ce n’est qu’une toute petite nouvelle tombée aujourd’hui mais je peux vous assurer qu’elle aura des retombées très sérieuses dans les mois à venir : les deux plus grandes compagnies de conciliation aux États-Unis : l’American Arbitration Association et le National Arbitration Forum cessent leurs activités.

Quand vous obtenez une carte de crédit aux États-Unis (une vraie : où vous n’êtes pas obligé de rembourser tout de suite et où vous pouvez faire rouler – revolve – la dette d’un mois sur l’autre) vous acceptez que tout litige éventuel soit réglé non pas devant les tribunaux mais devant une commission de conciliation à l’amiable. Les compagnies de téléphone portable vous imposent la même clause.

Petit problème du point de vue du consommateur : ces arbitres privés donnent raison à la compagnie et vous donnent tort à vous dans 94 % des cas. Autre problème, beaucoup plus sérieux celui-là et qui vient de faire surface à l’occasion d’une décision de justice : il s’avère que ces deux grands conciliateurs appartiennent à des conglomérats plus vastes qui pratiquent aussi le recouvrement d’impayés. Il y a là comme un conflit d’intérêt a déterminé vendredi dernier l’état de Minnesota, qui a aussitôt mis un point final à l’activité de la NAF précisément domiciliée dans l’état. Celle-ci a compris l’avertissement et a interrompu dimanche ses activités dans tous des Etats-Unis. L’autre compagnie, l’AAA, qui se trouve dans la même situation a prudemment décidé hier d’en faire autant.

Pourquoi est-ce une très mauvaise affaire pour les banques ? Parce ce que les contentieux sur les cartes de crédit, dont le nombre augmente avec la précarité croissante des ménages, vont leur coûter dorénavant beaucoup plus cher. Et puis, on peut penser ce qu’on veut de la justice, mais donnera-t-elle raison aux banques dans 94 % des litiges ? Ce n’est pas couru d’avance.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Georges Miedzianagora (1930 – 2003)

Quand vous rouvrez vos livres – qui furent longtemps dans des cartons – vous retrouvez tout ce que vous y avez glissé, et dans ce cas-ci des photos, des photos d’amis.

Les amis vous jouent parfois de mauvais tours, comme celui-ci : d’être morts. Quand j’étais à Paris il y a quelques semaines, je remontais le long de la Seine, en route du quai d’Orsay vers la Bastille, et je me suis dit, pensant à d’anciennes conversations dans les parages : « Il faudrait que je prenne un verre, un de ces jours, avec Georges… » et puis aussitôt après : « Zut ! »

Je n’ai pas mis de date de naissance, ni de décès (je n’étais pas là, j’étais en Amérique, et personne ne m’a rien dit) parce que je ne les connais pas, mais si vous les connaissez, dites-les moi, je les ajouterai.

Je me souviens très bien du jour où ces photos furent prises, vers 1995 : c’est le jour où Georges m’a dit : « Tu ne comprends pas Paul : nous sommes des dissidents ! » Oui, Georges, tout s’explique : des dissidents.

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Manuel du spéculateur à la Bourse de Pierre-Joseph Proudhon

Les Éditions è®e m’ont fait l’honneur de me demander une postface à une édition de morceaux choisis du Manuel du spéculateur à la Bourse de Pierre-Joseph Proudhon (4e édition de 1857), ce que j’ai accepté bien volontiers. Pour savoir ce que vous en pensez, et en tenir compte, je vous ferai partager ma progression.

Voici un extrait de la préface, rédigée par Proudhon lui-même :

Une conviction s’est formée dans le silence universel, sorte de profession de foi tacite, qui a remplacé pour les masses les anciens programmes politiques et sociaux :

« Que de toutes les sources de la fortune, le travail est la plus précaire et la plus pauvre ;

« Qu’au-dessus du travail, il y a, d’abord le faisceau des forces productrices, fonds commun de l’exploitation nationale, dont le gouvernement est le dispensateur suprême ;

« Qu’ensuite vient la Spéculation, entendant par ce mot l’ensemble des moyens, non prévus par la loi ou insaisissables à la justice, de surprendre le bien d’autrui ;

« Que du reste, l’économie des sociétés n’est, d’après les définitions des auteurs en crédit, qu’un état d’anarchie industrielle et de guerre sociale, où les instruments de production servent d’armes de combat ; où chaque propriété, privilège, monopole, tient lieu de place forte ; où le droit et le devoir sont indéterminés de leur nature, la justice exceptionnelle, le bien et le mal confondus, la vérité relative, toute garantie illusoire ; où les licences de la pratique, les contradictions de la théorie, le vague de la législation, l’arbitraire de l’autorité, viennent sans cesse déconcerter la raison et donner l’entorse à la morale ; où chacun enfin combattant contre tous, soumis aux chances de la guerre, n’est tenu de respecter que la loi de la guerre. »

Aussi, tandis que la Sagesse constituée accuse le jeu, que la Scène le châtie, que la Bourse elle-même, ravie de se voir si bien chaperonnée, le dénonce : l’improbité règne dans les mœurs, la piraterie dans les affaires. Sous l’apparence de transactions régulières et libres, de réalisations facultatives, d’exercice légitime de la propriété, sévissent, sans nul empêchement, le charlatanisme, la corruption, l’infidélité, le chantage, l’escroquerie, la concussion, le vol.

Interrogez le premier venu : il vous dira qu’aucun gain, obtenu par les concessions de l’État, les combinaisons de la commandite, les négociations de la Bourse, les entreprises de commerce, le bail à cheptel ou à loyer, n’est pur de corruption, de violence, ou de fraude ; qu’il ne se fait pas aujourd’hui de fortunes sans reproche, et que sur cent individus enrichis, pris au hasard, il n’y en a pas quatre de foncièrement honnêtes.

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Ce qui m’intéresse (une approche quantitative)

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

J’ai à peu près déballé mes livres, et ma nièce Muriel a couvert les murs d’étagères faisant chacune deux mètres quarante, ce qui me permet d’un regard une approche quantitative de mes intérêts.

L’un de vous, il y a une semaine ou deux se plaignait que l’on parle de relativité restreinte « sur un blog consacré à l’économie » et j’avais répondu un peu sèchement que la seule règle était qu’on était libre de parler ici de ce qui me semblait intéressant (ce serait assez dictatorial si mon blog était le seul dans Landerneau mais ce n’est heureusement pas le cas). Alors, mauvaise nouvelle pour cette personne : la philosophie des sciences vient en premier – 3,3 mètres (à vue de nez, je ne vais pas m’emparer d’un centimètre !).

Je vais continuer, parce que tout cela me surprend un peu aussi : je me découvre moi-même en voyant ces longueurs d’étagères. Numéro deux : finance – 2,4 mètres (très technique !). Numéro trois (bon sang ne peut mentir), anthropologie – 2,2 mètres, mais, et cela en dit long sur ce qui m’apparaît personnellement comme l’âge d’or de ma discipline : XVIIIe et XIXe siècles essentiellement. Ensuite, pensée économique – 1,8 mètres ; Hegel – 1,2 mètres ; mathématiques – 1 mètre. Je n’ai encore déballé ni la linguistique, ni la psychanalyse mais on dépassera le mètre là aussi.

Quels livres m’ont le plus manqué ? Si j’en juge par ceux sur lesquels je me suis à nouveau jeté : « La querelle des futurs contingents (Louvain 1465 – 1475) » de Léon Baudry (Vrin 1950) et « Le complexe significabile » d’Hubert Élie (Vrin 1937).

La logique et la linguistique scolastiques : rien à voir avec la crise, me direz-vous. À première vue sans doute, mais ne préjugeons de rien, je vous tiendrai informés !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Un très mauvais climat

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Son nom est le Borowitz Report et son édition du 16 juillet s’intitule Goldman Sachs en pourparlers en vue d’acheter le Département du Trésor (le Ministère des Finances américain). Dans ce rapport, Borowitz explique l’offre de Goldman Sachs comme faisant partie d’un effort de rationalisation : « Nous avons déjà tant d’employés en commun ! » Et le porte-parole de la firme ajoute : « Le plus difficile pour nous en ce moment, c’est de déterminer la partie que nous ne possédons pas encore ! »

C’est une plaisanterie bien entendu mais ce genre de plaisanteries fleurissent en ce moment aux États-Unis. Certains plaisantent, d’autres se fâchent, comme Matt Taibbi dans son article devenu fameux dans Rolling Stone Magazine, d’autres encore s’énervent, se départissent, comme on dit, de leur flegme légendaire, comme Paul Krugman.

Un petit rappel : un extrait de The Great American Bubble Machine, l’article de Matt Taibbi publié dans le numéro de juillet 2009 de Rolling Stone :

« … et que rendit en échange Goldman Sachs au peuple des États-Unis en 2008 ?

Quatorze millions de dollars.

Voilà ce que la firme a payé en taxes en 2008, un taux d’imposition effectif d’exactement, oui : vous lisez bien, un pourcent. La banque a versé la même année dix milliards de dollars en rémunérations et privilèges et déclaré un profit de deux milliards de dollars – et elle a pourtant payé au fisc moins d’un tiers de la somme qu’elle a déversé cette année-là sur son P-DG Lloyd Blankfein, qui récolta 42,9 millions de dollars.

[…] Voilà le monde où nous vivons aujourd’hui. Et dans ce monde, certains sont obligés de suivre les règles tandis que d’autres reçoivent une note du sur-gé les dispensant de devoirs jusqu’à la fin des temps, avec en cadeau, dix milliards de dollars dans une enveloppe en papier kraft pour avoir de quoi s’acheter à déjeuner ».

Un extrait maintenant de l’éditorial de Krugman publié le 17 juillet dans le New York Times et intitulé The Joy of Sachs (un jeu de mots sur le titre d’un livre – illustré – qui fit scandale en 1972 : « The Joy of Sex »).

… Goldman a fait ses bénéfices en nous prenant nous, nous les autres, pour des imbéciles.

Et Wall Street y trouve un encouragement à perpétuer ce genre de petits jeux.

Les bonus gigantesques que Goldman s’apprête à distribuer prouvent que les vedettes de l’industrie financière opèrent toujours de la même manière : pile, ils gagnent, face, les autres perdent ».

Tout cela crée un très mauvais climat. Cela signifie la chose suivante : cela signifie que le peuple américain, dont on imaginait que son admiration pour la réussite financière ne se démentirait jamais n’apprécie en réalité plus guère le genre de fanfaronnades consistant pour Goldman Sachs à annoncer triomphalement que ses employés gagneront 642.000 dollars en moyenne en 2009, dans un pays où le taux de chômage frise les 10 %, non pas que le fossé entre les privilégiés et les autres se soit trop creusé – des écarts énormes entre nantis et « sous-privilégiés » (underprivileged) n’ont jamais constitué dans ce pays un obstacle insurmontable à l’identification du gagne-petit au multimillionnaire – mais du fait que la réussite du milieu financier n’apparait plus aujourd’hui fondée sur l’effort mais uniquement sur l’artifice : trop de brume artificielle cette fois-ci, beaucoup trop d’effets de miroir…

Bien sûr, des îlots de prospérité se recréent, grâce aux commissions colossales que génère la liquidation de l’ancien système à l’agonie, primes touchées par ceux qui furent responsables de sa perte et qui apparaissent encore une fois récompensés – contre toute logique et contre toute justice. La fin sans gloire d’une classe corrompue, tuée par ses propres excès est un spectacle affligeant. Mais que dire d’autre ? Et surtout, pourquoi s’énerver ?

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Japon, la décennie perdue, par B-t-B

Billet invité.

JAPON, LA DECENNIE PERDUE

Ah bon ? Perdue pour qui ? Perdue en quoi ?

La croissance ne sera peut-être plus au rendez-vous si nous ne contribuons pas à alimenter la prochaine bulle, alors, vous l’aurez entendu sur de nombreux médias : commencez à trembler, c’est un futur proche à la japonaise qui se dessine.

Photo anodine, mais exemple parlant, puisque c’est un classique ici, au pays du soleil levant.

Un couple d’amis, entre 40 et 50 ans, classe moyenne aisée puisque commerçants en produits de consommation quotidienne, a eu l’opportunité, passant de leur ancienne maison, à une autre, réduisant la surface au sol du lieu dans lequel s’exerce leur activité, de solder leur crédit bancaire.

Réduisant donc cette surface de vie, transfuges jouant vers la décroissance, lâchant un terrain de 350 Mètre-carrés pour un autre de 270, sur lequel est déjà bâtie depuis bien longtemps leur prochaine demeure, ils doivent se délester de quelques objets, ceux sur la photo n’en représentant qu’une partie.

Et je me souviens de l’approche de Cape-Town, Afrique du Sud, il y a une quinzaine d’années, par la route longeant l’aéroport. Les gens rassemblés là se fabriquaient eux-mêmes des abris, contre une éventuelle pluie, le vent et le soleil sans doute, avec des sacs en plastique de supermarché, noués entre eux et sur les branches des arbres, pour leur former une « bulle » ( tiens , là aussi ) multicolore de la taille d’un igloo.

Mes amis vont payer l’équivalent de 200 euros pour se débarrasser sans mauvaise conscience de ces objets acquis pour une utilisation accessoire, objets pour beaucoup toujours fonctionnels, mais apparemment, non-indispensables.

Que voudra donc dire la crise dans nos pays riches ? Que signifie arrêt de la croissance ? Baisse du PIB, surtout si on se compare aux pays chanceux ayant tout à construire, qui ne pourront éviter la croissance qu’ils ne partageront peut-être pas, les ingrats.

Au lieu d’agrandir leur commerce, mes amis vont le réduire. Au lieu de travailler 6 jours par semaine, en journée de 10 à 12 heures, ces journées seront encore aussi longues, mais une de moins par rafale hebdomadaire.

A quoi vont-ils occuper ce temps dégagé de la « production », n’ayant plus de pression de remboursement des crédits ? Vont-ils le gaspiller comme ils semblent déjà avoir démontré leurs compétences dans le domaine avec les objets ?

Cette société constituée d’individus répondant approximativement aux mêmes stimuli, que crée-t-elle lorsqu’elle n’a pas de contraintes vitales urgentes auxquelles répondre ? Régresse-t-elle jusqu’à rejoindre l’état de ces déracinés africains qui n’avaient rien sur la route du Cap ?

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L’actualité de la crise : Ces banques, objets de nos ressentiments, par François Leclerc

Billet invité.

CES BANQUES, OBJETS DE NOS RESSENTIMENTS

Il faut encore revenir sur ce sempiternel sujet, loin d’être épuisé. Et se poser la question, en ces temps de publication de résultats faramineux d’un quarteron de banques américaines : de quoi sont en réalité faites ces performances et quel est donc le secret de cette excellence ?

Il a été largement relevé que la concurrence était devenue moindre, à ce haut niveau de compétition, depuis que plusieurs grands acteurs de Wall Street avaient disparu, après avoir fait faillite ou été rachetés. Goldman a vu couler son concurrent historique, Lehman Brothers, tandis que JP Morgan a absorbé Bear Stearns et Bank of America a fait son affaire de Merrill Lynch. L’horizon dégagé, les portefeuilles de clientèle des perdants n’ont pas été perdus pour tout le monde, la force de frappe financière des survivants en est sortie accrue. Le même phénomène est intervenu à moindre échelle en Grande-Bretagne, amenant George Osborne, le chancelier conservateur « fantôme », à prévenir par avance qu’il n’envisageait pas de limiter la taille des banques de son pays, en cas de victoire électorale de son parti (comme il est probable). Tout au plus serait-il demandé aux méga-banques britanniques de mieux couvrir en capital leurs opérations financières. Car, a-t-il expliqué, il y allait de leur compétitivité et donc de celle de l’économie britannique, le gouvernement ne pouvant agir seul si les autres pays ne procédaient pas de même. Sempiternel piège.

La ficelle était tellement grosse que tous les chroniqueurs économiques et financiers, mêmes les moins hardis, n’ont pas manqué de souligner que c’était grâce à l’argent des contribuables que ces méga-banques étaient toujours en vie et qu’elles avaient pu continuer d’intervenir sur les marchés financiers, pour dégager à nouveau des profits. Lawrence H. Summers, toujours qualifié d’économiste en chef de Barack Obama (avant, s’il y parvient, de pouvoir se prévaloir de la succession de Ben Bernanke et du titre de président de la Fed), n’a pas été en reste à l’occasion de la conférence qu’il a prononcée au Peterson Institute, qui ayant valeur de programme électoral était à ce titre significative. « Il ne faut pas sous-estimer la contribution de l’aide du secteur public à la relance financière » a-t-il déclaré, avant d’ajouter ce commentaire non sans portée dans le contexte actuel, en dépit de son imprécision : « Il est du devoir du secteur public d’insister que les réformes soient mises en place, afin que les erreurs du passé ne soient pas répétées ».

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