Archives de catégorie : Finance

Crises financières : pourquoi l’inéluctable retour du même ?

Un exercice intéressant aura lieu demain : je serai interrogé par la revue Savoir/Agir sur mon article intitulé La compréhension des crises financières et de leur répétition qui parut en juin 2008 dans le numéro 4 de la revue (pages 11–18). Je vous en avais proposé ici le texte complet, le 20 juin 2008.

“Juin 2008, pour la publication de l’article ?”, me direz-vous, “n’est-ce pas en septembre, trois mois plus tard, que la crise a eu lieu ?” Si ! Les prophètes, voyez-vous, c’est comme ça ! Et jugez vous-même si, avec trois mois d’avance, il y avait quoi que ce soit qui manquait.

Le pdf, c’est ici. Texte complet : Continuer la lecture de Crises financières : pourquoi l’inéluctable retour du même ?

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Ordre monétaire international : L’océan Atlantique est très vaste !

Je tombe sur un communiqué de presse de l’agence Reuters daté du 16 juillet 2019 :

“L’ordre monétaire de Bretton Woods tel que nous le connaissons a atteint ses limites”, a déclaré le ministre français des Finances Bruno Le Maire lors d’une conférence à la banque centrale française marquant le 75e anniversaire de la conférence.

“L’alternative qui s’offre à nous est désormais claire : soit nous réinventons Bretton Woods, soit il risque de perdre sa pertinence et de finir par disparaître”, a-t-il ajouté.

L’ordre monétaire international a été défini par les accords de Bretton Woods en 1944. Vu le caractère stratégique du dollar américain à l’intérieur du système (sa parité fixe avec l’or), les États-Unis en étaient le garant. Le 18 décembre 1971, le président américain Richard Nixon dénonçait les accords, signant l’arrêt de mort de l’ordre monétaire international défini à Bretton Woods. Il n’y a plus d’ordre monétaire international depuis. Mais 48 années n’avaient apparemment pas suffi pour que la nouvelle traverse l’Atlantique 😉 .

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Bernard Madoff (1938-2021)

Piqûre de rappel. Mon billet du 15 décembre 2008 : Affaire Madoff : la malhonnêteté ordinaire. Je ne vois pas ce que je pourrais y ajouter.

La version officielle de l’affaire Madoff, est que l’ancien patron du NASDAQ avoua à ses fils que son entreprise n’était qu’une gigantesque pyramide, une cavalerie où l’on verse aux clients plus anciens les fonds qu’apportent les plus récents, et que ceux-ci – probablement subjugués par l’indignation – allèrent vendre la mèche à la police.

Il y a de nombreuses raisons de remettre en cause cette version officielle. D’abord le fait que ce soient ses fils qui aient contacté la police. Vous feriez ça à votre père, homme d’affaires à la stature colossale, parce qu’il a été malhonnête ? Ensuite, les fils Madoff sont non seulement financiers eux-mêmes, mais travaillant aussi dans l’affaire du papa (même si ce n’est pas dans le même département) : pas des enfants de chœur non plus donc et peu susceptibles de tomber à la renverse en apprenant qu’une affaire rentable l’est essentiellement parce qu’elle est une pyramide. Le chiffre de 50 milliards de dollars manquant dans la caisse a éventuellement pu les surprendre.
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Création monétaire, salaires, prix et inflation

Petite discussion en commentaires. Mais mérite sans doute la une.

* Gérard

Bonjour. Une société sans impôts est-elle possible ? En seulement 10 mois en 2020, environ 35% de tous les dollars américains ont été créés par le gouvernement américain et, apparemment, cela n’a créé aucun type de surinflation.

* Paul Jorion

C’est parce que ces dollars ne se sont pas transformés en hausse de salaires. Hausses de salaires que les industriels et prestataires de services répercutent habituellement en augmentation du prix des produits et des services, provoquant une inflation. Vous voyez : le mécanisme est simple !

* Gérard

Merci.

Et si l’État créait de la monnaie pour faire fonctionner ce que les impôts font d’habitude : il en serait de même non ?
 
* Paul Jorion

Oui : dans le cadre des rapports de force existants, si l’on augmente les salaires SANS maintenir la stabilité des prix des produits et des services –laquelle stabilité exige alors que le surcoût dû aux salaires soit absorbé au prorata, par les patrons sous la forme d’une baisse de leur rémunération, et par les actionnaires sous la forme d’une baisse des dividendes – la création de monnaie provoque de l’inflation.

Pire encore, le raisonnement suivant des patrons et actionnaires : “Puisqu’il y a eu hausse des salaires, AUBAINE ! on va augmenter les prix AU-DELÀ de la simple répercussion des salaires plus élevés dans les prix”. Recette garantie pour lancer l’hyperinflation : un cycle de hausse des salaires entraînant une hausse des prix, entraînant une hausse des salaires…

P.S. Là aussi, ce que je viens de dire en 2 phrases, c’est quelque chose que les gens de la Théorie moderne de la monnaie ne voient pas clairement. Si vous en avez vu qui mentionnent le petit mécanisme que je décris là, signalez-le moi.

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Drame à la Bourse !

Un ami m’envoie le lien d’un article intitulé “Les jeunes banquiers de Goldman Sachs se révoltent contre les semaines de 100 heures”, La Libre, le 28 mars 2021. Et il commente

… peut-être la conclusion de Goldman Sachs est qu’il faut remplacer ces humains défaillants par des IA non susceptibles de burn-out, ce qui augmentera encore… le taux de profit ?

Je lui réponds ceci :

Ce n’est pas ça : ces jeunes réagissent au fait qu’ils sont la première génération de gens issus d’écoles de commerce, ou avec des doctorats universitaires en maths ou en physique, qui est entièrement SUBORDONNÉE à l’IA : ils ont DÉJÀ été remplacés par elle. Ils sont désormais comme ces quelques rares ouvriers qu’on voit encore sur les lignes d’assemblage, à vérifier simplement qu’il n’y pas de robot qui merde quelque part. Crois-moi, quand les jeunes gens qui les ont précédés dans les salles de marché pouvaient faire tout ce qui leur passait par la tête, il n’y en avait pas un qui se serait plaint des 100 heures de boulot, c’est eux qui les voulaient : ils étaient shootés à leur propre adrénaline (+ amphés + coke). On quittait le bureau à 20h, on allait dans le bar qu’il y a là en face, à la Madeleine, et à une heure du mat’ on regardait comment ouvrait Tokyo, pour passer quelques ordres si ça pouvait être rentable ou si ça s’avérait indispensable. Des journées comme ça, en sensations, ça valait la chasse au lion : “Top of the World!”, en français = c’était fun ! Mais c’est fini : à la Bourse, il y a maintenant plus malin que nous.

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La théorie moderne de la monnaie (TMM) ne tient pas debout – Feuilleton

M. Bernie Sanders a fait de la Théorie moderne de la monnaie, ou Théorie monétaire moderne (TMM), de l’anglais “Modern Money Theory” (MMT), l’armature de la politique économique de sa campagne aux primaires de la récente élection présidentielle aux États-Unis. Mme Alexandria Ocasio-Cortez dit de la TMM qu’elle “devrait être débattue”. Or cette théorie est viciée par une mécompréhension majeure du mécanisme de la formation des taux d’intérêt à moyen et long terme, cruciaux pour l’économie comme pour la dette publique.

La raison pour laquelle ce défaut passe inaperçu de certains économistes intelligents est qu’ils et elles raisonnent à l’intérieur du cadre d’une monnaie forte comme le dollar ou l’euro, monnaies qui bénéficieraient en effet d’une mise en œuvre de la TMM, mais aux dépens des monnaies faibles et des économies qui y sont attachées.

Mise en œuvre à l’échelle mondiale, la TMM entraînerait rapidement la ruine des petites économies. Un mécanisme de plus aurait été mis en place qui drainerait le peu d’argent des pauvres vers l’escarcelle des riches. C’est bien là la dernière chose dont nous aurions besoin aujourd’hui.

Comme la question est d’actualité et que ses enjeux sont majeurs, je vais y consacrer plusieurs billets et vidéos, en français et en anglais.

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La gestion du risque dans le secteur de la banque – Le point de vue pratique

“To over-rule risk managers” = “outrepasser l’avis des gestionnaires du risque.

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Trends-Tendances – Le sens du bien et du mal, et McKinsey, le 25 février 2021

Le sens du bien et du mal, et McKinsey

McKinsey & Co. est, avec 130 bureaux et 30.000 employés, l’une des principales consultances au monde. Elle fut la première à nous offrir des chiffres fiables sur la régression de l’emploi due à l’Intelligence Artificielle. Elle doit sa réputation à un coup de maître en 1975. Un bref rappel du problème qu’il s’agissait de résoudre. Il y a trois parties prenantes à l’entreprise : la direction, les actionnaires et les salariés. Souvent dans les négociations, les salariés l’emportaient parce qu’ils trouvaient à s’allier à l’une des deux autres parties. Comment faire pour que les intérêts du patronat et de la Bourse s’alignent et que les salariés soient une fois pour toutes mis sur la touche ? McKinsey inventa les stock options : la rémunération de la direction serait indexée de fait sur le cours de l’action en Bourse. Le résultat dépassa toute attente. Au lieu d’être distraite par les objectifs à long terme de la firme, la direction aurait désormais les yeux rivés au bilan de résultats trimestriel, et s’efforcerait d’y dissimuler à chaque fois la « divine surprise » qui ferait bondir la cotation en Bourse.

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La Tribune, « La fronde des petits porteurs à Wall Street est un combat perdu d’avance » (Paul Jorion, anthropologue), par Éric Benhamou, le 4 février 2021

« La fronde des petits porteurs à Wall Street est un combat perdu d’avance » (Paul Jorion, anthropologue)

L’affaire GameStop et son retentissement médiatique renvoient à des questions de fond, comme les mécanismes de fixation des prix ou les rapports de force sur les marchés. Le poids des petits porteurs, à la fois faible mais potentiellement grandissant avec les réseaux sociaux et les plateformes de courtage sans frais, semble s’entrechoquer avec les fonds d’investissement passifs et alternatifs, en très forte croissance, chacun étant persuadé de sa force respective. Paul Jorion, ancien banquier aux Etats-Unis, et auteur de nombreux ouvrages sur la crise financière de 2008, analyse pour La Tribune ces nouveaux rapports de force et leurs conséquences sur le fonctionnement sur les marchés.

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Arrêt sur images, Gamestop et les autres, le vendredi 5 février 2021 à 12h

Je serai vendredi sur le plateau d’Arrêt sur images, pour une émission sur les petits investisseurs qui chahutent le marché boursier américain. L’autre invité sera Alexandre Delaigue *.

Évoquer l’affaire GameStop et sa perception médiatique, les mécanismes de fixation de valeur des actions dans ce contexte, le poids à la fois encore faible mais potentiellement grandissant des petits porteurs dans le contexte des réseaux sociaux, des plateformes sans frais de courtage et de la très forte croissance des fonds d’investissement passifs, les risques qu’ils prennent (ou pas) en s’enivrant de leur force supposée, entre autres sujets

* Alexandre Delaigue a longtemps été l’animateur du blog Éconoclaste.

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Vidéo – Bourse : Le petit gars a perdu

La Bourse n’est pas faite pour les pauvres
Robin des Bois a trahi les manants

P.S. Je n’arrête pas de dire “Gameshop” au lieu de “Gamestop”

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Wall Street : Les fous ont pris le contrôle de l’asile

Comment les autorités des marchés boursiers vont-elles réagir au fait qu’une bande de zozos intéressés seulement à “pomper” les cours de nanars ont pris le pouvoir depuis vendredi (pour coincer [squeeze] des fonds spéculatifs vendant ces nanars à découvert)  ?

La SEC (Securities and Exchange Commission), le régulateur des marchés boursiers US a un nouveau patron : Gary Gensler, qui s’est fait une réputation d’interventionniste quand il était (2009-2014) à la tête de la CFTC (Commodity Futures Trading Commission), le sous-régulateur des produits dérivés.

Gensler va bouger, c’est sûr, mais l’exercice est délicat : le mythe ultralibéral toujours dominant est que tout prix est objectif puisqu’il résulte de l’action omnisciente d’une puissance plus formidable encore que Dieu-le-Père : “Le Marché”. Toute intervention un peu à poigne de la part de Gensler confirmerait que les fous ont pris le contrôle de l’asile – pas très bon pour l’image en ces temps de scepticisme avancé dans la population pour la manière dont les choses fonctionnent au sommet (les zélites !).

Explication plus complète du mécanisme en cours :

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