Archives de catégorie : anthropologie

« Piqûres en soirées : ce que l’on sait sur ce phénomène qui touche la France entière »

Le Monde : Piqûres en soirées : ce que l’on sait sur ce phénomène qui touche la France entière

Les marques de piqûres se situent sur « les bras », « les fesses », « le dos », sans que les victimes ne voient leur agresseur. Cette note décrit « des effets immédiats » mais aussi des « effets retardés », avec parfois des « marques de bleus » autour du point rouge caractérisant la piqûre. Les symptômes sont variés et vont « des maux de tête » aux « bouffées de chaleur » en passant par des « vertiges » voire une « perte de connaissance ».

Lorsque l’anthropologue entend parler de ce genre d’affaires, il ouvre son grand cahier.

Pas à la page où l’on raconte l’histoire de l’auto-stoppeuse fantôme qui a cessé d’être là sur le siège arrière au moment où l’on s’inquiète de son long silence, et dont le premier enregistrement connu date du XVe siècle.

Ni à la page où il est question des révoltantes mutilations de chevaux, où l’on explique que la minutieuse enquête menée révéla que dans tous les cas investigués, les blessures étaient en réalité accidentelles, et que quand on demanda à un propriétaire de cheval pourquoi il avait coché la case « Mutilation » sur le formulaire, il avait expliqué que « Ben, les fois précédentes, il n’y avait pas encore cette catégorie-là… et comme je savais pas trop quoi mettre… »

Non, il ouvre une page blanche et consigne soigneusement les faits, ou faudrait-il dire dans ce cas-ci, la très troublante … absence totale des faits 😉 .

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La pensée totémique a quelques avantages, que la nôtre n’a pas

La pensée totémique [voir mes billets ici à ce sujet], qui est l’autre grand modèle de représentation du monde – en concurrence avec le modèle occidental qui est le nôtre – présente bien des inconvénients (par exemple, elle ne pouvait pas déboucher sur la réflexion de type  scientifique) mais elle présente aussi plusieurs avantages.

On peut ainsi lire dans un article paru aujourd’hui dans The Guardian à propos de la disparition de deux personnes au Brésil, et de la difficulté des recherches dans cette zone inondée à la frontière péruvienne : *

Un volontaire du groupe indigène Matis a déclaré qu’ils avaient décidé de pénétrer dans cet endroit isolé au bord de la rivière Itaquaí après avoir entendu ce qui leur semblait être le bruit de quelqu’un tapant sur un canoë en aluminium.

« Ils l’ont senti, ils l’ont imaginé et ils sont entrés en ramant [leurs canoës] », a déclaré Binin du groupe Matis. « Les indigènes peuvent ressentir ces choses, comme un esprit. [C’était comme un esprit de la forêt qui disait : « Il y a un objet là-dedans »]. C’est comme ça que les indigènes pensent. »

Faute de comprendre la manière dont la pensée totémique fonctionne, nous disons qu’« elle raisonne à partir d’affinités secrètes », ce qui ne veut, bien entendu, strictement rien dire. La pensée totémique regroupe par l’affect (« l’instinct »), ainsi les Kalam de Nouvelle-Guinée ont un nom pour les oiseaux qui vous interpellent de loin, un autre pour ceux qui vous laissent venir tout près d’eux avant de s’envoler bruyamment, un autre pour les oiseaux sous la forme desquelles les femmes apparaissent en rêve aux hommes, etc.

* The Guardian, Des objets appartenant à Dom Phillips et Bruno Pereira retrouvés en Amazonie, le 13 juin 2022

Des vêtements et un sac à dos appartenant au journaliste britannique et à l’expert indigène disparus ont été retrouvés par une équipe de recherche réduite mais déterminée.

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Les possédés et leurs mondes – Paul Jorion. Livre 6. « Anthropologue de l’économie, de la finance et des savoirs : comment interpréter les chiffres ? »

Rappel des épisodes N°1 à N°5 :
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W. H. R. Rivers est mort il y a cent ans

Le dimanche de Pentecôte 1922 (4 juin), mourait à Cambridge, à l’âge de 58 ans, William H. R. Rivers, à mes yeux le plus grand anthropologue de tous les temps.

« Un week-end, alors qu’il était seul dans sa chambre de collège à Cambridge, il développa une hernie aiguë étranglée. Une opération d’urgence fut pratiquée lorsqu’on le trouva, mais il était trop tard pour lui sauver la vie, et il mourut à l’Evelyn Nursing Home de Cambridge. » Notice nécrologique.

J’écrivais dans un billet récent :

On s’étonnera peut-être qu’une figure centrale à ma réflexion soit W. H. R. Rivers (1864-1922), un anthropologue dont il a été dit à très juste titre qu’« il fit de l’anthropologie une science » *, mais dont le nom n’apparaît pas même dans deux histoires récentes de l’anthropologie (Robert Deliège, Une histoire de l’anthropologie, Le Seuil 2006 ; Florence Weber, Brève histoire de l’anthropologie, Flammarion 2015). Pourquoi cette divergence ? Sans doute parce que si l’anthropologie comme récit de voyages et répertoire de coutumes exotiques n’a jamais manqué de lecteurs, celle qui aura été une science authentique n’aura suscité qu’un intérêt bien moindre.

Pour en savoir davantage sur W. H. Rivers, ici-même :

W.H.R. Rivers, a paru dans les notes de mon cours Encyclopédie de l’ethnologie et histoire des doctrines ethnologiques publiées aux Presses Universitaires de Bruxelles en 1979, pp. 35-39.

* Ils firent de l’ethnologie une science, a paru dans L’Homme, juil.-sept. 1983, XXIII (3) : 115-122.

Rivers est le héros du film Regeneration (1997) au titre du médecin qui traita pour la première fois les « névroses de guerre » (stress post-traumatique) dans un cadre psychanalytique. Il épargna ainsi à de nombreux militaires traumatisés d’être, soit fusillés en tant que « simulateurs », soit soumis à la « faradisation », un nom savant pour l’électrochoc.

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C’est parfois dur (comme ce soir) de ne pas être envieux

À une époque, Sir Edmund Leach (1910-1989) avait deux élèves particuliers.

De l’autre, il me parla un jour longuement. Il était agréablement surpris, me dit-il. Une opinion favorable qu’il résuma par « A decent chap! », que DeepL me traduit par « Un bon gars ».

« Un bon gars » ? Fort bien ! Mais cela justifie-t-il l’énorme différence aujourd’hui entre nous dans le nombre de médailles qui nous ont été attribuées ?

Je ne vous cacherai pas mon sentiment ce soir : c’est trop injuste !

Bonus :
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La foule peut-elle s’organiser SANS CHEF ?

Avertissement : Dans l'intérêt du débat, les commentaires qui interprètent la vidéo comme affirmant le contraire de ce qu'elle montre, seront retirés. [Qu'il s'agisse de billets ou de vidéos, la raison dans ce cas-là est toujours la même : la commentatrice ou le commentateur n'a pas eu la patience de lire ou de regarder jusqu'au bout].

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Sur la guerre. À propos de la conquête de l’Amérique centrale et du Sud par l’Espagne 

« La conquête de l’Amérique centrale et du Sud par l’Espagne » est une leçon de mon cours « Éléments d’anthropologie culturelle », donnée l’année dernière dans le cadre du Diplôme Universitaire de Criminologie interculturelle de l’Université catholique de Lille.

Avec la conquête de l’Amérique centrale et du Sud par l’Espagne, deux continents entrent en contact, causant des ravages considérables du fait du contact de ces deux cultures ignorant jusque-là tout l’une de l’autre. La différence avec les cas précédents, c’est que les ennemis représentants d’une autre culture sont alors des gens connus depuis toujours : « Nos ancêtres les connaissaient déjà. » Pensons à la Grèce antique et aux Perses. Guerre classique, entre les Perses et les Grecs mais il s’agit de part et d’autre de gens dont on sait qui ils sont : les différences entre eux sont. connues. On peut comprendre leur langue parce qu’elle est familière depuis très longtemps. De plus, de nombreuses personnes appartiennent aux deux cultures. Les Grecs peuvent décrire les Perses. Les Perses peuvent décrire les Grecs. On sait de part et d’autre à qui on a affaire.

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Les possédés et leurs mondes – Paul Jorion. Livre 5. Ethnologue des savoirs des paludiers de l’Ouest ou comment les marais déterminent la vie des gens

Rappel des épisodes N°1 à N°4 :
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Sujet de thèse pour anthropologue : archives + info, le tout clé en main

En 1977, la fondation Wiener-Anspach satisfaite du travail que j’ai accompli à l’Université de Cambridge en 1975 et 1976, m’accorde à nouveau une bourse. Cette fois je rédigerai sous la direction de Sir Edmund Leach (1910-1989), une thèse sur l’émergence de l’anthropologie sociale, une invention britannique, dans les années 1830 à 1950.

Deux éléments interviendront pour mettre fin à l’aventure : l’université met la pression pour que je me consacre plutôt à mon enseignement lorsque je suis nommé maître de conférence en 1979 et Leach – enthousiaste jusque-là – m’annonce un beau matin : « On laisse tomber : ce qu’on a rassemblé ferait trop de peine à trop de gens », traduisez : « On (lui directeur, moi thésard) ne pourrait pas honnêtement passer sous silence les coucheries de Bronislaw Malinowski, son mentor, dont certaines des bénéficiaires/victimes/complices font partie des personnes que nous côtoyons tous les jours ».
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