Archives de catégorie : écologie

François Fourquet : 25 thèses sur le capitalisme

François Fourquet m’a adressé le courrier suivant, qu’il m’a aimablement autorisé de reproduire à votre intention.

Cher Paul Jorion,

la lecture de votre article du Débat n° 151 « L’après-capitalisme commence aujourd’hui » m’a procuré un grand plaisir intellectuel et m’a lancé un défi auquel j’ai eu envie répondre. Vous posez la question de la survie du capitalisme. La crise est planétaire, ce n’est pas une simple crise financière, c’est une crise de civilisation, plus grave que celle de 1929, qui va être rejetée dans l’ombre par le sombre éclat de la catastrophe qui s’annonce. Vous émettez deux hypothèses: une hypothèse optimiste: la crise se résorbera comme toutes les autres, après les vaches maigres le beau temps des vaches grasses reviendra; une hypothèse pessimiste: le capitalisme est incapable de s’autoréguler; il est destiné à s’effondrer, non pas pour la raison qu’invoquait Marx (la baisse tendancielle du taux de profit), mais pour d’autres raisons: le capitalisme est incapable 1° de s’autoréguler, 2° de s’auto-adapter en tirant les leçons des crises passées et 3° de prévenir le risque d’emballement dû à l’amélioration des connaissances (de plus en plus de spéculateurs grégaires font la même prévision qui, comme des moutons, les conduit irrésistiblement dans le précipice). Vous proposez qu’une réglementation judicieuse supprime ou contrôle les causes directes de la crise: la spéculation financière; la faculté pour les spéculateurs d’emprunter pour gonfler les capitaux qu’ils risquent (l’effet de levier); l’usage excessif des produits dérivés.

Toute votre argumentation repose sur une équation fondamentale: le « capitalisme » ou « système capitaliste », c’est le marché, ou, pour parler comme Polanyi, le « marché autorégulateur ». Le marché n’est pas capable de s’autoréguler; il faut une intervention extérieure, celle de l’État, qui n’obéit pas à la logique marchande et impose au marché des règles pour éviter la catastrophe in extremis. Cette thèse fait problème sur le plan théorique (car, sur le plan pratique, je ne vois pas de raison de contester vos solutions, qui reposent sur votre expérience financière). Voici en pièce jointe, une mise en question intitulée « 25 thèses sur le capitalisme »: si l’État est, à la rigueur, extérieur au marché, il n’est pas extérieur au « capitalisme »: il en fait partie intégrante.

25 thèses sur le capitalisme

Réponse à Paul Jorion, « L’après-capitalisme commence aujourd’hui » (Le Débat n° 151)

1. Ce qu’on appelle «capitalisme» ne se réduit pas à une entité économique, c’est-à-dire à un ordre social distinct des autres ordres, un système économique, comme le font les marxistes, les trotskystes (Nouveau Parti Anticapitaliste), les altermondialistes (jadis anti-mondialistes); pourtant Marx, qui a inventé le « mode de production capitaliste » (un système), parlait de « société bourgeoise » ou « capitaliste »: le capitalisme ou l’économie ne peuvent être séparés de la société dont ils ne sont qu’un aspect, et non un ordre autonome; le capitalisme comme système économique est une vue de l’esprit;

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Actualité de l’associationnisme

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Comme je l’ai déjà fait à plusieurs reprises, je donne aujourd’hui la parole à un invité : à Jean-Paul Vignal – déjà invité précédemment d’ailleurs, dans Développement durable et dure réalité.

Il est question de l’associationnisme de tradition française. Bien sûr, il existe à l’associationnisme, d’autres traditions : il faudrait parler de Robert Owen en Angleterre, et le mouvement a connu une résurgence importante au XXe siècle avec la mouvance hippie, tout particulièrement en Californie où le projet le mieux articulé fut celui des Diggers à San Francisco et Berkeley et dont on trouve un excellent compte-rendu dans Ringolevio, le livre écrit par le fondateur des Diggers : Emmett Grogan.

Jean-Paul Vignal

A propos de La mémoire vive du socialisme associationniste

Philippe Chanial vient de remettre en ligne sur le site du Mauss un article (La mémoire vive du socialisme associationniste) initialement publié dans le n°67 de la revue Transversales Science Culture, en février 2001, qui vient opportunément nous rappeler que la voie associative est reconnue depuis longtemps comme une alternative possible au capitalisme, qu’il soit privé ou public. Etant par nature dérangeante pour tous les pouvoirs en place, elle a fait l’objet de multiples attaques, mais elle a bravement survécu à toutes les tentatives de ringardisation de droite comme de gauche, et c’est une bonne chose.

Philippe Chanial pose dans sa conclusion une question intéressante, celle du rapport avec l’Etat, car elle devrait être au cœur de toute réflexion sur les conditions d’un passage rapide et réussi à des modèles plus durables que ceux qui prévalent actuellement: la sélection des priorités sur des bases strictement économiques et financières étant de toute évidence sous-optimale au niveau global, puisqu’elle conduit à la destruction ou à la pollution de ressources aussi indispensables que non-renouvelables, il faut en effet trouver autre chose. Mettre un « prix » sur ces ressources comme le recommande Amory Lovins et les tenants du « natural capitalism » est sans doute un moindre mal, mais certainement pas une solution, car, même si on peut s’entendre de façon immorale sur le « prix » d’une vie humaine, personne n’a la moindre idée de ce que serait le « prix » de devoir « extraire » et réinstaller 8 ou 10 milliards de personnes sur une autre planète….

Seule une nouvelle forme de planification, « from bottom to top » par opposition aux modèles classiques qui ont fait la preuve de leur inefficacité, peut apporter une réponse satisfaisante. Il ne s’agit pas de construire une mégamachine au service d’une ambition collective qui ne reflète en fait le plus souvent que les convictions et les attentes d’une élite restreinte, mais de concilier les aspirations de tous de façon à ce que la légitime liberté d’initiative et d’action laissée à chacun compromette le moins possible celle des autres.

La complexité d’un tel système condamne toute forme de système hiérarchisé, qui finit vite par consommer la totalité des ressources disponibles pour la satisfaction de ses seuls besoins, privant les « producteurs » des moyens dont ils ont besoin pour produire, et condamnant donc globalement le système à disparaître, une hiérarchie bien dodue finissant par épuiser une population productive famélique. Elle impose à l’inverse des modèles de fonctionnement associant de façon souple l’auto-organisation pour la décision et la vie au quotidien, d’une part, et une certaine forme de hiérarchisation démocratique dès qu’il y a besoin d’arbitrage, de l’autre. Il n’y a rien de bien nouveau dans ce genre de concept. La nouveauté c’est la disponibilité de moyens de traitement, de collecte et de diffusion de l’information qui permettent d’envisager de façon réaliste de pouvoir gérer cette complexité, comme on pouvait le faire en place publique avec un nombre limité d’acteurs au temps des Grecs ou des Romains, et comme la légende veut qu’on le fasse encore dans certaines îles du Pacifique.

Il est sans doute temps d’explorer la validité de ce genre de piste, ou lieu de dépenser une énergie considérable à tenter de ravauder le vieux mythe de la main magique du marché que les capitalismes à vocation oligopolistiques voire monopolistiques ont irrémédiablement amputé il y a maintenant bien longtemps.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Développement durable et pragmatisme

Nous nous connaissons Serge Latouche et moi depuis vingt ans. J’ai toujours eu un très grand respect pour ses thèses. La chose qui nous sépare, c’est la croissance : il est – comme vous le savez – contre, alors que je suis sur ce plan agnostique, ni pour ni contre. Il me tance aujourd’hui gentiment à propos d’un de mes billets récents : Comment assurer le développement durable, me renvoyant à l’un de ses textes intitulé Y aura-t-il un après-développement ?, à paraître dans la revue Agir. Il y défend la décroissance ou l’« a-croissance » comme il préfère l’appeler : « Quand, pour faire court, nous évoquons la nécessité de sortir du développement et de la croissance, c’est d’un rejet de l’imaginaire de la société de croissance et de la religion du développement économique illimité qu’il s’agit ». Ce que je peux très bien concevoir. Il critique cependant le développement durable à l’aide d’arguments qui ne sont pas tous aussi sérieux, comme quand il cite un ancien directeur général de Nestlé, Mr. Peter Brabeck-Letmathe, qui aurait un jour déclaré que « Le développement durable est facile à définir : si votre arrière-grand-père, votre grand-père et vos enfants restent des consommateurs fidèles de Nestlé, alors nous avons travaillé de façon durable. Ce qui est le cas de plus de 5 milliards de personnes dans le monde… ».

J’ai répondu à Serge Latouche dans les termes suivants :

Serge,

Si le développement durable consiste [selon l’expression que tu utilises] à « changer le pansement plutôt que de penser le changement », il ne mérite en effet pas de retenir l’attention. S’il signifie « extraction zéro de matières premières non-renouvelables ; zéro-déchets ; impact zéro sur l’environnement » et s’il est possible d’y convertir les entreprises (ce qui n’est pas certain – j’en conviens), il s’agit alors pour moi d’une voie qui mérite d’être explorée.

Je me suis rendu hier matin au siège [des services financiers d’une grande compagnie automobile] (USA) pour faire un exposé sur une nouvelle approche du financement des véhicules dans un cadre de développement durable (rapport écrit en collaboration avec Jean–Paul Vignal). Comme j’y ai fait allusion dans le papier que [Contre Info et] La Revue du MAUSS permanente [ont] repris, Comment assurer le développement durable, si j’avais dû défendre la décroissance ou l’a-croissance, j’aurais plutôt décidé de rester chez moi. On peut penser bien entendu qu’on perd son temps en allant s’adresser à [une compagnie automobile]. Personnellement, je ne le crois pas, parce que ce qui sous–tend cette nouvelle approche du financement, c’est un modèle de société auquel nous souscrivons toi et moi, et si je peux convaincre [cette compagnie automobile] de le vendre à ma place…

Mon raisonnement est celui–ci. Les consommateurs à qui nous pensons et à qui ce nouveau type de financement participatif serait proposé sont ceux que nous décrivons dans notre plaquette comme « Des individus conscients des questions de l’environnement, considérant la voiture comme un outil et qui sont prêts à s’investir dans de nouvelles formules qui leur procurent un service de première classe tout en s’accordant à leurs convictions ».

Ce n’est pas révolutionnaire et ça ne prétend pas l’être, ce que cela essaie de faire, c’est appliquer le programme que je définissais de la manière suivante dans Un nouveau paradigme doit être en prise avec le monde tel qu’il est :

Alors que faire ? Il faut tirer les leçons du Tai-Chi : faire du donné, sa propre force. Rediriger le monde à partir de ce qu’il est : transformer le torrent qu’un barrage ne pourra jamais contenir en une rivière qui ira irriguer la vallée. Faire de l’élan de l’adversaire prêt à vous pulvériser, ce qui causera en réalité sa propre perte, et ceci d’une chiquenaude. Le nouveau paradigme, c’est la chiquenaude. Mais pour qu’il puisse exercer son pouvoir il faut qu’il soit en prise avec le monde tel qu’il est aujourd’hui et non tel qu’il serait s’il était déjà changé.

Et dans sa propre réponse à Serge Latouche, Jean–Paul Vignal a très justement ajouté :

Même si son Conseil d’Administration et ses banquiers en étaient d’accord, un grand groupe automobile ne peut pas décider de se saborder par pureté révolutionnaire, ne serait-ce que pour des raisons sociales. Il lui faut explorer des voies qui permettent une transition ou une extinction aussi indolore que possible. Les ruptures révolutionnaires sont rarement porteuses des lendemains qui chantent qu’elles promettent, particulièrement pour les plus faibles. Je crois que c’est une réalité qu’il est difficile d’ignorer.

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Comment assurer le développement durable

J’aime bien ce concept de « développement durable », peut–être parce que, à l’inverse de « décroissance » par exemple, qui me crée dans la tête un grand blanc, il me fait immédiatement venir à l’esprit une foultitude de questions techniques à résoudre sur un plan purement pratique. Il ne faut pas lui demander, cela va de soi, davantage qu’il n’a à offrir : il est trop simple d’exiger de lui, par exemple, qu’il résolve l’ensemble des problèmes politiques de la planète pour démontrer ensuite qu’il n’est pas à la hauteur. Ce n’est évidemment pas ce que j’entends faire.

Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est le développement durable, je renvoie à l’excellent article de Jean–Paul Vignal, Le système financier actuel peut-il porter financièrement la transition vers des modes de développement durable ? que j’ai présenté sur mon blog et que l’on trouve également dans La Revue du MAUSS permanente. En deux mots, je dirais que la problématique consiste à veiller aux besoins de l’espèce humaine tout en maintenant la planète en l’état, ce qui veut dire en s’assurant que la production de biens de consommation ne détruise pas de manière irréversible les ressources qu’elle mobilise. Pour en arriver là, il faut briser le processus linéaire auquel nous sommes habitués, celui que l’on peut caricaturer comme « de la mine à la décharge », pour le remplacer par un processus cyclique, soit long, qui évite de justesse la décharge grâce au recyclage, soit mieux encore, court, et mettant l’accent sur la rénovation – comme nous le faisons d’ailleurs déjà dans le secteur du bâtiment.

Il s’agit avec le développement durable d’une perspective à long terme et tout ce qui va à l’encontre du long terme lui constitue bien entendu un obstacle. Les variations de prix viennent ici bien sûr au premier rang. La spéculation encourage les variations de prix et est donc de manière évidente l’ennemie du développement durable – comme d’ailleurs de l’humanité en général comme j’ai eu l’occasion de le rappeler, par exemple, dans Les processus financiers enclins à l’emballement et dans L’intérêt des entreprises et celui de l’humanité en général. Je continuerai d’évoquer ce fléau séparément.

Un autre adversaire du développement durable – et il est formidable, même si son identité est un peu inattendue – réside dans les règles comptables telle qu’elles sont actuellement rédigées, et ceci pour deux raisons. La première, c’est qu’elles favorisent le gain à court terme, de telle sorte que le calcul rationnel d’un actionnaire le conduit à préférer aux compagnies qui s’engagent dans la voie du développement durable, celles qui pratiquent la politique de la terre brûlée. La seconde, c’est que les règles comptables se désintéressent de l’histoire d’un produit aussitôt qu’il a été vendu, conduisant à une déresponsabilisation des entreprises vis–à–vis de son destin ultérieur.

On pourrait consacrer beaucoup de temps à réformer la comptabilité – et certains s’y emploient et je les encourage – mais il me paraît beaucoup plus simple dans l’immédiat de la laisser tranquille et de contourner le problème qu’elle pose en mettant sa logique actuelle au service du développement durable, ce qui peut se faire d’une manière extrêmement simple, à savoir en obligeant le vendeur d’un produit à le reprendre lorsque son dernier utilisateur n’en veut plus. Il y aurait à cela deux conséquences immédiates : cela constituerait, d’une part, une incitation pour les producteurs à trouver d’autre formules que la vente de leurs produits, telles que leur location, leasing ou toute autre formule qui resterait à inventer, en les forçant à concentrer leur attention sur le service offert par le produit – plutôt que sur son usage en tant qu’objet par son futur propriétaire – et cela constituerait, d’autre part, une incitation à prolonger autant que possible sa durée de vie – par une rénovation périodique, ou en passant dans sa fabrication à des matériaux plus durables – pour ne pas avoir à affronter le problème autrement plus compliqué et coûteux pour eux du recyclage de ses composants.

Encore une fois, je ne propose pas ici une panacée et il me faudra revenir longuement sur ce que je viens d’exprimer trop succinctement en un seul paragraphe mais il s’agit d’un premier pas de géant dans la bonne direction et qui permettrait de considérablement déblayer le terrain. Il va sans dire qu’une mesure comme cette obligation faite à tout producteur de reprendre son produit en fin de parcours ne pourra faire son chemin que si le sentiment écologique de son urgence s’impose globalement. Nous ne manquons pas d’arguments pour la soutenir mais il faut que la sonnerie assourdissante de nos trompettes parvienne bien jusqu’aux oreilles des élus.

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Planète Terre – Trousse de Survie

Dans mon dernier billet, Les méchants de la nouvelle génération, j’offre sous une forme condensée l’information que j’ai glanée ici ou là sur la spéculation sur les matières premières. Stilgar dans son commentaire, demande des précisions. Je connais la réponse à certaines de ses questions et il faudra que je les offre sous la forme d’un autre commentaire ou en y consacrant un nouveau billet. Ce sont là les limites du genre blog.

J’ai l’occasion d’approfondir un sujet davantage quand on me commandite un article, comme celui qui paraîtra en juin dans Savoir/Agir ou celui que je prépare en ce moment sur la crise financière pour Le Débat (numéro de septembre). Je vais bientôt avoir également accès à la totalité de l’infrastructure UCLA, ayant été promu de Research Affiliate à Visiting Scholar en date du 1er juin (merci Dwight Read et John Bragin !), ce qui va démultiplier mon accès à l’information.

Le problème là – pour quelqu’un qui comme moi tire ses revenus d’un emploi dans le secteur privé – c’est que je dois subsidier moi–même ma recherche – ce qui ne peut se faire – comme je l’ai expliqué dans mon introduction à L’implosion rédigée pour ContreInfo – qu’en alternant des périodes chômage–recherche avec des périodes travail–pas de recherche. Je viens de le faire pendant vingt ans mais ce n’est vraiment pas pratique.

Une alternative, ce serait bien entendu de voir sa recherche subsidiée par un poste d’enseignant ou dans un organisme de recherche officiel, comme ce fut le cas pour moi de 1977 à 1984. Depuis, rien ne s’est présenté de ce côté-là, probablement du fait de ma polymathie complétée de mon franc–parler.

Il faut donc trouver une autre formule. Une autre possibilité, c’est bien entendu de voir sa recherche subventionnée par ceux que ses conclusions intéressent, c’est–à–dire, et le grand mot est lâché, par des « clients », ou mieux encore par des « coopérateurs » qui sont intéressés à ce que votre recherche suscite l’intérêt.

Pour cela, j’ai besoin de votre feedback, de vos idées – ainsi que de toutes les bonnes volontés. J’ai créé une page permanente dans le blog intitulée – pour donner une idée claire de ce qui nous intéresse (eh oui, nous somme déjà deux, peut–être même trois… voire quatre !) – « Planète Terre – Trousse de Survie (PT–TDS) » (*), que je mettrai à jour au fur et à mesure. Il faut comprendre s’il y a une demande et si oui, ce qu’elle est exactement et aussi, quelle formule adopter pour la réaliser : on n’est pas là pour, d’un côté réinventer le monde en théorie et de l’autre, retomber dans tous les pièges et dans les formules éculées !

Si vous jugez que votre feedback doit plutôt prendre la forme d’un courriel, utilisez l’adresse suivante : PlaneteTerre.TrousseDeSurvie@gmail.com

————–
(*) « Planet Earth – Survival Kit (PE–SK) ».

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Petite leçon d’histoire naturelle

J’écris souvent à propos de la finance que ses processus s’apparentent à ceux que l’on découvre dans « la nature livrée à elle–même ». Ce qui, sous ma plume de sceptique du dessein intelligent, n’est pas un compliment.

J’ai déjà évoqué le parc naturel du Yosemite en Californie. Il contient en particulier le « Mariposa Grove », une forêt de séquoias. Nous sommes allés les voir. Je vous épargne les photos de moi tout petit devant un très grand et gros arbre mais j’ai quand même quelques photos édifiantes à vous montrer.

L’écologie du séquoia est de mieux en mieux comprise et si je vous rapporte ce que j’ai appris au centre d’information du Yosemite, c’est pour vous donner un petit goût de la manière dont fonctionne « la nature livrée à elle–même ».

Voici. Les cônes du séquoia sont incapables de tomber au sol par eux–mêmes, le pédicule étant trop résistant. L’arbre compte sur la larve d’un coléoptère qui rongera ce pédicule et permettra au cône de tomber au sol. Une fois là, celui–ci est incapable de s’ouvrir de lui–même : seul le feu y parviendra. L’arbre compte également sur la foudre pour détruire la couche d’aiguilles qui couvre le sol, sans quoi la graine sera incapable de germer.

Depuis quelques années, les autorités du parc veillent à reconstituer pour le « Mariposa Grove », un environnement aussi proche que possible d’un environnement naturel. Les deux photos ci–dessous montrent ce que ça donne. Mes amis, quel chantier : on n’est pas au Bois de Boulogne, ni même en forêt de Soignes !


Ah oui, j’oubliais : les séquoias ne doivent pas leur survie à la bienveillance des amis de la nature mais à la médiocre qualité de leur bois : il arrive qu’un arbre qui s’abatte se casse comme du verre en plusieurs tronçons. Avec ceux qui furent abattus au XIXè siècle, les hommes ne purent faire que des crayons : on décida qu’il valait mieux encore les laisser vivre leur vie de trois mille ans !

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L’irréversibilité des catastrophes induites par l’activité humaine

Dans ce qui a été appelé à juste titre mon « coup de sang » à propos de l’écologie, mon billet intitulé Le tout-solaire – ou la mort !, ma provocation grinçante à propos du Gulf Stream, dont je disais qu’on pourrait le faire redémarrer en cinquante ans s’il devait s’interrompre, n’a pas été comprise par tous comme je l’avais espéré : à savoir comme l’affirmation que notre espèce ne croit à une catastrophe pourtant certaine que lorsque celle–ci a eu lieu et mobilise alors un ensemble de ressources dont elle clamait pourtant qu’elles n’existaient pas ou étaient inaccessibles.

Je vais donc mettre l’ironie entre parenthèses et traiter cette question sur le mode le plus sérieux qui soit en proposant un test grandeur nature : je voudrais savoir quelles sont l’imminence et l’inéluctabilité d’un désastre écologique de la taille de celui que j’avais pris en exemple : l’interruption du Gulf Stream, dont les spécialistes – je suis allé vérifier les chiffres – jugent qu’elle ferait baisser la température en Europe Occidentale de 5 à 10 degrés. Une telle crise est-elle imminente, est–elle inéluctable et, si elle devait se produire, quelle serait notre capacité à y répondre ? Autrement dit, le phénomène serait-il réversible et comment pourrions-nous assurer le renversement à l’aide des moyens techniques dont nous disposons aujourd’hui ?

Je ne me contenterai pas de poser – passivement – la question, dans mes deux blogs, en français et en anglais, je vais tenter également de contacter les spécialistes. Devrais-je recevoir des réponses optimistes à mes questions précises sur le Gulf Stream, je n’en resterais cependant pas là, je poursuivrais dans la voie des questions – je pense essentiellement à des questions d’ordre politique – qu’il nous faudra impérativement résoudre pour que soit exclue, sinon une fois pour toutes, du moins dans les cent années à venir, la possibilité-même non seulement de ce désastre là en particulier mais de tous les autres du même type.

J’entends bien entendu faire communiquer l’information obtenue dans les deux blogs – chacun dans sa langue. Le message équivalent en anglais s’intitule Would an interruption of the Gulf Stream be reversible? And if so, at what cost?

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Le tout-solaire – ou la mort !

Vous avez dû voir – c’est peut–être même vous d’ailleurs ! – qu’on me fait parfois des reproches comme « Vous ne parlez pas du problème écologique – ou plutôt vous en parlez en termes vagues et tout à fait généraux. Vous ne semblez pas avoir conscience du fait que le danger est très grave et imminent ! »

Est-ce que je pense qu’on va droit dans le mur ? La réponse est oui. Est-ce que je crois que ça ira vite ? Oui, je crois que ça ira très vite, vingt ans, grand max !

Alors pourquoi est-ce que je n’en parle pas davantage ? Parce que je suis convaincu que le problème – et sa solution – sont beaucoup plus simples que ce dont je parle d’habitude. J’ai la faiblesse de croire que si je mobilise toute ma matière grise, je vais peut–être arriver à résoudre une question importante qui permettra de réformer la finance dans le sens qui convient. J’ai au contraire le sentiment que je pourrais écrire dans les jours qui viennent vingt billets à la queue pour dire que le Gulf Stream va disparaître dans les dix ans à venir et que ça ne ferait aucune différence. Est-ce que je pense que c’est possible ? Parfaitement. Mais je suis tout aussi certain que l’espèce est du genre Saint-Thomas et qu’elle ne croit qu’à ce qu’elle voit. Et je n’ai pas tellement de temps devant moi que je puisse me permettre de le passer à pisser dans des violons.

Le jour où le Gulf Stream sera mort et que la température en Europe tombera de cinq degrés (corrigez-moi, si c’est dix), je vous fiche mon billet que tout l’argent dont on nous dit aujourd’hui qu’il est impossible à trouver, on le trouvera soudain en moins de trois heures. Je vous fiche mon billet également qu’il faudra à peine cinquante ans pour le ressusciter. Bien sûr je ne serai pas là pour le voir, je m’adresse ici à la postérité : « Cinquante ans ! ». Parce que ce n’est pas la réflexion qui manque : observons-nous à l’œuvre ! Et nous ne sommes qu’un blog parmi des dizaines de milliers. Ah ! C’est la volonté qui fait défaut !

Pareil pour les émeutes de la faim qui viendront : avec des émeutes de la faim, les choses vont très vite. Il suffit de quelques bâtiments incendiés ou mis à sac et la situation change du tout au tout. Regardez en France : on est passé comme ça de la monarchie à la république, ce qui n’était pourtant pas une mince affaire. Oui, je sais, on a coupé la tête d’un roi et d’une reine (ce que je ne conseille pas : vous avez noté que je recommande toujours qu’on s’asseoie autour d’une table) mais ils avaient pactisé avec l’ennemi… et il y eut un vote démocratique… et certains sadiques ont même voté contre (Donatien Alphonse François marquis de). Avis cependant aux « rois » et aux « reines » d’aujourd’hui : le moment est venu de se mettre à réfléchir : le coup de la brioche, on nous l’a déjà fait !

Les bio-carburants, on l’a vu ces jours derniers, ça a été vite réglé : s’il faut un champ par bagnole, et si on compte que les engrais nécessaires, c’est du pétrole sous une autre forme et que l’eau qu’il faut amener, c’est aussi, essentiellement, du pétrole… Même chose pour le moteur à hydrogène : liquéfier l’hydrogène c’est, une fois de plus, du pétrole !

Permettez-moi donc de mettre les points sur les i à propos de cette question de l’écologie : nous sommes une espèce dure de comprenure mais également tout à fait persuadée qu’un fait est plus fort qu’un Lord-Maire. Alors une fois le nez vraiment dans la merde, nous tirerons très très rapidement les conclusions qui s’imposent : le tout-solaire ou la mort !

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Un nouveau paradigme doit être en prise avec le monde tel qu’il est

Un débat se tient en ce moment dans le cadre du groupe de discussion du MAUSS (Mouvement Anti–Utilitariste dans les Sciences Sociales) sur technologie et écologie. Je réponds ici à une lettre de Fabrice Flipo qui a eu l’amabilité de m’autoriser à la reproduire ici, à la suite de mon texte. Comme vous le verrez, la lettre de Fabrice est elle–même sa réponse à un message de Jean–Paul Vignal dont vous connaissez déjà les thèses.

Il a été donné au socio-économiste que j’étais à une époque d’accompagner les jeunes volontaires de l’UNICEF qui allaient vacciner les enfants dans des villages de brousse en Afrique. J’ai observé les villageoises rassurant leurs bébés dans l’épreuve. Si je ne l’avais su déjà, j’aurais compris devant ces visages rayonnants qu’il y a peu de contributions au mieux–être de la race humaine qui égalent l’invention d’un vaccin. Quelques années plus tard j’ai été présenté, devant son petit–fils, à Jonas Salk qui avait mis au point le vaccin de la polio en 1955. Quand je lui ai dit que j’étais très honoré, le gamin qui nous observait m’a fixé avec des yeux ronds avant d’aller tirer le pantalon de son père – le fils du grand homme – et de lui dire en pouffant : « Ce type a dit à Bon-Papa qu’il était honoré de le connaître ! »

Inventeur de vaccin n’a pourtant pas été la vocation que je me suis choisie. J’ai pris comme modèle et je ne m’en suis jamais caché, Aristote, l’inventeur de nouveaux paradigmes. Un nouveau paradigme offre un raccourci à la compréhension du monde, c’est–à–dire une clé vers le mieux–être des hommes qui le peuplent. Certains sont éphémères : celui d’Aristote sur le mouvement a été remplacé. Certains sont absorbés dans un autre qui constitue désormais son extension, ainsi celui qu’il a proposé pour le raisonnement. A celui qu’il a proposé pour la formation du prix, j’espère avoir contribué à rendre une nouvelle vie. Mais pour qu’un paradigme contienne une promesse il doit être parfaitement compatible avec le monde dont il parle et en particulier avec l’allure à laquelle ce monde va.

Nous regardions hier soir « Speed », un film d’action datant de 1994 : « une bombe se trouve à bord du bus qui explosera si sa vitesse tombe au-dessous des 80 kilomètres ». Mais le monde humain est bien pire encore, qui ne possède pas même de freins. Si l’on n’en est pas convaincu, il suffit d’aller voir la forêt de grues qui domine en ce moment Pékin en construction. Quand je dis que le monde humain n’a pas de freins, je n’exprime pas une préférence personnelle : j’établis un simple constat pour l’avoir visité. J’ai lu Fourier, et son système est certainement admirable mais il est sans portée parce qu’il table précisément sur l’existence de freins.

Ah ! J’aimerais bien qu’on puisse mettre les choses à plat, que la démocratie directe puisse s’exercer dans des villages de cent personnes, comme dans l’Ile de Houat que j’ai autrefois connue, que l’on vive dans un monde où n’existeraient ni les voitures ni les autoroutes qui viennent à sa suite : c’est à un monde sans automobiles que j’avais dédié en 1968 mon mémoire de sociologie consacré aux Provos d’Amsterdam. J’aimerais aussi que le bus puisse descendre en-dessous du 80, mais les 80 kilomètres à l’heure sont un donné : c’est à cette vitesse-là qu’il faut désamorcer la bombe (autrement dit, se convertir au développement durable), évacuer les passagers (autrement dit, conquérir les étoiles), ou que sais-je encore. La vitesse de croisière n’est pas négociable : c’est elle qui fixe les termes du problème.

Alors que faire ? Il faut tirer les leçons du Tai-Chi : faire du donné, sa propre force. Rediriger le monde à partir de ce qu’il est : transformer le torrent qu’un barrage ne pourra jamais contenir en une rivière qui ira irriguer la vallée. Faire de l’élan de l’adversaire prêt à vous pulvériser, ce qui causera en réalité sa propre perte, et ceci d’une chiquenaude. Le nouveau paradigme, c’est la chiquenaude. Mais pour qu’il puisse exercer son pouvoir il faut qu’il soit en prise avec le monde tel qu’il est aujourd’hui et non tel qu’il serait s’il était déjà changé.

Fabrice Flipo :

Cher Jean-Paul,

Nous sommes là au cœur du débat qui a lieu entre nous. La technique au sens vulgaire du terme est « anthropologiquement constitutive » mais « le progrès » (apporté par les écoles de la république) dont vous parlez l’est beaucoup moins. Ici je m’intéresse au second.

Quelques éléments :

– « les techniques et les savoirs sont neutres, tout dépend ce qu’on en fait » dites-vous ? C’est une conception instrumentale de la technique qui ignore les travaux de sociologie et de philosophie sur le sujet – notamment ceux d’A. Gras. Un savoir ou une technique n’existe que s’ils sont pratiqués, institués au sens de Castoriadis. Les formes sont collectives et non individuelles et manipulables à merci. Comment imaginer la voiture sans les voies de circulation, les hôpitaux, les réseaux de pièces de rechange ? La technique est aussi peu instrumentalisable que l’histoire; elle repose dans des infrastructures sans lesquelles elle n’est pas efficace. C’est sur l’émergence des infrastructures qu’il faut s’interroger et non sur l’émergence des outils, même s’ils sont liés. Les techniques sont issues d’épistémè ou de paradigmes collectifs; leur destination dépend d’institutions collectives dont le temps d’évolution est celui de l’histoire, non de la volonté.

– à partir de là, comment « domestiquer l’économie » ? Garder les mêmes techniques mais en changer la finalité ? C’est impossible, changer les finalités revient forcément à changer les techniques et les savoirs jugés dignes d’intérêt. C’est là l’illusion marxiste de « réappropriation des forces productives », les socialismes de ce type ne se sont rien réappropriés d’autre qu’un capitalisme d’Etat. Peut-on faire « un autre usage » d’une centrale nucléaire ou de la génomique ? Je ne crois pas, je n’ai jamais rien vu de convaincant sur le sujet. Ni le nucléaire ni la génomique ne sont susceptibles de répondre aux problèmes énergétiques et agronomiques actuels, par contre ils vont absorber tous les financements disponibles pour les alternatives, ça c’est sûr.

– par conséquent les techniques et les savoirs issus du capitalisme ne survivraient pas à une réduction drastique de leur destination actuelle. La vieille thèse de Marcuse garde son actualité.

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Développement durable et dure réalité

A la suite de mon Pourquoi je ne suis pas en faveur de la décroissance un débat s’est initié dans le cadre du groupe de discussion réunissant les sympathisants du MAUSS (Mouvement Anti-Utilitariste dans les Sciences Sociales), la question qui se pose étant celle du caractère réaliste ou non de la proposition d’un « développement durable ». Le sujet est essentiel à mes yeux et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir ici pour lui offrir un forum.

Le résultat extrêmement positif de l’effort collectif que nous avons fourni autour de la question de la création monétaire me fait penser que nous nous pouvons réaliser ensemble une percée équivalente.

Je vous propose un texte de Jean-Paul Vignal, qui résume très bien ma propre position sur le sujet. On le trouve en-ligne dans La revue permanente du MAUSS, je le reproduis également ici pour amorcer la discussion dans le cadre de ce blog.

Jean-Paul Vignal

Le système financier actuel peut-il porter financièrement la transition vers des modes de développement durable ?

Le propos de ce texte est d’amorcer sans aucun a priori idéologique, une discussion productive sur l’adaptation du système financier actuel aux exigences de modes de fonctionnement dits durables qui reposeraient sur l’utilisation de flux constamment renouvelés plutôt que sur celle de stocks épuisables.

Le Constat : les limites d’une croissance cannibale et polluante

L’impact négatif des activités humaines sur l’environnement et sur les ressources épuisables est de plus en plus visible, au point que la plupart des experts scientifiques et des responsables économiques et politiques s’accordent à reconnaître la nécessité de s’orienter vers des modes de vie et de consommation qui, à la différence de ceux qui prévalent actuellement, n’affectent que peu ou pas du tout la biosphère.

Les ressources en énergie fossile et matières premières limitées dont nous disposons sont en effet insuffisantes pour permettre à 6 milliards de personnes ou plus de vivre durablement suivant le modèle de consommation actuel des pays de l’OCDE, un mode de vie dont on peut craindre par ailleurs qu’il ne dégrade si profondément la biosphère que les conditions de vie et même de simple survie en soient profondément affectées.

La croissance a-t-elle encore un sens dans un monde aux équilibres précaires et dont les ressources sont limitées ?

Certains experts estiment que cette transition vers des modes de fonctionnement moins prédateurs ne peut se concevoir sans une remise en cause de la croissance qui a caractérisé l’essor économique des deux derniers siècles. Les principes sur lesquels ils se fondent pour justifier ce qu’il est convenu d’appeler la décroissance ne sont pas critiquables, car ils reprennent la plupart des thèmes du développement durable. Le concept en lui même est cependant frustrant, car on ne peut que constater chaque jour le dépouillement dans lequel vit encore une large partie de la population mondiale. Dans ces conditions le repli sur soi qu’il implique peut paraître comme la forme la plus achevée du malthusianisme, et ce d’autant plus qu’il repose sur des bases scientifiques et techniques contestables. Si l’on se place dans une perspective strictement énergétique, on admet généralement que le soleil rayonne en permanence 120 000 TW sur la terre, alors que les besoins en énergie actuels correspondent à environ 13 TW, et que l’on peut espérer qu’ils plafonneront à 25/30 TW grâce à une utilisation plus rationnelle de l’énergie pour une population de 10 milliards d’individus vivant dans des conditions honorables.

Satisfaire cette demande est d’autant plus envisageable que les rendements actuels des capteurs solaires sont très perfectibles, qu’ils soient artificiels (solaire thermique et photovoltaïque, éoliennes….), ou naturels (plantes). Dans ce dernier cas, on estime par exemple que le rendement moyen de conversion des plantes est inférieur à 1%, alors que les scientifiques estiment que la limite se situe entre 12 et 15%. Cette augmentation de rendement serait d’autant plus intéressante qu’elle augmenterait très sensiblement le rôle de capteur de CO2 de la végétation, et diluerait légèrement la quantité de chaleur solaire absorbée par le sol ou réémise dans l’atmosphère.

Si l’on considère les progrès exponentiels des connaissances, dire aujourd’hui qu’il ne sera jamais possible de donner au plus grand nombre un niveau de vie acceptable ne parait donc pas très différent d’avoir affirmé il y a deux siècles que l’homme ne pourrait jamais explorer l’espace. Plutôt que de décroître, il faut simplement trouver le plus vite possible sous peine de graves tensions sociales, des façons de croître autrement, en respectant les ressources de la biosphère qui sont indispensables à la vie telle que nous la connaissons.

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« Pourquoi Paul Jorion est-il contre la décroissance ? »

Le 11 mars, Alain Caillé transmettait aux membres du MAUSS (Mouvement Anti-Utilitariste dans les Sciences Sociales) un texte de Marc Humbert intitulé « Des slogans pour mobiliser les foules et faire bouger le Monde – croissance, développement, développement durable, décroissance… ». Quelques jours plus tard, Fabrice Flipo répondait à Marc Humbert. Un échange s’instaurait entre eux sur ces questions. Comme vous le verrez, à un certain moment le débat se mit à s’intituler « Pourquoi Paul Jorion est il contre la décroissance ? », une référence à mon billet du 23 février intitulé Pourquoi je ne suis pas en faveur de la décroissance. Je rappelle en deux mots ce que j’y expliquais : que – c’est l’anthropologue physique qui parle – l’espèce est foncièrement « colonisatrice » et qu’il ne me paraît pas réaliste – c’est l’anthropologue social qui parle – de considérer qu’il lui soit possible de 1) ralentir, 2) stopper, 3) enclencher la marche–arrière. La fuite en avant est trop enracinée dans sa nature et on perdrait moins de temps et on gaspillerait moins d’énergie en canalisant de manière plus réaliste cette fougue vers des objectifs de rationalisation, nettoyage, domestication avancée des énergies renouvelables, etc. Ceci dit, je suis le premier à dire qu’il n’y a pas une minute à perdre !

J’ai pensé que ce débat vous intéresserait. Marc et Fabrice m’ont très aimablement autorisé à mettre leurs textes à votre disposition.

Fabrice Flipo
Le 14 mars 2008 13:06
Sujet : Un texte de M. Humbert sur la croissance, le développement, la décroissance etc.

Chers amis,

Il me semble toutefois que ce texte ne saisit pas la spécificité du mouvement écologiste – la « seconde altermondialisation » qui est l’altermondialisation écologiste (IFG etc.) – et donc pas ce qui fait l’intérêt de la décroissance. Pour cela il faudrait envisager le sujet non pas comme un problème de production / consommation et d’addiction réelle ou supposée à cette production / consommation mais à la question de la technologie (la logique de l’évolution technique) et l’anthropologie sous-jacente au développement. La primauté de l’échange économique dans nos sociétés se comprend au regard des buts qu’elle poursuit et des réalisations qu’elle affirme avoir effectué (maitrise de la nature, combat contre la rareté, puissance technique etc.). Cela n’est ni déconstruit ni même abordé. Pareto etc. sont des lectures d’économiste, ce qui fait agir les firmes et les individus est bien différent et c’est de ça dont il est question si on veut changer la structure de l’espace public à l’égard des enjeux écologiques.

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Un candidat écologiste aux élections présidentielles américaines

Ralph Nader a posé ce matin sa candidature à la présidence des États–Unis. Le public qui s’inquiétait déjà des 71 ans de McCain ne saura certainement pas trop quoi dire d’un candidat qui fêtera ses 74 ans dans trois jours. La question n’est cependant pas là : une candidature Nader n’est pas une grande nouveauté puisqu’il s’est présenté sans succès à la présidence en 1992, 1996, 2000 et 2004 : il n’avait alors suscité ni lame de fond, ni même grand enthousiasme, obtenant 2,7 % du vote en 2000 en tant que représentant des verts, et seulement 0,4 % en 2004, lorsqu’il se présenta en candidat indépendant.

Nader a justifié sa candidature en affirmant que les deux candidats démocrates – il n’a pas jugé nécessaire de mentionner les candidats républicains pour qui la chose va de soi – sont trop proches du milieu des affaires : « Il s’agit de reprendre le pouvoir à quelques–uns pour le rendre à la multitude », a–t–il déclaré. Il avait autrefois caractérisé l’Amérique comme « territoire occupé par les entreprises ». Il n’acceptera, dit–il, comme contributions à sa campagne que celles d’individus.

Nader est l’inventeur du droit des consommateurs : sa campagne en faveur de la sécurité automobile, Unsafe at any speed, « Peu sûre, quelle que soit sa vitesse », fut la première du genre en 1965. General Motor avait alors mis des détectives à ses trousses et payé des prostituées pour lui faire des avances. Avec le dédommagement qu’il obtint devant les tribunaux pour « invasion de la vie privée », il lança son mouvement. Il fut également écologiste de la première heure, s’en prenant d’abord à la question de la qualité de l’eau pour lancer ensuite une offensive contre le tout–nucléaire. Il attira aussi l’attention sur le peu de protection dont bénéficiaient les « whistleblowers » : les salariés qui dénonçaient les agressions de leur entreprise contre l’environnement.

Sur le plan politique, Nader s’est toujours déclaré partisan de la démocratie directe et avait lancé en 2005 un appel en faveur de l’« impeachment », la destitution, du président Bush pour avoir délibérément utilisé des informations falsifiées afin de justifier l’invasion de l’Irak.

A l’annonce de sa candidature, Mike Huckabee, l’adversaire de John McCain pour la nomination au sein du parti républicain, s’est réjoui, affirmant que Nader « vole » toujours davantage de voix aux démocrates qu’aux républicains. Nader est en effet honni de ceux–ci pour avoir récolté 97.000 votes en Floride en 2000, privant Al Gore dans cet état des voix dont dépendait l’issue de l’élection présidentielle. Ses partisans s’en tiennent à l’argument que lui seul constituait une authentique alternative. Il a publié de son côté les chiffres suivants : « En 2000, 25 % de mes électeurs en Floride auraient voté Bush, 38 % auraient voté Gore. Quant aux autres, ils se seraient abstenus ». Ce que Nader ne dit pas, c’est que, né d’une famille d’origine libanaise, il a toujours bénéficié également du vote « ethnique » des Américains d’origine arabe et persane.

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Pourquoi je ne suis pas en faveur de la décroissance

– Sombrer. – Sondez ce mot. Votre mort est bien pâle
Et pas grand’chose à bord, sous la lourde rafale…
Pas grand’chose devant le grand sourire amer
Du matelot qui lutte. – Allons donc, de la place ! –
Vieux fantôme éventé, la Mort change de face :
La Mer ! …

Noyés ? – Eh allons donc ! Les noyés sont d’eau douce,
Coulés ! corps et biens ! Et jusqu’au petit mousse,
Le défi dans les yeux, dans les dents le juron !

La fin, Tristan Corbière

Quand je réfléchis à cette question d’une constitution pour l’économie j’aborde toujours ma réponse en me demandant : « Qu’est-ce que l’espèce peut digérer ? » Comme vous le savez je n’ai pas une très haute opinion de la race humaine sous sa forme originale : brutale et arrogante dans son « état de nature », mais je l’aime sous sa forme avancée : l’« état de culture », celle où elle est parvenue à s’auto–domestiquer. Ceci dit, cette auto–domestication possède à mon sens des limites : tout n’y est pas possible, la nature primaire peut être infléchie mais non éradiquée et il convient toujours d’une certaine manière, de « faire avec ».

C’est là qu’intervient la première partie de mon « non » à la décroissance : l’espèce est « colonisatrice », au sens que l’on donne à ce terme en dynamique des populations, et à cela on ne pourra à mon avis rien faire. Mais ceci n’exclut pas qu’il existe un devoir de poser la question de la décroissance, quitte à lui répondre « non ». Paradoxalement, c’est dans ce que disent certains de ses partisans que je trouverai la seconde partie de mon « non » : mon refus du pessimisme de l’âme heideggérien.

J’ai bien connu à une époque, Michel de Certeau. J’avais vingt–huit ans et les conversations que nous avons eues à Cambridge ont été des moments privilégiés dans ma vie. Nous étions d’accord sur tout et en réalité sur rien. Je me souviens d’une remarque de Lacan, dans un de ses séminaires, je cite de mémoire : « C’est vrai que je dis là la même chose que X (je crois me souvenir qu’il s’agissait de Daniel Lagache – on me corrigera là–dessus), mais vous comprenez bien que si X et moi nous disons la même chose, ça ne peut pas avoir la même signification ! » Pareil pour de Certeau et moi : son point de départ et son point d’aboutissement restaient cette « abdication » de l’homme que Marcel Gauchet – après Feuerbach – dénonce à juste titre dans la religion : attribuer à Dieu un pouvoir qui est en réalité le nôtre, et y renoncer au nom de cette illusion.

Le mot « Heimweh » est un de ces mots germaniques véritablement intraduisibles en français. Quand Heidegger reprend à Novalis « la philosophie comme Heimweh », on traduit par « mal du pays » ou par « nostalgie » et on effleure maladroitement ce qu’il a cherché à dire. Le « Heimweh » c’est le pessimisme de l’âme provoqué par la détresse devant quelque chose qui nous dépasse et qui nous écrase à ce point par sa puissance qu’il ne nous laisse comme seule consolation que la nostalgie du sein maternel : c’est ça la philosophie comme la conçoit Le philosophe H.

Si je vous raconte tout cela, c’est parce que la décroissance chez Alain de Benoist a sa racine dans son « sens du sacré », qui pêche dans les mêmes eaux que le « Heimweh » chez Heidegger : le repli dans l’humilité. Ce n’est pas moi qui l’invente : lisons le chef de file de la « Nouvelle Droite » citant le Heidegger des Chemins qui ne mènent nulle part : « La détresse en tant que détresse nous montre la trace du salut. Le salut évoque le sacré. Le sacré relie le divin. Le divin approche le dieu ». Et c’est pourquoi je fonde ma seconde raison pour rejeter la décroissance dans le fait que de Benoist précisément la soutienne.

Ce faisant, je risque bien entendu de jeter le bébé avec l’eau du bain mais ce risque, je l’assume. Et j’irai plus loin : je m’élève en faux contre de Benoist quand il affirme que « Le décès de l’espérance révolutionnaire dans un salut terrestre constitue l’événement spirituel de cette fin de siècle [PJ : le XXè] » parce que ce décès n’a pas eu lieu et n’aura pas lieu tant que je serai là. Je l’ai dit : nous sommes une espèce brutale et arrogante. La brutalité m’est abjecte, l’arrogance au contraire m’est hautement sympathique, c’est elle qui sous–tend tous ces gros mots qui me font du bien quand je les prononce : Raison, Progrès, Moderne, Esprit des Lumières !

La planète est trop petite et nous l’avons enfumée. Nettoyons la, je ne suis pas contre. Mais surtout, nom de Dieu, conquérons les étoiles !

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