Un Bretton Woods dont l’espèce se souvienne

J’ai mis en ligne ma tribune sur la foi du témoignage de certains d’entre vous qu’elle n’avait pas été publiée dans Le Monde. En fait, elle est donc dans le supplément Monde-Economie daté du 12-13 octobre.

Un Bretton Woods dont l’espèce se souvienne

publié sous le titre : « La survie de l’espèce l’exige »

La situation actuelle est très grave : il n’existe aujourd’hui aucune position de repli. Il faut comprendre ce qui s’est passé et produire à partir de là, des solutions neuves : entièrement neuves, car les demi-mesures, on l’observe chaque jour, en Europe comme aux États–Unis, sont aussitôt emportées par la bourrasque.

Une refonte radicale des accords de Bretton Woods passe par une redéfinition des fonctions exercées par les banques centrales.

Dans le cadre du capitalisme, le capitaliste avance un capital à un entrepreneur qui fera fructifier celui-ci par son entreprise. Il se partagent ensuite le surplus généré par la combinaison de ces avances et du travail humain (et des rayons du soleil, ajoutaient les auteurs anciens). Or depuis 1975 environ, les investisseurs – les « capitalistes » – et les dirigeants d’entreprises ont eu la folie de substituer à la part déclinante du surplus revenant aux salariés, le crédit à la consommation. La réalité les a rattrapés et nous payons aujourd’hui tous le prix d’une telle cupidité.

Les banques centrales ont joué ici un rôle particulier, devenant des machines de guerre entre les mains des investisseurs seuls, manipulant les taux d’intérêt pour faire taire les entrepreneurs sous la menace de la fermeture d’entreprise et les salariés sous celle du chômage.

Les intérêts récompensent le capitaliste des avances consenties à l’entrepreneur. Pour que les intérêts puissent être versés, il faut que ces avances aient créé une authentique richesse. Or, le prêt à la consommation ne remplit pas ces conditions : le versement des intérêts est ponctionné sur le salaire de l’emprunteur, produit de son labeur, et nullement sur un surplus généré grâce aux avances. Lorsque les salaires déclinent, les ménages empruntent davantage. Les fonds ne constituent pas une avance productive mais le bouche-trou d’un salaire insuffisant. Du coup, les ménages gèrent leur budget à l’instar d’une « cavalerie ». Il vient un moment où la masse salariale décline à ce point que la cavalerie rentre dans le mur. C’est ce qui vient d’arriver

Une mission délicate avait été confiée aux banques centrales : s’assurer que la monnaie reflète la richesse créée comme surplus et non, comme c’est le cas aujourd’hui, le montant des paris faits partout dans le monde. Il faut que cette mission redevienne d’urgence leur tâche essentielle, réduisant la masse monétaire quand la richesse se contracte et l’accroissant quand elle est en expansion. Ce rôle, elles l’ont assumé par le passé, mais dans un cadre faussé de deux manières. Faussé premièrement parce que représentant les intérêts des seuls investisseurs, alors qu’elles devraient représenter la nation tout entière : investisseurs, dirigeants d’entreprises et salariés, dans le cadre d’une redistribution juste de la richesse entre eux. Faussé deuxièmement, parce qu’aveugle à la nature finie du monde que nous habitons : comptabilisant comme bénéfice net le pillage des ressources naturelles non-renouvelables alors que la richesse doit se juger à sa juste mesure : à l’aune de la santé de la planète, où son épuisement doit être enregistré au passif.

Un Bretton Woods II ne doit pas viser à modifier la nature humaine : il s’y casserait les dents. Mais le système financier est en morceaux. Le rebâtir ne sera pas un luxe car ce qui est en cause aujourd’hui, c’est la survie de l’espèce. Celle-ci réclame un Bretton Woods dont elle puisse se souvenir, où l’on définisse des principes à valoir pour les siècles des siècles : ceux d’une constitution pour l’économie axée sur la reconstruction du système financier et qui lui rende sa fonction première d’être le système sanguin de l’économie réelle, celle de la production, de la distribution et de la répartition des richesses. Une constitution veille à ce que les états de fait ne dictent pas leur loi : elle se désintéresse du cas par cas pour se contenter d’énoncer des principes directeurs établissant un cadre de référence qui permette de juger non seulement ce qui est mais ce qui adviendra.

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45 réflexions sur « Un Bretton Woods dont l’espèce se souvienne »

  1. Malheureusement vous faites lourdement erreur avec cette constitution économique car le cas par cas contre lequel vous la pensez un rempart est actuellement et depuis longtemps la méthode de gouvernement. Que ce soit à l’échelle de l’état ou de l ‘entreprise, cette similitude n’étant nullement fortuite.
    Vous pouvez trouver mieux que la constitution de je ne sais quoi, j’en suis sur.

  2. Vous n’y pensez pas, votre article remet trop en cause les années de propagande libérale du Monde pour être publié !

    Pourquoi ne pas être invité à « C dans l’air » pour contredire les indéboulonnables ayatollahs du libéralisme que sont les Cohen, Marseille, Touati et Godet pendant que vous y êtes !

  3. N’étant pas certain d’avoir bien compris le message précédent (scaringella), je ne prendrais pas le risque de dire que je ne suis pas d’accord… Si il est possible que Paul trouve encore mieux à l’avenir, je tiens à dire que je trouve (pour ma part) que ce texte est digne de ses meilleurs crus. Vivement que la grande presse le diffuse…

    Si je dis cela c’est qu’il me semble primordiale de garder en tête les leçons de l’histoire:
    Une vidéo, un peu longue mais tellement importante, que je conseil à tous. Vous remarquerez que si la conférencière est une historienne, sa description de la crise est cohérente avec le constat actuel… Cette conférence date de septembre 2006… ça se passe de commentaire!
    http://www.dailymotion.com/relevance/search/lacroix/video/x5njza_le-choix-de-la-defaite-annie-lacroi_news

    Pour ceux qui apprécient Etienne Chouard, un extrait de conférence à science Po, où il cite cette historienne en mettant en perspective son travail personnel:
    http://www.dailymotion.com/relevance/search/chouard/video/x6qay0_maastricht-article-104_news

    on y parle du fameux article 104, pour ceux que ça intéresse.

  4. C’est là que le choc se produit entre la nature de l’homme et le monde dans lequel il vit.
    Vous dites que vous laissez telle quelle cette nature humaine, pourtant pour adopter et respecter ces nouvelles règles des échanges, j’ai peur qu’il nous faille changer plus et plus vite que nous n’en sommes capables.

  5. @guillaume
    Une constitution n’empêche ni la guerre ni la torture ni toutes les abominations possibles. C’est tout. Les abominations financières de ces dernières années seront eternelles elles aussi tant que l’économie se voudra une science dont l’objet est la richesse alors que le seul objet de toutes les sciences de l’homme (dont l’économie politique) c’est l’homme. Les vendeurs de prêts pourris sont des malades qu’il faut soigner, comme tous ceux qui sont incapable de se contrôler. On pourrait dire que ce sont des psychopates ou des obsédés, tout aussi dangereux que ceux auquels ces mots font d’emblée penser. Ce n’est qu’en mettant l’homme au centre que l’on prend conscience de cela. Une constitution est un ensemble de principes, et ce sont ces principes qui sont réifiés voir déifiés. L’homme n’y est pas. Ces principes sont ils seulement légitimes quand on voit bien qu’ils sont si peu respectés dans les pays mêmes qui les écrivent comme un décalogue.

  6. « Maxime dit :

    11 octobre 2008 à 18:39
    Ah si cet article a été publié dans le Monde, dans le supplément du 12-13 octobre »

    Je suis désolé d’avoir induit Paul en erreur 🙁 … je ne savais pas qu’il y avait une édition le samedi soir…

  7. @scaringella

    Certes même les constitutions peuvent être ignorées, détournées, mais elles posent des principes, un cap, et cela n’a pas de prix. Elle pose des principes fondamentaux pour toute une société.

    Transposons la question de la constitution de l’économie sur le plan strictement politique où il existe déjà des constitutions. Imaginez un instant que les Etats-Unis n’aient plus de Constitution et qu’en cette circonstance un certain G.W. Bush fasse voter une loi d’exception. Pensez-vous alors que des juges puissent alors contester la détention arbitraire des détenus de Guantanamo si ne figure pas quelque part dans une constitution l’habeas corpus ? Les codes d’après lesquels les juges jugent sont des règles, mais ces règles ne tirent leur réelle légitimité que de leur formlisme. C’est toute la différence entre un ordre légiste et un ordre constitutionnel. La légalité sans la constitution peut sembler d’une application beaucoup plus stricte, mais en réalité elle dissocie ordre légal et valeurs humaines. Il me semble donc que c’est justement lorsque la vie en société n’est règlée que par un ensemble de règles, les règles ne renvoyant alors qu’à elles-mêmes, que l’on se trouve dans la situation du cas par cas que vous dénoncez. Car la modification constante des règles n’a plus à justifier, relevant d’un ordre légal qui ne se justiifie que de lui même. C’est l’essence de la technocratie, du néolibéralisme, la négation de la délibération collective et donc de la démocratie.

    Evidemment l’établissement d’une constitution est un acte politique, au sens le plus noble du terme.
    C’est d’ailleurs là que se trouve à mon avis la plus grande difficulté. Trouver un consensus — forcément de nature politique — pour établir une telle constitution économique.

    De même rappelez-vous, le débat français autour de la Constitution européenne. SI ce débat a tant passionné, c’est bien qu’il y avait autrour d’elle un enjeu majeur, qu’on la défendît ou qu’on la pourfendît. Et du reste, la partie la plus contestée était celle qui touchait à l’économie et la conception que l’on s’en faisait. A mon sens une constitution ce n’est pas un ensemble de règles, mais des principes desquels on peut inférer telle ou telle règle. C’est le néolibéralisme qui a prétendu que le monde pouvait être réglé, régulé seulement à partir d’un certain nombre de règles, leur opérativité résidant dans leur caractère scientifique dérivé d’une conception de l’économie calquée sur les sciences de la nature. Or l’économie, si elle a un fondement physique, manipule des grandeurs physiques, n’en a pas moins une dimension humaine, elle d’ordre qualitatif. Il s’agit encore et toujours de discuter, de poser des valeurs. Les prix des choses ne serait rien si, au départ, les hommes n’attribuaient de valeur à ce qu’il produisent et surtout en vue de quoi ils le font. Or, actuellement, en l’absence d’une constitution économique, il n’y a pas de « en vue de quoi ». L’économie est totalement totaulogique. Elle ne renvoie qu’à sa fonctionnalité, une fonctionnalité qui n’est pourtant pas réelle, puisque sa définition et sa mise ne oeuvre ont bien été au départ la résultat de certains choix, vite occultés, non explicités.

    Faire une constitution de l’économie est peut-être une entreprise difficile, mais si précisément elle est si difficile c’est parce qu’il y a là un noeud qui se noue et dont la crise actuelle est un symptome particulièrement vif. Enoncer une question de la nécessité d’une constitution de l’économie c’est déjà identifier un point aveugle du système et par là-même déjà une façon d’aller vers sa transformation.

    @ bugle

    J’ai longtemps trouvé le journal Le Monde très néo-libéral dans sa « ligne éditoriale », peut-être bien depuis une vingtaine d’années.

    Mais depuis peu, quelques mois à peine, j’ai remarqué une nette inflexion et celle-ci ne doit rien au hasard. Alain Minc, un des chantres de la « mondialisation heureuse » a quitté la présidence du conseil de surveillance, de même sont partis Alain Colombani, et tout dernièrement l’éditorialiste économiste très libéral, Eric Le Boucher, a quitté le journal. Depuis quelques mois il y a de nombreux éditos et éditoriaux dans ce journal pour dénoncer clairement, sans chipoter, les méfaits et surtout les principes du néolibéralisme. Soit dit en passant, mais ce n’est pas rien, la tribune de Paul Jorion cohabite avec une autre intitulée, je vous le donne en mille : « Le capitalisme touche à sa fin », signée Emmanuel Wallerstein, un néo marxiste américain, qui cite et se réclame notamment de Braudel, le même Braudel qu’affectionne aussi Paul.

    Il faut lire ce numéro du Monde, il était impensable il y a encore six mois. C’est l’acte de décès du néolibéralisme dans un grand journal français.

  8. @ Pierre Yves D,

    Merci tout d’abord pour cette longue réponse.

    Vous pointez différents aspects très intéressants. Tout d’abord le NON francais à la constitution européenne ….

    Dois je rappeller comment nos gouvernants ont décidé que le peuple était trop stupide et que ce NON n’était pas valable. On connait la suite. Les principes et les valeurs humaines on voit ce qu’il en advint.

    Vous opposez gaillardement les règles et les principes/valeurs ….. La constitution formalise des droits sois-disant inalienables et ne fait rien d’autre. Un pouvoir peut demain changer la constitution, elle a beaucoup changé d’ailleurs.

    Votre position est la aussi intenable. Malheureusement ce n’est pas vous qui décidez ni de ce qu’est la constitution ni ce qu’elle contient ni sous quelle forme. (Moi non plus ….).

    Pour ce qui est des lois d’exceptions, il y en a plein, dans tous les domaines et dans tous les pays. En France pays de l’égalité (une utopie et un non-sens … mais bon) les oeuvres d’arts ne sont pas assujeties à l’ISF. Parce que c’est pas bon pour l’art parait-il … Plus surement parce que le ministre de l’époque Fabius est d’une grosse famille d’antiquaires. On n’a pas vu les députés crier à l’abus de pouvoir.

    La constitution est un acte politique …. je rajoute comme les lois/règles puisque c’est le pouvoir en place qui les propose et fait l’agenda de ceux qui les votent.

    Ne confondez pas le théatre dont nous affligent les politiques et la politique qui est l ‘exercice du pouvoir et ça pour l’exercer, les politiques l’exercent. Et quand le théatre ne permet pas de faire gober la politique du pouvoir on sait ce qui se passe, voir plus haut pour le NON.

    Par contre vous pointez le plus important, la légitimité. Vous expliquez très bien en quelques mots qu’un formalisme quelqu’il soit et donc celui de l’économie actuelle ne rend pas compte de la totalité des implications sur l’humain de sa mise en application. Vous me rejoignez donc sur mes convictions de l’insuffisance manifeste d’un quelconque formalisme. En effet un formalisme est une sorte de théorie, une grammaire, mais seule l’expérimentation peut valider le formalisme. D’ou sa legitimité. C’est comme une théorie de physique, qui est conçue à partir d’hypothèses et qui doit etre vérifiée par l’experimentation. Le problème de l’économique et du politique c’est que l’experimentation se fait sur les humains. L’économie ne sera jamais la physique, le politique non plus. Donc un formalisme de plus??? Pour quoi faire??? Encore des horreurs??? C’est presque garanti d’avance.

    Tout le monde dit qu’il faut mettre l’homme au centre. Soit, mais qui se pose la question première : qu’est-ce qui nous fait humain et pas chimpazé? Posons des hypothèses, étayons une théorie de l’humain, expérimentons ce modèle à petite échelle et enfin utilisons le car il sera fait avec la méthode la plus rigoureuse qui soit. Il sera légitime et alors les formalismes qui en découleront seront légitimes ainsi que l’economie, la politique. Certes il changera comme tout modèle mais vers du mieux et nous aussi changerons vers du mieux.

    Vous avez la preuve tous les jours que la plus grande partie des décisions politiques économiques sont illégitimes. Les autres domaines de la vie en société sont pour la plupart gérés de manière illégitime. Et la raison en est cet inconnu central, l’humain. Le cas politique est flagrant. Un tel est élu, sur un programme, des promesses formalisées donc. Ce formalisme n’est pas expérimenté mais mis en application. Sa légitimité ne peut etre vérifiée qu’après coup et coûts. Et c’est toujours un echec. Il prouve qu’il n’était pas légitime et donc que le pouvoir à été usurpé par un tel qui ne sait pas ce qu’il fait.

    Paul vaut mieux qu’une mouture d’un formalisme qui sera illégitime une fois les bravos de la foule en liesse retombés.

  9. Très bon résumé.

    Paul Jorion a écrit :

    Or depuis 1975 environ, les investisseurs – les « capitalistes » – et les dirigeants d’entreprises ont eu la folie de substituer à la part déclinante du surplus revenant aux salariés, le crédit à la consommation. La réalité les a rattrapés et nous payons aujourd’hui tous le prix d’une telle cupidité.

    Les banques centrales ont joué ici un rôle particulier, devenant des machines de guerre entre les mains des investisseurs seuls, manipulant les taux d’intérêt pour faire taire les entrepreneurs sous la menace de la fermeture d’entreprise et les salariés sous celle du chômage.

    Les intérêts récompensent le capitaliste des avances consenties à l’entrepreneur. Pour que les intérêts puissent être versés, il faut que ces avances aient créé une authentique richesse. Or, le prêt à la consommation ne remplit pas ces conditions : le versement des intérêts est ponctionné sur le salaire de l’emprunteur, produit de son labeur, et nullement sur un surplus généré grâce aux avances. Lorsque les salaires déclinent, les ménages empruntent davantage. Les fonds ne constituent pas une avance productive mais le bouche-trou d’un salaire insuffisant. Du coup, les ménages gèrent leur budget à l’instar d’une « cavalerie ».

    C’est pour cette raison que l’usure, c’est-à-dire le crédit à la consommation, a été formellement interdit depuis … (restons en France et ne remontons pas à Solon) … les Mérovingiens jusqu’à la Révolution, et ensuite très fortement réglementé au XXe siècle jusqu’aux Giscardiens (Balladur, Madelin, Minc, Attali, Sarkozy).

    Le prêt à intérêt n’était par contre pas interdit pour les affaires: le prêt étant considéré comme une forme d’association à une activité marchande, avec le participation aux profits et aux pertes de l’entreprise (il était cependant interdit dans les domaines non marchands comme l’agriculture, et permis pour la construction d’immeubles d’habitation: un crédit foncier d’État existait à Paris au XVIIIe siècle). Il y a donc une différence fondamentale de nature entre prêt à la consommation (ou prêt de trésorerie) et prêt d’établissement (ou d’exploitation).

    Il convient de se rappeler que jusqu’aux années 1975,

    – 1°) tous les ménages bénéficiaient de crédit sans avoir de banque . Ma grand mère n’avait pas de carnet de chèque, mais elle avait des comptes chez tous les commerçants, et elle recevait « son compte » tous les mois, tous les trimestres, ou tous les ans, selon le domaine. J’ai retrouvé des notes de médecin ou de dentiste qui récapitulaient toutes les interventions faites pour sa famille pendant un an. Elle payait la somme, assez importante, sans discuter et par retour de courrier. Faute de quoi, son crédit aurait été entamé, elle aurait été discréditée, et on lui aurait demandé de régler comptant., ce qui était une honte. La possession d’une maison participait fondamentalement du crédit des familles: sans être formellement données en garantie, elles matérialisaient et garantissaient leur crédit social qui n’était pas individuel, mais collectif. Sans propriété immobilière, pas de vraie citoyenneté économique.

    – 2°) tous les agents économiques travaillaient sur fonds propres : ils pouvaient emprunter à une banque pour se doter en capital, pour s’établir, mais ils possédaient assez de trésorerie pour accorder du crédit à tous leurs clients (un médecin ou un agriculteur pouvaient faire les avances d’une année d’exercice, alors qu’actuellement ils ont tous une trésorerie négative d’au moins un an). C’est effectivement à partir des années 1975 (le développement du système Carrefour et la diffusion de Dallas à la TV) que tout le monde s’est mis à gérer sa trésorerie, qu’il a été bien vu de se comporter comme un rat, c’est-à-dire de recouvrer le plus tôt possible, et de payer le plus tard possible.

    Actuellement, les banques se sont attribué le monopole du crédit social , au point d’avoir fait oublier que le mot crédit ne désigne pas a priori un prêt bancaire, mais l’opinion favorable dont bénéficie une personne, ou plutôt un groupe de personnes solidaires, une famille dans la société où elle vit (le mot famille, vient de « fama », en latin la réputation, le crédit, il veut dire littéralement « groupe élémentaire de crédit ») .

    Actuellement, les entreprises travaillent toutes à découvert , et elles payent toutes un lourd tribut aux banques, et leurs activités seraient arrêtées si les banques leur retiraient leur crédit d’exploitation (le seul qui soit immédiatement exigible, ad nutum). Il y aurait alors un ralentissement de l’activité, une récession. Elle ne serait pas due à des difficultés économiques mais à la défaillance du secteur bancaire qui ne remplirait plus ses fonctions.

    C’est pour prévenir cette défaillance que l’État se croit obligé  »d’injecter des liquidité dans l’économie ». Malheureusement, cet argent ne va pas dans l’économie mais dans les banques, et les banque ont un trou tellement immense dans leur caisse qu’une très faible part de ces fonds restera disponible pour les entreprises : la plus grande part étant absorbée pour faire fonctionner, envers et contre tout, des établissements financiers en état de faillite outrepassé, et dont on n’exige pas qu’elles déposent leur bilan.

    A mon avis, pour éviter que le pourrissement de la finance bancaire ne contamine l’économie et le commerce en asphyxiant leur trésorerie, il faudra cantonner tout le secteur financier malsain sans attendre la cessation de paiement, ce qui ne peut se faire qu’en obligeant tous ces établissements bancaires à déposer leur bilan et à se soumettre à une procédure normale de redressement judiciaire : calcul de la date de faillite, appel de toutes les créances avec leurs dates d’exigibilité et inventaire de tous les actifs, etc. Si elles en sont arrivées, comme on l’a vu aux USA, a avoir une situation réduite à 1% de leur capitalisation boursière, il est inutile d’essayer de les recapitaliser ou de les renflouer.

    1°) – Il faudrait, en attendant ce moment qui ne pourra pas être différé encore longtemps, recréer un réseau indépendant de financement direct des secteurs économiques : un comptoir des entrepreneurs, un crédit agricole, un crédit foncier, peut-être en prévoyant de nationaliser ou reprendre certains réseaux d’agences bancaires existants.

    2°) – Il faudra aussi, si comme c’est prévisible, toutes ces injections de liquidités font brusquement démarrer un mouvement incontrôlable de dévaluation de toutes les devises internationales (une inflation géante), que l’État remette en circulation une monnaie locale avec support physique, des billets de la Banque de France. En effet, depuis 2000, la Fed et la BCE s’étaient entendues pour mettre en œuvre une politique financière consistant à enrayer toute inflation sur les prix à la consommation, tout en favorisant l’inflation de tous les actifs (immobiliers et boursiers). Ce système est arrivé à ses limites il y a un an : soit les actifs redescendent, soit les prix remontent. Or, les quantités massives de liquidités qui sont sensées pallier au financement de l’activité économique sont utilisées pour empêcher la déflation des actifs financiers et absorbées par le marché boursier. Et la masse monétaire se retrouve considérablement augmentée alors que le volume de production et d’échange ne croit plus.

    3°) Pour le cas où le marché mondial traverserait une crise des moyens de paiements, il ne serait pas inutile de faire un bilan des activités économique nationales secteur par secteur, d’évaluer le niveau de dépendance des marchés mondiaux pour les secteurs vitaux (agriculture, énergie, etc.), et de chercher les moyens de pallier à une impossibilité temporaire d’importation

    Plus de paiements en devises, c’est embêtant. Il paraît que maintenant, nous achetons à l’étranger 70 % du poisson que nous consommons, et 30 % de notre viande.
    Mais comment a-t-on pu en arriver là ?

  10. @ scaringella

    Depuis 5 millénaires que les civilisations existent, la Loi (et les lois les plus importantes s’appellent aujourd’hui Constitutions) a toujours été le moyen imaginé par les hommes pour se mettre d’accord et organiser la protection des plus faibles contre les plus forts. Aucune loi n’a changé les hommes ni réglé tous les problèmes, mais ce furent des petits pas vers notre humanisation collective.

    Pour ce qui est de l’anthropologie, faisons confiance quand même un peu confiance à Paul… Je suppose qu’il pense comme moi que l’homme est capable du meilleur comme du pire, mais que pour ce qui est de son comportement en société, il est vraiment très adaptable. Quand on lui impose une morale qui dit qu’il doit être un digne fils d’un Dieu qui lui demande de bâtir son salut personnel dans un monde futur, et bien il tente de s’adapter et y réussit souvent. Quand on lui impose une morale qui lui demande d’être un calculateur égoïste, seulement préoccupé de la maximalisation de son profit matériel, il tente de s’adapter et y réussit souvent.

    Je déteste l’élitisme car je crois à la démocratie mais il est bon que quelques-uns, favorisés par le lieu de naissance, le parcours personnel, l’histoire, le destin ou quelques gènes bien recombinés, réfléchissent aux lois qui, demain, permettront encore quelques pas en avant de notre espèce sociale. Rien de plus mais rien de moins non plus dans une constitution (imaginaire pour l’instant) de l’économie.

    Paul ne vaut lui aussi ni plus ni moins que la confiance que ses analyses inspirent et l’envie qu’il donne à certains de se battre plus efficacement contre nos instincts qui nous tirent vers l’animalité (qu’il faut aussi respecter en nous mais pas sacraliser). Quant à moi, avant de lire vos commentaires, j’ai fait un copié-collé des ¾ de l’analyse de départ et me propose de l’envoyer à ceux dont je sais qu’il tentent de débrouiller l’écheveau financier d’un monde complexe et qui ont assez d’optimisme de la volonté pour ne pas s’en retourner cultiver leur jardin. Les 2.604 caractères que j’ai retenus (ce qu’un lecteur paresseux accepte de lire) parviennent à dire l’essentiel. J’espère que ce sera bien mis en évidence dans le supplément du Monde…

  11. @ guillaume

    Merci. je viens de visionner la conférence d’Annie Lacroix-Riz. J’avais entendu Étienne Chouard l’évoquer, mais là pour paraphraser la fameuse réplique de Bernard Blier dans les tontons flingueurs: « c’est du brutal ! »….Respects madame Lacroix-Riz.

  12. Bonjour à tous :o)

    @ Scaringella

    Je comprends votre scepticisme à l’égard des constitutions puisque l’histoire ne montre quasiment que des constitutions trahissant profondément leur fonction essentielle (protéger tous les citoyens contre les abus de pouvoir) : toutes, elles organisent l’impuissance politique des citoyens au profit de politiciens de métier, eux-mêmes largement aux ordres de ceux qui financent les campagnes électorales et qui cumulent ainsi puissance politique et puissance économique.

    Mais ce n’est pas parce que quelque chose n’est pas encore arrivé aujourd’hui qu’il n’arrivera jamais, ce n’est pas parce que quelque chose s’est toujours produit jusqu’à ce jour qu’il se produira toujours. J’insiste sur un point crucial : si les hommes comprennent enfin CE QUI PERMET aux oligarques (les voleurs de pouvoir) d’utiliser le concept protecteur de « constitution » à leur profit, d’écrire des constitutions qui rendent possibles leurs intrigues, on se donne le moyen de TOUT CHANGER, j’en suis sûr.

    À mon sens, l’humanité néglige la clef de ses malheurs, à savoir QUI ÉCRIT ET SURVEILLE les constitutions ?

    C’est ça le point de blocage de l’idée démocratique : si le simple citoyen laisse les hommes au pouvoir (hommes à la fois nécessaires et dangereux par définition, par le fait même qu’ils ont du pouvoir) s’il les laisse écrire eux-mêmes les règles et les limites de leur propre pouvoir, le citoyen est bien bête et ils creuse lui-même, par négligence, la tombe de sa souveraineté, car les hommes au pouvoir vont tricher, à l’évidence (ils l’ont d’ailleurs fait en tous lieux et à toutes les époques)…

    Je crois que ce qui compte, ce n’est pas du tout QUI VOTE la Constitution (ceux qui le disent se trompent ou nous trompent) : ce qui compte, c’est QUI ÉCRIT et QUI SURVEILLE la Constitution : les ministres et les parlementaires, ainsi que tous les candidats aux pouvoirs institués (les hommes de partis, pour le dire vite) ne devraient pouvoir toucher pas même une virgule de ce texte dont le rôle est précisément et principalement de les limiter et de les affaiblir.

    Pour accéder à la démocratie, et pour donner aux luttes sociales une chance d’aboutir en arrachant nos fers, il faut SÉPARER strictement le pouvoir CONSTITUANT des pouvoirs CONSTITUÉS.

    On ne l’a jamais fait
    (sauf à Athènes ? Solon est parti pendant 10 ans après avoir écrit les règles, il me semble).

    Qu’est-ce qui nous retient d’essayer ?

    Bizarrement un enfant peut comprendre cette profonde cause de malhonnêteté originelle et l’humanité semble ne pas voir cette clef, abandonnant encore et toujours les Assemblées Constituantes aux partis (partis composés exclusivement de futurs hommes de pouvoir et de leurs serviteurs) par le mécanisme de l’élection.

    En acceptant que l’assemblée constituante soit ÉLUE, en acceptant donc que les partis nous imposent leurs candidats, nous acceptons que ce soit encore et toujours des hommes au pouvoir qui écrivent les règles du pouvoir et on n’en sort pas ; on ne peut pas sortir de cette nasse si on reste aveugle à cette évidence.

    Les banquiers, eux, manifestement, ont bien compris que les constitutions étaient le meilleur moyen de pérenniser leurs privilèges : en effet, ce sont des industriels et des banquiers qui ont voulu l’UE et qui en ont écrit (et fait écrire) les institutions (l’article 104 est un exemple significatif, non ?), de façon à ce qu’ils puissent rédiger ensuite même les lois ordinaires… Quand le banquier Jean Monnet décide de concevoir une Constitution pour l’Europe, il a compris assez tôt ce que nous, nous tardons à comprendre : le point décisif est QUI ÉCRIT ce texte supérieur.

    Donc, je vous comprends (car les exemples historiques ne sont pas encourageants), mais je crois pourtant que vous vous trompez en renonçant à cet outil formidable que serait une constitution honnête, c’est-à-dire une constitution qui serait écrite par une assemblée constituante désintéressée : tirée au sort parmi des citoyens élus librement (sans partis pour imposer leurs candidats) et dont les membres seraient inéligibles aux fonctions qu’ils instituent.

    Sur le tirage au sort, je rappelle ce document qui montre les effets pervers inévitables de l’élection, et la solution presque parfaite du tirage au sort si on l’institue astucieusement.

    Scaringella, quel inconvénient voyez-vous à garantir au plus haut niveau du droit, — un niveau qui s’impose à tous les pouvoirs, même aux traités (c’est à la Constitution elle-même de prévoir ce point stratégique de sa propre supériorité sur TOUTE autre règle) — que la création monétaire sera toujours réservée exclusivement à la puissance publique ?

    Autrement dit, comment imaginez-vous de contraindre autrement que par « le droit du droit » toutes les puissances d’un pays à respecter une règle pareille (dont les enjeux soient aussi tentants) ?

    Amicalement.

    Étienne.

  13. @Etienne Chouard
    Merci a vous pour cette longue réponse,
    Je ne suis pas sceptique, je constate des faits. Le QUI écrit la constitution revient à déplacer le problème sur ce QUI. En effet sans instruction au droit, ni à la politique comment quelques personnes tirées au sort pourrait fonder quoi que ce soit.

    Les discours du président sont édifiants de l inculture globale, truffés qu’ils sont de détournements de l’histoire. Personne n’est choqué ni ne monte au créneau. Les faits historiques sont ce qu’ils sont, des faits. Ils n’ont pas à être encourageant ni quoi que ce soit d’autre. Ils sont la pratique sociale correspondant aux autres aspects du corps social. Je note que vous remettez en cause les fondements des institutions actuelles, pour à la fin y revenir en en changent la forme, une qui vous parait viable (astucieuse). Ou sont les preuves que le résultat réel sera celui que vous prévoyez? Tant qu’on ne peut prouver on ne peut fonder. Ne faites vous pas un abus de pouvoir??Cela renvoie à ma réponse précédente a Pierre Yves D.

    Si Mr Monnet était un banquier on touche à peu prêt le même problème qu’avec le tirage au sort, l’incompétence. Dans le cas d’une personne c’est un problème moral, ce Mr aurait pris ses désirs pour faire des réalités. Dans le cas d’un groupe on parlera d’un défaut d’éducation.

    La création monétaire est déjà réservée exclusivement à la puissance publique, les instances étant au niveau européen.
    La BCE, ses missions et tout le reste sont écrit noir sur blanc dans divers documents. Ce sont nos élus qui ont voté ses textes voir nous-même. Les banques ne font que mettre en pratique les textes.

    Ce qui me fait dire que la constitution économique de Paul appelle la constitution européenne de ses voeux alors que le peuple n’en veut pas. Voyez vous comme votre position est intenable. De la même manière renvoyer qui écrit et qui surveille la constitution à des instances séparées ne fait que déplacer le lieu de pouvoir, intenable.

    Alors comment contraindre à respecter? Le respect ne se contraint pas, il se gagne. Si tout un chacun moi y compris passe son temps à réécrie les règles c’est qu’elles ne sont pas si respectables que ça. Quand à la contrainte elle met dans les mains du contraignant (donc irrespectueux on peut compter sur lui) le pouvoir.

    La conclusion est que je n’ai pas de solution toute faite, mais que le fondement est à définir. Ce fondement est et restera qu’est-ce qui nous fait humain? La méthode existe, c’est celle de Claude Bernard. Ce travail une fois réalisé l’enseigner sera jeu d’enfant et plus jamais sauf accident, l’abus de pouvoir ne règnera.

    @Alain
    Merci à vous aussi de prendre le clavier,
    Dans votre premier paragraphe vous dites que les lois ne changent pas les hommes mais dans le deuxième paragraphe vous notez qu’il est adaptable. On pourrait vous taxer d’incohérence facilement, ce serait navrant car vous mettez le doigt sur une contradiction très riche, entre les codes et les actes. Et formidable vous rattachez les comportements à la morale. En effet c’est la morale qui est à la source de la liberté, liberté de ses propres désirs, sans devenir ascète ce qui serait un autre exces. Mr Monnet aurait donc était prisonnier de ses désirs.

    Dans le 3eme paragraphe, votre horreur de l’élitisme est tempéré par la presque immédiate justification d’après un certain nombre de critères d’un systéme de castes. Encore une fois nulle incohérence, mais une riche contradiction. L’élitisme est ce que nous vivions dans nos sociétés modernes des années 20 à 70, c’est par leur compétences pratiques (d’entrepreneur) que des personnes se hissent au-dessus des autres en écrabouillant pas mal de monde. Les castes sont une organisation sociale qui lie les différents groupes. La contradiction est entre l’un et le multiple. Le système de caste donne une légitimité de facto. C’est la montée en puissance des experts, la nouvelle caste dominante.Ils sont utiles bien sur mais leur légitimité ne peut pas être intrinsèque, c’est à nouveau un abus de pouvoir. Sinon ce serait l’inde en europe. L’élitisme augmente l’instabilté sociale, les caste sclérosent. On le voit bien actuellement ou le peuple hurle que rien ne change.

    Vous faites vous-même le distinguo entre animalité (biologie) et humanité, position moderne au possible. Vous abondez dans mon sens qui est bien de faire une théorie complète de l’ humain afin de ne plus fonctionner animalement par essais et erreur (qui met en danger l espèce), mais grace à un vrai axe.

    Pour finir Paul demande lui-même dans les premieres lignes des solution neuves, entierement neuves. Une constitution c’est vieux comme le monde, et ça ne marche pas. La globalité de la crise montre que les réponses locales sont inadaptées, mais la réponse globale qui se limite au monde financier n’est pas globale. ça ne marchera pas. La montée de l’écologie est la preuve qu’une réponse globale est nécessaire. Mais le fondement n’existe pas, ce qui empèche la formation d’un mouvement politique cohérent et unis.

    Paul montre bien aussi que le problème est moral. L appat du gain est un problème personnel pour un adulte, mais la morale, l auto-limitation est un apprentissage à faire dans l enfance et la jeunesse, cela incombe aux parents et aux institutions. Inutile de se lancer dans une diatribe mais le résultat montre bien que nous avons faillis.

    Amicalement à tous.
    Bernard.

  14. Pas mal pris à nouveau, je vais tâcher de mieux fouiller les messages depuis 1 ou 2 jours.
    Enfin cette remarque. La remontée en lice des banques centrales, pourquoi pas? Mais « Qui » (ou quoi) agit aux commandes des banques centrales?
    Que cette crise ne donne pas finalement raison à David ROCKEFELLER (en 1992 je crois) quand il déclara:

    « Nous alons vers l’émergence d’une transformation globale. Tout ce dont nous (ndlr, qui donc nous??…) avons besoin est — la crise majeure — et le peuple acceptera le nouvel ordre mondial »

    L’avertissement est bien là. À nous de jouer.

  15. @ Rumbo, et à tous aussi, bien sûr,

    J’allais justement écrire un post dans ce sens ! Depuis les « résultats » du G7 vendredi, je me pose la question de savoir si la crise actuelle n’a pas été voulue et délibérément provoquée par ceux qui, dans l’ombre, semblent tirer les ficelles de la phynance depuis des décennies, avec l’objectif ultime d’instaurer un gouvernement mondial (cf. la déclaration de D.R. à la commission trilatérale).

    Or les conclusions du G7 de Washington préconisent justement une réponse mondiale… Troublant, non ?

  16. Ce fil est très intéressant. Révolutionnaire même. Il oblige à monter d’un niveau à chaque fois, de la loi à la constitution, puis à la morale et j’ai même cru entrevoir un dieu.

    @Guillaume, je connaissais depuis peu Mme Lacroi-Riz (dangereuse communiste, peut-être même stalienne, faudrait enquêter), merci pour ce très long (plus de 3heures) lien. A partir de la 50ème minute on se croirait aujourd’hui ! pour suivre Gibus : « il faut reconnaitre que c’est plutôt une conférence d’homme ».

    Que penser de lois (ou traités) en contradiction avec une constitution ? quand l’article 1 sections 10 de la constitution US dispose que seuls l’or et l’argent ont cours légal (http://www.constitution.org/constit_.htm) ; que se passera-t-il lorsque USA Inc. fera défaut sur sa dette exprimée en Federal Reverve Notes ayant cours légal mais à l’évidence inconstitutionelles ?

    Que se passera-il lorsque les « Nous le Peuple « européens défailleront vis à vis de l’étranger qui se serait engagé sur la base du « mini-traité » qui ne fait que reprendre ce qu’ils venaient juste de refuser démocratiquement (quelqu’en soient les bonnes ou mauvaises raisons) ? i.e. quel est le pouvoir réel d’élus qui violent ou contournent le choix du peuple ?

  17. @ Scaringella

    Merci pour votre patience.

    Vous êtes beaucoup trop sévère, je crois, avec LE SEUL outil qui peut vous (nous) garantir la LIBERTÉ : la Constitution.

    J’analyse votre position pessimiste comme une forme de suicide politique, une forme de servitude volontaire. Mais c’est peut-être vous qui avez raison, je ne veux pas être dominant en vous donnant mon interprétation, je sais que je peux me tromper.

    Jean Monnet n’était pas inculte du tout et il n’a commis aucune erreur, bien au contraire : il a servi sa caste, ses amis — et excellemment ! — en ayant parfaitement compris ce que les citoyens, abrutis de travail et hypnotisés par la télévision, ne comprennent toujours pas et — c’est un comble ! — qu’ils refusent même d’envisager quand on le leur suggère explicitement : LES POUVOIRS OBÉISSENT AU DROIT DE HAUT NIVEAU ; C’EST LA CONSTITUTION QUI LEUR DONNE LEUR FORCE, leur pouvoir, et qui limite (ou limiterait) ces pouvoirs ; il est donc absolument stratégique POUR LES GOUVERNANTS (et pour nous, les sujets gouvernés, c’est l’inverse : c’est absolument catastrophique) qu’eux-mêmes ou leurs hommes liges écrivent et surveillent ce texte.

    Vous évoquez une CULTURE, selon vous indispensable, pour rédiger une constitution.

    Je vais vous contredire : ma propre expérience (depuis 2004) et celle des militants qui m’ont rejoint à l’Université Populaire d’Aix (lors des séances sur les institutions) démontre, je crois, que cette culture n’est ni préalablement indispensable ni inaccessible ; en surévaluant la difficulté, je pense que vous rendez vous-même impossible ce qui ne l’est pas naturellement.

    Il m’a suffit (et je prétends qu’il en est de même pour tout citoyen un peu motivé) de quelques semaines de lecture, de réflexion et d’échanges pour découvrir — NATURELLEMENT — TOUS les rouages fondamentaux de protection contre les abus de pouvoir que les plus grands penseurs ont imaginés et décrits depuis la nuit des temps.
    ___________________________________________

    Je résume ci-dessous ce que tout un chacun —même inculte !— va comprendre NATURELLEMENT en quelques heures, parce que c’est le BON SENS élémentaire qui le suggère et que seule la malhonnêteté (ou la servilité ?) conduit à s’éloigner de ces règles.

    Voyez ci-après comme la démarche institutionnelle est simple et naturelle — ne l’abandonnez donc à aucun expert ; « la vigilance ne se délègue pas » (Alain) :

    1) On observe qu’avec le temps, le pouvoir corrompt même les citoyens les plus purs ?
    Solution institutionnelle : il faut donc faire tourner rapidement le pouvoir, ROTATION DES CHARGES, mandats courts et peu renouvelables.

    2) On observe que le pouvoir a toujours tendance à abuser, que le pouvoir va jusqu’à ce qu’il trouve une limite (Montesquieu) ?
    Solution institutionnelle : il faut donc que le pouvoir arrête le pouvoir : SÉPARATION DES POUVOIRS et contre-pouvoirs à TOUS les étages.

    3) On observe que les pouvoirs ont une tendance historique à s’autonomiser ?
    Solution institutionnelle : il faut imposer la REDDITION DES COMPTES en cours et en fin de mandat, et garantir des procédures d’INITIATIVE POPULAIRE qui permettent aux citoyens de reprendre le contrôle de leurs représentants quand ils le jugent utile : évaluation, jugement et sanction des représentants fautifs doivent être possibles à tout moment, à l’initiative d’un seul citoyen.

    4) On observe que les hommes ont naturellement tendance à fabriquer des orthodoxies et à s’y enfermer au point de devenir sectaires et oppressives (religions, idéologies politiques comme le communisme, le libéralisme, etc.) ?
    Solution institutionnelle : donner une place inattaquable aux pensées dissidentes, protéger les minorités, organiser la MISE EN SCÈNE DES CONFLITS, garantir le droit de parole des donneurs d’alerte (whistleblowers) avec l’ISÉGORIA, droit de parole publique pour tous, À TOUT PROPOS et à tout moment.

    5) On observe que l’élection pousse tous les jours les candidats et les élus à mentir et qu’elle incite fortement les riches à corrompre les élus ? On déplore que l’élection donne un avantage décisif aux factions, aux groupements idéologiques soumis à une discipline de pensée et à un chef (l’élection à grande échelle ne peut être gagnée que par un parti) ?
    Solution institutionnelle : remplacer le « tout élection » par le tirage au sort ou, au moins, insuffler une bonne dose de TIRAGE AU SORT dans les rouages électoraux pour dissuader les intrigues (au lieu de les favoriser comme le fait l’élection !).

    6) On observe que la souveraineté politique procède de la souveraineté monétaire ? On constate que l’abandon de la création monétaire est l’enterrement du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ?
    Solution institutionnelle : déclarer solennellement, au plus haut niveau, que la SOUVERAINETÉ MONÉTAIRE EST RIGOUREUSEMENT INALIÉNABLE à quelque force privée que ce soit, nonobstant tout traité ou autre manœuvre déclarée frauduleuse par principe.

    7) On observe que l’information des citoyens, élément décisif de la formation de l’opinion et de la volonté générale, peut être manipulée et circonvenue par l’acquisition des médias de masse (et la subordination des journalistes salariés) par les plus grandes puissances économiques (dont l’intérêt particulier est radicalement contraire à l’intérêt général) ?
    Solution institutionnelle : interdire au plus haut niveau toute appropriation privée des médias de masse et, par le moyen d’un financement public et d’une évaluation impartiale, rendre TOUS LES ORGANES D’INFORMATIONS À LA FOIS RESPONSABLES ET INDÉPENDANTS, aussi bien du gouvernement que des entreprises.

    ___________________________________________

    Voilà donc les quelques grands principes (pour la plupart connus depuis des millénaires mais oublié par les peuples, fort opportunément pour les voleurs de pouvoirs qui ne s’occupent guère de transmettre ces savoirs rebelles à l’école, inutile d’expliquer pourquoi), principes qui, s’ils étaient appliqués, donneraient au peuple un vrai contrôle des pouvoirs, une vraie démocratie.

    Pas de quoi en faire un idéal inaccessible, n’est-ce pas ?
    Ça tient sur une page A4.

    Je vous dis que tout citoyen en âge de lire et d’échanger avec ses semblables peut parfaitement intégrer cette « culture » en quelques semaines et contrôler personnellement que la constitution en cours d’élaboration respecte bien les plus grands principes protecteurs.

    Cette réalité rend extrêmement séduisante l’idée du tirage au sort de l’Assemblée constituante, je trouve.

    Ce qui est difficile, ça oui, c’est de faire sortir le plus grand nombre des « honnêtes gens » de leur léthargie, de leur désespérante résignation, inculquée quotidiennement depuis 2 000 ans de christianisme au service du pouvoir à travers le catéchisme et la pédagogie de la soumission au Prince (élu de Dieu) qu’ont théorisés Paul de Tarse (« Saint-Paul ») et ses successeurs.

    Mais c’est aussi de vaincre nos propres complexes d’infériorité, comme lorsque vous dites, en substance, « les solutions institutionnelles ne règleront rien puisqu’elles n’ont jamais rien réglé et puisqu’elles ont même au contraire toujours servi à verrouiller notre impuissance à tous ».

    « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. »
    Sénèque

    Il faut que les gens fassent le lien entre leurs problèmes quotidiens, leur impuissance politique, et la Constitution, et plus précisément LES AUTEURS de la Constitution. Ce qu’ils n’ont JAMAIS appris à l’école ou lu dans les journaux.

    C’est la compréhension par les travailleurs dépolitisés de cette relation de causalité « bonne ou mauvaise constitution => liberté ou servitude » que nos MOCRIES devraient expliquer, tous les mercredis, obstinément, dans tous les villages et quartiers d’Europe.

    Enfin, je soumets au feu de votre analyse critique cette pensée que je viens de découvrir dans un des nombreux livres que j’épluche tous les jours pour étayer solidement ma thèse :

    « Seuls les freins imposés aux magistrats font les nations libres ; et c’est le défaut de ces freins qui les rend esclaves. Les nations sont libres lorsque les magistrats du gouvernement sont confinés à l’intérieur de certaines limites qui leur soient assignées par le peuple, et lorsqu’ils agissent en vertu de règles qui leur sont prescrites par le peuple. Elles sont esclaves en revanche lorsque leurs magistrats choisissent les règles qui leur conviennent et n’agissent qu’en fonction de leurs désirs et de leurs humeurs. »

    John Trenchard, républicain anglais (whig) cité par Philip Pettit dans « Républicanisme. Une théorie de la liberté et du règlement. » (NRF Essais Gallimard, 1997, p. 282).

    Pourriez-vous nous résumer la « méthode de Claude Bernard » que vous pressentez comme une bonne piste ?

    Amicalement.

    Étienne.

    _______________

    PS :

    Vous dites : « La création monétaire est déjà réservée exclusivement à la puissance publique, les instances étant au niveau européen. » Non, aujourd’hui, la création monétaire n’est pas du tout « réservée exclusivement à la puissance publique ». De quoi parlez-vous ? D’où tirez-vous cette étonnante certitude ?

    Vous vous appuyez sur des faits, certes, et vous observerez que je ne conteste nullement ces faits passés : mais il me semble que les faits passés ne donnent aucune certitude que les faits futurs seront identiques. Heureusement :o)

    Et le fait de ne pas pouvoir prouver que ce qui n’a pas encore été est pourtant possible ne fait pas la démonstration qu’il ne sera pas. Heureusement :o)

    Vous signalez que « le peuple ne veut pas de constitution » (européenne). Je dirais plutôt que le peuple ne veut pas de celle-là (et il a bien raison, je crois) ; mais d’où tirez-vous la certitude que le peuple ne veut aucune constitution ?

  18. Ce serait plutôt l’occasion de mettre un terme à l’Erreur néolithique… pas de remettre un autre tour de cette déastreuse civilisation. C’est uniquement comme ça que l’on peut espérer assurer l’avenir de l’espèce homo sapiens. Bretton woods 2 quel foutaise, comme kyoto, un simulacre de changement n’importe quoi plutôt que de faire face à la musique…

  19. Mmmmhh… Voyons, voyons… En supposant que qui nous savons (ou suspectons) est bel et bien aux commandes de cette crise, l’étape suivante qu’il imposera (et a sûrement déjà imposé ces derniers jours) sera une intervention massive des États, et donc des contribuables, pour faire semblant de maintenir en vie un système bancaire qui se vide de son sang à la vitesse grand V.

    Sachant que ledit système a besoin de beaucoup plus ce que les États peuvent lui apporter, lorsque lesdits États seront à sec (on n’en est déjà pas loin) et que tout l’épargne des contribuables aura été siphonée et aspirée dans le trou noir de ce tonneau des Danaïdes, les États (gouvernements), et donc les populations, tomberont comme un fruit mûr (ou plutôt comme une coquille vide) et les néo-fascistes pourront imposer sans résistance (officielle) leur gouvernement mondial…

    Je délire ou c’est dans le domaine du redoutable ?

    ’état devrait retrouver absolument ses prérogatives de création monétaire, et s’il le fallait , cette période tout à fait particulière pourrait être le prétexte pour rallier tous ces mouvements épars qui s’épuisent à combattre dans leur coin, coordonner tous ces fronts de résistance , dans une marche à l’image de cette marche des gueux qui a eu lieu en Inde en 2006 pour la réappropriation des terres des intouchables notamment. Une marche vers Paris et un sitting devant le parlement tant que nous n’avons pas satisfaction, exiger le retour de la création monétaire à l’état, c’est une idée!

    J’aime bien votre proposition, Catherine. Étienne, tu es toujours là ? En voilà une idée qu’elle est intéressante, non ?

  20. Excusez un ex-législateur de défendre la Loi mais ce n’est pas parce qu’elle n’est pas appliquée par tous qu’elle n’est pas utile…
    Lorsque Moïse est descendu du Sinaï, avec les Tables de la Loi (la Constitution, quoi…), l’article premier disait « Tu ne tueras point !». Et bien, je crois savoir que, depuis lors, il y en a certains qui tuent encore… Les Tables étaient-elles donc des pierres gravées dénuées de sens. L’athée que je suis répond « Non ». Fallait bien que l’on commence quelque part à essayer de réguler nos désirs (comme le dit Scaringella…) de… mort (car il y a désir et désir et faut pas mettre le couvercle sur tout… ascétisme non merci, faites l’amour et pas la guerre).
    Mais que faisait le peuple élu quand Moïse s’est ramené au campement ? Et oui, ses ouailles étaient en train d’adorer… un veau d’or. Damned, déjà la finance ! (pas encore mondialisée heureusement). Et comme Scaringella, Moïse fracassa les tables en gueulant : « Bande de veaux (pas en or), allez vous faire rôtir chez Belzebuth…). Il s’est calmé après mais il a dû remonter au sommet du Sinaï (sans pousser un gros rocher, on n’était pas chez les Grecs…) recopier cent fois les Tables et comme punition supplémentaire il n’a jamais vu le pays où coule le lait et le miel. Comme quoi, notre traversée du désert est longue mais c’est parfois l’excès du désir de « beaucoup mieux et tout de suite ! » qui empêche de mettre un pied devant l’autre…

  21. J’aimerai avoir un avis sur les raisons de cela :

    (Lu dans « Aujourd’hui en France » du lundi 6 octobre 2008)

    « JP MORGAN A ACCELERE LA CHUTE DE LEHMAN

    Selon l’hebdomadaire américain le « Sunday Times », qui s’est référé à des documents déposés la semaine dernière auprès d’un tribunal des faillites de New York, JP Morgan Chase (JPMC) « est accusée d’avoir gelé 17 milliards de dollars (NDLR : 12,34 milliars d’euros) de liquidités et de titres appartenant à Lehman le vendredi soir précédant sa faillite ».
    « Le comité des créanciers comprend que, le 12 septembre 2008, JPMC a refusé à LBHI (Lehman Brothers Holding Inc.) d’accéder à ces actifs et au lieu de cela a gelé le compte de LBHI », indiquent les documents. « En conséquence des actions de JPMC, LBHI a souffert d’une crise de liquidités immédiate », soulignent-ils. J.A. »

    Alors pourquoi une telle action de JP Morgan ???

  22. Bonsoir les amis,

    j’ai passé l’après-midi à répondre à scaringella, mais le message était probablement trop long pour passer sans l’aval de Paul. Il faut donc attendre que Paul ait un moment pour le publier manuellement.

    J’y récapitule les plus grands principes protecteurs (ça tient sur une page A4) que, à ce que j’ai pu constater, chaque humain découvre NATURELLEMENT dès qu’il se penche un peu sérieusement sur les abus de pouvoirs depuis toujours : rotation des charges, séparation des pouvoirs, reddition des comptes, initiative populaire, indépendance et responsabilité des outils d’information, iségoria et mise en scène des conflits, révisions constitutionnelles radicalement indépendantes des pouvoirs établis et toujours confirmées par référendum…

    Il me semble que la prochaine révolution (ce n’est pas si grave, une révolution, il y en a tout le temps et partout sur cette planète) donnerait de bien meilleurs résultats pour les simples citoyens si ces citoyens avaient AU PRÉALABLE une idée précise du PROCESSUS CONSTITUANT À mettre en oeuvre IMPOSER le jour-même du renversement des voleurs de pouvoir.

    Tant que la plupart des gens parlent d’Assemblée constituante ÉLUE (sans voir le danger paralysant de cette modalité décisive), je ne suis pas pressé que le changement advienne parce que je sais que, dans ce cas, rien de fondamental ne changera et que notre impuissance politique perdurera.

    Étienne.

  23. La lecture (toujours hélas trop rapide) des échanges ci-dessus m’amène à me référer à une réflexion, ou une position qu’on attribue, je crois, à Saint Simon; pourtant, ce que le sais de lui m’attire pas particulièrement à le pratiquer. Je précise donc que je reprends entièrement cette « mouture » à mon compte si j’employais à peu près les mêmes termes ou tournures.

    Et ceci en respectant entièrement les avis des débatteurs sur cette question d’une constitution, tout en précisant que Étienne Chouard à raison de faire avec les « moyens du bord », quoiqu’on puisse en dire.

    Ceci précisé, je pense qu’il s’agit de plus en plus de développer en priorité une technique (ici monétaire, j’y reviens de suite) plutôt que la priorité de « commander les hommes », ou, puisque c’est sans doute « passé de mode », chercher constamment à les influencer… J’insiste sur le fait que je dis bien: la priorité, et non pas: remplacer.

    Donc, donner la priorité au développement technique sain des choses qui nous servent (le plus important: la monnaie) sur la prégnance à avoir sur les hommes. Et ceci, en réactualisant les instances et corps intermédiaires de la société qui étaient très stabilisateurs, chacun d’eux apportant un ‘sens de la vie’ qui manque si cruellement à présent.

    La combinatoire idéologique et économique socialo-libérale, qui dura peut-être deux générations, ayant dissolu la société pour l’essentiel. Résultat: le faux, mais durable triomphe du tout marché, du tout financier, du tout libre échange, du tout insipide, produisant une sorte de « sida » socio-économique, détruisant les défenses immunitaires internes à la société qui furent longues à se former, abattant les parois (frontières) qui permettaient, à l’instar des cellules en biologies, de filtrer et respirer pour garder et développer un métabolisme économique et social sain et fécond, autrement dit, nous avons été atteints par les « pires acides » pour dissoudre toute la société…

    Ainsi la technique monétaire vraie, et correspondant aux définitions, descriptions, qualifications et objectifs faits par plusieurs correspondants ci-dessus, dont Paul bien sûr, peut être (très) résumé ici comme répondant dorénavant:

    à une production abondante = argent abondant
    à une production moins abondante = argent moins abondant (raisons? Pic du pétrole, réchauffement climatique, etc,)
    à une production automatique = argent automatique

    soit une — rigidité — sans faiblesse et élasticité entre la production et l’émisison monétaire.

    Voici un développement technique accessible à tous et son application possible.

    http://michaeljournal.org/finsain3.htm

    Si c’est une constitution tel qu’il est traité ci-dessus, et qui est le plus sûr et court chemin pour la Justice dans le traitement de l’argent, l’on voit que des solutions existent. Donc, vite, un cadre constitutionnel idoine. La crise doit être notre marche-pied.

  24. A Armand,

    « Mme Lacroi-Riz (dangereuse communiste, peut-être même stalienne, faudrait enquêter) »

    enquêter sur quoi ???!! sur les idéaux politique de Madame??!! « dangereuse communiste, peut-être même stalienne » alors là Armand, autant je suis régulièrement en accord avec vos interventions, autant celle là me laisse pantois!

    Peut-être par ce que je constate qu’une méthode qui a fait ses preuves est le discrédit d’un auteur pour discréditer une œuvre qui ne le serrait objectivement pas autrement, une œuvre qui dérange…

    Bien sur qu’il faut prendre en considération le parcours, les idées de l’auteur mais de la à se laisser aller à des résurgence de maccarthisme aussi primaire, vous me surprenez!

    Comme répond Ventura à Blier -qui lui propose de s’en jeter un p’tit- « SEUL LE FAIT EST »! Il en est ainsi pour l’Histoire de mon point de vue, même -et surtout- si c’est du brutal…

    N’étant pas de gauche personnellement, je tiens à vous dire que les interventions que je reçois de Annie Lacroix-riz (je fais partis de sa mail list) ne sont pas celles d’une partisane d’un nouvel octobre rouge…

    Amicalement
    http://www.dailymotion.com/relevance/search/lacroix/video/x5njza_le-choix-de-la-defaite-annie-lacroi_news

  25. @Tous,
    Ettienne Chouard finalement est un fin politique …..
    Reprenons sa dernière réponse:

    Position suicidaire, servitude volontaire … Diable si j’avais écrit ça je ne l’aurais jamais écrit puisque je me serais déjà pendu. Bien au contraire j’appelle à un changement radical.

    A propos de Mr Monnet: J’ai surtout expliqué que Mr Monnet avait un problème moral. Ce que vous confirmez en le disant servir sa caste.

    Pour la culture dont vous contredisez la nécessité, vous écrivez ensuite qu’elle n’est pas indispensable ( alors pourquoi donnez vous des cours??) ni inaccessible re-??. En plus vous l’enseignez à l’université. Bref vous dites comme moi que la culture et bien il faut l’acquérir. Je n’ai jamais dit que c’était inaccessible. Mais bien sur quand c’est vous qui dispensez la culture, c’est tellement mieux. 😉

    Pour ce qui est du BON SENS je m’en méfie comme de la peste, et s’il suffisait alors vos cours et votre constitution sont inutiles.

    Pour ce qui est de votre critique des religions et en particulier du christianisme je vous laisse assumer …. Les croyants de passage apprécieront. Je vous donnerais le bénéfice du doute, un manque de culture sur ce que sont les religions.
    Pour quelqu’un qui veux vendre des principes vous commencez mal. Je signale que je ne suis pas croyant.

    Je n’ai jamais dit qu’une constitution ne réglait rien, j’ai dit qu’il y avait avant tout à repartir de la base, qui est : qu’est-ce que l’humain ?

    Vous rappellez plus loin que le lien entre le quotidien et les textes ne peut etre fait que part l’enseignement. Dites? C’est qui qui parle d’inculte là???

    Quand à ce qui est d’éplucher des livres, j’en suis un autre et je le prouve. Simple bachelier, je travaille dans un centre de recherche européen avec les plus grands physiciens de la planète. Ce n’est que mon travail personnel (et pas seulement les livres) qui me l’ont permis, le mode de vie scolaire ne me convenant pas. Ce qui ne m’emp`che pas de dire que l’école c’est indispensable.

    Pour ce qui est du passage de livre que vous citez, le passage de l’auteur anglophone qui est lui-même cité est inexploitable en l’état puisque pas daté donc impossible à remettre dans un contexte historique, donc impossible de comprendre ce qu’il a voulu dire. Projeter ce que vous voulez lire dans tous les livres que vous voulez ne sert pas à faire avancer le débat, mais seulement à vous faire plaisir à vous-même.

    Pour ce qui est de la création monétaire relisez svp, je crois avoir fait simple, je répète: c’est dans les textes votés par nos élus voir par nous-même. C’est la puissance publique actuelle par définition.

    Non sans blague? Vous ne connaissez pas Claude Bernard? Google please 😉

    Bref …..
    Etienne je comprends que votre thèse vous tienne à coeur mais en fin politique vous commencez par un attaque ad hominem, puis vous vous posez comme seul autorisé à la diffusion de la (bonne/votre) culture, mais aussi seul capable d’apporter le bon sens, puis vous vous lancez dans une diatribe contre les communautés de croyants, vous projetez vos propres idées dans celles des autres, vous tronquez à qui mieux mieux les propos de votre contradicteur.

    Fin politique qui à l’air de connaitre toutes les ficelles (un peu grosses et surtout éculées de nos jours) qu’itilise la classe politique.
    Je vous prie à l’avenir d’être plus respectueux et raisonnable dans vos propos, moins condécendant, plus amical, moins agressif. Vos problèmes personnels avec la religion, avec l’éducation ne devraient pas obliterer votre reflexion. Si Paul modère son blog, j’en appelle à lui. Vous ne pouvez dire n’importe quelle horreur à des gens et des communautés que vous ne connaissez pas. Le blog de Paul vaut mieux que ça.

    Cordialement, Bernard.

  26. Bernard,

    Je ne me reconnais pas dans votre recomposition de mon message.
    Vous me prêtez des intentions, des prétentions, que je n’ai pas.
    Ce doit être un malentendu.

    Désolé d’avoir été, sans le vouloir le moins du monde, sans doute brutal et d’avoir ainsi heurté votre susceptibilité.
    Je vous demande pardon.

    Sur le fond, jusqu’au prochain éventuel argument, je reste sur mes positions 🙂

    Cordialement.

    Étienne.

  27. @ Bernard,

    Je vous donnerais le bénéfice du doute, un manque de culture sur ce que sont les religions.

    Depuis quand les religions, quelles qu’elles soient, ont-elles un quelconque rapport avec la « culture » ? Qu’elles aient un rapport avec (une certaine idée de) la « civilisation », force est de le constater et de l’admettre, puisqu’elles ont, malheureusement, orienté la quasi-totalité des civilisations qui se sont succédées sur cette planète. Mais de là à les lier à la notion de « culture », je vous trouve bien… formaté.

  28. @Candide
    Formaté pour un autodidacte informaticien ex prof de sport, je savoure. 😉
    Blague mise à part les religions font et feront toujours partie de la culture, et je ne suis pas croyant. Les religions sont encore LA civilisation dans bien des pays. Nous mêmes laïcs ne pouvons nous définir comme laïcs sans elles. Elles sont l’histoire aussi. Et l’art. etc …

  29. @Etienne

    Sacré Etienne, fin politique qui maintenant noit le poisson. Et qui parle du fond quand sur la forme ses interventions sont indéfendables. Belle rhétorique mais éculée. Le fond malheureusement ne tient pas plus l’analyse que la forme la décence. Allez sur le bulletin de Paul « Constitution ou pas » voir comment avec des gens raisonnable et décents on peut croiser le fer intellectuel (Merci a Pierre Yves D pour nos échanges).

    Faites aussi vos excuses aux croyants. Dur ça hein ! Moi je leur présente pour vous. Que Dieu vous pardonne 😉

  30. Tout « autodidacte informaticien ex prof de sport » que vous êtes, vous n’en êtes pas moins « formaté », comme la plupart des individus habitant cette planète, par un héritage (endoctrinement pour certains) religieux immémorial qui nous (car je m’inclus) fait voir le monde à travers un prisme déformant simpliste et trop souvent profondément névrotique.

    Pour moi, les religions ne relèvent absolument pas de la culture mais simplement de la civilisation, lesquelles sont, du moins à mes yeux, deux notions différentes, bien qu’évidemment liées. C’est pour cela que j’ai réagi quand vous avez associé les deux termes dans une même phrase : « un manque de culture sur ce que sont les religions ». Mais je comprends sans peine qu’il s’agisse là d’une position que tous ne partagent pas.

    Évidemment, il y a le cas de l’art religieux. Je ne l’avais pas cité dans mon message précédent, estimant, j’espère que vous me le concéderez, qu’il ne s’agit que d’un « produit dérivé » (by-product) qui n’a globalement pas le même impact que la religion qui l’a inspiré.

    Maintenant, je ne peux être que parfaitement d’accord avec vous quand vous dites : « Les religions sont encore LA civilisation dans bien des pays. »

    En revanche, je ne suis pas tout à fait d’accord avec votre constatation : « Nous mêmes laïcs ne pouvons nous définir comme laïcs sans elles. » Ça ne vous paraît pas un peu facile, usé, artificiel, en un mot « agaçant », de lier systématiquement de la sorte un état et son contraire ? Cela fait des années que l’on sait que tout est dans tout et réciproquement, mais bien que ce ne soit pas faut ça ne contribue jamais à clarifier les choses. « Laïc » se définit par opposition à « religieux » et réciproquement, « athée » par opposition à « croyant ». Et alors ? Il n’en demeure pas moins, et c’est finalement l’essentiel, que chaque état possède une spécificité forte et, en l’espèce, une vision du monde radicalement différente.

    Et c’est bien là le problème. S’il s’avère nécessaire de faire table rase du passé afin de construire une nouvelle « civilisation » (qui pourra porter différentes « cultures »), j’aimerais autant que cela se fasse autrement qu’à travers le prisme déformant des religions. Je ne pense donc pas qu’une approche religieuse des événements, n’en déplaise « aux croyants de passage », soit souhaitable, notamment dans le cadre de ce fil de discussion.

    Autrement dit, ce n’est pas parce que les religions ont jusqu’ici toujours influencé l’Histoire des civilisations qu’il est indispensable et inévitable qu’elles continuent de le faire jusqu’à la fin des temps…

  31. Merci pour l’article « la survie de l’espèce l’exige ». L’analyse de la crise est l’exacte intuition que j’avais sans pouvoir jamais l’exprimer aussi bien! Pierre LARROUTUROU économiste au PS français dit aussi très clairement la même chose, mais malheureusement en vain depuis au moins 3 ans, en ce qui concerne l’endettement américain public et privé américain et son rapport notamment avec les bas salaires.
    La baisse de la part des salaires dans le PIB de 11% au profit du capital (identifiée au cours des 25 dernières années grosso modo dans tous les pays d’europe) ne vient-elle pas accréditer fortement votre propos?
    Comment contribuer à diffuser cette analyse de la crise économique fondamentalement social-démocrate, qui aboutit à poser d’une manière responsable, la question de la redistribution des richesses, pour éviter toute régression de nos concitoyens à « tendance socialiste » dans la représentation qu’ils ont de la vie économique?

  32. Parenthèse : cela fait bien plus de trois ans que Pierre Larrouturou annonce l’impasse du système actuel et se bat pour le faire comprendre ! Après le mouvement pour la semaine des 4 jours, il avait fondé « nouvelle donne » qui a fait naufrage aux législatives de 2002, vote « utile » oblige. Il est alors retourné au PS, estimant que les choses allaient bouger suite au départ de Jospin, et qu’il fallait en être. Pas facile, chez les pachydermes… Aujourd’hui, il anime « nouvelle gauche » (nouvellegauche.fr), et soutient la motion de Mélenchon.

  33. scaringella,

    Je penses que c’est la première fois, depuis plus d’un ans que je fréquente ce blog, que je perçois une forme d’agressivité dans les propos d’un intervenant; Et ce dés votre première intervention-j’avais donc bien compris-sur ce post.

    Il est vrai que de nombreuses passions alimentent le discours de chacun dans bien des débats, mais, constatant que votre critique se situe plus dans l’opposition idéologique gratuite que dans les propositions factuelles, je ne vous cache pas que je regrette la forme que prend l’échange…

    Ce message ne doit pas perçut comme un soutient d’arrière garde à Etienne, mais bien comme une attente de responsabilisassions de chacun. Cela afin de permettre que ce -rare- lieu d’échange, riche de nombreuses participations passionnantes, qu’est le blog de notre hôte reste ce qu’il a toujours été: un lieu de respect.

    En espérant que ce message ne tombe pas dans le travers dénoncé, je vous souhaite à toutes et à tous ainsi qu’à vous Bernard, une bonne continuation à ce que l’on pourrait appeler la « communauté Jorion », pour participer à la construction des nécessaires évolutions que notre société devra savoir entreprendre.

    Amicalement

    guillaume

  34. @Nicolas Bernabeu (12 octobre 2008 à 22:08) : disons qu’on trouve une réponse possible dans les énormes ventes à découvert que tenait JPM sur un certain marché alors que BSC était lui, long. Mais ce serait une autre thèse complotiste.

  35. Armand,

    OK, sincèrement désolé, j’ai foncé tête baissée… ça, c’est un piège d’internet, j’ai beau apprécier chacune de vos interventions je ne suis toujours pas foutu de percevoir un deuxième degré…

    Je suis régulièrement choqué par le mécanisme de discrédit (visiblement efficace) que je précise dans le post en question (discrédit de l’individu quand le travail est relativement inattaquable), aussi, je ne pouvais accepter ce raisonnement au regard de l’importance du travail de Madame Lacroix-Riz, votre ironie me laisse agréablement penser qu’il en est relativement de même pour vous…

    Au plaisir de vous lire à nouveau,

  36. @Etienne
    Juste un petit signe de complicité pour vous dire que vous avez été d’une totale correction et qu’il faut être plus que susceptible pour se sentir attaqué par vos propos modérés. Parlant de modération, j’espère que nous pourrons continuer à échanger sans elle sur ce blog : c’est rapide, parfois vif et toujours éclairant. Mais j’ai connu bien des assemblées ou une centaine de personnes étaient empêchée de travailler démocratiquement par la faute de 1 ou 2 f.. d… m… (censuré) troublions. Ils sont cependant repérables par le sophisme de leurs propos. Votre attitude d’esquive est la meilleure. Sur votre excellent blog vous conseillez la patience aux intervenants et je constate que vous la pratiquez vous-même. Comme quoi, le dire et le faire peuvent être en adéquation.

  37. J’ai lu avec un très grand intérêt une moitié des échanges de ce fil, et le propos initial de Paul, bien sûr.

    Je retiens en particulier le message de Louis Maitrier (11 octobre 2008 à 22:12) et je l’en remercie grandement. Une question :

    Puisque le crédit à la consommation est nuisible, et puisque les entrepreneurs ont pu à ce point fonctionner sur fonds propres, ne faudrait-il pas en venir – quand on aura écrêté cette énorme excroissance financière – à un système de couverture du crédit bancaire à 100% ? Ce qui reviendrait, je crois, à ce que la masse monétaire « mobile » à l’instant t soit égale à celle de la monnaie fiduciaire ?

  38. samedi @

    Sauf confusion de ma part, c’est l’une des PRINCIPALES demandes de l’Association pour les Droits Économiques et Démocratiques, ADED, dont je suis membre, voir:

    http://assoc.pagespro-orange.fr/aded

    Comme tout l’ensemble de l’ADED, les Bulletins de Liaisons écrits par Denis GAUCI son président sont concis et d’une clarté qui ne quitte jamais le cœur de ce sujet, ici bas, central.

  39. @Tous,
    Waouou, qu’est-ce que je prend… Mais merci de ne pas me louper. Pour mieux appréhender les problèmes de culture
    je ne peux que vous enjoindre a lire René Girard, ou le dernier livre de Philippe Descola. L’anthropocentrisme occidental me navre, c’est ainsi. Ou aussi quelques sages comme Krishnamurti pour bien comprendre les mécanisme de la dualité. Pour eux c’est clair pas de bien sans mal, de bonheur sans malheur.

    C’est là une icompréhension de base sur mes propos. Je ne suis pas en train d’opposer, mais de souligner des contradictions qui sont inhérentes à notre humanité. Encore une fois la contradiction n’est pas un rejet. Débattre c’est se contredire. Je fais réellement l’effort d’être rationnel. C’est sur que je défend pied à pied mes positions. Je fais des propositions concrètes comme de demander aux partis politiques d’expérimenter leur propres idées en leur sein.

    Cordialement Bernard.

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